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Full text of "Exposition coloniale de Marseille: La Tunisie et l'oeuvre du protectorat ..."

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PROTECTORAT FRANÇAIS — GOUVERNEMENT TUNISIEN 



EXPOSITION COLONIALE DE MARSEILLE 



LA TUNISIE 

ET 

HiPil 



C3-A.STOIT XiOTH 



Ouvrage publié sous les auspites de la Résidence Générale de France 



TUNIS 

SOCIÉTÉ ANONYME DE L'IMPRIMERIE RAPIDE 



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INTRODUCTION 



La Section Tunisienne âe l'Exposition Coloniale ite Marseille 
occupe l'emplacement qui forme l'angle de la grande avenue prin- 
cipale venant du rond-point du Prado et de la vaste esplanade au 
Tond de laquelle se dresse le palais de l'Exportation. 

Elle se présente sous la forme d'un ensemble de bâtiments dont 
l'architecture est directement inspirée des types les plus remar- 
quables des constructions de l'art arabe tunisien, et qui entourent 
une cour dans laquelle on a très heureusement ménagé de superbes 
arches circulaires. 

Dès l'entrée qui prend accès sur la grande avenue et qui est for- 
mée de larges grilles envoyées de Tunis, le visiteur gagne directe- 
ment le pavillon principal qui lui fait face. Ce pavillon, situé sur un 
soubassement formant sous-sol, reproduit avec ses galeries à lines 
colonnettes le motif de la mosquée de la Djamaà-Zilouna, la célèbre 
mosquée de l'Olivier, l'Univei-sité musulmane de Tunis, dont la tra- 
dition attribue la création au\ premiers conquérants musulmans 
de l'ancienne Zeugitane. 

Un large escalier d'angle conduit au vestibule du pavillon et de 
là dans le patio, pièce carrée à arcades, éclairée par de hautes fe- 
nêtres, qui forme, comme l'atrium romain, le centre et le lien des 
diverses pièces de la maison musulmane. 

A gauche, le Service des Forêts montre, par une série d'échan- 
tillons présentés de la manière la plus instruclive,lespro<luits des 



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— K) - 

chéiios-lièye, lièf^e mâle, lii'ge ile roproiluctioii brat et pi-cpaiv, 
écurcea à tan, etc. , ot ceux des cliôncs zùetis, notamment des bois de 
cent vingt-cinq ans, et des traverses employées poui- les voie;; fer- 
rées, lies cliarbons, etc. 

Des panneimxphotograpliiques,représenLaiil des régions boisées 
de Tunisie et des opérations d'exploitation Ibrestière, des travaux 
de lixalion de dunes, le plan en relief de l'oasis de Nefla, montrent, 
avec une fidélité scrupuleuse, l'arrêt, par les travaux de TAdminis- 
tration,des sables montant à l'assaut des riches palmeraies du 
Sud-Tunisien. 

En face, autour d'un plan d'ensemble réunissant l'Ecole Coloniale 
d'Agricultuje de Tunis, le Jardin d'essais, la Station agronomique 
el l'Huilerie d'essais, l'Institut l'usteur de Tunis, tous établisseinetits 
ressortissant à la Direction de rAgricullure et du Commerce, des 
photographies de modèles réduits, des collections de brochures et 
de documents divers donnent au visiteur une idée précise de l'or- 
ganisation, du fonc[ioimemeiit,des moyens d'étude et des l'ésultats 
de chacun de ces oi^'anismes, précieux auxiliaires de la vitalité 
économique et du développement de notre Protectorat Tunisien. 

L'Ecole Coloniale d'Agriculture notamment, qui a pour objet 
de préparer des jeunes gens à la vie agricole dans nos posses- 
sions d'outre-mer, principalement en Tunisie et dans les climats 
analogues, est représentée par de nombreux dessins, plans et 
pliotogi'aphies. L'aménagement des salles de collections et des 
laboratoires et ateliers de bois et de 1er, la reproduction de ces 
collections, des produits animaux et végétaux les plus variés, les 
scènes do travaux pi'atiqued et dexcui'sions, les travaux d'élèves, 
le programme des cou l's, méritent tout part' culièrcment de retenir 
l'attention et d'évoquer chez les jeunes gens de la métropole l'idée 
d'une existence laborieuse, mais essenliellement libre et active. 

Des documents analogues concernant lo domaine agricole indi- 



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— 11 — 

gène de Lansarine et la ferme-école de Djedeîda apparteiiaiiL à 
l'Alliance Israélite universelle complètent cet ensemble. 

Le tout est encadré de produits de l'industrie indiftène. HtolTes 
de soie aux tons harmonieux et nuancés, hnrnous, chéchias de laine, 
joutas de soie et de coton, tnpis de Kairouan que l'on a comparés 
ans champs printiniiers émaillés de llc'ui's, tiipis d'OudreP, des 
Hamama, etc., nattes d'alla et de jonc, cuirs brodés, cluiussures, 
chéchias tunisiennes, do répntiilion si universelle en ()netil,etc., 
tous les spécimens d'une industrie <|ui,aux prises iivec la concur- 



rence européenne, témoijjne <!es (|nalités natives des indigènes 
tunisiens, de leur goût de la composition et de leur léelle liidiilclé 
manuelle dans l'exécution. 

A gauche dn patio s'ouvie la sidlc.dc Ht mètres de long sur 7 
mètres de large, nîservée à l'exposition du Service desTiavaux 



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publics de la Régence. Plans en relief des ports et des villes, no- 
tamment de Tunis, documents graphiques sur les travaux d'archi- 
tecture,d'adduction d'eau, d'aménagement des côtes, exécutés par 
cette Administration ; exposition très complète et très documentée 
du Service Topographique, notamment de ses travaux relatifs à la 
confection de plans des propriétés soumises au régime de l'imma- 
triculation, très supérieur au régime hypothécaire français. 

La Direction générale des Travaux publics groupe également 
toute la production des exposants particuliers ayant trait aux in- 
dustries extractives: pierresàchaux, plâtre, ciments, mineraisdont 
les principaux en Tunisie sont les minerais de zinc (calamine) et le 
minerai de cuivre. Le fer,dont des gisements sérieux ont été cons- 
tatés en Kroumirie, étendra vraisemblablement bientùt son exploi- 
tation suivant l'exécution du programme des voies ferrées. Parmi 
les produits exploités en carrières, on remarque surtout les phos- 
phates de chaux dont la découverte encore récente a fait la fortune 
du Sud-Ouest tunisien, a permis de créerSOOkilomèlres de chemin 
de fer, et alimente déjà les ports de Sfax et de Tunis, en attendant 
<|u'ils portent la prospérité au port de Sousse. Enlin, les produits 
de la mer : poissons, éponges, objets d'un commerce déjà important 
entre la France et la Tunisie, avec les engins de pèche, puis le sel 
marin, que l'on recueille en abondance sur les côtes tunisiennes et 
qui pourra, uu piix d'aménagements réduisant au minimum les 
opérations de chargement, concurrencer très sérieusement chez les 
peuples du Nord le sel provenant des autres rives de la Méditer- 
ranée. 

Revenant au patio, soit par la pièce qui vient d'être décrite, soit 
par la galerie latérale qui domine.la cour, nous pénétrons dans la 
salle, symétrique à celle de la Direction générale des Travaux pu- 
blics, et qui réunit dans un espace identique les envois de plus 
de trois cents représentants ]de l'agriculture française et indigène. 



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- 13 - 

On y remarque principalement des vins blancs et rouges, muscals 
et de liqueui-s, ces derniers surtout très appréciés par leur finesse 
et leur arôme, des eaux-de-vie, des huiles d'olives, richesse de toute 
la côte orientale, principalement du Sahel de Sousse et de la région 
de Sfax.et dont 20.000.000 de litres sortent actuellement de la Ré- 
gence pour stimuler le commerce marseillais.il fautajonler àcela 
les savons et leurs dérivés, les blés durs et tendres, orges, avoines, 
maïs, soi^ho, les fruits frais et secs (oranges, amaniies, dattes, rai- 



GOITR INTEUBURB ET BNTRUB PRINCIPALE DU PALAIS 

sïns, pistaches, etc.), le miel, la cire, les plantes textiles, telles que 
l'agave, objet de tentatives industrielles fort intéressants, l'alfa, les 
essences et parfums végétaux, etc. 

Des instruments agricoles,des ruches, des types de fermes, des 
documents sur la production et l'exportation du pays envisagés au 
point de vue spécialement agricole, constituent cet ensemble aussi 



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varié que bien présent(i, et qui donne des ressources du pays une 
syntlièse réiluite mais li'une saisissante vérité. 

L'extrémité de la salle forme en façade, sur le rond-point du 
Grand Palais, une sorte de ]ogj^ia,où des graphiques et itocuments 
sur l'agriculture tunisienne, son organisation et sa représentittion 
montrent le chemin parcouru dans cette voie par le pays, à peine 
depuis vingt-cinq ans sous l'inlluence de la civilisation française. 

Une ouverture latérale de la salle des produits de l'agriculture 
proche de la loggia conduit à une galerie ouverte dominant le rond- 
point central de l'Kxposition et qui rappelle dans ses détails d'ar- 
cliitecture la disposition et les motifs de la mosquée île Sahah-Et- 
taba, située à Tunis, sur la place llalfaouinc, l'un des monuments 
les plus gracieux de l'art du xviji<^ siècle en Tunisie. Ombragée par 
un massif d'arbres qui mettent une note vivante dans le paysage, 
la galerie surplombe dévastes sous-sols que la Section Tunisienne 
a mis à la disposition d'un café-restaurant bien achalandé auquel 
son heureuse situation vaut d'être l'un des rendez-vous les plus 
fréquentés <ie l'Exposition Coloniale. 

Derrière la deuxième rangée d'arceaux de la galerie de la mos- 
quée llalfaouine, s'ouvre, par un vestibule penlagonal, l'entrée 
d'une vaste rotonde ou plutôt d'une salle octogonale surmontée 
d'une coupole en plâtre sculpté, telles qu'en olFrent à Tunis le palais 
de Dar-el-Bey, la salle des Sultanes au Musée Alaoui du Bardo.et 
plusieurs des mosquées de la capitale des beys. L'ornementation 
sobre de cette salle est relevée pardes tableaux et œuvresdiverses 
ayant trait à la Tunisie ; desétolîes, des meubles arabes complètent 
la décoration. 

Sur l'un des côtés de l'octogone, s'ouvre l'exposition du Service 
des Postes et Télégraphes, (jui se continue dans la salle F. Dans 
cette salle, on peut aussi consulter les documents les plus impor- 
tants relatifs à la colonisation du pays, à son développement écono- 



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mique, à ses travaux publics. Un agent met à la disposition des vi- 
siteurs des formules de demandes de renseignements que l'Admi- 
nistration tunisienne se charge ensuite d'instruire avec tout le soin 
désirable. 

Aux murs, des cartes indiquent la répartition des centres de co- 
lonisation, des plans comparatifs de certaines régions de Tunisie 



avant et après l'installation des colons, des pliotographies, des gra 
pliiqucs de divei-ses sortes, matérialisant, aux yeux du public, 1; 
transformation qui s'opère chaque jour dans la Réj,fonce. 



La même salleF renferme, des deux côtés d'unecirculation cen- 
tnde, l'exposition du Sei'vice de rEnseif>nement public, celle du 
Secivluriat général du (.iouvenienient, l'ormée principalement de 



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documents administratifs et d'inscriptions arabes, celle du Service 
des Monopoles constituée par des échantillons de tabacs locaux 
brut et préparé, des plans des manufactures de l'Etat en Tunisie et 
des plans en relief des salines exploitées par le Gouvernement. 

A l'extrémité de cette salle qu'entoure une galerie dominant la 
grande cour de la Section, un escalier permet de descendre dans 
une dernière salle G, salle de lecture et de renseignements. De 
larges baies, grillagées à la mode tunisiennne, éclairent ta façade 
de cette salle dont le dôme vert est directement inspiré de celui 
d'un édifice situé à Tunis, sur la place de la Casbah, et dont les 
proportions harmonieuses sont admirées de tous les touristes. 

Le visiteur, sorti de la salle de lecture, se retrouve, au bas de 
quelques marches, dans la grande cour près de l'entrée. 

Cette cour, qu'animent différentes installations d'exposants par- 
ticuliers, est ferméed'autre part, au voisinage de l'entrée principale, 
par le bâtiment du Commissariat. La façade, sur l'avenue, reproduit 
l'ornementation en lignes crues des maisons de la région des oasis 
{Tozeur et Nefta) et la façade sur la cour rappelle un motif particu- 
lièrement apprécié d'une des mosquées de Sfax. La petite mosquée 
qui fait suite au Commissariat est surmontée du minaret élancé et 
crénelé des villes du littoral oriental ; les arcades qui l'encadrent à 
sa base sont celles de la grande mosquée de la ville de Sfax. 

Près d'une installation de nomades fabricant des tapis sous la 
tente, et non loin de la maquette du monument de l'ancien Résident 
général Massicault, mort à Tunis en 1892, un souk ou marché cou- 
vert sur la cour comprend les boutiques où le potier tunisien, le 
souki (épicier-restaurateur),le confiseur, vendent les produits de 
leur commeixe et de leur industrie. Derrière sa devanture typique, 
importée directement de Tunis, le barbier arabe exerce son art sur 
la clientèle des marchands et artisans musulmans. 



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LA KODBBA BT Ll PBTIT BSCAUBK D'INTRÂB 



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- !7 — 

Le souk se prolonge par une pai'tie couverte, réduction du souk 
Ettrouk, lie Tunis : sous le toit aigu en planches laissant filtrer la tu- 
mière, sontétalos les riches assortiments des bazars arabes, étoffes, 
tapis, armes, anciens meubles, etc.; dans les boutiques encadrées 
de colonnettes, le bijoutier indigène, le parfumeur, le sellier, le 
tailleur-brodeur, ie cordonnier, l'incrusteur sur nacre offrent aux 
passants les productions les plus originales de l'art indigène, et 
font revivre, de ce côté de la Méditerranée, la physionomie Jour- 
nalière des quartiers commerçants de Tunis. 

En haut <lu souk, une porte latérale à gauche donne accès à 
l'exposition particulière du Service des Antiquités et Arts. Cette 
exposition se répartit en deux pavillons. 

Des spécimens de sculpture, des fragments d'architecture an- 
tique encadrent cos pavillons et prolongent la Section tunisienne 
jusqu'à une porte ouvrant sur l'avenue. 

Itevenant sur ses pas et franchissant à nouveau la porte haute 
du souk, le visiteur se trouve auprès du restaurant et du café indi- 
gène; de la terrasse du café, conçue dans la forme usitée en Tuni- 
sie, avec l'estrade réservée aux musiciens, la vue embrasse la cour 
et le mouvement incessant qui l'anime. 



Ainsi comprise, la Section tunisienne fait honneur au Gouverne- 
mentdu Protectorat et constitue un des coins les plus pittoresques, 
les plus attrayants de cette merveilleuse Exposition coloniale. Les 
dispositions prises par l'architecte, M. Resplandy, pour donner 
aux visiteurs l'illusion de la vie tunisienne sont du plus heureux 
eiïet. Avec un goût très sûr, il a choisi dans les principales cités 
de la Régence les types de monuments susceptibles de caracté- 
riser l'évolution de l'art arabo-berbère. Combinant et rapprochant 
ces éléments qui pouvaient sembler disparates, y mêlant sa note 



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— 18- 

personnelle, il a su Fondre en un tout liarinonteux les diverses par- 
ties (Je l'édifice. Un véritable quartier iiidigèue e.it ainsi groupé 
autour des arbres magnifiques qui ombragent la vaste cour (l'en- 
trée. 

L'arcade en fer à cheval du portique, le minaret gracile, la cou- 
pole à écailles vertes, le dôme central, les galeries à colonnades, 
la loggia constituent un ensemble vraiment séduisant pour les 
yeux, 

La décoration intérieure d'un aussi cbarmant monument deve- 
nait, en raison même des idées dont l'arcliitecte avait voulu faire la 
synthèse, une entreprise extrêmement délicate. La moindre faute 
dégoût dans l'ornementa Lion des murailles pouvait produire dos 
contrastes clioquajits et diminuer la valeur artistique des divei'S 
bâtiments. M. Pavillier, commissaire général du Gouvernement tu- 
nisien, et M. Douane,son mljoint, ont su fort heureusement ti-iom- 
pber de toutes les difficultés en disposant les vilrincsdes exposants 
et les documents envoyés parles diverses administrations de façon 
à obtenir une adaplation aussi complète que possible avec l'arcbi- 
lecture spéciale de chacune des salles. 

Kt c'est ainsi que grâce à l'étroite collaboration des commissaires 
f t de l'architecte on est parvenu à réaliser ce tour de force d'avoir 
un pavillon où rien n'a été négligé pour satisfaire les goilts artis- 
tiques des visiteurs, et montrer en même temps à quels brillanis 
résultats est parvenue la Tunisie après un quart de siècle de pro- 
tectorat français. 



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CHAPITRE PREMIER 
L'aspect physique et les réglons naturelles 

La Tanisie dn Nord. — Le Sahel. — LeiSteppeidnCantro. — 
La région dei Chotts et dei Oaiia. 

La Tunisie fait partie de celte région montigneuse de l'Afriiine 
rUi Nord connue sous le nom d'AUas. Elle occupe l'angle nord-est 
formé par le continent, entre les deux bassins de la Méditerranée, 
en face de la Sicile, dont une centaine de kilomètrei la séparent à 
peine, sur la route miritime la plus fréquentée du monde entier, 
lîopnée à l'ouest par la province de Constantine (Algérie), au sud- 
est par laTripolitaine,elleest largement ouverte vers le Sahara et 
les oasis, où nulle frontière ne peut être délimitée. Aassi est-il iin- 
poRsilde d'évaluer autrement que par approximation sa superficie; 
(îii l'estimant à 120.000 kilomètres carrés, peuplés de près de deux 
millions d'habitants, on ne s'éloigne guère de la vérité. 

Si l'on se base sur le régime des pluies.qui détermine exclusive- 
ment dans la Régence la fertilité du sol et les conditions d'habita- 
tion, on peut diviser la Tunisie en quatre régions: larégion du nonl, 
que Iravei-se la Medjerda ; — le Sahel ou litto.-al oriental ; — les 
plateaux et steppes da centre, — enfin la région miri'Iionale des 
chotts eldes oasis. 

La Tunisie du Nord a la forme d'un plateau aux rebords nette- 
raant rolevés par une ligne de crêtes orientées du sud-ouest au 
noniouest, dont la hauteur atteint et dépasse souvent mille mètres. 
Le rebor.1 septentrional du plateau constitue le pays des Mogod et 
des Khroumir,où les arêtes vives du djebel Bir se dressent à LOI 4 
mèli'es, où la disposition générale des massifs, favorisant ta préci- 
pitation des pluies de nord -ouest, a permis le développement de sa- 
perbes forêts qui cachent sous leurs ombrages les eaux claires et 
vives de sources incessammentrenouvelées. Les montagnes voisines 
d"Aîn-Drahara reçoivent, en eltet, plus de 1.500 millimètres d'eau 
chaque année ; à Bizerte, il tombe encore près de 700 millimètres 
de pluie, ce qui transforme toute ta région en un délicieux séjour 
d'été comparable de tous points à la verte et fraîche Kabylie. 



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Le rebord méridional constitue l'arête dorsale de la Tunisie, pro- 
longeantlesmontsdo Tébessadans la direction nord-est. Cette ligne 
montagneuse avait autrefois l'aspect d'un immense dùme qui s'est 
en partie effondré, et fut ensuite découpé par les eaux en une série 
de massifs isolés les uns des autres par de larges brèches. De là les 
aspects si variés du pays tunisien : t kakuit » ou plateaux taillés en 
forme de table, cirques rocheux encadrant de vastes plaines, blocs 
erratiques encombrant les vallées, a hamad.i » ou plateaux pierreux 
dont le plus connu est celui de La Kessera,«kef»ouci'étes rocheu- 
ses. De distance en distance un pic se dresse, dominant de sa masse 



A : L OlIKD MADBN 



tout le paysage environnant ; tels par exemple le djebel Cliambi 
( 1 .590n'),le djebel Rerborou (1 .2:i4'n),et surtoutles djebel si Fameux 
de La Kessora ( i .375'"), du Bargou (1 .280'"), de Zagliouan (1 .29 f"), 
de lErreças (700'») 

Partout dans cette région les hivers sont très rudes,et si dans les 
plaines de Tunis,<iu Goubellat ou du Cap-Bon les pluies ne dépas- 
sent guère une moyenne de 500 millimètres par an, en revanche la 
neige couronne assez fi-équemment les hauts sommets. 

Entre les deux lignes de montagnes, le plateau descend par une 



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série de graiHiis jusqu'à l;à plaioe où coule la MctljenJa, oITrant aux 
regunls un:î vè;,'étatioii éla;,'de qui correspond à la diversité des cli- 
mats. Le lleuve a parfois creusé son lit à 8 ou 1) mètres au-dessous 
de la Siirrace du sol, mais l.t rapidité du ruissellement sur certaines 
pentes dénudées est tellj que des crues subites gonllent ses eaux 
iui point de les Faire déhor 1er dans les campagnes voisines. Le res- 
sei'rement de la vallée par les plis du djebel Gborra contribue en- 
core à accroître l'intensité du phénomène. A partir de Testeur, où 
elle entre définitivement en plaine, la Medjerda a constitué de ses 
alluvions toute la région «lans laquelle se déroule son cours tnré- 
rieur. .\insi s'est avancée peu à peu vers la mer la plaine qui s'étend 
de TunisàUtique.Ce dernierpoint est aujourd'hui à 10 kilomètres 
ilans l'intérieur des terres ; et pourtant, sous Auguste, les flottes ro- 
maines venaient encore s'y ravitailler. I^ même sort menace Porto- 
Farina, car le travail du fleuve n'a point cessé et le rivage se moilifie 
sans cesse. 

Dans une proportion moindre, l'oued Miliane, voisin de la Med- 
jerda, contribue aussi à modifier la physionomie du golfe de Tunis. 
Il n'y a guère dans le nord d'autre artère fluviale qui vaille la peine 
d'èti'e mentionnée. 

Sous le nom de Sahel on désigne une bande de terre tantôt ar- 
gilo-calcaire tantôt argilo-siliceuse, ailleurs encore complètement 
sablonneuse, large de lô à 20 kilomètres, qui suit la courbe du lit- 
toral depuis la presqu'île du Cap- Bon jusqu'au golTe de Gabès. Par- 
l'ois interrompue pai'des higunes salées et des zones presque déser- 
tiques, par où les steppes centrales viennent jusqu'à la mer, cette 
région forme une sorte de transition entre le nord, partout arrosé, 
et les oasis qui pai'sèment l'immensité du Sahara. 

Sur ce territoire à peu près uniformément plat, les vents domi- 
nants, qui viennent du sud-est, n'apportent pas d'une façon régulière 
l'humidité nécessaire à la mise en valeur du soK 

En certains endroits, les pluies sont assez abondantes, pendant 
qu'ailleurs le sol assoilTé attend trop longtemps les bienfaisantes 
ondées. Sur les terrasses orientales du f^p-Bon les précipitations 
d'eau atteignent parfois UJie hauteur annuelle de 500 à TxiO milli- 
mètres. Aussi de nombreux villages ont pu naître et se développer 



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depuis Kelibia jusqu'à Ntibeul et Hammainet. Protégé contre les 
vents âpres du nord-ouest et rafraichî par la Iirise du l;ii^e,lout ce 
littoral jouit d'un cli.nat délicieux, éminemment favorable aux per- 
sonnes éprouvées par les rudes bivers de l'Ëiii-ope. 

Dans le Sabel de Sousse, il tombe encore plus de 400 millimétrés 
d'eau par an, mais déjà prédominent les cultures en terres sèches 
et lout autour de la ville s'alignent en rangs pressés les oliviers au 
feuillage grisâtre. A Sfax.on ne reçoit plus guère que 300 à 350 
millimètres d'eau ; on est à ta limite du pays des oasis; partout les 
culturesfruitières ont remplacé lescultures herbacées. Nul obstacle 
n'arrête les vents, rien ne favorise la con len-iation des nuages, et 
le littoral est devenu si plut que du large un distingue mal la ligne 
de séparation de la terre et des eaux. A peine si le groupe des îles 
Kerkenna se détaclie sur l'horizon. 

Pas d'eau courante dans toute cette région de l'est tunisien, au- 
cun fleuve régidier; mais au cœur de l'Iiivei-.pendant les grosses 
pluies, les oueds transformés en torrents se déversent furieusement 
dans la mer. Quand la trombe est passée, il ne reste plus entre les 
bei^'es asséchées qu'un lit plus prolonrlénient raviné où cîicule nu 
mince filet d'eau qui tanliH parvient péniMenitiul jiistju'aux sebklia 
Voisines de la ciHc, lanlùt même est bu p;ir l;i steppe avant d'avoir 
pu féconder les terres du Salicl. 

Les steppesdiiCen(re,appuyéessurrarè;eniontagnense<jui forme 
le rebord sud des plaleaux tunisiens, s'étendent justju'à la légion 
des chotts et gagnent même en cei-tains eudriiits les rives de la Mé- 
diterranée, l^s alignements montagneux qui les traversent forment 
les marches gigantesques d'un escalier s'abaissanl vers les dépres- 
sions sahariennes et vers le Suhel. Le contraste est parfait entre 
cette dernière zone et celle des steppes. Plus d'oliviers verdoyants, 
plus de cultures savantes, mais de monotones étenilues recouvertes 
par places d'une herbe conrte et <li'ue que paissent les moutons et 
les chameaux. Les villes ont disparu et sont remplacées parla tente 
du nomade ou le misérable gourhi de l'indigène sédeiilairc. Kaî- 
rouan régne seule sur ces solitudes. Vers la frontière algérienne 
apparaissent les loulïes sombres de l'alfa et les déhris d'ancieinies 



DigitizsdbyGOO'^le 



lorêts. Le caractère intermittent de la véffétation est <Iù à la rareté 
fies pluies autant qu'à leur mauvaise réparlitionau cours de l'année. 
Et pourtant, celte région fut autrefois florissante; les ruines ro- 
maines et byzantines y uliondent, témoignant des per'sévérants ef- 
forts de nos prédécesseurs pour corriger l'œuvre de la nature et 
tirer parti d'un sol ingrat. Nulle part on ne relève plus de traces de 
travaux hydrauliques, plus de vestiges anciens propres à exciter la 



OASIS DR TATAKOUINB 



curiosité, tels que CiUiiiin, Aquie Ref/tu; Thcleptc. Suff étala et tant 
d'autres cités dont nous ne connaissons même pas le nom. 

Pour pénétrer dans la région saharienne on peut passer par 
Gafsa, qui en garde l'entrée vers l'ouest, ou par Gabès, qui en est 
la porte orientale. Entre ces ileux oasis s'étend un pays dont la ca- 
ractéristique est l'extrême rareté des pluies ; à peine si, dans le voi- 
sinage de la mer, où le climat est un peu adouci, l'on compte 200 
millimètres d'eau par an. Sur la rive droite du choit El-Djerîd, à 
Tozeur et à Nefla.on ne dépasse guère ISO millimètres. A l'abri 



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des palmeraies, l'hiver est délicieusement tiède et les étés moins 
cuisants ; mais sur les hamada pierreux et dans les sables de VErg 
les variations de température sont très brusques. Sous l'action des 
intempéries, le sol se désagr^e et la roche s'eHi'ite en particules 
ténues, qui au moindre vent se mettent en marche pour recouvrir 
les cultures entretenues avec tantdesoin autour des sources jaillis- 
santes. Alors la défense s'oi^nise,'" car toute la vie est concentrée 
dans les oasis, c'est-à-dire sur les points où l'eau permet à la vé- 
gétation de déployer toute sa magnificence. 

Si les conditions générales de température sont à peu près par- 
tout les mêmes dans le Sud tunisien, on peut cependant reconnaître 
quelques régions di^îtinctes. Rien ne ressemble moins au dos de pays 
formé par la chaine des Matmata que la l'égion des Chotts avec 
son chapelet d'oasis et ses lagunes d'eau saumàtre. Ni l'une ni l'au- 
tre de ces deux régions ne saurait davantage être comparée au)L 
ondulations du grand Erg oriental. Même au désert, on retrouve 
donc cette variété d'aspects qui est une des caractéristiques du 
paysage tunisien ! 

De ce qui précède, il résulte aussi qu'il y a une grande diver- 
sité de climats dans la Régence. On a pu dire avec raison que de 
Gabès à Tabarca on pouvait distinguer tontes les nuances inter- 
médiaires entrele climat saharien et le climat médilerr-anéen. D'une 
manière générale, c'est dans les régions où il tombe au moins 500 
millimètres par an que les cultivateurs doivent surtout chercher à 
s'établir. Quant à t'hiverneur, il peut tronvor soit dans les oasis, 
soit sur le littoral, la température douce et suffisamment régulière 
si recherchée <les hommes du Nord. A Sousse, à Nabeul, à Tunis, 
les pluies ne sont jamais assez froides poui- arrêter la végétation, 
et nulle région d'Europe ne connaît les belles journées ensoleillées 
qui font le charme de nos cités tunisiennes. 



m Sous la direction des agents forestiers passés maîtres en l'art do fixer les 
dunes par des plantations d'arbustes aux racines longues et résistantes à la sé- 
cheresse. 



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CHAPITRE II 
L'Evolution historique 

Barbèros et Phéniciens. — La domination carlhiginoise. — La conquête ro- 
maine. — La ciriliiation romina-berbdre. — Vandales et Byzantins. — L'ei- 
pansion miuDlmane. — Lea réactions berbères. — La croisade espagnole et 
la barbarie tnrqne. — Avènement des Hnsielnites. — Décadence de la Tuni- 
sie beylicale. 

On a dit de la Tunisie qu'elle était le pays des ruines. Peu de ré- 
gions offrent, en effet, à l'archéologue et au savant un champ d'ex- 
plorations plus riche en vestiges des civilisations anciennes : tem- 
ples, palais, aqueducs sont encore debout jusque sur tes confins 
du désert, et il n'est guère d'endroit où sur la pierre rongée par le 
temps n'apparaissent des traces d'inscription marquant l'établis- 
sement des colons de Phénicie ou de Rome en quelque coin de 
terre aujourd'hui abandonné. Parfois, il suffit de gratter le sol pour 
ramener au jour ces mille bibelots chers aux numismates, pour 
retrouver intacts les pavements en mosaïque qui faisaient l'orne- 
ment des villas africaines, pour découvrir l'emplacement des vastes 
nécropoles riches en tombeaux garnis de leur funèbre mobilier. 

En étudiant et en restaurant les plus remarquables de ces monu- 
ments anciens, en créant des musées comme ceux du Bardo, de 
Carthage ou de Sousse, le Service des Antiquités a permis de re- 
constituer l'histoire du pays tunisien, tant de fois bouleversé par 
les guerres et les révolutions, mais dont les habitants indigènes, 
d'origine berbère, toujours semblables à eux-mêmes, se sont re- 
nouvelés sans que les conquérants étiangers soient parvenus à 
modifier sensiblement leurs caractères distinctifs. Une promenade 
dans la Régence, et toute leur histoire se déroule à nos yeux. Sur 
un sol fractionné en une multitude de petits cantons géographi- 
ques, les Berbères devaient forcément vivre en tribus isolées lea 
unes (les autres; les divisions intestines seront la règle, l'entente 
sera l'exception. Ainsi s'explique la série des dominations succes- 
sives, la violence des mouvements de réaction, le caractère éphé- 
mère des victoires nationales. 



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Aux àyes loiiiliiins iippiiniis,-^eiit les pharaons égyptiens tlont lii 
lt''j>(;iu!o, à ilôfiiiil de l'histoire, si;rniite la domination sur le Djerid, 
le pays des dattiers d'El-Karaoun. 

Les Phéniciens viennent ensuite et couvrent la côte tunisienne 
de comptoirs (emporta) protégés par des campements forti liés. Tel le 
est l'origine de Tunis, Soiisse, Rizerte. Des Tyiien^ exilés fondèrent 
au IV siècle Carlhage, n la ville nouvelle », qui commença l'exploi- 
tation méthodiquedupays. Au vi" siècle, elle dominait déjà le bassin 
de la Méditerranée oxidentale, et so:i nom était connu au delà du 
détroit de Gibraltar. 

Le trait essentiel de cette expansion est la conquête à main 
armée. Les Carthaginois ne se bornent plus, comme les premiers 
colonisateurs phéniciens, à établir paciliquement des comptoirs le 
long du littoral et à vivre au mieux avec les populations indigènes. 
Menacés par le développementde la race grecque, obligés de lutter 
pour vivre et ponrs'étendre, ils s'avancent l'épée à la main, Forcent 
leurs concurrents à leur faire place on CyréiKUiiucetâ abanduimer 
la liélique, les poursuivent dans le goM'edu Lion, à Maisei Ile, s'ins- 
tallent en maîtres absolus aux Haléareseten Sari laigne, conservent 
une situation prépondérante en Sicile, monopolisent le commertc 
des SyKes et de tous les produits veinis du Soudan jusqu'à la mer. 
Les bénéfices obtenus furent employés à Iransformei' la Tunisie du 
Nord en une vaste ferme où les lîerbères travaillaient, sous le bâ- 
ton du maître, à accroître la puissance économique de (arlliage. 
ISois de construction ou de luxe, Iruils, vins et céréales étaient les 
principaux éléments du commerced'exporlalion. Plus tard, quand 
Annibal eut propagé la culture de l'olivier, la production agricole 
devint encore plus intense et le négoce plus actif. De leure voyages 
en Egypte et aux îles grecques, les marins carthaginois rappor- 
taient volontiers de beaux vases corinthiens, des statuettes fine- 
ment découpées, des parures d'or et d"ai'gciit. Le goût s'en répan- 
dit de bonne heure dans la société punique. Uient()t les arlisans 
locaux se mirent à fabriquer eux-niètnes des bijoux, de.s bagues, 
des colliers en or, des ligurincs et des masipies. Ils imitaient les 
formes égyptiennes et grecques. La bimbelotciic devint à Oarlliage 
une industrie nationale. On retrouve aujourd'hui tous ces objets 



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en fouillant les abords de la colline de Byrsa ; ce sont les seuls 
spécimens de l'art plastique chez les Phéniciens de l'Afrique du 
Nord. Nous ne savons pas si ces lointains devanciers ont sculpté de 
f,'randes et belles statues, nous ne connaissons pas l'ornementation 
de leurs palais. L'œuvre de destruclion des Romains a été si com- 
plète qu'on n'aperçoit même plus les assises de la triple rangée de 
fortifications dont parlent les liistoriens. 

Non loin des deux flaques d'eau connues sous le nom de ports 
de Carlhage, quelques traces de quais sont encore visibles, mais on 
chercherait vainement l'arsenal d'où sortirent les flottesde la grande 
ville. Un pendant de collier en or, trouvé dans une tombe, porte. 



gravée en lins caraclèi-es phéniciens, une dédicace à Âstarté-Pyg- 
malion ; d'autres inscriptions en l'honneur de Tanit ou de Baal ont 
été mises au jour, mais plus rien ne subsiste des temples immenses 
évoqués parGustave Flaubert. Pcricie eliam rnbia-! 11 afallu creu- 
ser profondément les nocrupules pour pouvoir se rendre compte 
des conditions d'existence <le la société punique. Avec le mobilier 
des morts on a pu reconstituer l'histoire des vivants. Les tombes 



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sont, il est vrai, singulièrement riches, renfermant des bagues, des 
colliers en or, des bracelets, vrais trésors où apparaît tout le réa- 
lisme de cette race de marchands cossus, dépourvus d'un génie 
créateur puissant, mais merveilleusement aptes à imiter les types 
de l'Orient égyptien ou grec. Leur unique préoccupation était évi- 
demment de fabriquer tout ce qui était d'une bonne vente et ré- 
pondait au goût dominant de ceux avec lesquels ils faisaient com- 
merce. 

Et c'est ainsi que l'esprit d'aventure de ses commandants d'es- 
cadres, le souple génie de ses commerçants et de ses industriels 
firent peu à peu de Carthage la première puissance maritime du 
monde ancien. Pour être durable, cette prospérité aurait eu besoin 
d'être étayée par un gouvernement solidement constitué. Or, l'au- 
torité des deux sullètes, assistés du Sénat et du Conseil des Cen- 
tumvirs, ne fut jamais assez forte pour empêcher les émeutes po- 
pulaires de mettre un terme aux rivalités de puissantes familles 
telles que les Hannon et les Barca. 

D'autre part, les troupes mercenaires pouvaient être un excel- 
lent instrument de conquêtes entre les mains d'un chef habile, 
mais en cas de péril, au dedans comme au dehors, elles étaient 
souvent plus dangereuses qu'utiles. Enfin, les dures conditions 
qu'elle avait imposées à ses sujets berbères ne permettaient pas à 
Carthage de compter sur leur fidélité. 

Quand les rudes agriculteurs du Latium se présenteront pour 
disputer aux Phéniciens l'empire de la Méditerranée, toutes ces 
causes de faiblesse agiront. Un siècle de luttes (26M40) et le génie 
d'Annibal ne pourront avoir raison de la patiente obstination des 
Romains. Carthage sera détruite et les vainqueur, « s'emparant de 
ce coin du globe, le marqueront d'une empreinte ineiïaçable «, 

Les indigènes avaient pris une part active aux guerres puniques. 
Un grand nombre d'entre eux avaient même suivi Amilcar et 
.A^nnibal dans leurs lointaines expéditions, mais le sentiment qui 
dominait toujours dans les campagnes africaines, c'était la haine 
de Carthage. On le vit bien tors delà révolte des mercenaires, peut- 
être fomentée par des chefs berbères, et qui fut, en tout cas, en- 
couragée et soutenue par les guerriers des tribus. Dans leur désir 



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de ruiner la cilé détestée, ilssuivirentavecenthousiasmeMassinissa 
qui parvint à établir son empire sur une grande partie de la Tuni- 
sie actuelle. Rome encouragea le prince indigène et lui donna les 
Etals de Syphax, sachant bien qu'il lui serait toujours facile, après 
la chute de Cartilage, de faire renaître les vieilles rivalités des tri- 
bus berbères. Jugurtha comprit la tactique des nouveaux maîtres 
de l'Afrique et fit tous ses elïorts pour maintenir les indigènes de 
l'Est unis sous son autorité. A force d'énergie, il parvint à retarder 
pendant quelque temps les progrès de généraux habiles comme 
Metellus.Marius et Sylla; puis,livré à ses adversaires parla trahi- 
son de Bocchus, il périt misérablement dans les cachots du Tul- 
lianum. Les vainqueurs hésitaient cependant à s'enfoncer plus 
avant dans cette montueuse Numidie où les légions avalent eu 
tant de peine à triompher d'un insaisissable ennemi, mais la né- 
cessité de protéger les premières conquêtes amena une série d'ex- 
péditions invariablement terminées par un agrandissement terri- 
torial. Bientôt les princes berbères eux-mêmes devinrent les 
principaux instruments de l'expansion latine. Le plus célèbre 
d'entre eux, Juba H, fut chaîné de gouverner au nom de Rome 
l'immense terrîtoii'e correspondant à r.\Igérie et au Maroc actuels. 

Trop voisine de l'Italie pour ne pas subir le contre-coup des 
événements politiques qui bouleversaient la péninsule, l'Afrique 
fut comme un champ clos où tes partisans de Marins et de Sylla, 
de Pompée et de César, vinrent vider leurs querelles. Avec Au- 
guste, le calme se rétablit et l'œuvre de colonisation fut poursuivie 
désormais sans interruption. Carthage redevint plus belle que ja- 
mais, et pendant deux cents ans ta tranquillité de la Tunisie ro- 
maine fut à peine troublée par quelques révoltes de montagnards 
berbères ou de nomades sahariens. Les grands coups d'épée se 
donnent au pays des Maures de l'ouest, sur les hauts -plateaux 
algériens, dans les vallées tourmentées de la Numidie. C'est là, du 
reste, que campaient les soldats de la IIl» légion Auguste et les 
troupes auxiliaires chargées d'assurer aux Africains les bienfaits 
de la paix romaine. 

A l'abri d'une zone militaire aussi fortement constituée, la Pro- 
vince proconsulaire se développait sans être inquiétée, et, quand 



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l'empereur Hadrien vint la vi3iter,en 129,11 put constaLer combien 
elle était prospère. Sous la haute surveillance du proconsul rési- 
(laiit à Cartilage, les chefs indigènes continuaient à diriger leurs 
tribus, et dans les villes, peuplées surtout de Romains et d'hommes 
de race punique, fonctionnait une administration analogue au 
système actuellement en usage dans la Régence. C'était un véri- 



table protectorat. Partout, dans les campagnes, des travaux d'irri- 
gation entretenaient le bon état des cultures, et la Tunisie avait 
vraiment un aspect riant avec sa capitale peuplée de cinq cent 
mille habitants, ses nombreuses villes et villages, ses gramles cul- 



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— 31 — 

tures de céréales el de viynes dans le Norii, son immense janliii 
d'oliviers dans le Centre, sesverles oasis dans le Sud. l'Iiis d« six 
millions d'Iiabitmts vivaient sur le sol ainsi transformé. 

Ouvriers ;ui sei'vico de l'empereur, grands propi'iétaires ayant 
ù leur disposition une armée d'esclaves, vétérans et ausi iaires des 
légions, tous contribuaient au bien-être général. Les produits de 
la colonisation agricole parvenaient au littoral par l'admirable ré- 
seau des voies tracées dans le triangle de Cartbage,TébessJ, Sfax. 
La bourgeoisie des villes, enrichie par cet incessant mouvement 
d'échanges, consacrait à l'embellissement des cités une partie de 
ses richesses. Partout la vie municipale brillait d'un vif éclat. Gar- 
thage faisait bâtir l'immense aqueduc qui devait lui amener les 
eaux de Zaghouan et ornait ses places publiqt>es de statues el de 
monuments divers. Sbeitia nous offre encore le spectacle de son 
temple trigéminé, et Dougga (autrefois Thiii/ga) son théâtre, l'e- 
marquable par l'élégance de ses proportions. L'amphitliéàire d'F.l- 
Djem, rendez-vous de fêtes pour les babit;uits d'un grand nombre 
de villages voisins, étonne par sa massive ampleur. Enfin, la mai- 
son princière des La berii, découverte à Oudna, montre quoi souci 
d'élégance avaient les riches citoyens de l'.Vfrique romaine. On a 
transporté au musée du Bardo un grand nombre de mosaïques, 
slatues, motifs divers de décoration attestant les goûts artistiques 
des Africains. On sait aussi que Carthage devint un centre d'études 
liltéraiies el scientifiques d'une grande réputation. La poésie y fut 
représentée par Manilius, auteur i\es AslroiioiniquaJ'é'.oiimmcc 
par Fronlon de Cirl.i, Ihistoire pjr Florus, la crili((ue par Apolli- 
naire de Carthage, les mémoires par Aulu-Gelle, le célèbre auteur 
des Nuiis altiques. Apulée de Madaura résumera par l'iuiiversa- 
lité de ses connaissances tous les défauts et toutes les qualités du 
génie africain. Au m» siècle, avec le poète Némésien de Carthage, 
les gr.immairiens Térentien le Maure, Juba, Nonius de Thubursi- 
cum, on sent déjà la décadence. Les rhéleurs du iv« siècle, Vic- 
lorin,Servius le Maure, Aurélien Victor,n'onl plus les grands suc- 
cès des précédents orateurs. Les deux noms de Macrobe, poète et 
grammairien, et do Mnrtianus Capella, qui exagère tous los proré- 
désd'Apulée,fermenllasérie des auteurs païens d'Afrique. Du côté 



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des chrétiens, quelques noms aussi ont survécu : Tertallien, saint 
Cyprien et surtout saint Augustin, le grand évêque d'Hippone. 

L'apparition de ces docteurs de l'Église coïncide avec la déca- 
dence du régime administratif romain. Les querelles de religion 
viennent compliquer une situation <Iéjâ difficile, et l'on voit par 
exemple rélection d'un évêque de Carthage (311) donner nais- 
sance à l'hérésie des donatistes, qui provoque en Afrique une 
effroyable crise. Les fanatiques du parti, sous le nom de Circon- 
cellions, rêvent l'égalité complète entre les hommes et parcourent 
les campagnes en détruisant les propriétés et en égorgeant les ca- 
tholiques. La querelle religieuse, transformée en une guerre so- 
ciale, dura pendant tout le ive siècle. Puis le triomphe de la mo- 
narchie absolue porta un coup terrible au protectorat romain en 
ruinant l'autonomie des cités et en accablant de charges fiscales 
les propriétaires fonciers. 

.\u début du v« siècle, l'invasion des Vandales, appelés d'Es- 
pagne par le propre gouverneur de CarIhage.Ie comte Boniface, 
achève cette œuvre de ruine, marquée par la prise d'Hippone et 
la mort de saint Augustin (23 août 430). Les perséculions contre 
les catholiques redoublent d'intensité. Pourtant, malgré son aria- 
nisme farouche, Genséric conserva un certain respect des institu- 
tions romaines, montra même quelques qualités d'administrateur 
et mourut en pleine gloire (477). Sous ses faibles successeurs, les 
Berbères, qu'il avait su contenir, relèvent la tête, et alors com- 
mence une période de troubles graves qui amèneront l'interven- 
tion de l'empereur d'Orient, Justinien, et la reprise de l'Afrique 
sur les Barbares par le fameux Bélisaire (534). 

Le nouveau gouvernement parvint à pacifier momentanément 
le payf;, grâce aux efforts du sage et vaillant Solomon ; mais les 
Byzantins, bons ingénieurs et valeureux soldats, se montrèrent en 
général assez médiocres administrateurs. Tout en prétendant con- 
tinuer les traditions romaines, ils firent plus souvent appel à la 
diplomatie qu'à la justice et ne comprirent pas suffisamment la 
nécessité d'une bonne organisation financière et d'une juste ré- 
partition des impôts. Le château de Lemsa et nombre d'autres 
forteresses qui se dressent encore sur le sol tunisien témoignent 



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de l'activité qu'ils apportèrent à l'œuvi-e tie protection dn plat 
pays, mais indiquent aussi l'état d'insécurité et la turbulence des 
tribus berbères. Pendant quatorze années (538-^2), Jean Troglila, 
adaptant aux nécessités du moment la tactique, l'administra lion, 
l'agronomie des Romains, parviendra à conjurer les elïets des 
crises intérieures. Après lui l'autorilé impériale, menacée par les 
indigènes, est absolument méconnue. Quand les Arabes, conduits 
par Abdallah, envahissent la province, ils trouvent un pays en 



pleine révolte et battent facilement le patries (.Irégoire, qui venait 
de prendre la pourpre à Sbeïtia (647). « Ce jour mémorable, a-t-on 
dit justement, marque la lin du règne de l'esprit latin sur la teire 
d'Afrique. > 

De la fondation de Kairouan par Sidi Okba ((iOi)) date la prise 
de possession défmitive de Tlfrikia par les Arabes. En vain les 
lîerbères, un instant réunis sous l'autorité de la Kahena, reine deï; 
tribus de l'Aurés, font le vide devant l'ennemi, détruisent systé- 
matiquement les cultures, ruinent les villes et les bourgades. Ijjs 
progrès de l'islamisme sont si rapides que le prochain mouvement 



DigitizsdbyGOO'^le 



— 34 — 

de réaction indigène sera dirigé par des musulmans, les hérétiques 
kharedjites(741). Toutefois, le fond de la population étant toujours 
berbère, les liens unissant l'Ifrikia aux khalifes se relâchèrent 
peu à peu et, avec les Aghlabites,une véritable dynastie nationale 
s'installa à Kairouan (800). Ce fut l'époque de la splendeur de la 
métropole musulmane de l'Afrique du Nord. La grande mosquée 
de Sidi-Okba, complètement refaite, devint un des beaux spécimens 
de l'art arabe, et d'immenses réservoirs, connus sous le nom de 
Maiijel-el-Kebir ou bassins des Aghiabiles, retinrent les eaux 



ANOENNES CITERNES 



nécossairesà l'alimentation de la cité. Au bazar vinrent s'accumuler 
les produits variés du Maghreb et du Soudan. Une renaissance 
littéraire et scienlillque se produisit, et l'on vit à Kairouan les 
jurisconsultes, constitués en une sorte de parlement municipal, 
conseillant parfois le prince sur la direction des affaires étrangères 
et contre-bal ançant l'influence du a djund b, c'est-à-dire des corps 
militaires. 

Au début du x* siècle, Kairouan, tout en conservant son pres- 
tige de ville sainte, est remplacée comme centre administratif par 
Mahdia (916). La nouvelle capitale avait été fondée par Obeïd Allah, 
l'apùtre des Berbères chiites ou partisans d'Ali, qui avait renvereë 
le pouvoir des Ayhlabites et constitué à son profit la dynastie des 



DigitizsdbyGOO'^IC 



-35- 

Fatemides. Malgré l'état troublé de rArrique,le Mahdi et ses suc- 
cesseurs se préoccupent davantage des choses méditerranéennes et 
comprennentrimportanceduUttoraltunisien.L'und'eux,ËlMoëzz, 
parvient même à s'implanter dans le delta du Nil, où il élèvera la 
grande citadelle d'Ei-Kahera, « la Victorieuse », berceau de la ville 
actuelle du Caire (969). 

L'Egypte devient alors le siège de la puissance fatemide, et la Tu- 
nisie n'est plus qu'une province de l'empire aux tnainH des Berbères 
Sanhadja, sous le commandement des Zirides. C'est le triomphe ab- 
solu de la réaction berbère poursuivie sans relâche contre les con- 
quérants arabes (971). Et c'est aussi l'époque où l'on peut signaler 
sur toute l'étendue du territoire tunisien une reprise d'activité éco- 
nomique intéressante à constater. Les villes importantes comme 
Sfax, Sousse, Mahdiu, Kairouan sont le siège d'une industrie et d'un 
commerce actifs. On y tisse la laine et la soie, on-y foule les draps 
mieux qu'à Alexandrie, et on y fabrique des essences à parfums, 
des armes et des harnachements de luxe, des poteries fines, spé- 
cialité de Tunis. L'agriculture devient florissante; non seulement 
les céréales et les légumes, mais encore les cultures arbustives, oli- 
viers, dattiers, bananiers, canne à sucre sont l'objet de soins spé- 
ciaux. Aussi les ports, notamment Gabès et Mahdia, reçoivent la 
visite de nombreux navires. La Tunisie, repliée sur elle-même de- 
puis l'invasion arabe, participe davantage à la vie méditerranéenne. 

Cet essor est complètement arrêté par l'invasion des Arabes no- 
mades des tribus de llilal etSoleîm lancés sur ta Tunisie par le 
khalife d'£^ypte,EI Moëzz, désireux de punir son vassal rebelle 
(1053). S'abattant sur le plat pays comme une nuée de sauterelles, 
dit l'historien berbère Ibn Khaldoun, ils pillèrent Kairouan, détrui- 
sirent ses monuments et forcèrent une partie de la population ber- 
bère à se réfugier dans ia montagne, tarissant ainsi pour des siècles 
les sources de la prospérité. L'affaiblissement des Zirides, réduits 
à quelques cantons autour de Mahdia, et le morcellement du pays 
en principautés autonomes, comme celle des Beni-Khoraçan à 
Tunis, furent les conséquences immédiates de cette invasion. L'in- 
térieur du pays devint presque inhabitable pour les agriculteurs 
sédentaires. Toute la vie économique se concentra désormais dans 



DigitizsdbyGOO'^le 



les villes du littoral, mieux protégées contre les excès des pasteurs 
arabes. I>a mer restnnt la seule ressource des citadins, les ports se 
transformèrent en d'audacieux repaires de pirates provoquant les 
représailles des Pisans et des Génois, amenant l'établissement des 
Normands de Sicile dans tout le Sahel liniisien (-1135), 

Domination éphémère, du reste, car une nouvelle secle, celle des 
Almolinde5,allaitbientdt,grâce au génie du grand conquérant Abil 
ci Moumen, conslilner au profit des Berbères un vaste empire qui 
réunira bous un même sceptre toutes Ijs dynasties tlu Maghreb, 
mettra fin aux pillages des nomades et chassera les Normands de 
Mahdia (H60). 

1^ nouveau Cbarlemagne eut des successeurs trop faibles pour 
pouvoir maintenir leur autorité sur un aussi vaste territoire, et la 
Tuni3ie,englobée bon gré mal gré dans cet empire, s'en détacha dès 
les premières années du xiiie siècle. En 1228, son gouverneur al- 
mohade, Abou Zékériu le [lafside, se proclama indépendant et de- 
vint chel d'une <lynastie qui se maintint au pouvoir pendant plus 
(le trois cents ans. L'épisode le plus connu de l'iiistoire des lîeni- 
tlafs est la lutte qu'ils eurent à soutenir contre saint Louis, mort à 
Cartilage en 1270. Il ne faut cependant pas oublier que ces princes 
tunisiens contribuèrent au développement d'une brillante civili- 
sation, en groupant autour d'eux les artistes et les jurisconsultes 
accourus à leur appel de tous tes points du monde islamique. Ibn 
Khaldoun parle avec enthousiasme de la réunion d'hommes distin- 
gués «venus s'abritera l'ombre de la puissance dessultans hafsides». 
Il célèbre les magnificences de la cour de Tunis et se ptaità décrire, 
en une langue imagée, ces jardins du Bardo où le caprice des sou- 
verains avait mêlé à une forêt d'arbres à fiuits les diverses variétés 
d'arbrisseaux sauvages, tels que le jujubier et le tamarin, t tout cela 
disposé de manière à former de chaque espèce un groupe à part». 
Sous la verdure couraient les eaux amenées par l'aqueduc de Za- 
gliouan à Carthage.li'i et là se dressaient desportiquesornés d'ara- 
besques ouverts sur des pavillons de marbre aux plafonds finement 
ciselés. Tunis surpassait alors Le Caire et étonnait les étrangers par 
les vastes dimensions d'une enceinte fortifiée qui englobait les fau- 
bourçs Bab-al-Djazira et Uab-Souika, divisant la ville en trois com- 



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partimenls où cent mille liabitants élaient répartis en quartiers dis- 
tincts selon leur religion ou leur rang social. Les grands seigneurs 
se plaisaient surtout à Halfuouine.dans le faubjur^deBab-Souiku. 
l'iusieurs oncles et parents des sultans y possédèrent de belles de- 
meures. A la lin du xv^ siècle, quelques riches palais turent aussi 
construits dans le voisinage de la zaouïa du vénéré marabout Sidi 
ben Arous. Les gens de moindre importance, mêlés à la bourgeoisie 
aisée, habitaient non loin de ta Djamaà-ez-Zitouna.Us formaient le 



quartier des libraires, centre du commerce des manuscrits reliés 
et dessinés par les premier.-! artistes de l'Islam. 

Mais Tactivité commerciale était surtout grande dans les souks, 
étranges rues voûtées, où les caravaniers du Darfour et du Soudan 
venaient échangerdireclement leurs produits contre les marchan- 
dises d'Europe. Le souk des Parfums, dont on attribue la fondation 
à Abou Zékériii, mort en 1-249, était aux mains d'une aristocratie 
privilégiée à peu près exempte de toute imposition. En revanche, 
les néKociants du souk au Savon payèi-eiit leur monopole 0.000 di- 
nars (fW.OOO francs) jusqu'au jour où le sidtan Abou Farès décréta 



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— 38 — 

la libre fabrication de ce produit el fit à diverses corporations de 
fortes remises d'impôts. 

Les négociants Israélites eux-mêmes ne furent jamais séiieuse- 
ment inquiétés par les représentants de cette dynastie musulmane. 
On se borna à leur imposer le séjour dans le quartier voisin de la 
mosquée de Sidi-Mahrez. Semblable mesure était prise, du reste, à 
l'égard des Européens déjà installés en Tunisie. Ils étaient répartis 
en un certain nombre de fondouks, de manière à être plus facile- 
ment surveillés, mais ils pouvaient se Uvrerau commerce en toute 
sécurité, et il semble bien que l'expédition <le saint Louis ne trou- 
bla guère leurs bonnes relations avec les autorités locales. 

On a retrouvé des lettres échangées entre des négociants chré- 
tiens et de riches Tunisiens contemporains des Hafsides. Elles ne 
laissent aucun doute sur les bonnes dispositions réciproques et té- 
moignent du degré de culture intellectuelle auquel était parvenue 
ta bourgeoisie de Tunis. 

Si les études étaient fort en honneur dans la capitale, c'est que les 
sultans avaient l'habitude de prendre des conseillers érudits et de 
prodiguer les marques de considération aux professeurs chaînés 
d'enseigner dans les mosquées. On sut bientôt qu'un ancien élève 
de la Djamaà-ez-Zilouna pouvait devenir grand-cadi, secrétaire de 
chancellerieelduparaphe,cadidesmarlages,chefdelaville(hilkim), 
préposé à la noblesse, inspecteur des biens habous, et l'on se pré- 
cipita en foule sur les bancs d'une université dont l'enseignement 
conférait tant de privilèges. Il fallut agrandir les salles d'étude et 
créer des bibliothèques renfermant des ouvrages de théologie, de 
philosophie, médecine, calcul, histoire et belles-lettres. Le sultan 
Abou Zékéria voulut inaugurer lui-même,en 1233, la mosquée de 
lacasba.qui dresse encore au-dessus des remparts de la vieille for- 
teresse son élégant minaret. La construction d'une mosquée dans 
le faubourg de Bal-al-Djazira, la restauration de la mosquée Ëz-Zi- 
louna, l'établissement de nombi-euses fontaines monumentales, di- 
vers autres travaux d'utilité publique achevèrent la transformation 
de la capitale. 

Malheureusement, la Tunisie ne semble pas avoir beaucoup pro- 
fité de toutes ces améliorations. Deriière cette brillante façade se 



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cachait un pays ravagé par les lulles continuelles entre les descen- 
dants des Arabes hilaliens et tes tribus berbères. Quelques princes 
énergiques, Abou Zékéria, El Mostancer, Abou Farès réussirent à 
conserver une autorité précaire sur les turbulentes populations de 
l'inlérienr; mais, après eux, les troubles renaîtront plus violents 
que par le passé; aussi Tunis cessera bientôt d'être la métropole in- 
tellectuelle de l'Islam. A la fin du xvi« siècle, elle n'est plus qu'un 
repaire de redoutables pirates. 

Le mat est d'ailleurs général dans toute l'étendue de la Méditer- 
ranée, et les corsaires turcs sont déjà assez forts pour entreprendre, 
sousie commandement de Kheîr Ëddine dit Barberousseita conquête 
de l'Afrique du Nord (1514). Les Espagnols, qui avaient franchi le 
détroit de Gilbraltar pour tenter un suprême elTort en faveur du 
christianisme, s'opposent à la marche des Turcs. On se bat d'abord 
autour d'Alger,puis Kheïr Eddine, profilant du désarroi, chasse de 
Tunis le souverain hafside et s'installe à sa place (1534), étendant 
successivement son autorité sur tous les points importants du lit- 
toral, poussant même des pointes audacieuses contre les groupe- 
ments indigènes de l'intérieur. 

La création d'un empire africain par un pirate turc alarma Cliar- 
tcs-Quint, qui prit en main la cause des Hafsides et délogea Khclr 
Eddine de Tunis (15^). Celte expédition eut surtout pour résultat 
de rendre les Turcs sympathiques à la population et de provoquer 
contre les chrétiens un vif mouvement de réaction. Le gouveiiic- 
ment espagnol fut sans iniluence sur les tribus de l'intérieur et 
n'exerça guère son autorité au delà de la banlieue de Tunis. Le 
littoral resta, comme par le passé, au pouvoir des corsaires, dont 
le plus célèbre, Dragut.iniligea aux Espagnols une sanglante dé- 
faite en rade de Djerba (I5()0). Don Juan, le vainqueur de Lépante, 
ne réussit pas à rétablir cette situation compromise. Les Turcs par- 
viennent, en 1574, à chasser définitivement leurs adversaires du 
territoire de la Régence, dont ils prennent possession au nom du 
sultan <le Constantinople. 

Devenue un simple pachalik, la Tunisie fut dotée d une organi- 
sation extrêmement compliquée. A coté du pacha représentant le 
sultan, une révolution militaire plaça bientôt un dey, assisté d'un 



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— 40- 

conseil ou «divan^ formé d'anciens officiers. Les deux principaux 
personnages de celte assemblée étaient le kaptane, chatjfé de la 
marine, et le bey, commandant les troupes de terre. Les uns et les 
autres étaient en réalité sous la dépendance de la milice des janis- 
saires et de la a tailla» desreîs oucapitaiues corsaires. Ix résultat 
lie cet enchevêtrement de pouvoirs fut tout d'abord la méconnais- 
sance absolue de toutes les conventions internationales et le déve- 
loppement inouï de l:t piraterie au xviF siècle. A l'intérieur, l'em- 
ploi de la force parut le seul moyen de gouveiner, et les populations 
furent durement traitées. Enfin, les luttes d'influence entre les deys 
et les beys eurent pour résultat la conslilulion en tribus indépen- 
dantes des grandes familles arabes et berbères. De là des contes- 
tations perpétuelles entre Algériens et Tunisiens et les maux de la 
guerre étrangère venant s'ajouter aux discussions intestines. 

La famille de Mourad donna à la Régence un certain nombre de 
lieys intelligents etactifs, notamment Hamouda, qui quitta volonlai- 
reinent le pouvoir en 1663, sans être parvenu à empêcher les iritii- 
;fnes de palais et sans avoir pu réformer les mœurs administratives. 
La prépondérance des beys eut cependant pour conséquence le 
maintien de relations courtoises avec la France et l'observatian 
plus stricte des traités de paix et de commei-ce. En outre, les beys, 
suivant la tradition des princes hafsides, contribuèrent à l'embel- 
lissement de Tunis et atténuèrent dans une certaine mesure les 
désastreux ellets de l'occupation turque. Véiitiibjes maires du pa- 
lajs, ils furent en même temps représenlanls de la Porte Ottomane 
dans la Régence. Dès lors, il est facile d*; pi'évoir une double révo- 
lution : d'abord le remplacement du dey pai- le bey, puis la rupture 
des rapports de vassalité avec le sultan de C'.unstaiitinople. 

t.'.e double événement se produisit à l'occasion d'une guerre 
contre les Algériens, où l'agba des janissaires, Hussein ben .\li, 
joua un rôle prépondérant et en profila pour s'emparer du pouvoir 
(1705). Il devint pacha, dey et bey, ce dernier litre servant désor- 
mais seul à désigner le chef investi de la plénitude de l'autorité. Le 
sulliinde Constantinople ayant laissé celte révolution s'opérer sans 
intervenir, la Tunisie se trouva, en fait, politiquement indépen- 
dante. 



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LA FORTB lOlUlIIB DC lAOHOCÂN 



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Homme énergique et constant lians ses desseins, Hussein beii 
Ali (ITOS-ITW) déclara le pouvoir héréditaire dans sa fanfiille et 
I réussit à asseoir sur ce terrain mouvant une autorité régulière el 
à ébaucher une administration qui, à plusieui's reprises, n'a man- 
que ni de lumières, ni surtout de bonne volonté ». Il s'efforça d'en- 
tretenir de bonnes relations avec les puissances étrangères, tout 
particulièrement avec la France. Il ne put cependant enrayer le 
développement de la piraterie et ne fut jamais assez fort pour con- 
traindre les Berbères montagnards des Ousselat ou de Khroumirie 
à respecter le nouvel ordre des choses. Des querelles de famille 
vinrent assombrir ses dernières années, et il périt de la main d'un 
de ses proches. 

Le règne de son neveu Ali-Pacha (1740-1756) n'est qu'une réac- 
tion violente contre la politique extérieure et intérieure du fonda- 
teur de la dynastie hnsseînite. C'est un retour aux pires excès de 
l'administration turque. Les .Mgériens deviennent plus arrogants 
que jamais et pillent Tunis de fond en comble (1756). II fallut toute 
la bonté de Mohammed (1756-1759), fils d'Hussein, pour répaier 
les maux de l'invasion. Ali-Eey (1759-1782) replaça les diverses 
parties du territoire tunisien sous l'autorité beylicaleetse préoccupa 
de développer l'agriculture el l'industrie en favorisant les planta- 
tions d'oliviers du Sahel. Une sécurité relative régna dans le pays, 
et tes relations avec les puissances étrangères furent cordiales, 
malgré une rupture momentanée avec la France. D'un caractère 
fantasque el dur, Hamouda (1782-1814) se montra néanmoins poli- 
tique avisé, instruit des besoins et des intérêts véritables de son 
pays. Son attitude àl'égard des Algériens fut toujours ferme (1807), 
et il sut conserver «la bon ne correspondance i> avecles divers gou- 
vernements qui se succédèrent en France. Il s'atîranchit de la ty- 
rannie des janissaires en les faisant tous massacrer (1811) et fit 
respecter son nom par les tribus nomades de l'intérieur. 

Son lils Otliman ne lit que passer sur le trône et fut, au bout de 
quelques mois, remplacé par Mahmoud, petit-fds de Hussein (1814- 
1824).C'est à cette époque que la longue rivalité entre les Régences 
deTunisetd'Alger prit fin par un traité perpétuel (1821) et que fut 



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enfin résolue par une inlerverition franco- anglaise la question 
de ia piraterie (1819). 

Lcsdeuxfils de MalimoH'l, Hussein (182i-i835) et Muslaplia(i8;K>- 
18.'î7),nefurentiii l'un ni l'autre d'habiles administrdteiirs.De {graves 
abus financiers signalèrent le premier régne. Pour les faire cesser, 
on usa d'un remède pire que le mal, en se servant du ministre i'ha- 
kir, dont les Tunisiens du SaLel citent encore aujourd'hui la dureté 
féroce. Pendant les événements d'Alger (1830), l'attitude tlu bey fut 



plutôt amicale pour lu France, mais il ne put cependant cmpéclicr 
le mouvement de i-éacLion musulmane des tribus arabes voisines 
de la frontière. 

Le peuplement français do l'Algérie amena le développement de 
notre influence en Tunisie sous Ahmed-l!ey (1837-1855) et fut le 
poini de départ d'une série de réformes destinées à doter la Régence 
d'un gouvernementplusen rapport avec les idées modernes. Ahmed 
iippela des officiers français pour instruire son année, créa une 
école polytechniciue, voulut un port et une marine. Souverain ma- 



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— 43 — 

gnifique,]! se fit même construire à La Moliammedia une sorte lie 
Versailles lourd et massif. Toutes ces dépenses pesaient d'un poids 
excessif sur les collectivités indigènes. De là des prises d'armes, 
comme celle d'EI-Djein en 1850.11 restera toutefois de ces divers 
essais l'abolition de l'esclavage en 18ÎC et le retrait des lois d'ex- 
ception contre les israélites. 

Mohammed-Bey (I&i5-1859), ayant trouvé la Tunisie épuisée, 
déclara qu'il voulait « gouverner son peuple à sa manière et non à 
la nôtre» ; mais en évitant les ruineuses réformes de son prédéces- 
seur, il laissa à son ministre des Finances une liberté qui aboutit à 
des résultats déplorables pour le trésor. Dans son désir de paraître 
musulman, il se rapprocha aussi du sultan de Constanlinople auquel 
il envoya un contingent lors de la guerre de Crimée. 

Le congrès des puissances, réuni à Paris en 1850, chargea alors 
le consul de France à Tunis d'amener doucement le bey à une po- 
liliijue plus conforme aux intérêts généraux de l'Europe. La créa- 
lion du tribunal du Charâ fut le prétexte de l'intervention décisive 
qui aboutit, le 10 septembre 1857, à la lecture en séance solennelle 
d'une constitution connue sous le nom de pacte fondamental et à 
laquelle le bey jura fidélité. Mohammed mourut avant l'application 
de cette charte, poursuivi par les malédictions du peuple accablé 
d'impôts sous prétexte de réformes el ne voyant dans toutes les 
innovations que la carte à payer. 

L'àpreté des luttes d'iniluence entre les divei-s représentants des 
puissances européennes dans la Régence s'accentua encore pen 
dant le règne de Mohammed Essaddok (1^9-1882). Ce souverain 
ne put faire respecter son autorité ni par les étrangers ni par ses 
sujets. Le gaspillage linuncier devint tel i;ue les révoltes éclatèrent 
sur divers points de la Régence, à la suite d'une série d'années 
désastreuses (1864-1867) pendant lesquelles l'impùt fut perçu avec 
la même rigueur. Au point de vue extérieur, le i-ésultat de cette 
dilapidation des finances fut la constitution d'une commission fi- 
nancière internationale chargée de la protection des créances sur 
la Tunisie et de l'administration des revenus du bey(1869). 

Un instant, Mohammed Essai Idok, guidé parle général Kheîr 
Efldine, parut comprendre que la mauvaise politique financière de 



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— 44 — 

la Rôyence, l'absence complète de sécurité à l'intérieur, la dispa- 
riliori successive des divers élémeats de prospérité économique 
étuieut de nature à amener les pires catastrophes. Il destitua de ses 
fonctions Mustapha Khaznadar, le ministre des linances prévari- 
cateur (1873). L'influence pernicieuse de Mustapha ben Ismaïl ra- 
mena bientôt le bey aux errements du passé. Les diverses provinces 
de la Régence, livrées sans défense aux caprices d'un favori, furent 
exploitées plus durement qu'au temps des Vandales. Ni les per- 
sonnes ni les biens ne furent en sûreté. Mustapha ben Ismaïl ne 
respecta même pas le caractère religieux des propriétés ahabous)) 
et tu main basse surles biens de main-morte. Seuls les montagnards 
berbères échappaient à la cupidité des courtisans de Mohammed 
Essaddok ; mais, n'ayant plus rien à redouter de l'autorité beyli- 
cale, ils tournaient leur activité guerrière du côté de la frontière 
algérienne, molestant les tribus, arrêtant l'essor de la colonisation 
française. 

Impuissant à réprimer les incursions des Kliroumtrs sur le ter- 
ritoire algérien, sans argent pour assurer le bon fonctionnement 
des administrations, le bey n'était plus qu'un jouet entre les mains 
des consuls européens. Pour rendre à la Tunisie sa prospérité 
d'autrefois, il fallait un tuteur énergique et pouvant solidariser ses 
intérêts avec ceux de ce coin d'Afrique. La France, maîtresse de 
l'Algérie, était toute désignée pour remplir ce rôle de protectrice 
éclairée. Prenant en main la direction des adaires tunisiennes, elle 
assurait du même coup la tranquillité de sa colonie algérienne et 
la renaissance économique de la Régence. Sachant bien que l'An- 
gleterre et l'Italie étaient prêtes à la remplacer si elle se dérobait, 
la France imposa à Mohammed Essaddok le traité de Kassar-Saïd 
et s'installa délinitivementàTunis le 12 mai 1881, mettant fmàun 
régime dont tous. Européens et indigènes, souffraient sans pouvoir 
y remédier. 

Campagnes dépeuplées, villes mal entretenues, capitale trans- 
formée en cloaque, dettes énormes et trésor vide, tel était en somme 
l'étal du pays au moment où disparaissait celte administration bey- 
licale, moins soucieuse des intérêts généraux que de ses intérêts 
particuliers et réfractaire à toute réforme capable d'assurer le dé- 
veloppement normal des ressources de la Régence. 



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CHAPITRE ni 
La Conquête française 

Les premiàrss relations avec la FraBCe, — Création du Consulat de France à 
Tnmis. — La politiqae de Louis XIT. — Les Beys et la « bonne correapon- 
dance ». — La suppression de la course. — Progràs de l'inflaence française 
sons Abmed-Ber- — Le conBnl Léon Roches. — Le conflit italo-françaia. — 
Les éTénements de 1881 et l'établissement du Protectorat. 

Si l'étutie des relations <le la France avec la Tunisie esl surtout 
intéressante à partir de la (in du xvi« siècle, il n'est cependant pas 
inutile de faire remarquerque des rapports amicaux existaient déjà 
entre Charlemagne et l'émir aghiabite de Kairouan et que, dès cette 
époque, le littoral tunisien recevait la visite des négociants de Pro- 
vence ou du Languedoc. Il est également probable que, dans les 
siècles suivants,il n'y eutauciine interruption (lelongue duree dans 
les échanges commerciaux. En H73,on signale la présence à Mont- 
pellier de marcbands du Maghreb. L'on sait aussi, par l'ensemble 
(les statuts de 12*28, conlirmés par ceux de 125Ô, qu'il existait entre 
Mai-seille et l'Afrique un commerce garanti par des accoids écrits 
ou oi-aux. 

La croisade que saint Louis dirigea contre Tunis provoqua, il 
est vrai, un vif mouvement de réaction contre les marchands chré- 
tiens, mais les Français ne tardèrent pas à profiter <les avantages 
accordés par traités spéciaux aux Génois, Pisans, Florentins, etc. 
En -1482,13 situation était assez bonne pour que Louis XI put ex- 
primer au souverain bafside le désir de voir continuer et se déve- 
lopper plus librement les relations qui existaient entre les côtes 
d'Afrique et le comté de Provence, récemment dévolu àla couronne 
de France, à ta mort du roi de Sicile. 

Au xvi« siècle, la France bénéficia, dans une certaine mesure, 
de la politique amicale de ses rois à l'égard des sultans de Cons- 
tantinople, mais l'état d'insécurité qui régnait dans tout le bassin 
de la Méditerranée arrêta le développement normal des relations 
pacifiques entre cbi-étiens et musulmans. Sous l'influence des cor- 
saires turcs, les populations arabes devinrent moins hospitalières 



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et abandonnèrent les traditions de courtoisie qui furent la règle 
pendant tout le moyen âge. Les négociants français cessèrent d'être 
en sûreté dans les ports tunisiens, et la nécessité d'avoir un repré- 
sentant du roi chargé de défendre les intérêts français en Tunisie 
devint de plus en plus évidente. 

C'est le 28 mai 1577 que furent signées à Ghenonceaux, par le 
loi Henri Itljes lettres patentes créant un consulat de France à 
Tunis, Dès lors, les relations entre les deux pays ont un caractère 
plus précis. L'action des consuls aura pour but non seulement 
d'assurer à nos nationaux le libre exercice du commerce dans la 
Régence, mais d'enrayer les progrès de la course et le développe- 
ment de l'esclavage. Tdche ardue, si l'on songe aux éléments de dés- 
ordre que renfermait le Gouvernement tunisien et aux procédés 
violents dont il était coutumter. Encore, si les représentants de la 
France avaient pu compter sur les bons effets de l'alliance turque! 
Mais, dès les premières années du xyii* siècle, les Etats barba- 
resques refusaient d'obéir aux ordres du sultan. On le vit bien 
quand Savary de Brèves, ambassadeur de France à Conslantinople, 
fut envdyé en mission extraordinaire dans la Régence pour la 
conclusion d'un traité de paix et de commerce (1605). Les anciens 
soldats qui composaient le divan refusèrent d'écouter les instruc- 
tions du «Grand Seigneur», et c'est avec difficulté qu'un accord 
put être conclu. Il ne fut pas de longue durée, et toute la diplomatie 
des représentants de Louis XIII ne parvint pas à obtenir de meil- 
leurs résultats en agissant directement auprès des «puissances » de 
Tunis. CependantSansonNapollon, profitant habilement de ta riva- 
lité qui existait entre les deys et les beys, réussit, grâce à l'appui de 
ces derniers, à soulager les infortunes des esclaves chrétiens, mais 
sans pouvoir metli-e un terme aux ravages des corsaires dans la 
Méditerranée. 

Ce fut Louis XIV qui employa le remède efficace, en envoyant 
souvent ses escadres sur le littoral tunisien. Il obtint ainsi, en 1GG5, 
par l'expédition du duc de lîeaufort, la reconnaissance formelle de 
la prééminence du consul de France sur tous les autres consuls et 
des garanties sérieuses pour le commerce et la sécurité defe sujets 
français. Tous ces avantages furent confirmés par le traité de 1672, 



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résultat de la brillante croisière du marquis de Martel. Les dispo- 
sitions essentielles de ces deux actes diplomatiques si importants 
seront désormais reproduits dans toutes les conventions passées 
entre la France et la Tunisie. Ces conventions seront nombreuses, 
car les deys et les beys se succèdent au pouvoir avec rapidité, la 
guerre civile devient l'état ordinaire de la Régence, et il faut souvent 
renouveler par écrit les traités de paix et de commerce pour être 
bien sûr que les intérêts français ne souffriront pas trop de la fré- 
quence des révolutions. 

A force d'ingéniosité et de patience, les consuls réussissent à 
conserver les positions acquises par de longs efforts et à déjouer 
les ruses des pirates, marchands d'esclaves. Ce qu'il faut aussi re- 
marquer, c'est la préférence des beys pour les Français, «qu'il 
s'agisse de la concession privilégiée du cap Nègre (traités du 28 août 
i685et du28 juin 1699) ou des ventes de blés, d'exportations de 
chevaux arabes, de restitutions de prises, d'honneurs au corps 
consulaire». Reconnaissants de toutes ces faveurs, nos nationaux 
s'efforcent d'être agréables à leurs protecteurs. En 1699, sachant 
que les caisses publiques sont vides, ils consentent de bonne grâce 
un prêt important à Mourad-Bey. En échange, ils purent conserver 
la réduction à 3 "/o du droit de douane sur les marchandises im- 
portées par eux, au lieu des 10 o/o exigés des autres étrangers. 

Cette réciprocité de bons offices est encore plus marquée au 
xviii« siècle, quand Hussein ben Ali eut constitué la Régence en 
un beylik indépendant. Les traités antérieurs furent solennellement 
confirmés en 1710, et, pendant longtemps, le nouveau souverain 
eut pour conseiller et ami un ïoulonnais, nommé Reynaud. Dl^m 
faits regrettables de piraterie interrompirent parfois momenta- 
nément « la bonne correspondance», mais nos consuls parvinrent 
presque toujours à ramener les beys husselnites à une politique 
plus conforme aux intérêts de la Régence. 

Il ne faut pas oublier cependant que le règne d'Ali-Pacha (1740- 
1750) fut une période de réaction violente contre la Frimce. Ordre 
fut donné aux corsaires d'attaquer tous les navires de commerce 
fraurai.". Il fallut un Idocus en règle des ports tunisiens pour délei-- 
miner le prince à une altitude plus conciliante. La paix fut signée 



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le 13 novembre 1742, mais, jusqu'à U fin du rèffue d'Ali, la sécurité 
ne lut jamais complète pour nos nationaux. Le consulat fut même 
complètement pillé par les Algériens en 1756, et ses habitants, à 
peu près ruinés, eurent grand'peine à sauver leur vie. 

Mohammed-Bey (1756-1759) et Ali-Bey (1759-1782), fils de 
Hussein, revinrent aux traditions du fondateur de la dynastie, i-a 
Compagnie d'Afrique obtint en 1768 pleine liberté de commerce 
moyennant une faible redevance annuelle. C'est la belle époque 
pour le négoce français, qui avait alors à peu près le monopole de 
la vente de la soude et de la laine. La bonne harmonie fut cependant 
troublée par le refus d'Ali-Bey de considérer la Corse comme ter- 
ritoire français et sa prétention de soustraire aux recherches du 
consul les esclaves originaires de l'ile. Une démonstration navale 
eut raison de son entêtement et amena la signature du traité du 
Bardo (1770), qui réglait la situation des Corses et renouvelait tous 
les privilèges relatifs à la pèche du corail. 

Pendant les premières années du règne d'niimouda(1782-t814), 
la situation des Français dans la Régence continua k être bonne. 
Kn vain des rivaux étrangers tentèrent, par des manœuvres mal- 
honnêtes, de leur enlever les privilèges dont ils jouissaient. Le bey 
persistait à témoigner des égards au Gouvernement français. Tout 
d'un coup, sans motifs apparents, il devint fantasque, capricieux, 
et rendit très difficile la position du consul, auquel II suscitait fré- 
quemment des ennuis. C'est ainsi qu'on eut mille peines à lui faire 
accepter la reconnaissance du nouveau pavillon adopté par la 
France. Après de longs pourparlers, le drapeau tricolore fut enfin 
hissé sur la maison consulaire (30 avril 1791). 

Le prestige du nom français, singulièrement compromis par les 
envoyés extraordinaires chargés de contrôler nos consuls dans le 
Levant, fut relevé par Bonaparte, à qui une ambassade tunisienne 
vint en 1802 présenter solennellement les compliments d'Hamouda. 
Pendant toute la durée de l'Empire, les relations avec la Tunisie 
conservèrent un caractère de cordialité. Puis vint la grande liqui- 
dation entreprise par le Congrès de Vienne, et il fut décidé qu'on 
exigerait des Etats barbaresques la suppression de la course et la 
liberté des esclaves. 



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Une première démonstration faite par la flotte de lord Exmouth 
amena le bey Mahmond (1815-1824) à rendre les esclaves chrétiens 
à la liberté, en même temps que les Algériens s'engageaient à 
renoncer à la piraterie (-1816). Quelques mois après, les corsaires, 
violant une fois de plus la parole donnée, recommençaient leurs 
exploits. L'Europe décida d'en linir avec ces forbans, et le Congrès 
d'Aix-la-Chapelle chargea la France et l'Angleterre de notifier à 
Alfier et à Tunis sa décision relative à la suppression de la guerre 
de course et à la vente ties esclaves chrétiens dans les Régences. 
I.^ hey de Tunis s'inclina devant la volonté nettement exprimée 
des puissances européennes, tandis qu'à Alger on continua comme 
par le passé à courir sus aux paisibles navires marchandis. 

Malgré les désastres qui avaient amené la chute de l'Empire, 
le consul de France conservait dans la Régence toute son autorité 
morale, si bien que le hey Hussein (1824-1835) ratifia, par le Iraité 
(lu 15 décembre 1824, les divers avantages accordés à la France 
par Mahmoud peu de temps avant sa mort, notamment un tarif de 
faveur pour les marchandises importées parles Français, des garan- 
ties pour les propriétés particulières, le règlement de la liquidation 
des créances françaises et tunisiennes en souffrance depuis plu- 
sieurs années. En outre, l'amitié qu'il professait pour le consul 
Mathieu de Lesseps décida le bey à refuser son concours aux Al- 
gériens lors du débarquement à Sidi-Ferruch (1830) des troupes 
du général de Bourmont. I^ traité du 8 août 1830, qui fut le gage 
de ces bonnes dispositions, constitua même au profil de la Franc* 
une sorte de protectorat de fait sur la Régence. Cela explique que 
le général Clauzel ait pu songer à installer les frères de Husseîn- 
Bey à Constantine et à Oran. 

La France, devenue voisine immédiate de la Tunisie, exerça 
une action encore plus forte sur les conseils du bey Ahmed (1837- 
l^i). Elle protégea son indépendance menacée par la Turquie, 
l'aida à oi^niser une armée à l'européenne et mit à sa disposition 
des ingénieurs pour exécuter les travaux les plus nécessaires à la 
mise en valeur du pays. Vivement désireux de connaître ta civili- 
sation européenne, Ahmed vint lui-même à Paris, où il fut royale- 
ment reçu et d'où il revint enthousiasmé (1846). Ce fut un malheur 



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-50- 

pour la Régence, car dès lors il dépense sans compter et épuise 
ses ressources par des réformes hâtives, îles constructions somp- 
tueuses et sans utilité. 

Il meurt en laissant un trésor vide et de lourdes chaînes à son 
cousin Mohammed (1855-1859), qui essaiera vainement de réagir 
contre les modes nouvelles et de gouverner « à l'arabe ». Le Congrès 
lies puissances européennes réuni à Paris après la guerre de Crimée 
s'inquiète des dispositions du nouveau bey et charge Léon Roches, 
consul de France à Tunis, de l'amener doucement à continuer la 
politique de son prédécesseur. I.^ Tunisie.maintenue ainsi dans le 
courant d'idées européennes, est dotée d'une constitution connue 
sous le nom de Pacte fondamental (1857), à laquelle les indigènes 
ne comprennent rien et qui provoque un assez vif mouvement de 
réaction contre les conseillers européens du bey, 

Mohammed Essaddok (1859-1882), trop faible pour enrayer ce 
mouvement, écoule volontiers ceux qui s'acharnent à ruiner notre 
crédit. En 18(i0,le bey a cependant une entrevue à Alger avec 
Napoléon III, mais les fêtes brillantes qui ont lieu à cette occasion 
n'empêchent pas Léon Roches de perdre son iniluence au Bardo, 
où Moustafa Khaznadar est devenu tout -puissant. Pour mieux 
s'emparer de l'esprit de Mohammed Essaddok, ce ministre des 
finances le pousse à de telles dépenses que la Tunisie est bientôt 
acculée à une banqueroute dont les premières victimes seront les 
Français porteurs de titres de la Dette tunisienne. La France obtient 
alors du bey l'autorisation de constituer une Commission financière 
internationale contrôlée par un de ses représentants et chargée 
de veiller aux intérêts des créanciers de la Régence (1869). 

La chute de Moustafa Khaznadar, convaincu par le général 
Khelr Eddine d'avoir favorisé les plus étranges abus, n'amène au- 
cun changement dans la politiquedubey.qui s'empresse de donner 
toute sa confiance au méprisable Moustafa ben Ismall. Les tenta- 
tives de Kheir Eddine pour réformer les mœurs administratives 
de la Régence étaient dès lors vouées à l'insuccès. 

On juge de la situation difficile dans laquelle se trouvait M. Rous- 
tan, envoyé comme consul de France h Tunis en 187i. Non seule- 
ment il lui fallait survoilier les intrigues de cour et combattre la 



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-SI - 

néfaste influence des conseillera indigènes du bey, mais il avait à 
lutter contre l'influence croissante des consuls d'Angleterre et d'I- 
talie. Sans se brouiller avec aucun de ses collègues, ii sut rendre à 
la France sa place dans les alTaiies de la Régence. Son premier 
succès fut d'obtenir la concession du chemin de fer de Tunis à 
Alger pour une compagnie française ('1875),Pnis il réussit à faii-e 
prédominer ses idées au sein de la Commission fmancière et à 
sauvegarder les intérêts de nos nationaux. Notre situation s'était 
déjà fort améliorée quand, au Congrès de Berlin, le ministère anglais 
fit déclarer «qu'il ne s'opposait nullement au développement de 
l'influence française dans la Régence et qu'il n'avait pas à mettre 
en avant de prétentions contraires». Cependant, tout n'était pas 
fini, car le bey, changeant d'attitude et cédant à la demande de 
M- Maccio, consul d'Italie, prétendit enlever aux Français le mo- 
nopole exclusif des lignes télépraphiques qui leur avait été pré- 
cédemment concédé. M. Roustan para le coup. Battu de ce côté, 
M. Maccio prit sa revanche en faisant annuler le marché passé 
entre la Compagnie du Bône-Guelma et la Compagnie anglaise du 
chemin de fer Tunis- La Marsa-La Goulette, pour l'achat de cette 
petite ligne de banlieue, qui resta aux mains de la Compagnie ita- 
lienne Rubuttino, api'ès une nouvelle adjudication (1880). 

Pendant que les Italiens triomphent bruyamment, le bey est 
obligé de répondreà M. Roustan, se plaignant des incessantes incui-- 
sions des Kliroumirs en Algérie, qu'il lui est impossible d'assurer 
le gouvernement du pays. Ses caisses sont vides, la Commimon 
ne peut plus faire rentrer les impôts. Plusieui"s bateaux français 
jetés à la côte sont pillés parles Khroumirs,et enfin le 31 mars 1881 
un détachement de soldats est attaqué en territoire .algérien par 
une bande de 500 indigènes tunisiens. 

Un télégramme du Gouverneur Général de l'Algérie, Albert 
Grévy, fait connaître au Ministère la gravité de la situation et de- 
mande des renforts. Toutes les tribus tunisiennes sont en pleine-ef- 
fervescence, et l'on signale des symptômes menaçants dans le Sud 
algérien. Il apparaît bien que non seulement Mohammed E^saddok 
est incapable de rétablir l'ordre, mais qu'il espère provoquer par 
son attitude belliqueuse un mouvement antifrançais dans toute l'A- 



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fcique du Nord. En châtiant les Kliroumirs, nous sommes exposés 
à combattre l'armée du bey; mais,d'auU-e part, en supportant plus 
longtemps les déprédations des pillard» tunisiens, nous avouons 
notre impuissance à nos sujets musulmans. On décide donc à Paris 
d'agir promptement. Le lundi 4 avril, Jules Ferry obtient du Parle- 
ment, avec les crédits nécessaires, l'autorisation de préparer contre 
les Kliroumirs une expédition qui devait mettre à l'abri, « d'une Taçon 
sérieuse etdurabte, la sécurité de l'avenir de l'Algérie». Les bonnes 
dispositions de l'Europe n'ayant pas changé depuis le Congrès de 
Berlin, et le Gouvernement italien comprenant lui-même qu'il ne 
pouvait engager contre nous aucune action isolée, nulle difliculli' 
diplomatique ne vint entraver nos préparatifs. 

Le général Farre, ministre de la Guerre, sachant qu'il faudiail 
lutter contre des bandes évaluées à vingl-cinq mille hommes, oq,'a- 
nisant la défense chez eux, en pays boisé et accidenté, réunit une 
armée de trenle mille hommes, dont les éléments furent empruntés 
aux divers corps stationnés en France et en Algérie, et le comman- 
dement confié à un vieil africain, le général Forgemol de Bostqué- 
nard, assisté des généraux Logerot et Del ebecque, placés chacun 
à la tête d'une division. 

La colonne Logerot devait manœuvrer de façon à couper toutes 
relations entre les tribus tunisiennes du sud avec celles du noitl, 
puis remonter vers la Khroumirie et, combinant ses forces avec 
celles du général Delebecqne, venues directement de l'ouest, pren- 
(Ire les rebelles à revers et les isoler dans leui-s montagnes. C^ 
plan fut accompli d'une façon très méthodique. Le 25 avril, les 
troupes du général Logerot étaient en vue du KeF, point le plus 
important de la Tunisie occidentale, perché sur un rocher qui 
commande plusieure routes. On s'attendait à une résistance, mais 
grâce à la prudence de notre agent consulaire, M. Roy, la ville 
ouvrit ses portes sans coup féiir. Après avoir laissé une garnison 
dans la place, le général Logerot put remonter rapidement vere 
la Medjerda et la ligne du chemin de fer. Pendant ce temps, la 
colonne Delebecque pénétrait en Khroumirie, tout en gardant des 
communications constantes avec la flottille stationnée à Taharca, 
par où arrivaient les vivres, la viande sur pied et les divers appro- 



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(SWliie de marbre. Muges du Burdo) 



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D,„i,„db,Goo<^le 



— 53 — 

visioniiemeiits nécessain^s. Des pluies <liluvimines l'endaient les 
opérations très difficiles, mais cependant la marche en avant se 
poui-siiivit régulièrement, et bientôt Âïn-Draliam, position straté- 
gique commandant les quatre vallées les plus importantes, fut for- 
tement occupée. 

Les tribus insurgées pouvaient encore se replier sur Bizerte. 
Cette ville, occupée le l»'' mai par quelques compagnies de marins, 
reçut le lendemain tout un coips d'armée venu directement de 
Fi-ance, sous le commandement du général Bréart. L'investisse- 
ment de la Khroumirio était complet, et, dès lors, les opérations 
furent rapidement menées. En moins de huit jours, toute cette zone 
de forêts et de montagnes qui s'étend de Bizerle à la frontière algé- 
rienne fut entièrement pacifiée. 

Mohammed Ëssaddok n'avait cessé pendant toute la campagne 
de faire entendre des protestations aux agents des puissances. Il 
avait même envoyé dans la vallée de la Medjerda une armée com- 
mandée par son frère Ali-Bey. Celui-ci fut simplement prié par le 
général Logerot de se retirer à 60 kilomètres en arriére de la ligne 
des opérations, et se hâta d'obéir, se bornant à assister à des évé- 
nements qu'il n'était pas en son pouvoir d'empêcher. Loin de re- 
coniiaitre son impuissance, le bey Essadilok, apprenant que le corps 
«l'armée de Bizerte marchait sur Djedeîda, à 25 kilomètres de Tunis, 
déclara qu'il allait faire prêcher la guerre sainte et se retirer à Kai- 
rouan. Ces menaces n'arrêtèrent pas la marche des armées fran- 
çaises, qui, dans la journée du 11 mai, s'installèrent à La Manouba, 
prés du BîM-do, A ce moment critique, le bey cherche vainement 
îmtoui'de lui des appuisqui lui manquent. Ses conseillers étrangers 
ont déserté Le Bardo, et ses ministres songent déjà aux moyens de 
rentrer en grâce auprès du vainqueur. Il commence à comprendre 
que les propositions d'intervention des puissances étrangères ont 
été écartées et que la Fiance est décidée à traiter seule avec lui. 

Toutes les positions stiatéglques importantes de la Tunisie du 
Nord ayant élé solidement occupées par nos troupes, le général 
lii-éait se présenta au palais de Kassar-Said le 12 mai 1881. Sous 
la pression d'événements ([u'il n'avait pas voulu prévoir, le bey 
Mohammed Ëssaddok signa, séance tenante, un traité par lequel 



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il (iéclaraitaccepler le protectorat delà France, qui lui garantissait 
eu l'ctour le maintien des institutions tunisiennes, sous réserve 
d'un contrôle sérieux. Ce traité fut complété par la convention 
franco-tunisienne du 8 juin 1883, par laquelle le bey Ali, successeur 
d'Iissaddok.s'engaffe <à procéder aux réformes administratives, 
judiciaires et (inancières que le Gouvernement français jugera 
utiles». 

Aussitôt après la signature du traité de Kassar-Saïd, les troupes 
françaises parcourui'ent la Tunisie du Nord en tous sens, et à ta lin 
du mois de mai la pacification paraissait complète. 

Le Gouvernement français, ignorant l'état de surexcitation des 
tribus du Sud, rappela bientôt une partie des effectifs, en laissant 
seulement une quinzaine de mille hommes en garnison dans lu 
banlieue de Tunis, dans la vallée de la ^fedjerda et en Khroumirie. 
Le résultat de cette politique fut immédiat ; le général Forçemol 
n'était pas encore rentré à Constantine, que toutes les tribus du 
Sud tunisien étaient en pleine révolte. Le mouvement s'étendit 
Ijientùt jusqu'à Sfax pour gagner ensuite Kairouan et les régions 
occidentales. Toute la campagne était à recommencer, et en un 
moment où le Sud oranais élait en pleine insurrection. Le bey des 
insurgés, Ali ben Klialifa,(it son entrée à Sfax le 2 juillet, mais trois 
jouis plus tard une flottille française, embossée en rade, commen- 
çiiit un bombardement qui redoubla d'intensité à partir du M, 
lorsque toute l'escadre de la Méditerranée se trouva réunie dans 
les eaux de la ville. Le surlendemain, trois colonnes de débarque- 
ment, sous le commandement supérieur du colonel Jamais, entraient 
dans la place après un assaut meurtrier où soldats et marins rivali- 
sèrent d'entrain et de courage. Gabès,Djerba et Zarzis furent suc- 
cessivement occupées. Cette campagne répressive était cependant 
insuflisante, car la révolle était partout, gn^^nant chaque jour du 
terrain vers le nord, menaçant même Tunis, où les Européens com- 
mençaient à craindre pour leur existence et pour leurs biens. 

Sans se laisser émouvoir par l'opposition qu'il rencontre au Par- 
lemeiiL, Jules Ferry prend immédiatement les mesures nécessaires 
pour organiser une seconde expédition. .'V la lin de septembre, tout 
était prêt, et il était temps, car les petites garnisons du Sud n'é- 



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laieiit plus cil sécurité, Le Kui' élait ineiiat;é,t.>t l'un sif^iialait autour 
(le cliui|ue ville de^^ baiideâ armées qui tenaient lu cauipa^nie et 
aiTètaienl toutes les cutnmunications vers l'intérieur. Les insuryéd 
avaient coupé la conduite d'eau de Zaghouan, et un tort parti s'é- 
tait installé à Kairouan. bliifin, sur la ligne de la Medjerda les trains 
ét;iient arrêtés et le personnel de la gare d'Oued-Zai^a avait été 
massacré (30 septembre). 

Une des premières mesures fut l'occupation de Tunis (10 octo- 
bre). Trois colonnes furent dirigées ensuite sur Kairouan : l'une de 
Tébessa, sous le comnmnilement du général Forgemol ; l'autre de 
Tunis.avec le général Logerot; la troisième, dite de ravitaillement, 
devait partir de Sousse au-devant des deux autres. La direction gé- 
nérale des opérations avait été confiée au général Saussier. Le 28 
octobre, la concentration des troupes autourde Kairouan était ache- 
vée, la ville en notre pouvoir et toute la région du nord débarrassée 
des bandes de pillards qui l'infestaient. Deux fortes colonnes, s'en- 
fonçant alors vers te sud, dans la direction de Gabès et de Gafi^a, 
achevèrent de disperser les rebelles et de pacifier le pays. 

A partir du mois de décembre 1881 , les mouvements des troupes 
eurent surtout pour b;it de rétablir l'ordre. Nous étions définitive- 
ment maîtres de toute la liégence. 

Ainsifutachevérédillcesiiaborieusementconstruitaparsoixante- 
dix consuls <le France oubliés, disparus sans récompense DÏ lau- 
riers, mais au champ d'honneur». 



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D,„i,„db,Goo<^le 



CHAPITRE IV 

Le Gouvernement beylical et l'organisation 
Judiciaire 

L« Sej et Ifl fiésident général. — Le Conseil des ministres. — La Conférence 
consnlutiTe. — Centrales citIIs et caldats. — La Sûreté publique. — Les 
organiimes municipaux. — Les services judiciaires indigènes. — La justice 
française. — Le Tribunal mixte. — Les organisations cultuelles. — L'bj- 
giéne et l'assistance publiques. 

S. A. Sitii Mohamed en Naceur, bey de Tunis, est monté sur le 
tnine le 11 mai 1906, au lendemain de la mort de son cousin Sidi 
Mohamed el Iladi. Pour la troisième fois depuis l'établissement du 
Protectorat, la transmission des pouvoii's s'est opérée régulière- 
ment el sans troubles d'aucune sorte. Ainsi se trouve attesté par les 
laits notre ferme désir de prêter un constant appui à S. A. le Bey 
de Tunis contie tout danger qui menacerait sa personne ou sa dy- 
nastie. Les indigènes peuvent se rendre compte maintenant qu'en 
garantissant à ta famillede Hussein la succession au trône, la France 
n'u pas fait une vaine promesse. 

Souverain par droit de naissance et par droit d'élection, solen- 
nellement proclamé en cette qualité par le Ministre-Résident Gé- 
néral, représentant du Gouvernement de la République Française 
dans la Régence, le Dey reste, commeses prédécesseurs, le gardien 
et le dépositaire en même temps que le premier serviteur de la loi 
religieuse conleime dans le Coran. Toute l'organisation sociale et 
politique <lu pays repose sur le livre sacré qui règle non seulement 
les conditions de la liiérarcliie administrative, mais encore le statut 
personnel des musuljnans et les divers modes de constitution delà 
propriété. Le lley légifère sur tous les points où le Coran est muet, 
s'assure en outre que ses décrets sont exécutés et punit ceux de 
ses sujets qui violent la loi. Il réunit donc en sa personne les trois 
pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. 

Deux conventions délei'uunent exactement les limites de son au- 
torité et notre droit de contrôle : le traité de Kassar-Saïd ou du 



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Banlo (12 mai I881),qui confère à la France le droit de présider 
aux relalions de la Régence avec les puissances étrangères, et la 
convention du 8 juin 1883, par laquelle le Bey s'engage à procéder 
aux réformes administratives, judiciaires et financières jugées né- 
cessaires par le Gouvernement Français. 

Le Résident Général a pour mission de veiller à la stricte exé- 
cution des clauses inscrites dans ces deux actes diplomatiques. 
Nommé par le Président de la République, il est le dépositaire des 
pouvoirs du Gouvernement Français dans la Régence. Il promulgue 
les lois tunisiennes et les lait appliquer. Il préside le Conseil des 
Ministres, tout en étant spécialement chaîné de la conduite des 
affaires extérieures du beylik. Par son intermédiaire, l'action du 
Gouvernement protecteur s'exerce donc d'une manière perma- 
nente, tant sur les indigènes que sur les Européens. Tous les ser- 
vices publics sont placés sous son contrôle direct, et il a sous ses 
ordres les commandants des troupes de terre et de mer. Enfm, 
chef de la Colonie française, il a le droit de prendre par voie d'ar- 
rêtés les dispositions réglementaires qui la concernent exclusive- 
ment. 

Le rôle du Ministre-Résident Général étant ainsi nettement dé- 
fini, on conçoit que le Bey puisse être assisté dans l'exercice de ses 
pouvoirs par de hauts fonctionnaires indigènes, qui sont : le pre- 
mier ministre (ouzir el akbarj et le ministre de la plume (bach 
kateb),ce dernier plus spécialement chargé des affaires judiciaires. 
Leur administration est contrôlée par un Secrétaire général fran- 
çais. Le Général commandant la Division d'occupation fait office de 
Ministre de la Guerre. L'Enseignement, les Finances, les Travaux 
pubfics, l'Agriculture et le Commerce, les Postes et Télégraphes 
constituent autant de services distincts dirigés par des fonction- 
naires français. 

Formé de ces divers éléments, le Conseil des Ministres du Bey 
discute, sous la présidence du Représentant de la France, les ques- 
tions d'ordre général et adopte les solutions nécessaires. 

Toutes les fois cependant que les intérêts de la Colonie française 
sont en jeu, la Conférence Consultative est appelée à donner son 
avis.Cetteassemblée.quiestconvoquéeordinairementdeux fois par 



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an, fin priutemps el à l'automne, est constituée par la réunion de 
Iretile-six délégués élus iiu suffrage universel par trois collèges 
(iistiucls, l'un formé pai' les agriculteurs, pi-opriétaires, métayers, 
fermière, employés et ou viîers ruraux, l'autre par les commerçants, 
les induslrieh et les ouvriers des villes, le troisième enfin par les 
fonctionnaires et tous autres Français ne pouvant être rangés dans 
les deux catégories précédentes. Les Chefs de Service prennent 
part aux débats de la Conférence, mais s'abstiennent de voter. 

T.^ Co-iférence doit donner son avis sur les questions touchant 
les intérêts commerciaux et agricoles de la Colonie française, au 
sujet desquels le Gouvernement du Protectorat la consulte. Les 
mesures administratives qui peuvent avoir une répercussion sur le 
Budget de la Régence doivent être également soumises à son ap- 
probation, en sorte que les délégués sont amenés à se rendre un 
compte exact de la mirche des services et des perfectionnements 
désirables. 

Cette constante collaboration des représentants de l'Administra- 
tion et des délégués de la Colonie a donné des résultats assez satis- 
faisants pour que l'on songe à augmenter les attributions de i'as- 
semblée après lui avoir adjoint un certain nombre de membres 
indigènes. 

Tandis que la Conférence Consultative a plus spécialement la 
chai^'e de défendre les intérêts français, le Secrétaire général du 
Gouvernement Tunisien est surtout l'avocat do l'élément indigène 
au sein du Conseil des Ministres. Ce haut fonctionnaire s'occupe 
«le rintérieur, de la Justice et des Cultes. Chargé de la publication 
des lois, décrets et réglemants, c'est lui qui exerce aussi, auprès 
du Gouvernement Tunisien, le contrôle et les attributions de di- 
rection et de surveillance qui sont dévolus à la France. Tous les 
actes des ministres indigènes, notamment la correspondance du 
Premier Ministre, sont soumis au visa préalable du Secrétariat gé- 
néi-al qui a seul qualité pour onlonnancer les crédits du chapitre 
du Budget alTectésaux sei'vires généraux de l'administration indi- 
gène. 

Ainsi se trouvent respectées les formes de l'administration indi- 
gène. (-k)mme autrefois, les calds ou gouverneurs nommés par le 



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Bey sont les chefs des circonscriptions territoriales. Aidés dans 
leur tâche par des khalifas ou lieutenants, ils représentent le pou- 
voir central en face des cheikhs, sortes de maires éius par les frac- 
tions de tribus et constituant un pouvoir local. Les caïds sont chai^ 
gés de l'administration générale, de la perception de l'impôt; ils 
ont aussi des attributions de police; les cheikhs sont surtout des 
collecteurs d'impôt. Tous ces fonctionnaires indigènes dépendent 
d'un organisme du Gouvernement Tunisien appelé Section d'Etat. 
Leur yeslion est surveillée par des contrôleurs civils, agents fran- 
çais qui relèvent directement du Résident Général. Les trente-huit 
caîdals de la Régence sont ainsi groupés en treize circonscriptions 
ou contrôles,donlquelqucs-uns ont rétendue d'un département de 
la métropole. 



Des forces de police peu considérables sulïisent à assurer sur 
tous les points du territoire une sécurilo complète, et l'on peut liii-c 
(lue depuis vingt-cinq ans la tranquillité n'a été mdle part sérieu- 
sement troublée. Si les prédications (l'un mai-about fanatique par- 



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-(ii ^ 

viennent encore en certains cantons isolés, le long de la frontière 
algérienne, à provoquer dans les milieux indigènes l'explosion de 
sentiments d'hostilité à l'égard des Européens, ce sont des incidents 
locaux qui ne sauraient en aucune façon enrayer le mouvement de 
colonisation. 

Chaque année, en elTet, la zone où l'action de la police s'exerce 
de façon effective s'agrandit de quelque district nouveau, en sorte 
que peu à peu se resserrent les mailles dont notre organisation 
enveloppe le pays tout entier. 

Lesservicesadministralifs.responsablesdelaprotectiondesbiens 
et des personnes, sont placés sous l'autorité d'un directeur de la 
Siïreté publique relevant du Secrétariat général du Gouvernement 
Tunisien. Les commissaires de police reçoivent donc une impul- 
sion unique, tout en restant chargés de la police municipale et en 
ayant des relations de subordination avec les conlrùleurs civils. En 
se substituant aux Municipalités, le Gouvernement du Protectorat 
a évité recueil des conlHts d'attributions et des ordres contradic- 
toires auxquels sont paifois exposés les fonctionnaires de la police 
métropolitaine. I^s instructions données aux agents de tous ordres 
sont plus précises et plus rapidement exécutées, chose importante 
dans une colonie où se coudoient tant de races diverses, tant de 
représentants de nationalités différentes toujours prêts à se larguer 
(le l'autorité consulaire pour formuler leurs revendications. Grâce 
à ce système de centralisation bien comprise, l'Etat Tunisien a pu 
faire exécuter des mesures générales de la plus haute importance, 
comme celles qui sont relatives à la surveillance des logeurs et des 
débitants de boissons. 

Il a été également facile d'établir un contrôle de l'immigration 
étrangère et d'obliger les nouveau.v venus à faire leur déclaration 
de séjour aux autoiilés de police dans un délai de cinq jours après 
leur arrivée. En quelques années la tourbe des gens sans aveu, no- 
mades du vice et du crime, promenant leur oisiveté dans tous les 
poris du Levant, a cessé de compter la Tunisie parmi les régions 
bénies où l'on pouvait échaper aux investigations de la justice. Ces 
redoutables mal faiteui-s sont devenus d'autant plus rares qu'une bri- 
g:ide de sûreté parcourant incessamment la Régence est spéciale- 



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ment commise à la recherche des criminels, aidée dans sa làclie 
parle perpétuel va el vient dans les campagnes de brigades mixtes, 
composées de cavaliers européens et indigènes. 

En même temps qu'il poursuivait celle œuvre de salubrité pu- 
blique, le Gouvernement se préoccupait d'organiser le ronctioniio- 
ment de la vie municipale. Toutes les (jii estions d'édilitéressortissent 
au Bureau des Communes institué au Secrétariat général. Avant 
l'occupation française, Tunis seule était dotée d'institutions munici- 
paies.Otembryon d'orgunisalioncommuiialese développa à mesui'e 
que notre colonisation s'étendit et que s'accrut le nombre de nos 
compatriotes. Mais, au lieu de s'en tenir à un type unique de com- 
munes, on pensa qu'il était plus sage d'établir une sorte de gi-adn- 
tion dans la vie administrative des cités tunisiennes et d'avoir des 
rouages municipaux appropriés à l'importance des groupements 
urbains. 

t^tte idée donna naissance à trois espèces d'organismes : dans 
les villes les plus importantes furent créées des municipalités com- 
prenant des représentants français, indigènes ou étrangers nommés 
par le pouvoir central et chargés de gérer les revenus, de veiller à 
la propreté des rues et d'entretenir les édifices d'ulililé publique ; 
dans les grosses bourgades,furGnt installées des commissions mu- 
nicipales avec des attributions un peu moins étendues; enfin, dans 
les agglomérations où le nombre des Européens est peu considé- 
rable, une simple commission de voirie futconsidérée comme suffi- 
sante. De la sorte, à mesure que grandissent les centres de coloni- 
sation ou que se transforment les anciennes cités, il est loisible au 
Gouvernement d'adapter les institutions communales aux besoins 
nouveaux et de diriger ainsi méthodiquement l'évolution des villes 
jusqu'au moment ou il sera possible de leur accorder des franchises 
plus complètes. 

Au Secrétariat général du Gouvernement Tunisien appartient 
aussi la direction de la justice indigène dont nous avons mainlomi, 
en les perfectionnant, les rouages essentiels. Il était particulière- 
ment délicat de toucher aux institutions d'ordre judiciaire, car «la 
loi musulmane fait du droit de juridiction le principal attribut de 
la souveraineté ; c'est au prjnce qu'elle confère le droit de punir et 



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LA MMAIQnB DES lAISOm 



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d'appliquer la loi ». I-« Bey est donc le seul juge, et c'est comme 
auxiliaires ou délégués du souverain que les magistrats religieux et 
séculiers rendent leurs arrêts. Mais un contrôle s'exerce par les 
soins du Secrétaire général.et les garanties d'équité sont ainsi de- 
venues plus grandes. Pareille réforme devait avoir une importance 
d'autant plus considérable que l'assemblée de magistrats consti- 
tuant la juridiction religieuse du Ckarâ n'est pas seulement appe- 
lée à connaiti-e de tous les litiges relatifs au statut personnel des 
musutmanSj'mais encore à rendre des arrêts dans les procès qui 
s'engagent entre musulmans et Israélites en matière de statut réel 
immobilier.En outre, les décisions des cadis peuvent toujours être 
fmppées d'appel devant les deux Iribunaux religieux de Tunis. 

Les cadis ne sont pas seulement des juges: ils ont des atlribulions 
dejuridictiongracieose; ils nomment les tuteurs des enfantsorplie- 
lins ; ils sont les curateurs des successions vacantes ; ils ont même 
des attributions administratives, telles que la discipline du notariat 
indigène et l'inspection de la Grande-Mosquée, siège de l'Université 
musulmane de Tunis. 

Quant à la justice séculière, comprenant les tribunaux dépendant 
de l'Ouzom, elle n'échappe pas davantage à notre surveillance. 
Avant le Protectorat, il n'y avait au Gouvernement Tunisien qu'un 
ensemble de bureaux traitant administrativement des affaires judi- 
ciaires. Les deux sections, civile et pénale, qui les composaient, 
furent réunies sous la direction d'un magistral français. En même 
temps, pour évileraux plaideurs lescortteux déplacements des points 
extrêmes de la Régence à la capitale, des tribunaux de province 
furent créés avec mission d'appliquer aux Tunisiens, isi-aéli les ou 
musulmans, les lois traitant des affaires civiles, commerciales, pé- 
nales et administratives. Et ainsi l'Ouzara de Tunis devint, en fait, 
une sorte de Cour suprême tendant à n'être plus chargée que du 
grand criminel et des appels. Ces transformations soulevèrent des 
discussions passionnées au sein de la Colonie française, qui sem- 
blait craindre, par voie de conséquence, la diminution d'influence 
des tribunaux français et redoutait aussi que les juges indigènes 
fussent insuflisamment préparés à leurs nouvelles fonctions. Les 
événements n'ont pas justifié ces craintes. Cependant, le Résident 



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^ fi4- 

Général, pour éviter les difficultés prévues et aussi dans l'intention 
d'associer toujours plus étroitement à l'œuvre du Protectorat les 
éléments françaisetindigèties, a récemmenldécidé que dans chaque 
tribunal siégerait un fonctionnaire français ayant l'autorité d'un 
commissaire du Gouvernement, connaissantà la foisia langue arabe, 
la jurisprudence coranique et la législation tunisienne. 

Antérieurement au Protectorat, les Européens domiciliés dans la 
Régence étaient soumis au régime des Capitulations en vigueur 
dans les EÀ;heIles du Levant. Soustraits à la juridiction du Uey, ils 
relevaient des tribunaux consulaires. Agents diplomatiques et com- 
merciaux, les représentants des diverses nations <le l'Europe étaient 
donc en même temps desjuges, appliquant le.-i prescriptions <iu Code 
civil et du Code pénal. L'installation de tribunaux français eut pour 
effet la disparition de ces juridictions multiples. Sous piétexte de 
protéger leurs nationaux contre l'arbitraire et de leur rendre la 
justice qu'ils ne pouvaient attendre des magistrats musulmans, les 
consuls en étaientarrivésàfairede leurs demeuresdes lieux d'asile 
inviolables; ilsavaient conservé leursgardes, leurs janissaires, leurs 
prisons, et, trop sou vent, des individus indignes bénéficiaient de leur 
protection pourse soustraire à la justice, Kncore,si cette action des 
consuls ne s'était exercée qu'en faveur de leui's nationaux, mais il 
y avait aussi les protégés ! De là des embarras sans nombre et des 
conflits qui pouvaient avoir les conséquences les plus regrettables. 
L'installation d'un tribunal français, en 188;î, permit d'entamer 
utilement des négociations avec les Etats étrangers pour la sup- 
pression des juridictions consulaires. Les Italiens et les Mallais 
réclamaient eux-mêmes nos tribunaux. L'Allemagne, l'Angleterre, 
puis enfin l'Italie acceptèrent de soumeitre leurs nationaux à nos 
lois, et, bientôt après, toutes les autres puissances donnèrent leur 
adliésion à cette importante réforme qui consacra l'unilé de juri- 
diction dans la Régence. 

Dès le 1er août 188'*, nos magistrats eurent qualité pour connaître 
de tousiesdélitsinléressantlesétrangers et les indigènes eux-inémes 
quand il y a un Européen en cause. Une série d'acconls inlernalio- 
naux précisa les conditions dans lesquel les était conférée à la France 
cette situation privilégiée. 

Le territoire tunisien fut divisé en deux arrondissements judi- 



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claires au chef-lieu desquels se trouve un tribunal de première ins- 
tance. Celui de Tunis compte trois chambres, celui de Sousse une 
seule. Ces tribunaux substitués à l'ancienne justice se transforment 
en cours criminelles par l'adjonction aux magistrats de carrière de 
six assesseurs choisis sur une liste divisée en trois catégories : 
Français, Européens, Tun isiens, appelés à siéger selon la nationalité 
de l'accusé, qui a du reste le droit de récusation. Ainsi apparaît à 
nouveau la constante préoccupation du Gouvernement protecteur 
de donner satisfaction aux divers intérêts par une étroite collabo- 
ration de tous les éléments sociaux en présence. 

Au point de vue juridique, les tribunaux français de la Tunisie 
relèvent de la Cour d'appel d'Alger et de la Cour de Cassation. Au 
point de vue administratif, les chefs de ces tribunaux sont placés, 
pour les âlTaires d'ordre général, sous l'autorité du Président, et 
pour les alTaires techniques sous l'autorité directe du Garde des 
Sceaux. 

Chacun des arrondissements judiciaires de la Régence comprend 
aussi des justices de paix conliées à des magistrats appartennnt, 
comme ceux d'Algérie, au cadre métropolitain. On compte six jus- 
tices de paix de première classe, dont deux à Tunis, une à Bizerte, 
Sousse, Sfax et Le Kef ; cinq de deuxième classe, à Souk-el-Arba, 
Grombalia, Béja, Kairouan et Gabès. Des audiences foraines sont 
tenues, une foison deux par mois, dans un certain nombre d'autres 
locaUtés comme La Goulelte, Zaghouan, Medjez-el-Bab, Monastir, 
Mahdia, Nabeul. Dans les autres centres, où les Européens sont peu 
nombreux et les litiges plus rares, ce sont les contrôleurs civils qui 
exercent les fonctions de juge de paix. 

Aux greffiers et huissiers, auxiliaires habituels de la justice, s'a- 
joutent des interprètes pour les diverses langues parlées dans le 
pays tunisien : arabe, italien, maltais. Le soin de représenter les par- 
ties est confié à des défenseurs. Quant au barreau, en raison de son 
caractère international, il est soumis à d'autres règlements qu'en 
France. Le bâtonnier et les membres du bureau de l'ordre des avo- 
cats doivent toujours être Français, les indigènes et les étrangers 
étant électeurs sans être éligibles. 

i*s tribunaux de première instance ont la compétence admiiiis- 



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trative et commerciale au même titre qu'ils connaissent des aiïaires 
civiles et pénales, remplaçant ainsi les rouages spéciaux de la jus- 
tice métropolilaine. De même qu'en Algérie, les justices de paix sont 
à compétence étendue. 

Enfin, depuis 18S3,fonclionne le Trilmnal Mixte chargé d'appli- 
quer les lois sur la propriété foncière qui ont établi en Tunisie le 
système de l'immatriculation. Mais, toujours respectueux des litidi- 
tions séculaires,le Gouvernement du Protectorat n'a pas brusque- 
ment imposé aux habitants l'obligation de moderniser l'état civil de 
leurs biens immobiliers. L'ancienne législation continue à avoir 
toute sa force ; la nouvelle, comparable au fameux act Torrensd'Aus- 
tralie, sans en être la copie servile, demeure facultative. Ce double 
régime de la propriété foncière, conciliant les habitudes indigènes 
avec les intérêts des Européens, est donc essentiellement transi- 
toire.i"Il mai-que nolredésirdetoujours procéder par étape en mo- 
difiant les institutions sans jamais opérer de boulevei-sements qui 
pourraient être préjudiciables à l'extension de noire influence. « Le 
tribunal mixte, disait M. Paul Cambon, en parlant du r.ouvel orga- 
nisme, est une innovation ; sa création répond à un besoin spécial ; 
on a pensé qu'il fallait associer à l'œuvre de constitution de la pro- 
priété une juridiction expéditive chargée de surveiller l'exéculion 
de la loi et de résoudre les litiges que son application ne peut man- 
quer de soulever. Il est aussi le prolecteur désigné des incapables et 
des absents, t 

Le président de cette Compagnie judiciaire esl un Français; les 
juges sont Français et Musulmans, les uns appartenant aux cadres 
des magistrats de tribunaux de première instance, les autres choi- 
sis parmi les juges du Charà ou désignés par eux. Pour activer la 
procédure, les membres duTribunal mixte on tété léparlis en deux 
Chambres qui siègent à tour de rôle et dont l'une va tenir, au moins 
une fois par mois, une audience foraine à Sousse. 

«IM.P.Lescare, docteur en droit, cher de division i la Direction générale des 
Finances à Tunis, a publié sur le ■ Double régime de la Propriété Foncière ea 
Tunisie » une excellente étude dont la connaissance est indisi)eti.'iablc à quicon- 
que tient à se rendre compte de l'évolntion qui s'accomplit dans la Régence en 
matière de propriété immobilière. 



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-al - 

Les juges français interviennent seuls quand il n'y a que des 
Européens en cause; mais si, au contraire, l'aiïaire intéresse seu- 
lement des Tunisiens, les magistrats chaînés d'instruire le litige et 
de prononcer le jugement doivent être Musulmans. Enfin, s'il y a 
en présence des Tunisiens et des Européens, la Chambre est prési- 
dée par un magistrat français assisté de deux juges français et de 
deux juges musulmans. Le rôle principal appartient au juge-rap- 
porteur, qui est chargé de mener à hien toute la procédure et de 
veiller à ce qu'aucun droit immobilier ne soit lésé par les demandes 
d'immatriculation. C'est lui qui fait connaître au Tribunal toutes 
les contestations pendantes relatives aux affaires évoquées, tous les 
moyens de défense que les i ntéressés ont présentés par écrit . Toute- 
fois, il se borne à exposer t'état de la cause, sans donner son avis. 
Quand le Tribunal a rendu sa décision admettimt la demande d'im- 
matriculation, il ne peut plus être fait ni opposition ni appel. Le 
jugement est défmitif et sans recours. En cas de rejel, les choses 
restent en l'état, et il appartient au demandeur de mieux justiOer 
ses droits et d'introduire une nouvelle requête. Il n'est pas inutile 
de faire remarquer que le nombre des demandes d'immatriculation 
a passé de 23 en 1886, à 501 en 1894 et à 700 en 1904. 

Tels sont les organismes du Tribunal mixte qui se distingue net- 
tement de toules les autres institutions judiciaires par ta compo- 
sition de son personnel, par la nature des textes législatifs qu'il 
applique, par son mode de procédure, enfin, et surtout, par le ca- 
ractère définitif de ses sentences. Une nouveauté hardie consista 
aussi dans la substitution du service postal aux huissiers pour la 
transmission des pièces aux plaideurs. La bonne marche des alTaires 
n'en a jamais été retardée et les frais ont été considérablement ili- 
minués. Peut-être conviendrait- il de voir !à une indication pour 
une réforme plus générale, s'appliquant aux tribunaux de tous 
genres, et dont les justiciables seraient appelés à retirer les plus 
grands bénéfices. 

Dans une société où la religion tient une place aussi grande, le 
Gouvernement ne peut rester indifférent aux diverses manifesta- 
tions du culte. Aussi le Secrétariat général exerce-t-il une tnduence 



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discrète, mais constante, sur le personnel chargé de l'entretien des 
mosquées et autres établissements religieux. 

Telle est, en effet, la force des traditions séculaires que les repré- 
sentants de la doctrine coranique sont toujours les guides de l'opi- 
iiion publique, les conseillers écoutés de la foule ignorante comme 
de la bourgeoisie riche et lettrée. 

Dans les mesjed, petites mosquées analogues aux oratoires de 
France, c'est un simple imam qui préside aux exercices de piété. 
Dans les djama, c'est-à-dire les grandes mosquées où l'on célèbre 
le vendredi le service qui porte le nom iVel-kholba, on trouve en 
outre un ou plusieurs imam prédicateurs, choisis d'ordinaire par- 
mi les membres du Charâ ou de la Grande-Mosquée de Tunis. Les 
prières ne peuvent être commencées avant l'appel du miiezzine qui 
avertit les fidèles du haut des minarets. Enlin, à côté de ces minis- 
tres du culte officiel, il faut mentionner les cheikhs des zaouia, 
nommés par décret, et toujours membres de l'ordre religieux au- 
quel appartient la zaouia. 

Mais, bien qu'en pays musulman l'Islam soit une véritable reli- 
gion d'Etat, le Gouvernement Tunisien continue à ne pas salaiier 
les ministres du culte qui sont rétribués sur les fonds des haboui^, 
c'est-à-dire doivent leur subsistance à la piété des fidèles. 

A la tête de la communauté Israélite de Tunis est un grand-ralt- 
bin dont le pouvoir religieux s'étend à toute la Régence. 11 est 
assisté d'un certain nombre de rabbins, les uns officiant selon le 
rite tunisien et les autres selon le rite portugais. Il préside un co- 
mité de neuf membres qui administre les revenus de la commu- 
nauté et paie les dépenses du culte. Les divers groupements israé- 
lites de l'intérieur ne sont pas organisés, mais cependant presque 
toutes les villes possèdent un grand-rabbin et plusieurs rabbins. 

Les prières en commun ont lieu dans les synagogues, toujours 
pourvues d'un administrateur et d'un rabbin ofiiciant. 

L'Eglise catholique est représentée dans la Régence par l'Arche- 
vêque de C^rthage, Primat d'Afrique, secondé par un vicaire géné- 
ral et un certain nombre de prêtres répartis entre les vingt-neuf 
paroisses du diocèse. L'administration du temporel est aux mains 
(l'un évêque, titulaire du siège d'Hippone-Zarite. Une subvention 



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annuelle est mise à sa ilisposilUm p;ir le Gouveriiernenl Tunisien 
pour les divers Itesoins du culte. 

L't)^dise pi-otestante rrançiùse, dirigée par un pasteur de l'Eglise 
de Montpellier, ne reçoit de subsides ni du Gouvernement Tuni- 
sien ni du Gouvernement Français. 

EiiCin, la communauté des Grecs orthodoxes est sous l'autorité 
spirituelle d'un archimandrite qui relève du patriarche d'Alexan- 
drie. 

En somme, si l'on excepte le culte musulman, dont les ministres 
sont étroitement rattachés à t'oi^anisme administratif tunisien, les 
autres confessions religieuses vivent de leur vie propre. L'inter- 
vention de l'Etat ne se fiiit sentir dans la communauté catholique 
que sous la forme d'une contribution annuelle aux dépenses du 
diocèse; quant aux israélites, protestants ou orthodoxes, ils sont 
conslilués eu petites sociétés complètement autonomes. 

Les organisations cultuelles des Musulmans et des Israélites 
subvenaient déjà, avant tes événements de 1881, au.v besoins de 
l'assistance publique des indigènes. Sur les fonds dont dispose la 
Djemaîa des Habous et le Uit-el-Mal étaient prélevées les sommes 
nécessaires pour l'enlretien de l'hôpital arabe et de la Tekia. Une 
caisse de bienfaisance assurait aussi l'octroi de quelques subsides 
aux Israélites nécessiteux. Quant aux Européens, ilsétaienl secou- 
rus par leui-s Consulats respectifs. 

Dès l'établissement du Protectorat, les Français constituèrent une 
Société de Bienfaisance, dégagée de toute préoccupation confes- 
sionnelle, mais libre aussi de toute attache ofllcielle avec le Gou- 
vernement. La naissance de cette association peut êti-e considérée 
comme le point de départ ded mesures administratives qui abou- 
tirent à la création d'une Direction de la Santé et de l'Hygiène pu- 
bliques, par décret du 2fî mai 1897, et à la formation d'un Comité 
supérieur de l'Assistance publique par décret du \<" avril 1900. 

Depuis loi's,des prescriptions sérieu.ses ont été édictées pour 
réglementer la sortie et l'entrée des pèlerinages sur La Mecque, 
pour prévenir les maladies épidémiques, enfin pour astreindre les 
médecins et sages-femmes à prendre les précautions utiles au 
maintien de la santé publique. 



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Cependant, le Gouvernement tunisien n'a pas cru devoir assumer 
lu charge des divers services d'hospitalisation et d'assistance mé- 
dicale. 

Il laisse à la Djemuïa des Habous le soin de secourir, comme par 
le passé, les misères de la population musulmane, mais il surveille 
l'emploi des fonds affectés à cet usage. De même, il est représenté 
par un délégué dans le Conseil d'administration de la Caisse de 
Bienfaisance israélite. 

La Société française de Bienfaisance continue à fonctionner, en 
conformité de l'arrêté du 31 janvier 1898 et du décret du 5 février 
de la même année.qui la reconnaît d'ulilité puhlique. Le 8 juin 
1899, l'immeuble utilisé pour l'hôpital Saint-Louis lui fut remis 
pour y installer ses divers services : protection de l'enfance aban- 
donnée, pouponnière, vieillards, incurables, dispensaire interna- 
tional. 

L'Etat participe aux dépenses de la Société en lui alTectant une 
notable partie des ressources spéciales piévues au Budget à cet 
elTet. 

Des associations internationales comme la Croix Verte, oa étran- 
gères comme les sociétés italiennes et anglaises de bienfaisance, 
sont comprises dans la répartition des sommes ainsi consacrées 
au soulagement des malheureux. 

En ce qui concerne les hôpitaux, l'intervention gouvernementale 
se manifeste surtout à l'hôpital français de Tuni3,pourvu d'un 
budget spécial et géré par un directeur emprunté au cadre des 
Clontrôleurs civils. 

L'hôpital Sadiki est entretenu par les Habous, l'hôpital italien 
subventionné par son Consulat, enlin l'hùpital israélite est une fou- 
dation due à l'initiative privée et maintenue par elle. A l'iiitéiieur, 
ce sont les hôpitaux militaii'es qui abritent les malades civils. 

Tous ces organismes seront du reste pmchainement modifiés, 
car le Gouvernement étudie les moyens de doter la Régence d'un 
service d'hospitalisation, d'assistance et d'hygiène qui soit vrai- 
ment en rapport avec les multiples besoins du pays, témoignant 
ainsi que rien de ce qui touche au bien-èlre des populations tuni- 
siennes ne saurait le laisser indilTérent. 



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V 

Le Kégflme financier 

i'JTolDtioii de la Dett« taniusnns. — Le Budget. — Riialuta dn noUvean 
régime. — Nature dea inip4U. — Organisation teclinlqae de la Direction 
des Finances. — Conséquences bienfaisantes de l'antonomie financière. — 
Le régime douanier. — Les institntions de crédit. 

L'organisation financièi'e de la Tunisie a pour caractère essentiel 
l'aulonomie, sous le contrôle de la France, qui a garanti la Dette 
tunisienne par la convenlion du 8 juin 1883. 

Cette intervention de lu Métropole eut pour consét|uence immé- 
diate le remplacement de la Commission Financière '" par la Direc- 
tion des Finances, créée par décret beyiical du 4 novembre 1882 
et complètement installée le 2 octobre 1884. 

La naissance et le développement de la Dette tunisienne étaient 
dus à l'exagération des dépenses du Gouvernement beyiical pen- 
dant les vingt dernières années qui précédèrent l'occupation fran- 
çaise. En dépit du contrôle de la Commission, la Tunisie n'était 
pas parvenue à se soustraire au déficit permanent, à l'exploitation 
violente des contribuables par les intermédiaires, aux emprunts 
usuraires. Il convenait, en premier lieu, de restituer au souverain 
protégé la libre disposition de ses ressources, dont la plus grande 
partie était engagée à des créanciers étrangère. Ramenée, en 1870, 
au cliilTre de 145 millions, la Dette exigeait, quand l'administra- 
tion actuelle fut organisée, un service annuel d'intérêts de 6.307.000 
francs. Le premier Budget, établi pour une année calculée du 13 oc- 
tobre 188i au 12 octobre 1885 avec une prévision de recettes d'en- 
viron 1 i millions, laissait bien peu de marge pour assurer le fonc- 
tionnement des divers services publics, surtout si l'on songe qu'il 

«1 Cette CommissioD, qui daluit de 1869, eut pour mission expresse de perce- 
voir certains revenus de la lléj^ence et d'en assurer la répartition entre les 
créanciers de l'Etat. Pour garantir les droits des porteurs de titres étrangers à la 
nationalité française, il Tut décidé que celte Commission serait internationale. 
(Voy. llùfloire de la Tunitie, par Gaston Lotli, p. 271 et ssq.) 



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fiilliiit également prélever sur cette somme le montant de la Liste 
civile (lu Bey et des princes de sa famille. Clette dernière alloca- 
tion alleint aujourd'hui \ .680.000 Irancs. C'est seulement après eu 
avoir assuré le paiement et après avoir servi les intérêts de ia Dette 
que la Direction des Finances peutemployer le produit des impôts 
autorisés par la loi annuelle du Budget, à payer les dépenses limi- 
talivement prévues par le Budget. Depuis 1892, l'année fmancière 
commence au l^' janvier, et le Budget est désigné par le millésime 
de l'année grégorietme. 

I^e Budget est préparé par le Directeur des Finances, délibéré en 
(lonseil des Ministres sous la présidence du Résident Général, sou- 
mis ensuite à l'examen du Gouvernement Français, piésen té à son 
relour à la sanction du Bey, puis promulgué au Journal Officiel de 
la Régence. 

Le produit des impôts est évalué d'après les recetles moyennes 
des cinq dernières années, et les prévisions de dépenses établies 
d'après les besoins probables des Services publics pendant l'année 
du Budget. Il existe un chapitre spécial de dépenses imprévues, 
et il n'est jamais ouvert de crédits supplémentaires. Si le Budget 
se solde en déficit, le Gouvernement Tunisien couvre ce déficit par 
des prélèvements sur un fonds de réserve institué à cet eflel. Les 
excédents vonl, au contraire, grossir le fonds disponible destiné à 
payer les dépenses île premier établissement dans la Régence. 

Malgré ses défectuosités, le régime liscal tunisien d'avant le 
Protectorat fut maintenu dans ses grandes lignes pendant les pre- 
mières années, car les contribuables y étaient habitués. On se con- 
tenta de le modifier peu àpeu, mais l'on empèclia les agents finan- 
ciers de pressurer les habitants et de frustrer le Trésor, Désormais, 
les impôts furent perçus en vertu d'une loi, et chacun fut avisé de 
ce que l'Etat lui réclamait. C'était un progrès sensible, puisque nul 
ne pouvait plus payer deux fois : en revanche, il est vrai, il n'y eut 
plus de ces exemptions d'impôts obtenues par les Khroumirs ou 
telle autre tribu tuibulente sous la menace d'une révolte conlre 
l'autorilé du Bey. Si rudimeulaire cjue fût ce premier essai d'orga- 
nisation financière, il eut pour résultat immédiat l'enrichissement 
du pays. On le vit bien à la hn de 1888, quand il fut possible d'opé- 



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rer une conversion de la Dette, de 4 à 3 1/2 o/o, qui procura un bé- 
néfice »Ie millions consacrés aux travaux publics. D'autre part, 
l'uugmentalion des recettes suivit une progression constante et 
passa de 12 millions en 1882-83, à 26 millions en 1886-87, 28 mil- 
lions en 1898, 32 millions en 1901 et 46 millions en 1904, permet- 
tant des dégrèvements sur les droits d'exportation qui atteignirent 
bientôt près de 4 millions annuels. Le fonds de réserve de 11 mil- 
lions, créé par décret du 21 juillet 1886, put être ramené à 8, 
puis à 5 millions. Il suffit, et au delà, à parer aux insuffisances de 
receltes pouvant provenir du manque de récoltes. Il a déjà permis, 
à plusieurs reprises, de f.iii-e des avances de céréales aux popula- 
tions éprouvées par la sécberesse. Enfin, une partie de l'excédent 
des recettes non incorporée au fonds de réserve servit aussi à com- 
mencer ces ;,'rands travaux publics qui absorbèrent jusqu'au tiers 
des revenus de la Régence. Si l'on dépensait largement pour l'ou- 
tillage économique, ou s'occupait au contraire de supprimer toutes 
les sinécures de la Cour des Beys. Plus de ministre de la Marine, 
plus de ministère de la Guerre et des Affaires Étrangères."' Le 
Souverain lui-même et sa famille furent dotés de listes civiles. 

On réduisit à une plus juste proportion le nombre des fonction- 
naires indigènes et on reconstitua l'administration générale et l'ad- 
ministration des villes. 

Toutes ces réformes.qui intéressaient directement l'amélioration 
de la situation financière, eussent été sans efTet si une stricte sur- 
veillance n'avait été exercée sur les plus importants des agents 
financiers, les calds, dont les districts furent délimités à nouveau 
et les attributions déterminées par des textes précis. Et ainsi tout 
l'organisme ailministratif se i-essentlt du soin apporté au choix du 
personnel, du souci constant d'épargner à la population les vexa- 
tions de toutes sortes dont elle souffrait avant notre arrivée. 

IjCS recettes ordinaires du Gouvernement Tunisien proviennent 
actuellement : 

1» Des impôts directs, qui comprennent la medjta ou taxe deca- 



(11 f.e liéMilent Général esl, on la vu plus haut, ministre des Affaires étrangè- 
res, et le Général commandant rem|>lil l'ortice de ministre de la Guerre. 



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pitation payée parles indigènes musulmans, les conlribulions pré- 
levées sur les produits des oliviers et des dattiers, la dime des 
céréales [achoiir}, la taxe de superMcie sur les terrains maraîchers 
et les vergers {inradja et A:/iodor/, l'impôt sur les propriétés bâties, 
cnlin les patentes; 

2«Des impôts indirects, qui se composent du timbi-e et do l'en- 
registrement, dei droits de mutation, des droits de douane, des 
droits maritimes sanitaires et de phares, des droits de port, des 
droits de mahsoulat sur la fabrication, la vente ou la consomma- 
lion; 

3oDes produits monopolisés, tels <)ue la poudre, les tabacs, le 
sel, les allumettes, les cartes à jouer, etc., auxquels il faut ajouter 
les recettes des Postes, Télégraphes et Téléphones, les produits du 
Domaine et les produits divers, tels que droits de chancellerie, 
droits d'immatriculation. 

Quant aux recettes extraordinaires,ellej sont surtout alimentées 
par les excédents de recottes du Budget, auxquels sont venus se 
joindre les produits de la conversion delà Dette en 1889elen 1892. 

Avec ses ressources, la Direction des Finances assure le paie- 
ment de toutes les dépenses publiques du Gouvernement heyiical, 

A la tète de celte importante administration se trouve un Direc- 
teur général, assisté d'un adjoint avec le titre de sous-directeur, 
et secondé par un certain nombre de bureaux. Il a sous son auto- 
rité directe la Recelte générale des Finances, la Direction des Mo- 
nopoles, la Direction des Contributions divei-ses, la Direction des 
Douanes, l'Administration des Domaines, les caïds et les cheikhs 
en tant qu'agents financiers, l'Inspection des Finances, la Conser- 
vation de la Propriété Foncière. Pour éviter d'avoir un nombre 
considérable d'agents, il y a association de tous les Services à 
l'œuvre commune de la Direction des Finances. Partout où il est 
nécessaire, les entreposeurs des Monopoles sont investis des attri- 
butions d'un Receveur des Contributions diverses, ou inversement. 
Il en résulte une économie de persoimel et la possibilité il'avoir des 
représentants sur les points les pluséloigné.s de la capitale. 

Tel est le mécanisme de l'administration linancière que l:i 
France a substituée à l'organisation rudîmentaire existant avant 



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l'établissemenl du Protectorat. Si le nouveau régime n'est pas 
exempt de défauts, il serait injuste de méconnaître que la Tunisie 
lui doit d'avoir pu opérer tout un ensemble de réformes d'où dé- 
pend l'avenir de la colonisation. La réalisation du programme des 
grands travaux publics n'a été possible que par l'application d'une 
sage politique d'économies. La rapidité d'exécution des diverses 
entreprises ayant pour but lu mise en œuvre des régions les plus 
déshéritées est la résultante de la liberté d'action dont la Régence 
continue à jouir en malièie de finances, c Sans doute, a-t-on pu 
dire justement, la France, qui garantit une partie de la Dette tuni' 
sienne, est par cela même intéressée à ce qu'il soit fait bon usage 
des finances beyiicales et a le droit île veiller à la régularité de 
leur gestion. Mais ce droit de contrôle n'enlève rien à la Kégence 
de son autonomie fmancière. La Tunisie est maîtresse de ses res- 
sources, elle en a seule la propriété et la jouissance. Si cette liberté 
venait à faire défaut à la Tunisie, si ses ressources étaient absor- 
bées par le Gouvernement protecteur, ou si l'emploi pouvait en 
être fait ailleurs que dans la Régence, ou encore sans son assenti- 
ment, il n'y aurait plus d'auloiiomie : le système du Protectorat 
serait compromis. » 

La Tunisie n'a du reste pas abusé de ses droits en matière de 
finances. Assurée de l'appui île la France, elle a pu tout d'abord 
convertir ses dettes anciennes en obligations passibles d'un inté- 
rêt moins lourd. Le bénéfice de celte opération lui a permis éga- 
lement de trouver une partie des sommes nécessaires à la mise en 
œuvre du pays. A mesure que s'accroissait l'élasticité du fiudget 
grâce au remaniement partiel du système d'impôts, les excédents 
de recettes devenaient chaque année plus importants. Bientôt le 
Gouvernement «lu Protectorat put même contribuer dans une 
lat^e mesure aux dépenses que la Fiance a faites en Tunisie dans 
un intérêt généi-al,el ainsi s'aflirma de la plus éclatante façon 
l'étroite solidarité qui unissait les deux nations. Travaux militaires 
et maritimes de Bizerte, conventions po3tales,attributions de sub- 
ventions diverses, construction de voies ferrées dans un intérêt 
stratégique, tout un ensemble de réformes attestent l'incessanle 
collaboration de la Métropole et du pays protégé dans l'œuvre de 



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colonisation et de défense nationale. Rien de tout cela n'eût été 
possible si la réorganisation financière de la Régence n'avait per- 
mis d'assurer la bonne marche de tous les services adminisU'atifs. 

Parmi les services qui dépendenl de la Direction des Finances, 
un des plus importants est la Direction des Douanes, spécialement 
chargée de l'application du régime commercial et de la surveil- 
lance du transit aux frontières. Pendant les premières années du 
Protectorat, la besogne des agents consista à faire payer indistinc- 
tement 8 pour cent ad valorem sur toutea les marchandises à 
l'entrée, quelle que fût leur provenance. A la sortie, les produits 
étaient taxés de manière très diverse et parfois hors de proportion 
avec leurvaleur,rendant ainsi très difficile l'exploitation raisonnée 
du sol et le développement des richesses économiques. Soixante- 
trois sortes de marchandises, c'est-à-dire à peu près toutes celles 
qui pouvaient être exportées, payaient des droits. Les inconvé- 
nients de ce régime étaient si évidents que, dès le 3 octobre 188i, 
au lendemain de sa création, la Direction des Finances faisait 
promulguer un décret relatif à la refonte et à ta codification des 
lois et règlements concernant les douanes et les monopoles de 
l'Etat. Divers droits perçus à l'exportation, et connus sous le nom 
de droits de kataïa et giornata, étaient supprimés, ainsi que les 
droits d'exportation sur les céréales et les légumes secs. Ceux qui 
pesaient sur l'huile étaient réduits. Les douanes intérieures dis- 
paraissaient. En 1885, les produits de la minoterie, les ouvrages 
en alla, la graine de lin furent admis au bénélice du nouveau ré- 
gime. En 1888 et 1889, des décrets permirent également la libre 
sortie des écorces à tan, de la laine lavée, des amandes, citrons, 
ligues sèches, miel, etc. Enlin, en 1890, était autorisée la libre ex- 
portation du bétail. 

Les effets de ces réformes de détail furent complétés par la loi 
du 19 juillet 1890 qui autorise l'introduction en franchise, dans la 
métropole, sous certaines conditions restrictives, dont la présen- 
tation d'un certificat d'origine et le transport en droiture sous pa- 
villon français, des principaux pmduits tunisiens, céréales, huiles, 
vins, etc. Les quantités sont, chaque année, désignées par décret 
du Président de la République. Ce régime permettait tout à la fois 



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A DIKEcnON DES FINANCES A TUNIS 



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D,„i,„db,Goo<^le 



- W- 

aux cotons et aux indigènes de soustraife leurs récoltes aux ri- 
gueurs du tarif général à l'entrée en France. Une modification 
nouvelle et plus complète du régime douanier eut lieu loi-squ'en 
1896 une série de conventions commerciales passées avec les puis- 
sances européennes annula leurs anciens traités avec la Régence 
et amena l'établissement du régime douanier acluel.que réglemen- 
tent les décrets du 2 mai 1898. 

A l'exportation, il n'y a plus de droits que sur douze sortes de 
marchandises. La perception se fait sur les 100 kilogrammes, sauf 
pour les tissus de laine, dont la taxe est perçue ad valorem, et pour 
les vins, sur lesquels elle est perçue à l'unité. 

A l'importation, la franchise de tous droits d'entrée est accordée 
par la Tunisie à la majeure partie des produits de nos grandes in- 
dustries françaises, tels que les métaux, les fils, les tissus, les ma- 
chines. En même temps, des droits protecteurs frappent les mar- 
chandises similaires d'origine étrangère, de manière à assurer la 
préférence à l'importation des produits français. 

Les décrets du 2 mai 1898 frappent aussi de droits protecteurs 
pour l'industrie française les marchandises de grande consomma- 
tion : le sucre et l'alcool, que la métropole fournissait jusqu'ici en 
minime quantité et dont on veut lui assurer la vente exclusive. 
Une légère taxe de consommation assure l'équilibre financier de 
la réforme et compense les pertes subies parle Trésor tunisien du 
fait des avantages consentis à certains produits français. Quant au 
surplus des importations en provenance de la métropole, elles sont 
soumises aux taxes établies par le décret du 2 mai 1898, qui cons- 
titue un régime de transition appelé à disparaître prochainement 
pour faire place à la franchise absolue, tant à l'importation qu'à 
l'exportation entre la Tunisie et ta France. 

D'autre part, l'ancien droit de 8 pour cent ad valorem autrefois 
indistinctementappliqué à l'importation, quel le que fût l'origine des 
marchandises, est supprimé. 

Les traités et conventions de toute nature en vigueur entre ta 
France et l'Allemagne, l'Autriche-Hongrie, le Danemark, l'Espa- 
gne, la Russie, la Suisse, la Suède, la Norvège, la Belgique, les 
Pays-Cas et la Grèce sont étendus à la Tunisie. Il en est de même 



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-Î8- 

pour la Grande-Bretagne, à la dilTérence près que les cotonnades 
originaires des possessions britanniques ne peuvent être Trappées 
d'un droit d'importation supérieur à 5 pour cent de leur valeur. 
Celte cinuse de faveur restera en vigueur jusqu'au 31 décembre 
1912. Une convention spécialo passée entre la France el l'ilalie 
stipule pour cette dernière puissance le régime de la nation la plus 
fiivorisée jusqu'au l^"" octobre 1905, sans qu'elle puisse prétendre 
aux avantages concédés par la Tunisie au pays protecteur. N'ayant 
pas été dénoncée dans les délais prévus, cette convention reste tou- 
jours en vigueur, mais avec faculté pour cliacune des deux nations 
contractantes de se libérer de ses engagements dans un délai d'une 
année, sauf avertissement préalable. 

Pour parer aux mulliples exigences de la mise en valeur d'un 
pays neuf, aux besoins du commerce local et des transactions in- 
ternationales, la Tunisie n'avait jusque dans ces dernières années 
aucune institution analogue à la Banque de France, fonctionnant 
sous le contrôle de l'Etat et émettant un papier-monnaie garanti 
par une encaisse métallique. Elle n'avait pas davantage d'établis- 
sement financier comparable au Crédit foncier de France et per- 
mettant aux propriétaires d'immeubles urbains ou ruraux de con- 
tracter des emprunts à un taux modéré avec facilité de rembour- 
sement. En dehors d'un certain nombre de banques particulières, 
derniers vestiges de l'état de choses antérieur au Protectorat, on 
ne trouvait en Tunisie que les succursales de deux ou trois socié- 
tés financières importantes, ayant leur siège social en France ou 
en Algérie. Tels sont le Comptoir d'Escompte de Paris, le Crédit 
Foncier et Agricole d'Algérie, la Compagnie Algérienne,la Banque 
de Tunisie, cette dernière ayant toutefois son siège social à Tunis. 
Ces diverses institutions de crédit sont d'ordre à peu près exclusi- 
vement commercial, ne pratiquent guère que les opérations ordi- 
naires d'escompte, recouvrements, prêts à court terme el font ra- 
rement des prêts à longue échéance. En outre, elles éprouvent de 
sérieuses diflicullés pour le réescompte du papier qu'elles ont en 
portefeuille. Pour obvier à ce dernier inconvénient, la Conférence 
Consultative demanda, le 23 avril 1892, qu'une succursale de la 
Banque de France fût créée en Tunisie. Il ne fut pas donné suite à 



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-■ra- 
ce vœu, mais l'on put constater, dès 1895, une tendnnce à la biiisse 
du taux (le l'intérêt, par suite de la concurrence que se faisaient 
entre eux les grands établissements de crédit. 

Si la situation du commerce ne paraissait pas exiger la créatiun 
immédiate de nouvelles institutions de crédit, en revanche on souf- 
frait de voir que les agriculteurs n'avaient d'autre moyen pour 
se procurer de l'argent que d'ertgager leurs propiiétés. Aussi, la 
Conférence Consultative, dans sa session d'avril-mai 1897, discuta 
longuement ta question de savoir si la création d'une institution de 
Crédit foncier, Fonctionnant sous le contrôle de l'Etat, était d'une 
utilité immédiate, ou s'il convenait, au conlraire, d'étendre simple- 
ment aux banques locales qui en feraient la demande le bénélice 
de la législation particulière pour la rapide réalisation du gage. La 
solution n'est intervenue que dans ces dernières semaines, à la 
suite d'un nouveau vole de la Conférence Consultative, émis à l'u- 
nanimité des membres présents, invitant le Gouvernement du Pro- 
tectorat à confier à !a société fmancière le Crédit Mobilier le soin 
d'organiser en Tunisie le crédit foncier t;mt réclamé par les colons 
français. 

Déjà, en matière de crédit agricole proprement dit, c'est-à-dire 
en matière de prêts sur récolles, vins, builes, etc., un décret en 
date du 19 août 1900 avait stipulé « que les récoltes détacliées ou 
non, les produits industriels résultant de l'exploilatioii agricole, 
tels que l'buile, le vin, l'alcool, peuvent faire l'objet d'un nantisse- 
ntent sans être mis en la possession du créancier ou d'un tiers. » 
Ce texte réalise un progrès surTartide 2076 du Code civil français 
en ce qu'il substitue la publicité du contrat de prêt sur gage à la dé- 
lention. Diverses mesures sont prévues par le mêmedécrel pour sau- 
vegarder les droits du piêteur. En attendant qu'un établissement 
spécial de crédit foncier et agricole adapté aux besoins du pays 
s'installât dans la Régence, ce décret permettait aux agriculteurs 
de trouver, dans les diverses banques locales, l'aide qui leur est par- 
fois nécessaire sans qu'ils soient obligés d'engager leur propriété. 

Il faut bien reconnaître cependant que cette législation n'eutau- 
cun elîet, car nul agriculteur ne voulut tirer bénéfice de ce ilécret 
sur le crédit agricole, soit que la protection oITertc parût insufli- 



DigitizsdbyGOO'^le 



santé, soit que les conditions de l'emprunt fussent encore trop 
onéreuses. Il était réservé aux associations créées sous le nom de 
Caisses régionales ou locales de Crédit agricole mutuel et autori- 
sées par le décret du 25 mai 1905, de mettre à la disposition des 
colons « au plus bas prix possible, étant données les conditions 
locales du loyer de l'argent, les fonds nécessaires aux opérjlions 
agricoles susceptibles de bénéfices directs. » 

En complétant ces institutions comme il vient rie le faire par 
l'oi^anisation d'un établissement de crédit foncier, l'Etat place les 
agriculteurs dans les meilleures conditions possibles pour ta réa- 
lisation des « opérations agricoles directement productivesdegain» . 

Enfin, il est bon de signaler que, dès le vote de la loi du 5 juillet 
1900, renouvelant le privilège de ia Banque d'Algérie, des dispo- 
sitions furent prises pour installer àTunis une succu rsale de ce grand 
établissement de crédit. Un décretdu Bcy, en date du 8 janvier 1904, 
et deux décrets du Président de la République, du 7 mai suivant, 
consacrèrent définitivement les arrangements passés entre le Gou- 
vernement et la Banque. La Tunisie, moyennant la concession du 
privilège d'émettre des billets dans la Régence, obtient « des avan- 
tages proportionnels à ceux que le Parlement avait imposés à la 
Banque de France et à la Banque d'Algérie en compensation du 
renouvellement de leurs privilèges respectifs dans la métropole et 
dans la colonie ». Une somme d'un million de francs fut versée au 
Trésor tunisien à titre d'emprunt sans intérêts et une redevance 
annuelle prévue. 

«Ces divers versements doivent être aiïectés soit au développe- 
ment de la colonisation, soit à la constitution du crédit rural», en 
sorte que non seulement l'installation en Tunisie de la Banque 
d'Algérie a eu pour elTet de faire baisser sensiblement le loyer de 
l'argent, de faciliter au commerce les opérations d'escompte, tie 
mettre à la disposition du public une monnaie fiduciaire de pre- 
mière valeur, mais encore d'aider au fonctionnement normal du 
crédit mutuel agricole, de contribuer au développement de la colo- 
nisation, et d'affranchir la Direction des Finances des lourdes obli- 
gations qu'elle s'était imposéesjusqu'alors pour suppléer à l'absence 
d'une banque de réescompte. 



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LB MINARET DB TBâTODR 



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„Googlc 



CHAPITRE VI 
L'Enseignement public 

L'anuignament arabe.— Dirision des coure à la Grands-Hosqnée. — L'sneei- 
gnement trançaU. — Statiiiiques icolairee. — Ltn grands établissements 
d'instruction. — Oévsloppsment de l'enseignement primaire et profesaion- 
nel. — Une nooTelle législation. — Bibliothàqnes et associations dirersea. 

L'enseignement public dans la Régence comprend deux grandes 
divisions : l'enseignement arabe et l'enseignement français. t" 

L'enseignement arabe est donné dans les mosquées, les mederça, 
les zaouîa et les koultab ou écoles coraniques. Il fait partie inté- 
grante des exercices du culte et constitue une préparation à la vie 
future, car il a pour base la lecture et l'explication du Coran. On 
compte dans la Régence 1 .245 écoles coraniques avec 1 .248 maîtres 
et 20.254 élèves. Dans les mederça, où professeurs et élèves vivent 
côte à côte, on se borne en effet à apprendre à lire le livre saint et 
à le prononcer correctement. Il en est de même dans les zaouîa 
qui renfermentune école. C'est dans les mosquées, transformées en 

«I L'exposition scolaire occupe une salle desservie par le couloir allant du salon 
de lecture à la salle à coupole et Tait face aux expositions des Finances, du Se- 
crétariat général et de l'Office postal. 

Vis-à-vis la porte d'entrée, une place est réservée à la Direction générale de 
l'Enseignement et aux grands établissements scolaires de Tunis : Ecole Jules- 
Ferry, Lycée Camot, Collège Sadiki, Collège Alaoui, Ecole proressionnelleEmile- 
Loubet. 

Dans la partie droite de la salle, se trouvent exposés les travaux manuels de 
filles : objets divers de couture usuelle, broderies, trousseaux (avec poupées 
habillées) renfermant les divers objets de lingerie et de vêlement d'une femme 
française, d'une Temme Israélite, d'une femme musulmane. Une mention spéciale 
doit être réservée à l'exposition de ■ l'Ecoliëre Prévoyante >, société de mutua- 
lité créée par M°" Stephen Pichon entre les Hllettes fréquentant les écoles fran- 
çaises, et qui a pour but de leur constituer, grâce k une cotisation minime et à 
leiirtravail,uD trousseau composé des principaux otijets de lingerie nécessaires 
à une femme au moment de son établissement. 

Le reste de la salle est occupé par les travaux des élèves et les travaux de 
maîtres des écoles primaires. I^es premiers comprennent des cahiers de roule- 
ment, des cabiers de devoirs journaliers, des cartes, des dessins, des recueils de 
devoirs, etc. Tontes les écoles de la Régence sont représentées. L'enseignement 
de la langue arabe figure à l'Exposition par des cahiers de thèmes et de versions ; 



DigitizsdbyGOO'^le 



vérilables universités, qu'on enseigne la langue arabe, la lecture 
du Coran, la conduite du Prophète, la métaphysique, la théologie 
islamique, le droit, la logique, etc. Les proresseurs sont souvent en 
même temps tmam ou »)u/'/t,et ainsi apparaît encore l'intime union 
entre l'enseignement et le culte. Les différentes études auxquelles 
on se livre dans tes mosquées sont aujourd'hui concentrées en quel- 
que sorte à la Grande-Mosquée de Tunis ou Djamd-Ezzilouna (mos- 
quée de l'Olivier), où se donnent rendez-vous les étudiants de loules 
les parties de la Régence et qui possède une bibliothèque de G.850 
volumes. 

Dans le but d'améliorer le recrutement des maîtres, la Direction 
de l'Enseignement a créé, sous le nom de Mederça Eltadibia, une 
sorte d'école normale qui conserve les jeunes gens indigènes pen- 
dant cinq années. On leur apprend la langue françiiise, les éléments 
des sciences, l'histoire et la géographie de la Tunisie, la grammaire 
arabe et les éléments du droit. C'est le début d'une réforme plus 
complète destinée à rénover les méthodes en usage à la Orande- 
Mosquée, où les professeurs, imbus des principes de la scholastique, 
se contentent encore trop souvent d'un enseignement dépourvu de 
tout esprit critique et s'adressent à la mémoire pluliit qu'à l'intel- 
ligence des étudiants. 

Pendant l'année scolaire 1905-1900, à la Grande-Mosquée, le 



celui du travail manuel, par des objets exécutés par les élèves, des carnets de 
croquis; celui de l'agriculture, de la sériciculture, par des caliiers de résumés, 
des carnets agricoles, des plans de jardins; des cahiers.devoirsel notes diverses 
représentent l'enseignement de la pèche et de la navigation. Les écoles mater- 
nelles exposent quelques spécimens des travaux de pliage, tissage, etc. Parmi 
les travaux de maîtres, citons les monograpliies ou carnet historique de chaque 
école, (les notices snrles méthodes, l'organisation pédagogique, l'emploi du temps, 
des spécimens de musées scolaires, un rapport de chaque dii-ecteur ayant orga- 
nisé dans son école l'enseignement agricole, des plans ou cartes en relief, de 
nombi'euses notices locales (description géographique, commerce, industrie, 
agriculture, élevage, pèche et navigation, forêts, mines et carrières, salines, eaux 
tliermales et minérales, coutumes et légendes), des comptes rendus relatifs à 
l'enseignement antialcoolique, à l'organisation et au fonctionnement des biblio- 
thèques populaires, les mémoires d'un instituteur tunisien : Les Instituteurs- 
colons ;ua recaail de notes sur «ce que deviennent nos élèves»; un matériel 
spi'cial pou L. l'enseignement de la pêche et delà navigation. 



DigitizsdbyGOO'^le 



D,„,i,.,db,Google 



D,„i,„db,Goo<^le 



nonilHc des coure (le sciences religieuses s'esl élevé à 134, dont 65 
sur les différentes manières de psalmodier le Coran et 30 sur l'u- 
nité de Dieu. 11 y a eu 187 cours de sciences juridiques, 173 cours 
de grammaire, 73 sur la rliélorique, l'éloquence et la logique, 13 sur 
des matières diverses. Un seul cours sur l'histoire et la biographie 
complète des hommes célèbres de l'Islam. Pas de géographie, pas de 
sciences mathématiques, physiques et naturelles ; rien qui puisse 
donner une idée aux étudiants de l'évolution accomplie depuis le 
moyen âge. On en est toujours au Trivium et au Quadrivium, aux 
misonnements syllogisUques et aux stériles discussions de mots. 
Sans doute, il convient d'être prudent en matière aussi délicate, 
mais il faut cependant persévérer dans la voie des réformes et ne 
pas laisser les maîtres musulmans ftgés dans la contemplation du 
passé. 

L'enseignement français est donné à 21.759 enfants de toutes 
nationalités,réparlis entre 175 établissements secondaires ou pri- 
maires.'" 

Divisés par nationalités les élèves forment des groupes d'impor- 
tance inégales dont voici lu composition : 



Français 2.504 194 2.000 414 5.121 

Italiens 3.019 114 2.421 367 5.921 

Mallais 772 26 625 149 1 .572 

Musulmans. .. 3.289 « 56 10 3.355 

Israélites lAOïi 1 .820 1 .463 1 . 148 5.533 

Divers 113 5 108 31 259 

Totaiï ... 10.799 2.159 6.682 2.119 

ToTAVï GÉNÉRAUX 12 9li8 8.801 21.759 

[<) Les cliilTres qae nous donnons sont empruntés aux slatistiques publiées 
dans la Maitographie sur l'Etueigneinenl public depuis l'élablissemenl du Pro- 
lertoral Françaî» (iS83-î900). par L. Machuel, directeur général de l'Enseigne- 
ment en Tunisie, inspecteur général de TUniversilé. On Ironveradans cet ou- 
vrage un tableau 1res complet de tous les progrès réalisés depuis la création du 
Service de l'Instruction publique dans ta Régence. 



DigitizsdbyGOOt^le 



La population scolaire ne dépassait guère 4.600 élèves il y a vingt 
ans. On se rendra compte, par les chillres suivants, des auj^menta- 
lions successives, par période quinquennale: 



( garçons . 
( filles. . . . 


iy9 
ISS 


367 
■128 


307 

407 


732 


1.328 


38 
13 


2.971 , 
1.683: 


A. (VA 


Il garçons . 
(filles.... 


titV.) 
(H)l 


840 
811 


738 
687 


540 
31) 


2.2a3 
1.114 


84 
58 


7.101 
3.610 


10.744 


1 garçons . 
[filles.... 


1.292 


1.253 
1.881 


780 
728 


3..ÏC>8 
17 


2.201 
1.713 


113 
196 


9.207 
5.534 


14.741 


1 garçons . 
1 flUes, . . . 


1.766 
1.371 


1.8.V) 
1.670 


759 
763 


2.610 
34 


3.786 
2. 13.1 


117 

114 


10.8S9 
6.091 


le.iiso 


( garçons . 

(filles.... 




3.iat 

2.788 


7118 
771 


3.2ti'.l 
66 


2.922 
2.611 


118 
130 


2.958 
8.801 


21.7511 



A peine si quelques écoles, tenues par des coiigréganistes, exis- 
taient en Tunisie quand fut créée la Direction de l'Enseignement 
en 1883. C'est à cette dernière que revient l'iionneur de l'oi^ni- 
sation acUieJle, Pour bien marquer l'esprit dans lequel il entendait 
procéder aux réformes dont il avait la cluirye, le Gouvernement du 
Pi'otectorat commença par créer une école normale de garçons qui 
devint, avec son annexe le Collège Alaoui, la pépinière des insti- 
tutions scolaires de la Régence.* C'est un établissement scolaire 
d'un type particulier, qui ne fait double emploi ni avec le Collège Sa- 
diki.collège exclusivement indigène, ni avec le Lycée, établissement 
plus parliciUièremeut européen. Placé îï ciHé de la Direction de 
l'Enseignement public et pourainsi dire constamment sous les yeux 
et la tutelle immédiate du Directeur de l'Enseignement, il devait 
être une sorte de cliamp d'essai des meilleures méthodes pédago- 
giques en vue du rapprochement et tie la coédiication, si l'on peut 
s'exprimer ainsi, de la jeunesse indigène et de la jeunesse euro- 
péenne. Il devait être aussi, comme l'indique son nom, une école 
normale, unepépinière destinée àassiirerle recru lementdesmaiti't's 
français et indigènes pour les écoles que l'Etat se proposait de crééi' 
dans les principales ville de la Régence. Il était indispensable de 
donner à ce personnel le savoir et l'expérience nécessaires pour 
faireprospérercesécoles.w Aussi tôt après.commencèrent les créa- 



D,g,t,zsdb,GOO'^le 



POPULATION DUS ETABLIS8BNENTB SCOLAIRES FRANÇAIS 



-11000 

12000 

41000.. 

loooa 

9000 
SOOO 
^000 
600» 
5000 
100 
3001 
£000 

tsoo 

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1 ••■\j3^^^^^^^==-''^' 


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D,„i,„db,Goo<^le 



(ions d'écoles qui furent très nombreuses entre 1885 et 1890 et qui 
se sont poursuivies depuis sans interruption. 

A la place de l'ancien Collège Saint-Charles, que le cardinal La- 
vigerie avait institué en 1880, fut créé un Lycée en 1889. Dès les pre- 
miers jours, cet établissement compta 283 élèves; complètement 
réorganisé par le décret de 1893, il reçut l'année suivante le nom de 
Carnet, le Président martyr. Les élèves y sont actuellement au nom- 
bre de 846 et suivent les mêmes programmes que dans la métro- 
pole. 

€ Cette conformité dans les études et dans les méthodes est une 
nécessitérigoureuse,puisquechaqueannéebeaucoupd'élève3 quit- 
tent la Tunisie pour suivre leurs familles et continuer leurs études 
en France, tandis que d'autres arrivent à Tunis de n'importe quel 
lycée ou collège de France et d'Algérie. Toutefois, sur un certain 
nombre de points, il a fallu s'accommoder aux circonslances. 

a C'est ainsi que l'on a dû porter de deux à quatre le nombre des 
langues vivantesenseignéesau Lycée ràrullemand et à l'anglais que 
l'on apprend généralement en France, il a fallu joindre l'enseigne- 
ment de l'arabe et de l'italien. 

fl C'est ainsi que l'on a organisé un enseignement commercial dont 
les programmes, conçus dans un esprit ulilitaire, peuvent convenir 
également aux élèves qui se destinent à l'Ecole Coloniale d'Agricul- 
ture de Tunis. 

« C'est ainsi encore que l'on a multiplié les promenades scienti- 
fi((ues: visites aux ateliers, aux usines, aux huileries, aux glacières; 
que l'on a dû organiser les interrogations de fin d'année, réservées 
en France aux candidats aux grandes écoles, étendues ici par une 
innovation fort appréciée à tous les candidats aux divers bacca- 
lauréats. 9 

L'Ecole Jules-Ferry est à la fois une école noi'male d'institutrices 
et un établissement où les jeunes filles peuvent faire des éludes 
secondaires, a Elle a aussi ses classes élémentaires comprenant les 
enfants qui sont appelées à continuer leui-s études après le certificat 
d'études primaires et qui constituent réeliemenl la pépinière îles 
classes secondaires. On maintient à titre d'aïuiexe les classes pri- 
maires proprement dites, classes qui pourront aussi fournir leur 



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contingent à l'école secondaire et qui serviront d'application pour 
les futures institutrices.» Installée en 1891 dans des bâtiments spé- 
cialement construits pour cet usage, elle n'a cessé de prospérer et 
compte aujourd'hui environ 800 élèves. 

Au Collège Sadiki, fondé en 1876 et entretenu par les Habous, 
sont admis chaque année au concours 150 jeunes musulmans qui 
reçoivent de maitres français et indigènes un enseignement appro- 
prié à leurs besoins et qui revêt surtout un caractère pratique et 
professionnel. 

a C'est ainsi que les élèves sont exercés à faire dans leur labora- 
toire de chimie et leur cabinet de physique des expériences de 
toutes sortes, des manipulations, des analyses de terrains et de pro- 
duits aljmentaii'es.des distillations d'essences, etc. Quelques-uns 
s'exercent, et non sans succès, à la photographie. Les élèves font en 
outre, sous la conduite de leurs professeurs, des promenades géo- 
logiques et botaniques au cours desquelles ils ont réuni des collec- 
tions de roches et les éléments d'un herbier. Ils font aussi des ex- 
cursions dans lesquelles ils visilenllessites remarquables, les ruines 
célèbres, les exploitations agi'icoles, les installations industrielles 
des environs de Tunis ; ils rédigent ensuite la relation écrite de ces 
promenades ou excursions. 

« On exerce également les élèves à l'arpentage et au levé des plans 
sur le terrain. 

« I^ création du jardin de la Sadikia a permis, d'auti'e part, d'exer- 
cer un grand nombre d'élèves à toutes les opérations de jardinage: 
terrassements, nivellements, plantations, grelTages, multiplications, 
bouturages, etc. La pratique vient compléter l'enseignement théo- 
rique qui est donné dans les cours de chimie et de botanique, et les 
élèves acquièrent ainsi, aussi bien pourragricullure en général que 
pour la culture des arbres, des Heurs et des plantes potagères, des 
connaissances sérieuses que beaucoup utiliseront plus tard. 

n Cet enseignement pratique, en vigueur depuis huit ans à peine, 
a déjà donné des résultats encourageaiils. Endehorsdes élèves sortis 
du Collège pour entrer dans les administrations, certains se sont 
tournés franchement du côté de l'agriculture, du commerce et de 
l'industrie. Deux élèves ont été admis, au concours de 1898, à l'E^ 



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cole Coloniale d'Agriculture de Tunis; d'aulres sont entrés dans 
te commerce et ont ouvert des magasins de draps et de soieries ; un 
autre vient d'installer une distillerie de parfums et d'essences, etc. i 

Mais le gros elTort de la Direction de l'Enseignement s'est natu- 
rellement porté du côté de l'enseignement élémentaire. C'est là 
surtout que son œuvre est intéressante à suivre, car une bonne 
méthode d'instruction est un des plus puissants moyens d'action 
dont dispose un peuple colonisateur pour déterminer la nature de 
ses rapports avec ses sujets indigènes ou avec les étrangers aux- 
quels il offre l'hospitalité sur un sol nouvellement conquis. 

Dès le début de l'occupation française, on prit soin de donner 
aux indigènes toutes facilités pour apprendre à parler, à lire et à 
écrire notre langue. Plusieurs milliers d'enfants musulmanset Israé- 
lites vinrent aussitôt se ranger sous la direction de nos instituteurs, 
et l'enseignement du français ne cessait de se développer, quand 
un mouvement de réaction locale amena un brusque arrêt dans 
cette mai-che en avant. Les pouvoirs publics, mis en garde contre 
les dangers d'une politique visant à instruire nos protégés de 1» 
même façon que nos propres concitoyens, consentiront à la ferme- 
ture de plusieurs écoles franco-arabes. 

On est heureusement revenu depuis lors à une plus juste appré- 
ciation des faits, et l'on a compris qu'au lieu de supprimer l'ensei- 
gnement de la langue française aux indigènes, il était préférable 
d'améliorer les méthodes exislanteset d'aviser aux moyens de per- 
mettre aux jeunes musulmans de satisfaire les besoins nouveaux 
dérivant des idées nouvelles que nous avions fait éclore en leurs 
intelligences un peu frustes. 

Il était indispensable, d'autre part, que les élèves français puis- 
sent apprendre la langue des indigènes. Aussi a-t-on organisé à leur 
intention dans presquetouteslesécoles de Tunisie des coursd'arabe 
qui ont été confiés à des instituteurs diplômés pour cette langue. 
«Bien entendu, on ne leur enseigne que l'arabe parlé, le seul dont 
la connaissance soit indispensable dans leurs lelations journalières 
avec les musulmans. Il est à remarquer que la plupart des enfants 
européensmaltais,ilaliens, grecs parlent l'arabe. Nous aurions laissé 
nos compatriotes dans une situation inféiieure si nous ne leur avions 



DigitizsdbyGOO'^le 



pas iourni les moyens d'acquérir aussi la connaissance de cette 
langue, i 

De cette double nécessité naquit aussi le projet de doter la Régence 
d'un enseignement professionnel, donnant aux Français et aux in- 
digènes la possibilité de résoudre le difficile problème de l'appren- 
tissage des métiers manuels en un paysqui a tant besoin d'ouvriers 
experts et diligents. Le Collège Alaoui fut d'abord exclusivement 
chaîné de distribuer cet enseignement spécial; puis, fut créée à 
Tunis une « Ecole professionnelle » de dimensions restreintes, assez 
mal outillée et ne possédant qu'un personnel très réduit. Cet établis- 
sement a fait place à une institution répondant mieux aux exigences 
de l'industrie moderne. «L'Ecole Emile- f^^ubetu, dont la première 
pierre fut posée par le Président de la République en aviil 1903, 
vient d'ouvrir ses portes à la rentrée d'octobre 19(S ; rien n'y est 
négligé pour assurer aux élèves un enseignement vraiment pratique 
et adapté à tous les besoins de la vie économique. 

Plus tard, vraisemblablement, une transformation analogue s'o- 
pérera à Bizerle, Sousse et Sfax où déjà fonctionnent des écoles 
primaires supérieures de garçons et de filles pourvues de salles de 
dessins et d'ateliers de travaux manuels. Les diverses régions tuni- 
siennes verrontainsi peu à peu se modifier la physionomie de quel- 
ques-unes de leurs écoles primaires, de telle sorte que tout en ré- 
pondant aux nécessités d'un enseignement de cantctère général, 
elles puissent donner aussi satisfaction aux exigences de l'agricul- 
ture et de l'industrie locales. 

€ Pour cela, lies/ indispensable que la Direction de l'Af/ricuUiire 
collabore avec la Direction de l'Enseignement pour aider à mener 
à bonne fin l'œuvre entreprise. Il faudrait notamment qu'un spé- 
cialiste, un inspecteur de l'Agriculture, par exemple, ayant des 
idées pratiques, au courant des cultures du pays, s'intéressant aux 
indigènes, fût mis à la disposition du Directeur de l'Enseignement 
pour contrôler, diriger et orienter l'enseignement agricole donné 
dans nos établissements scolaires, pour créer des champs d'expé- 
riences, faire faire des plantations arbustives convenant à chaque 
région, etc. 11 conviendrait également d'encourager, par des récom- 
penses spéciales, les maîtres qui auraient fait preuve de zèle et au- 



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— 90 - 

raieiil obtenu de bons l'ésiiltaLs, ainsi que les élèves qui auraient le 
mieux prolilé des leçons données. Il est hors de doute que celle 
collaboration du Service compétent aurait les plus heureux elTets 
et permettrait de donner à l'enseignement scolaire agricole son 
organisation délînitive.» 

Dans son rapport au Président de la République sur la marclie 
i\i2 1 enseignement à Madagascar de 1899 à 1903,leg(''nônd Galliéni 
préconise la création d'écoles où sera réalisée « l'union de l'instruc- 
tien généraleetderinslructionpratique, industrielle ou agricole»."* 



s r TRAVAIL AO 1 



Et pour justifier cette formule il ajoute : a L'instruction purement 
intellectuelle ne produit, le plus souvent, pour la masse des indi- 
gènes, que de funestes résultats. D'autre part, l'instruction pure- 
ment professionnelle est presque toujours insuffisante, car, privé 
du secours des connaissances générales, celui qui la reçoit s'arrête 
bientôt dans ses progrès et ne peut guère devenir qu'un médiocre 
artisan, enclin ù la routine. Comme les écoles manuelles d'appren- 
tissage de France, nos écoles régionales sont, à chaque année sco- 
laire, de plus en plus des ateliers, mais sans cesser jamais d'être 

W ioarani ta Dt']>êche TunUieimu, 19 Aoùl tWÔ. 



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D,„i,„db,Goo<^le 



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des écoles. Le jeune homme qui les fréquente sait qu'il en sortira 
pourvu d'un métier, et c'est dans ce but qu'il y est entré. » 

Dans le rapport au Président de la Républitiiie sur la situation 
de la Tunisie en 1904, on lit aussi qu'un programme d'enseignement 
professionnel et de travaux manuels est appliqué partout où les cir- 
constances le permetlent. 

A Maxula-Radès, à Aïn-Di-aham on a créé des internats primaires 
spécialement réservés aux filles et fils des petits colons français. Les 
enfants y reçoivent un enseignement élémenlairc ; ils sont, en outre, 
tenus de cultiver et d'entretenir un vaste jardin où ils apprennent 
à étudier les diverses plantes de la région, les variétés de vignes sus- 
ceptibles de donner un fort rendement et toutes les autres choses 
nécessaires à leur future existence de colon. 

Au début de l'oi^anisation de l'enseignement public en Tunisie 
il a fallu t se contenter, dans bien des localités, do bâtiments insuffi- 
sants, mal éclairés, mal aérés et peu propres à l'installation d'une 
école. Mais il était nécessaire de donner satisfaction aux demandes 
légitimes des populations, et souvent l'école a été ouverte dans des 
conditions matérielles assez défectueuses. Aujourd'hui, la situation 
s'est considérablement améliorée et les écoles mal installées sont 
devenues rares, heureusement. Le Gouvernement s'est imposé de 
lourds sacrifices pour construire un peu partout des bâtiments sco- 
laires, et les principales villes de la Régence sont maintenant pour- 
vues d'écoles qui n'ont rien à envier à celles de la métropole et qui 
répondent à toutes tes règles les plus récentes de l'hygiène scolaire. 
La plupart de ces bâtiments scolaires ont été construits par la Di- 
rection des Travaux publics. » 

Dans un certain nombrede localités, l'instituleurassure en même 
temps que le service de l'enseignement celui de la poste et du télé- 
gi-apbe. Il est instituteur-receveur. 

Il est intéressant de remarquerquelesétrangers, Italiens ou Mal- 
tais, domiciliés dans la Régence recherchent de plus en plus notre 
enseignement. Malgré la concurrence des établissements scolaires 
entretenus par le Gouvernement de Rome, nos instituteurs voient 
grandir chaque jour leur clientèle de jeunes Siciliens, Ils sont par- 
fois obligés, faute de place, de refuser un grand nombre d'élèves 



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étrangers. Toutes les écoles franco-européennes ont leur contingent 
maximum, el la Direction de l'Enseignement public ne cesse d'être 
occupée à préparer de nouvelles constructions, à rechercher de 
nouveaux maîtres. 

Hàtons-tious de reconnaître que la venue en Tunisie de M. le 
Résident Général S.Pichon a marqué te début d'une ère nouvelle 
en matière d'enseignement. Un elTort linancier considérable a été 
fait pour doter les centimes de colonisation des écoles indispensables 
à leur développement en même temps que pour hâter la laïcisation 
(les établissements congréganistes dépendant de la Direction «le 
l'Enseignement. De 1.069.9H francs eu 1902, le budget de l'Ins- 
truction publique a passé à 1.510.250 francs en 1906, augmentant 
ainsi dans la proportion d'un tiers pendant ce court espace de temps. 
D'autre part, la législation scolaire de la Régence étiiit mise en har- 
monie avec celle de la France par la publication des décrets du 
7 août et du 3 décembre 1903 qui ferment aux congrégations ensei- 
gnantes l'accès du territoire tunisien et réglementent les conditions 
d'ouverture des écoles privées. La réorganisation du Conseil de 
l'Instruction publique complète cet ensemble de dispositions. Le 
décret du 2 décembre donne, en effet, à ce corps " un mode de re- 
crutement plus libérnl et des attributions plus éten lues. Il y a in- 
troduit, à côté de fonctionnaires siégeant en vertu de leurs fonctions, 
des membres du corps enseignant élus par leurs collègues ; il l'a 
chargé, non seulementde donner son avis sur les questions dont le 
saisit l'administration, notamment sur les peines disciplinaires en- 
courues par les membres de l'Enseignement public, mais encore de 
statuer sans appel sur les peines disciplinaires encourues par les 
membres de l'Enseignement public et de prononcer sur les affaires 
contentieuses relatives à l'ouverture des écoles privées. Le règle- 
ment de la question des congrégations a donc eu comme consé- 
quence indirecte la promulgation d'un acte qui peut être considéré 
comme la charte des membres du corps enseignant. )>"> 

Malgré les sacrifices consentis par le Gouvernement du Protec- 



"I Itapport au Pii^sident dfi la Ri';publique sur la situation de la Tuuisio en 
iy03,p. 10 et II. 



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torat, il n'a pas encore été possible de donner satisfaction complète 
aux besoins sans cesse grandissants des a^lomé rations urbaines, et 
la Direction de l'Enseignement réclame, en ce moment même, li'ois 
millions de francs pour assurer la régularité des services et empê- 
cher une partie des enfants étrangers d'échapper à notre action 
morale. 

Un dixième de cette somme doit être consacré, d'après le projet 
voté par la Conférence Consultative, à rédificatlon d'une Bibliothè- 
que plus digne de la Régence que l'bumble locul décoré de ce nom, 
et surtout mieux outillée pour les recherches scientiliques, car les 
maigres collections de ilocuments se rapportant à l'Afrique du Nord 
mises actuellement à I» ilisposition des chercheurs sont tout à fait 
insu fiisan tes. 

Colons et fonctionnaires ont, en ellet, besoin d'un instrument de 
travail sérieux qui permette d'étudier, avec touto la précision scien- 
tifique désirable, l'histoire, la géographie, l'archéologie, l'agricul- 
ture, les questions de colonisation et d'économie politique intéres- 
sant l'Afrique du Nord. 

Dans le même ordre d'idées, la Direction de l'Enseignement a 
déjà créé en 1894 une bibliothèque circulante a destinée à mettre 
à la disposition des instituteurs et des institutrices des ouvrages 
choisis pouvant leur fournir des lectures récréatives ou leur per- 
mettre de compléter leurs études littéraires, scientifiques ou péda- 
gogiques. > Peu à peu les fonctionnaires des diverses administrations 
ont été admisà bénéficier des emprunts, en sorte que le séjour dans 
les postes les plus éloignés de l'Extrême Sud n'empêche pas nos 
compatriotes de se tenir au courant du mouvement des idées et de 
participer à la vie intellectuelle des pays de langue française. 

Pareillement, les Bibliothèques populaires complètent l'œuvre 
de l'école, en retenant autour de leurs maîtres les anciens élèves 
et en contribuant à développer l'inûuence bienfaisante exercée sur 
leur entourage par les membres du coi*ps enseignant. Les quatorze 
institutions de ce genre qui fonctionnent dans la Régence ont une 
clientèle nombreuse et d'origine très variée. 

ATunisseuIement,lea lecteurs qui fréquentent la Bibliothèque 
populaire appartiennent à 1.634 familles différentes, comprenant : 



DigitizsdbyGOO'^le 



— 94 — 

l.(Ml familles françaises (dont 103 militaires); 

iQ5 familles italiennes; 
21 familles maltaises; 

277 familles Israélites; 

142 familles musulmanes; 
18 familles diverses. 
La clientèle des autres bibliothèques étant à peu pi-ès composée 
de même façon, on voit quel excellent instrument de propagande 
pour les idées françaises constituent ces oiganismes et combien il 
serait utile de les doter partout de ressources suffisantes. 

De la Direction de l'Enseignement dépend aussi le Service Mé- 
téorologique, qui comprend actuellement cinquante-quatre stations. 
«Seize d'entre elles sont munies d'appareils contrôlés, à lecture 
directe, permettant de relever Ja température, l'humidité relative, 
révaporation,la pluie, la pression barométrique ; elles possèdent 
également une girouette banderolle pour l'observation du vent. » 
Tous les documents recueillis sont centralisés et publiés en unp. 
série de notices qui rendent les plus précieux services aux colons. 
La connaissance du climat, du régime des pluies et des vents est 
essentielle dans un pays où tant de régions sollicitent, à des titres 
divers, l'attention des émigrants et où, faute de renseignements 
précis sur le degré d'humidité du sol, sur les variations barométri- 
ques et thermométriques, les nouveaux venus sont exposés à des 
échecs lamentables. 

Parallèlement aux institutions officielles fonctionnent aussi un 
certain nombre d'associations privées qui ont pour but principal 
l'étude des questions d'enseignement ou d'éducation. La plus an- 
cienne en date est VAlliance Française, dont le Comité régional 
tunisien, fondé en 188i, a largement contribué, par l'organisation 
de conférences et de cours d'adultes, par la création de cantines 
scolaires et de bibliothèques populaires, à la propagation de la 
langue française en Tunisie. 

De date plus récente, les sections de la Ligue Française de l'En- 
seignement se consacrent entièrement à la diffusion des méthodes 
d'éducation populaire au moyen de l'école laïque. Etroitement unis 
aux Cercles de la métropole, les Comités de la ItégencefonclionMaiil 



DigitizsdbyGOO'^le 



àTiinis,Bôja,Bi7.erte,G;ibùs,Kairouan,Maleur,Sfax,Sousse, Ferry- 
ville, Mahdia el Le Kef foirnenl une Fédéralioii qui comple déjà 
plus de mille adhérents dévoués au principe de l'inslruclion laïque 
et partisans résolus de l'application en Tunisie des lois récemment 
promulguées en France en matière de scolarité. 

I^ Mix.tion laïque française complète en quelijue sorte la Ligue 
de l'Enseignement, car woii but est l'organisation du recrutement 
des instituleurs laïques pour les colonies lointaines et surtout pour 
l'étranger. 



C HECFTTK POSTALr 



Enfui, il n'est pas imitile de mentioimer les sociétés de gynmas- 
lique, de musique, les associations littéraires et scientifiques comme 
ïlmliliitde Carihage.qnl publie tous les deux mois la Revue Tu- 
nisienne, intéressant bulletin d'études locales, et comme la Khaldou- 
nia.qui groupe dans sa bibliothèque, dans ses salles de cours et de 
conférences de nombreux étudiants musulmans avides de connaître 
les transformations du inonde moderne. 

Aux institutions scolaires se rallachent étroitement certaines 
<t>uvres de mutualité, connue la Société d'axsÎAlance en cas de décès, 
V Orphelinat de l'enneignemenl primaire, eienHn {'Œuvre de l'Eco- 
lière prévoyante, îonàée par Mni« Piclion le 19. janvier 1904, afin de 
donner à la fillette.dés l'âge de sept à liuit ans, « ces habitudes de 



D,g,t,zsdb,GOO'^le 



travail, d'écoiiomie,d'ordre et de prévoyance qui foiil la sécurité 
des foyers modestes comme elles assurent le bonheur des intérieui-s 
les plus fortunés, v Enfin, ajoutait la créatrice de l'œuvre dans sa 
lettre aux dames qu'elle voulait associer à cette fondation, c il ne 
faut pas oublier que dans nos écoles it n'y a pas que de petites 
Françaises. Côte à côte, sur les mêmes bancs, voisinent des fillettes 
appartenant à des races etàdes nationalités diverses. On a dit, avec 
raison, que l'école française, par l'instruction libéralement donnée 
à toutes, sans considération de race ou de religion, contribuait puis- 
samment, pour les jeunes filles comme pour leurs frères, à faire 
oublier ce qui divise pour ne laisser subsister que des sentiments 
d'union et de fraternité. Mais n'est-il pas vrai que le bon travail eu 
commun, en dehors delà contrainte de la classe, achèvera l'œuvre 
commencée par l'instruction commune? N'est-il pas vrai aussi 
qu'après les aimées d'éeole,il y aura là una occasion d'entretenir 
chez nos élèves étrangères les sentiments d'affection et de recon- , 
naissance pour leurs maîtresses, de sympathie pour leurs camara- 
des, et de les ramener, de temps à autre, dans la vivifiante atmos- 
phère de leui-s jeunes unnée;^? Ainsi, c'est un peu grâce à notre 
œuvre que les fillettes étrangères, ltalîennes,Maltaises,lsi'aélites, 
seront et resteront les amies de l'école française, c'est-à-dire de la 
France. ^ 

Ces lignes résument de façon précise le but vei-s lequel doivent 
tendre sans cesse en Tunisie, non seulement les Services qui sont 
sous la dépendance immédiate de la Direction de l'Enseignement, 
mais encore les Sociétés constituées en vue de la propagation de 
notre langue et de nos idées. 

Un pareil programme est fait,du leste.ponr rallier tous ceux qui 
révent de voir la France, consciente de su grandeur et de sa force, 
poursuivre à l'égard des indigènes ou des étrangers vivant sur le 
sol tunisien une politique d'humanité et dejustice conforme à l'idéal 
d'un gouvernement républicain. 



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D,„i,„db,Goo<^le 



D,„i,„db,Goo<^le 



CHAPITRE VU 

Les Services de Colonisation et d'Agriculture 
Le Régime de la Propriété 

l» domain* public. — La roiria. — La régimo des eau. — Les concoiiions de 
minei, carrières et pftcberiea. — AUénation de terrei domaniales dans 
l'intérêt de la GOloniution. — Les biens babons. — Immigration. — Régime 
de la propriété privée. — La Direction de rAgricnltore, dn Commerce et de 
la Colonisation. 

Avant l'occupatioD française, le domaine public et privé de l'E- 
tat Tunisien et les biens personnels du Bey restèrent longtemps 
confondus. On sait cependant qu'à son avènement Mohammed Es- 
saddok abandonna à l'Etat les biens de son prédécesseur, ce qui 
suppose la préexistence de la distinction entre le domaine privé 
du prince et le domaine du Gouvernemenl. Mais c'est seulement 
en 1885 que les principes de !a domauialité publique furent nette- 
ment précisés. Le décret du 24 septembre 1885 stipule, en elTet, 
qu'en Tunisie, comme en France, te domaine public comprend 
toutes les parties du territoire et tous les ouvrages qui ne sont 
susceptibles de propriété privée (article i"'). II a ajouté à la loi 
française quelques articles : cours d'eau et canaux même non na- 
vigables, sources, abreuvoirs et puits, canaux d'irrigation et de 
dessèchement exécutés dans un but d'utilité publique. Inaliénable 
et imprescriptible, le domaine public est administré par le Direc- 
teur général des Travaux publics de la Régence. Gomme il n'exis- 
tait pas auparavant de Domaine pul>lic constitué en Tunisie, une 
commission spéciale a reçu la mission de procéder, quand il y a 
lieu, aux délimitations nécessaires, sous réserve des droits des 
tiers. 

Les routes sont protégées, comme faisant partie du domaine pu- 
blic, par le décret du 3 août 1897 qui reproduit à peu près les 
prescriptions de la loi française sur la matière, simplifiées et mises 
en harmonie avec les habitudes indigènes. Le réseau des routes 
de la Régence comprendra quarante-deux voies d'intérêt général 
formant un total de plus de 3.000 kilomètres, qui relieront entre 



DigitizsdbyGOO'^le 



elles les villes et les voies feiTées. Sur celte joiiffueiii-, 2.800 kilo- 
mètres sont coniplèLement terminés et te moment est proche où 
les frnmdes artères du Nord et du Centre seront achevées. A 9.000 
francs environ le kilomèlre, la dépense a déjà dépassé 25 millioti» 
defnmcs; les Trais d'entretien annuel représentent, d'autre pari, ap- 
proximativement 500 francs par kilométi-e.soit environ 14.000.0tlO 
de francs pour le réseau déjà livré à la circuialion. 
Les eaux font partie intéj{rante du domaine public; par suite, 



A L BÏPOSITION : LA BALLH nrS PROOt 

leur rechert-lie et leur utilisation sont soumises à l'autorisa lion 
préiilnhle du Directeur géném! des Travaux publics. I^ décret du 
10 août 1897, complété par un arrèlé du Uirecleui' desTi-avaus 
piibijc.-i piirlaut la même date, réglemente les concessions et l'amé- 
nagement dus eaux, soumet à une autorisation préalable les Ira- 
vaux de recherche et l'utilisation des eaux, iiitei'dit la ("onsh-uc- 
lion <le tout ouvrage de nature à en modilier le régime, mais en 
même temps facilite aux propriétaires rexécution des travaux liy- 



DigitizsdbyGOO'^le 



drauliques d'irrigation. Une Caisse de l'hydraulique agricole, qui 
doit recevoir des dotations annuelles, a même été créée à cet edét 
par le décret du 25 septembre 1807. Elle fait aux propriétaires in- 
téressés, réunis en syndicat, des avances remboursables en vingt- 
cinq annuités au plus. 

L'Etat et les Municipalités prennent à leur cliai^e l'aménage- 
ment des eaux spécialement destinées à l'alimentation des centres. 
Les travaux les plus connus exécutés dans ce but sont : la réfection 
de l'aqueduc de Carthage et l'adduction des eaux du Djouggar et 
du Bai^ou'" qui contribuent, avec celles de Zaghouaîi, à l'alimen- 
tation de Tunis. Sousse recevra dans quelques semaines les eaux 
abondantes de l'oued Merguellil. Sfax, Kai rouan, tiizer te sont aussi 
pourvues d'eau potable. 

Enfm, le long des pistes et des routes, trois cent soixante-dix 
points d'eau ont été aménagés, d'après un programme d'ensemble 
dont la réalisation u coulé plus d'un demi-million de francs à l'Etat, 
sans compter la participation financière des simples particuliers. 
Les travaux sont,en elVet, exéculés d'après les dispositions du dé- 
cret du 25 janvier 1897, qui pose le principe de la contribution en 
argent ou en nature des collectivités indigènes intéressées, tandis 
que le décret du 25 septembre 1897 stipule l'ouverture d'un crédit 
de 300.000 francs à la Direction générale des Travaux publics. 

Sous l'empire de cette légistution, la question de l'hydraulique, 
considérée au double point de vue de l'alimentation et de l'iiriga- 
tion, reçoit peu à peu une solution conforme aux intérêts vitaux du 
pays. 

Au nombre des dépendances du domaine privé de l'Etat tunisien 
se trouvent les forêts et les mines. 

Tandis que les mines peuvent être concédées, les forêts sont, en 
principe, inaliénables. Elles ont été conTiées à une administi'ation 
spéciale érigée en Direction par décret du28 juin 1883 et rattachée 
aux Services généraux de l'Agriculture et du Commerce par dé- 
cret du 19 janvier 18!fî. Le Service des Forêts a non seulement 

<t) L'addnctioD de cette deroiëre source a nécessité la construction du tunnel 
de BOD-Tiss, long de plus de six kilomètres. 



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— 100 — 

pour mission de veiller à l'entretien et à la conservation des mas- 
sifs, mais encore d'en assurer la mise en valeur au bénélice <le 
l'Etat. Le territoire a élé partagé en cinq cîi'cousa'ipljons fores- 
lières ayant leur siéye à Tunis, Aïn-Draliam, Tabarca, Le Feîilja, 
Gafsa.Les décrets du 20 aotlt 188(îetdu '24 juin 1888 ont organisé 
la police des forêts spécialement en vue de prévenir les incen<lit.'s, 
et les indigènes sont intéressés à préserver du feu les lioisemenU;, 
car 1 tout pàlurage au prolitdes usagers est intenlil pendant sis 
ans au moins sur toute l'étendue des forêts incendiées n. 
Sur les ôOO.tXH) hectares de lidisements que compte la ïuiiisîc. 



il n'y a guère que ItXl.tXK) hcîclarcs composés {|e chèues-lièye et ilo 
chênes zéens et cuinpoilant uneX'xploitatkiu rationnelle, le reste 
se composant de peuplements do pins il'Alcp on thuyas souvent en 
mauvais état,d'urie moindre valeur lirtancièrequoique iritéressaiils 
au premier chef poui' liiclimalolof^ic du pays, |>oui- le maintien des 
sources et poui- les besoins des populations. Ui partie mise en 



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- 101 - 

rapport couvre les pentes des montagnes de Khroumirie, pays 
d'élection du chêne-liège et du chêne zéen.'" 

Tandis que le (Jouvernement Tunisien usait des ressources or- 
dinaires de son budget pour l'exéculion des travaux nécessaires à 
la mise en valeur de son domaine forestier, dans d'auties cas it 
recourait au système des concessions, soit pour l'exploitation des 
richesses naturelles du sol, soit pour la création de l'outillage ré- 
clamé par la colonisation. 

C'est ainsi que les mines, incorporées au domaine de l'Etal par 
arrêté du l^décembre 1881, ne peuvent être exploitées qu'en vertu 
d'une concession « par laquelle I Etat renonce en favetir d'une tierce 
personne aux droits qu'il possède sur la substance minérale à ex- 
traire ». Les travaux pi'éliminaii'es de recherches sont réglementés 
par le décret du- 10 mai 1893, stipulant que lout prospecteur de 
mines doit être muni d'un permis délivré par la Direction des Tia- 
vaux publics. Toutes les concessions de mines accordées depuis 
rétablissement du Protectorat ont pour base la perpétuité du con- 
trat, sous réserve dune redevance de 5 pour cent du produit net 
à payer au GouvernementTunisien,plu5 fr. 10 par hectare com- 
pris dans le périmètre concédé. 

Quant aux carrières, elles sont à la disposition des piopriélaires 
du sol et ne peuvent être l'objet d'une concession que si elles sont 
situées en terrains domaniaux ou en terrains habous. C'est ce cas 
spécial que vise le décret du l^r décembre 1898, réglementant l'ex- 
ploitation des phosphates en Tunisie, 

Cette subsUince n'est déjà plus la seule qui, avec la calamine, soit 
l'objet d'une exploitation active. Le fer,dont des gisements sérieux 
ont été constatés en Khroumirie, sera vraisemblablement bientôt 



Cl Les échantillons de liège exposés par le Service des Foréis témoignent de 
la bonU- des produits tunisiens. L^s traverses de chêne néeo montrent aussi de 
quelles précieuses ressources nous disposons pour la construclion des chemins 
de fer. HnHn, les photographies des oasis, les panoramas des dunes sablonneuses 
dont on rejoute justement la marche envaliiïssanle, expliquent les difOcullés 
spéciales avec lesquelles se trouve aux prises la Direction des Forêts et les pro- 
cédés eiu|)loyés pour conserver et Jé\elopper les parties boisées de la Régence. 



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- 103- 

l'objet il'iine exploitation qui augmentera irimportance au fur et à 
mesure de l'exécution du programme des voies ferrées. 

Le djebel Reças, Djebba, Sidi-Ahmed, le Khanguet-Kef-Tout, 
Fedj-eUAdoum,El-Akliouat, Bou-Jaber,Stdi-Youssefsont tes prin- 
cipaux gisements calaminuires (carbonate de zînc). I^ Nebenr, le 
Slata,1e Srissa sont les principales mines de fer. Au Reças,comme 
sur de nombreux points, le plomb est abondant. 

Les phosphates ne sont encore exploités que dans les régions de 
Gafsa, Kalaàt-Senane, Kalaât-Djerda , 

A Gafsa, l'entreprise est aux mains d'une Compagnie concession- 
naire des giseifients domaniaux pour une durée de soixante années. 
La redevance due au Gouvernement est de 1 franc par tonne jus- 
qu'à concurience de 150.000 tonnes par an, avec une redevance 
minima de 150.000 francs. Si l'exportation annuelle venait à dé- 
passer 150.000 tonnes, la taxe serait réduite à fr. (G pour les cent 
pi-emières mille tonnes supplémentaires et à fr. 30 pour le sur- 
plus. L'acte de concession stipulait aussi la construction, aux frais 
de la Compagnie, d'une voie ferrée reliant Sfax aux gisements de 
phosphates. Les expéditions de phosphates ont commencé au mois 
de mai 1899; elles ne tarderont pasàdépasserunmillionde tonnes 
chaque année. '" 

Le régime des concessions a été également appliqué pour la 
mise en valeur d'un certain nombi'e de points du littoral tunisien. 
Quatre lacs salés, quatre madragues pour la pèche du thon et de 
nombreuses bord igues indigènes ont été concédées ou amodiées. La 
CompagnieduPortde Bizerte avait notaminentoblenu pour soixante- 
quinze ans le droit exclusif d'exploiter tes deux pêcheries de Bizerte 
et de Tindja, avec exemption de tous droits sur le poisson qu'elle 

(') La Direction des Travaux publics ne s'est pas contentée de grouper dans une 
salle spéciale tonte la production des exposants particuliers ayant trait aux in- 
daslries extractives: pierres à chaux, plâtre.ciments.minerais. Elle a complété 
cette documentation sur les ricli esses du sous-sol tunisien par des cartes, des 
ptaDs et des graphiques pernieltanl au visiteur de se rendre un compte exact des 
progrès réalisés dans la mise en valeur de cette partie du domaine, et surtout 
d'apprécier l'importance exacte des ressources de plus en plus considérables 
mises ainsi à la disposition de la colonisation Trancaise. 



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— 103 — 

exporte. Une convention nouvelle, destinée à libérer le ministère 
(le la Marine des droits de péage qu'il devait acquitter pour te 
passage des bâtiments de guerre à travers les barrages des pêche- 
ries, vient de rendre à l'Etat tous les droits aliénés en faveur de la 
société concessionnaire."! 

La pêche du lac de Porto-Farina a été également amodiée à un 
particulier pour douze ans, à partir du l*^"" janvier 1898, moyennant 
une redevance armuelle de 500 francs. Il en est de même du lac de 
Tunis, sous réserve d'une redevance annuelle de 17.748 francs, et 
du lac des Uibans, moyennant une reilevance annuelle de lîj.OOO 
francs. Cette dernière concession est trentenaire. 

Antérieurement à l'établissement du Protectontt, la thonaire de 
Sidi-Daoud, dans le golfe de Tunis, avait été concédée à une famille 
italienne (9 novembre 182G). Le contrat a élé renouvelé pour une 
durée de cinquante années musulmanes, à partir du 13 août 1892, 
sans qu'aucune redevance ait été imposée au concessionnaire.!' 
Quelques mois après, une société française obtenait la concession 
de la tlionaire de Monastir (19 juillet 1893), dans des conditions 
analo-jnes aux précédentes et pour une durée de quatre-vingt-six 
ans. Au contraire, la thonaire de Kuriat a été concédée pour qua- 
ninleansseulementetnioyennantuneredevanceatmiielledel franc 
par 100 kilogrammes jusqu'à 5tX).0()0 kilogrammes. Sur [l'aulrcs 
points du littoral, de fructueux essais ont été tentés. Au voisinaf,fe 



<ll Une reproduction, à éclielle très réduite, des insUllatioiis faites dans te tue 
de Bizerte pour la capture du poisson, fleure dans la salle où sont groupés les 
prodails de la mer : tiordigues, filets luclalliques, cbambros de mnrl, toule lu 
série des appareils employés dans tes pêclieries de lu Compagnie ont élé mis en 
place de manière à donner l'impression très nette de la réalité. En raison même 
de sa disparition prochaine, cet outillage si moderne est vraiment curieux à exa- 
miner. 

W Une réduction des bàtimeols, usines et installations diverses faites en mer 
pour capturer les liions lors de leur passage le long du littoral aélèeiposée par 
te concessionnaire. Les divers détails d'une «matimza» sont ainsi placés sous 
les yeux du visiteur, tandis que dans une vilrine voisine sont disposées leslmiles 
oii l*aigne dans une liuile limpide la cliair du thon, si reoliercliée de loutes les 
populalions méditerranéennes. 



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même de Sidi-DaourI, un de nos compatriotes a été autorisé à créer 
une Ihonairequi déjà lui a donné des résultats appréciables. 

D'autre part, l'Etat Tunisien, pour éviter de grever son budget 
d'une charge trop lourde, en creusant lui-même les quatre grands 
ports de Bizerte, Tunis, Sousse et Sfax, en a confié la construction 
et l'exploitation à deux Compagnies concessionnaires.'" L'aména- 
gement des sources qui alimentent en eau potable la ville deTunis 
a fait l'objet d'un contrat analogue, en sorte que non seulement di- 
verses parties du domaine privé de l'Etat, mais encore du domaine 
public lui-même, sont soiunises au régime des concessions. 

1^ Gouvernement du Protectorat s'est également préoccupé de 
mettre à la disposition des colons les champs, terres vaines et va- 
gues, montagnes incultivées faisant partie du domaine de l'Etat, 
mais il n'a accordé aucune concession et s'est borné jusqu'à ce jour 
à la mise en vente des parcelles disponibles. Une première liste des 
terrains du domaine avait été dressée sans ordre, en 1860, sous le 
hey Mohammed; elle comprenait plus de 600.000 hectares dans le 
Nord elle Centre. En 1881, il n'en restait plus qu'un si.\ième à peine, 
à la suite de dilapidations nu profit des favoris. Pendant les <lix 
pi-emières années, l'Etat n'eut d'autre souci que de reprendre les 
terres usurpées et de contrôler sévèrement la gestion financière du 
domaine. 

(DOd peut voir dans la salledftsTravaux publics le plan en reliefde ces quatre 
poris. Ou se rend compte ainsi par comparaison de la diversité des ouvrages ef- 
fectués dans chaqae ville : à Sousse, trans foi-mat ion d'une rade foraine en un 
abri li-ès sûr ; à Sfax, déjà protégé contre les vents marins par le groupe de 
Kerkena, creusement d'un chenal balisé à travers les vases recouvertes d'une 
couclie d'eau insuffisante; à Tunis, installation d'un port en eauprofonde dans le 
lac El-Baliiraet jonction à la mer par un canal & grande section; à Bizerte enfin, 
percement de l'istlime étroit séparant des eaux du large la nappe profonde do 
lac et ntilisaliou des berges du canal pour l'établissement du port. Ces plans en 
relief ont aussi l'avantage de permettre an visileurde suivre pour ainsi dire pas 
à pas le dévelop))ement de chacune des cités depuis l'établissement du Protecto- 
rat. Ils sont heureusement complétés par des pliotograpbies et toute une série de 
documents graphiques. Deux grands panneaux représentent par exemple Tunis 
cil I8ï<0et Tunis en igO-"}. Entre ces deux dates, une ville nouvelle s'est cons- 
truite, déjà pi-esque plus importante que l'ancienne. 



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D,„i,„db,Goo<^le 



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C'est à partir de 1891 qu'eurent lieu les premières remises d'im- 
meubles domaniaux à la colonisation par les soins de la Direction 
de l'Agriculture, créée par décret du 3 novembre 1890. Appréhen- 
dant les terres mortes du Sud et du Centre selon ses besoins, elle 
Tait peu à peu immatriculer tous les grands espaces qui, sous 
l'ancienne administration tunisienne, étaient appelées terres arabes 
et s'en sert pour les besoins de la colonisation. C'est ainsi qu'elle a 
incorporé au domaine tout le massif montagneux d'Aïn-MouIarès 
pour le concéder à la Compagnie des Phosphates de Gafsa. Cette 
opéralion a permis de doterd'un chemin déferla région de Sbeitla, 
Fériana,Kasserine. Quand la nouvelle voie sera ouverte au com- 
merce, on verra renaître à la vie économique toute cette partie de 
l'antique Byzacène 9ù jadis les Romains ont su réaliser tant de 
merveilles. De même, aux environs de Sfax, les terres sialines, ainsi 
appelées parce qu'elles ont appartenu longtemps à la famille Siala, 
sont rentrées dans la circulation et se sont couvertes d'oHvIers. 

On peut évaluer l'ensemble des immeubles ruraux du domaine 
tunisien à environ 700.000 hectares, d'importance très variable. Il 
reste encore vraisemblablement plus de 300.000 hectares à préle- 
ver utilement sur les terres mortes ou de tribus, ce qui donnera au 
total plus de 1.000.000 d'hectares au nord de la ligne des chotls. 

La gestion courante appliquée aux immeubles productifs consiste 
en location à l'amiable ou par voie d'adjudication , en culture des oli- 
vettes par régie ou par contratdecolonage. S'il s'agit, au contraire, 
d'aliénation, la Direction de l'Agriculture s'assure d'abord de la 
salubrité des terrains, de la facilité d'accès, des cultures possibles, 
ordonne ensuite une série de travaux préparatoires aux lotisse- 
ments, puis enfin offre aux émigrants français les terres demandées 
pour la colonisation. 

Les ventes de terres ont lieu de gré à gré. Dans la région nord 
de la Tunisie, la contenance des lots est de 50 à 150 hectares, dont 
le prix, fixé par une commission composée de fonctionnaires et de 
colons, varie de 50 à 300 francs l'hectare, et même au delà, selon 
la situation des terrains et l'état des défrichements. 

Les conditions de paiement des lots sont déterminées par l'ar- 
rêté du 23 juillet 1902 stipulant que «tout acquéreur d'un lot rural 



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- 106 - 

de colonisation a la faculté, soit it'clTectuer le paiennent de son prix 
d'achat au comptant, roit àe stipuler la division de ce prix en au- 
tant de termes annuels, successifs et égaux qu'il le désire, sans 
toutefois que le nombre de ces termes puisse dépasser dix. Les 
termes diUérés sont garantis par la réserve, dans l'acte, d'une hy- 
polhèijue de premier rang sur le terrain vendu »."f 

De toutes façons, te nouveau colon doit s'engager à construire 
sur sa propriété uno maison d'habitation, à s'installer lui-même 
sur sou lot ou à y installer une famille fiançaise, enfin à mettre le 
sol en valeur, le tout dans un délai d'un an à partir de la prise de 
possession. PI 

Ces dispositions ne pouvaient être appliquées à la région Sud, où 
les cultures arbustives seules donnent une rémunération certaine, 
06 les conditions climatériques sont plus défavorables que «lans le 
Nord. En conséquence, les décrets du 8 février 1892 et ilu 30 avril 
■1905, qui mettent ces terres domaniales à la disposition de la colo- 
nisation, abaissèrent uniformément le prisde l'hectare à 10 francs 
et accordèrent à l'acquéi-eur quatre années pour le paiement et la 
mise en valeur de soûlot, sous réserve de complanter en vignes, 
oliviers ou autres arbres fruitiers la moitié de la terre mise à sa 
disposition. 

XI Dcsdèlails pluscompleU sur les K conditions de venlfi des terres de coIodî- 
sation m ont été donnés |)ar la Direction de l'Agriculture et dn Commerce ôsan 
la n Notice! distribuée gi-atuitemcnt par ses soins à toute personne qui en fait 
la demande [p. 48 et 49). 

(-1 Les cartes, plans, vues cavalières, figurant dans la n salle décolonisation» 
montrent que le succès de cette méthode s'affirme maintenant de façon indis- 
cutable. Le Gouvernement du Protectorat, auquel on a reproihé, peut-être avec 
raison, d'avoir négligé pendant les premières années la création de centres fran- 
çais, s'eirorce maintenant d'installer des groupes de colons partout où les res- 
sources du sol et les conditions climatériques sont suffisantes. En voyant ce 
qu'est devenu L% Goubellat entre 1S98 et 1905, on peut mesurer le chemin par- 
couiv. Même comparaison peutëtre utilement faite pour La Mornagbia ac<)iiise 
en 1^)00 par l'Ktat et aujoiiitl'tiui morcelée et peuplée. Vingtrtrois centres ainsi 
créés constituent en celle matière l'œuvre de la Direction de l'Agriculture. 

Dans celte même salle la Direction a complété sa documenlalion en plaçant 
derrière une large vitrine toutes lesbrochnres publiées parelleoa sous ses aus- 
pices et mises graluitement à la disposition des intéressés. 



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- 107 — 

L'ensemblt! île ces opéi'alîons <le locution ou de vente s'étauttra- 
iliiit parties receltes atteignant environ 500.000 fr. chaque aimée, 
il fut décidé, par décret en date du le"" décembre 1897, d'alVecter 
une partie <le ces ressources au racliat de terres de colonisation. 
Et ainsi Tul créée la Caisse de colonisation, dont le fonds de roule- 
ment est actuellement do plus d'un million de francs. 

L'allée tu liuii du domaine à la colonisation ne pouvant suffire au 
développement de la propriété rurale française, le Gouvernement 



Tunisien dut sonjjer à uli'iser les biens liabous, c'e3t-à-<lire les im- 
nieuhles dont le revenu est alTectéàde bonnes (tnivres et qui, selon 
lareli^^ion musulmane, ne peuvent être ni donnés, ni vendus, ni liy- 
potliétiués, ni transmis en liérilage. Ces biens sont de deux sortes : 
les liabous publics et les habous privés. Les liabous publics sont 
ceux dont la nue propriété et la jouissance sont affectées sans res- 
triction à une fondation pieuse, et les liabous privés, ceux dont les 
fondateurs ont réservé ta jouissance à leurs liéritiers directs et qui 
ne font retour aux liabous publics qu'après extinction de la des- 
cendance des fondateurs. 



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Les habous publics sont 1res nombreux duns la Régence, et leurs 
revenus alimentent le culte, l'assistance publique indigène, la ma- 
gistrature et une partie de l'enseignement. Ils sont administrés par 
la Djemaîa, assemblée composée d'un président et de trois mem- 
bres contrôlés depuis 181>l par un délégué du Gouvernement. "'Les 
agents de l'Adminisb-ation des Habous, nommés par décrets beyli- 
caux.portent le titre d'à oukil». Ceux de Tunis sont sous le contrôle 



immédiat de la Djemaia j ceux de l'intérieur sont surveillés par des 
a uaib » installés dans chaque chef-lieu de caldat. 

Les biens liaboiis peuvent faire l'objet de baux à long terme dans 
les conditions prévues par te décret du 31 janvier 1808. Ils peuvent 
aussi, moyennant le payement d'une renie perpétuelle, qui n'est 
susceptible ni d'augmentation ni de diminnlion, être mis en la 
possession d'un colon. C'est ce qu'on appelle la cession d'un im- 
meuble à enzel. Qu'il s'agisse de bail à long terme ou d'enzel, la 

(■I La gestion de» habous privés reste coiiHéc h leur^ ay&nls droit, sous la tu- 
telle de la justice musulniaoe ou de lu Djemaîa, suivaDt le cas. 



DigitizsdbyGOO'^le 



mise aux enchères par voie {l'adjudication est toujours usitée. Tou- 
tefois, le décret du 7 mars 1900 stipule qu'en aucun cas les enchères 
ne pourront dépasser plus de 50 pour cent de la mise à prix, a Le 
principal avantage qu'offrent ces contrats à l'acheteur est de ne pas 
immobiliser immédiatement dans l'achat du fonds la majeure par- 
tie de ses capitaux et de lui permettre d'employer, dès le début, 
toutes ses ressources disponibles à la mise en valeur et à l'exploi- 
lation du domaine. Mais il importe, on le conçoit, à la réussite de 
l'acheteur, que cette renie soit en rapport avec la valeur de la pro- 
priété et ne dépasse pas l'intérêt normal — soit 5 à 6 «/o en moyenne 
— de la somme qui aurait été consacrée à l'acquisition au comp- 
tant. L'enzel constituait récemment encore une charge perpétuelle ; 
tout au moins le rachat en était-il exclusivement subordonné au 
consenlement du créancier ou crédi-enzélîste, qui pouvait toujours 
s'y refuser ou y mettre des conditions telles que ce rachat fût, eu 
fait, impraticable. Un décret du 22 janvier 1905a remédié à cet état 
de choses en donnant au débiteur le droit de se libérer de son enzel 
moyennant le paiement d'une somme égale au montant de vingt 
annuités. L'enzel a été surtout usité pour l'achat et la mise en va- 
leur des bien habous.»''' 

Enfin, un troisième mode d'utilisation de ces biens consiste à 
mettre le colon en possession d'un ten-ain habous au moyen d'un 
échange opéré paries soins de la Direction de r.\griculture.Ghaque 
année, un décret désigne à la Djemaïa les terres cultivables consti- 
tuées habous et susceptibles d'être échangées. 

Ainsi sont rentrés peu à peu dans la circulation les biens de 
mainmorte trop souvent négligés parles agents de la Djemaïa. Dès 
aujourd'hui, les habous publics ruraux disponibles sont très rares, 
à l'exception de parcelles de faible étendue dans les environs des 
villes. Par suite, les difléients procédés d'acquisition indiqués plus 
haut ne seront guère applicables désormais qu'aux habous privés, 
pour l'aliénation desquels le consentement des dévolutaires est né- 



l'IVoir Notice aur la Tunisie, publiée par la Direction de l'Agricnlture et du 
Commerce, p. 58-62. 



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J 



Pour bien se rendre compte de la nature et de l'importance du 
courant d'immifjnition européenne enTunisie, il ne faut pas oublier 
(jue si le Service des Domaines ou la Djemaïa des Habous peuvent 
mettre à la disposition des colons certaines terres offertes dans 
des conditions avantageuses, la plus grande partie du territoire est 
néanmoins occupée par une propriété privative fortement consti- 
tuée. Il en rériuiteque l'agriculteur européen ne trouvant nulle part 
les immenses espaces vides que l'immigration a rencontrés en 
Amérique et en Australie, est souvent obligé, pour se tailler un 
domaine, d'acheter directement aux indigènes leurs terres dispo- 
nibles. De là l'impossibilité pour les immigrants dépourvus de ca- 
pitaux de trouver place sur le sol tunisien. Tandis que les conces- 
sions gratuites amenaient en Algérie une foule de petits colons, en 
Tunisie n'apparurent tout d'abord que les propriétaiies de grands 
et de moyens domaines. Le peuplement des campagnes par l'élé- 
ment français est à peine commencé. A la fin de 190i, sur 719.000 
hectares possédés par les Européens, les Français possédaient 
(i3'*.O0O hectares répartis en i.7G0 propriétés. En 1900, ils ne déte- 
naient que 531.-115 hectares. Pendant ce court espace de cinq ans, 
ils ont donc acquis plus de 100.000 lieclares de terres nouvelles. 
Sans doute, les autres agriculteurs européens, particulièrement les 
Italiens, sont encore plus nombreux que nos compatriotes, mais 
c'eslà peine s'ils possèdent73.000 hectares, soit environ la liiiilrème 
partie des terres passées entre des mains françaises. La proporlioii 
des grands et moyens propriétaires parmi ces éti-angers est relati- 
vement faible. Presque tous exploitent de petits vignobles, pniti- 
<iuent sur de faibles étendues la culture des céréales, ou bien encore 
se livrent au jardinage dans la banlieue des villes les pliis impor- 
tantes. 

Toutefois, près des grands domaines se sont installés un certain 
nombre d'immigi-ants placés à la Icte d'une petite exploitation. î-es 
uns soirt Français, les autres Italiens, ces derniers tantôt proprié- 
taires, tantôt métayers ou lermiers sur de vastes domaines. Donc, 
malgré la recrudescente du mouvement d'immigration peiiduiit 
ces dernières années, quelques milliers d'Européens à peine sont 
disséminés dans les campagnes tunisiennes. La grande masse des 



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immigrants est répartie enire les villes et leurs banlieues, s'occu- 
paitt d'industrie, de commerce, de professions manuelles ou parti- 
cipant à l'administration du pays. Au toUtl,30 à 35.000 Français 
envii-on, sans compter le Corps d'occupation, et plus de 100.000 
étrangers. On peut regretter cette disproportion entre la popula- 
tion française et tes divers groupements européens, mais il ne faut 
pas oublier qu'au moment de l'établissement du Prateclorat nous 
avions à peine quelques centaines de compatriotes dans la Régence, 
tandis que les colons étrangers étaient déjà plus de 30.000, en 
grande majorité Italiens et Maltais. Le nombre de ces derniers reste 
stationnaire et tendrait même à diminuer, au lieu que les Italiens ne 
cessent de s'accroitre tant à cause de l'élévation du taux de la na- 
talité que par l'immigration des ouvriers et paysans de Sicile. Quoi 
qu'il en soit, il y a aujourd'hui dans la Régence cent fois plus de 
Français qu'en 1881 ; nous avons le droit d'être fiers de ce résultat 
obtenu en un quart de siècle dans un pays où toutes les terres de 
culture ont été, comme on l'a vu, payées à beaux deniefs comptant 
et où la mise en valeur du sous-sol, l'organisation de diverses in- 
dustries, le développement du mouvement commercial sont des 
phénomènes économiques de date toute récente. 

Une amélioration des plus importantes a été apportée au régime 
légal de la propriété foncière, depuis le Protectorat, par la loi du 
l"juilletl885 et les décrets des 16 mai 1886, 15 et 16 mars 1892 
sur l'immatriculation. Sans doute, avant cette époque, il était facile 
de vendre ou d'échanger une propriété foncière, mais en revanche 
on n'était jamais certain d'avoir passé un acte authentique. La lé- 
gislation religieuse qui régissait le principe et les mutations de la 
propriété était mal définie, variable selon les rites, fondée sur les 
principes généraux du C^ran et sur une jui'isprudence coutumière 
des plus vagues. Par suite, il était toujours possible de traiter avec des 
usurpaleiU'S de titres, surtout si l'on songe que la fraude était favo- 
risée par la similitude des noms. Et non seulement on courait le 
hsque d'avoir un titre faux ou douteux, mais on n'était jamais sûr 
d'avoir pris connaissance de toutes les servitudes ou hypothèques 
grevant la propriété. Une loi était à créer.Elle fut l'œuvred'une com- 
mission dont firent partie, avec des Européens, les principaux per- 



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sonnages religieux de la Tunisie. Inspirée directement de l'Act Tor- 
rens, elle mil nn terme à la confusion provoquée par l'ancienne 
législation, permit une facile liquidation du passé et rendit dérmitifs 
et inattaquables tous les titres de propriétés soumis au système de 
l'immatriculation. Tout acquéreur peut, en elTet, demander que le 
bornage et la description de la propriété soient faits, que les char- 
ges, hypollièques et autres dioits réels soient inscrits après enquête 
et jugement par le Tribunal mixte. '" Il re(;oil ensuite copie d'un 
titre mentionnant tous ces détails et dont l'original est établi sur 
les registres de la Conservation foncière. La plus gi-ande publicité 
possible est faite pour ménapei- les droits des tiers; mais une fois 
le jugement du Tribunal mixte rendu, aucune revendication ne 
peut plus être tentée contre l'acquéreur pour des droits antérieurs. 
Quant aux charges postérieures, elles ne valent qu'autant qu'elles 
sont inscrites sur le titre. 

En même temps que l'assiette de la propriété se trouvait conso- 
lidée, le crédit foncier était organisé. Cette loi de 1885 est faculta- 
tive, et encore aujourd'hui les transmissions d'immeubles peuvent 
se faire sous l'empire des dispositions anciennes. Cependant, les 



I') Le Service Topograpli iquo de la Rt'j-'ence di> Tunis, placé sous la haute di- 
reclion du Directeur géncnil des Travaux publics, est chargé lie tous les travaux 
de reconnaissance, de bornwKe, de Iriangulalion, de levé de plans et de lotissement 
nécessaires à l'application de la loi Toncière du 1" juillet 1885. 

Il prête son concours technique aux divers services publics : Domaine, Forêts, 
Colonisation, Administration des Habous, Commission de délimitation adminis- 
trative. 

l-a plus importante des attributions de ire Service est certainement le concours 
qu'il prête à l'apiilication et au fonctionnement du régime foncier spécial à la 
Tunisie. 

Après vingt années de Ibnclionnement.le Service Topographi que possède dans 
ses archives les plans Je plus de onze mille titres de propriétés immatriculées, 
dont la surface couvre plus de 900.00U hectares. 

Le personnel technique se c<ïmpose de géomèlre.s et de \ériricateurs. 

Le Servie To [«graphique expose une carie au 1,50.000' montranirétat de 
l'immatriculation foncière au 1" janvier \'.m. A leite cane sont joints des ta- 
bleaux slatistiques et des modèles de morcellement de propriétés immatricu- 
lées, ainsi qu'oo album de plans. 



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- 113- 

simpUfications apportées à la procédure d'immatriculation par tes 
décrets des 15 et 16 mars 1892, ainsi que la diminution considérable 
des frais, ont bientôt fait comprendre les bienfaits de la nouvelle 
législation aux sujets tunisiens eux-mêmes. 

Malgré tout, un très çrand nombre d'indigènes sont encore ré- 
fi-actaires h l'application de la nouvelle législation foncière. Cela 
tient à ce que la propriété privée est assez fortement constituée 
chez les indigènes tunisiens. Nous savons déjà ce que sont les ha* 
bous et l'enzel, mais à cdté des biens possédés a par des quasi-pro- 
priétaires, dont le droit est plus que la détention, moins que la pro- 
priété », il y a dans le droit immobilier tunisien «i des biens possé- 
dés par des pleins propriétaires » , des biens melk. 

Quoique la propriété melk soit dans la Régence l'objet d'une fré- 
quente indivision, elle est bien ia propriété privée « dans toute sa 
plénitude, le droit de jouir et de disposer d'une chose de la manière 
la plus absolue». 

En principe, la propriété immobilière s'établit, à l'égard des tiers, 
par la détention régulière et légitime du titre de propriété, mais 
dans la pratique les choses ne se passent pas aussi simplement. 
Parfois, en effet, les titres sont vieux de plusieurs siècles et d'une 
authenticité contestable. Habituellement, cependant, ils ne remon- 
tent pas au delà des premières années du xviii^ siècle et ont pour 
point de départ soit un acte de notoriété établi par deux notaires à 
la requête des intéressés, soit un a amra », c'est-à-dire un décret 
de concession de l'autorité beylicale. « k défaut de titres de pro- 
priété, ou lorsque, égarés ou détruits, ces tilres ne peuvent être 
représentés, te droit admet pour y suppléer des actes de notoriété 
connus sous le nom d' t outika *. A cette complexité, à cet enche- 
vêtrement des droits en pays arabe, à cette incertitude des titres, 
il faut ajouter l'absence de responsabilité des notaires et l'impos- 
sibilité d'obtenir une description précise des immeubles ou de con- 
naître exactement la nature et le nombre des servitudes. Il s'ensuit 
que tout achat revêtait nécessairement un caractère précaire. Le 
système de l'immatriculation est venu fort heureusement remédier 
à cet état de choses et fera tôt ou tard disparaître l'ancien régime 
de la propriété foncière en Tunisie. L'immatriculation constitue. 



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- 114- 

en effet, la plus précieuse des garanties pour les entreprises agri- 
coles en Tunisie. « Tout en assurant la stabilité du fonds, elle. en 
facilite la transinifïsion; elle simplifiG les transactions dont il fait 
l'objet et supprime les contestations auxquelles sa propriété, soit 
totale, soit partielle, pourrait donner lieu sous un autre réyîine. 
Elle assure, enfin, une sécurité absolue aux placements fonciers, 
N'ayantplus à redouter de surprise quant à la contenance, d'évic- 
tion ou de revendications quant au droit de propriété, te capitaliste 
peut prêter en toute sécurité sur un page certain. » Grâce à ce ré- 
gime, 1 les prêteurs hypothécaires bénéficient en Tunisie de laci- 
iités et de garanties supérieures à celles qu'ils peuvent trouver en 
France. » "' 

I^s questions agricoles et commerciales doivent être étudiées 
avec soin avantde recevoir les solutions qu'elles comportent; c'est, 
eu Tunisie, la tiche de la Direction de l'Agriculture et du Com- 
merce, instituée par décret du y novembre 18i,X).'ï' Son premier li tu- 
hiiriffutenmême temps mis à la tête des Centrales civils,nitlachés 
depuis 18!X) à la Résidence Générale. 

La Direction de l'Agriculture organise des concours agricoles et 
cliarge des inspecteurs de la tenir au courant de toutes les ques- 
tions intéressant l'avenir économique de la Régence. Elle veille 
aussi à ce que les agents du Syndicat obligatoire des Viticulteurs 
visitent régulièrement les vignobles tunisiens. 

(1 Là ne se bornent pas, d'ailleurs, l'aide et le concours que l'Ktat 

(') Voir Notice, p. 07 pX ssq. 

(-1 D'abûrd conflé à M. I^aul Bourde, qui commença l'exploitation rationnelle 
de la ré<;ioti ^ruxienne, Dxa les conditions d'aliénation de l'ancien domaine de 
la Tamille Siula et p'iblia de remarquables rapports où se trouve exiKisé Uiut 
un ]i|an de colonisiition, cet im[iortunt orjianisme fui ensuite sous la direction 
de M. Dybowski qui y ad.joignit les questions commerciales et créa l'Ecole Colo- 
niale d'AgricuHure, devenue une pépinière de colons français. L'Administration 
actuelle s'occu|h> plus spécialement de Taira passer uux mains de nos coni;>a- 
trioirs toutes les piiilies du domaine do l'Etat su.îceplibtcs d'être mist>s en 
valeur et de cféer ces rentres ajrricoles si propres à tiâler le peuplement des cam- 
pagnes tunisiennes pnr des colons français ]iosséJant de moyennes et de petites 
propriétés. 



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prête uux colons par riiilermé<liaire de la Direction fie l'Agriciil- 
ture et du Commerce. Le Ciouvernemenl du Protectorat a compris 
l'impor lance qu'il convient d'accorder, dans un pays tel que la Tu- 
nisie, aux expériences de toute sorte, aux observations rigoureuse- 
ment suivies qui permettent de Tournir aux agriculteurs des indica- 
tions précises sur les diverees opérations cullurales et la conduite 
d'une exploitation rurale. »'" Un laboratoire de chimie agricole et 
industrielle, une station agronomique et une ferme d'expériences, 
un laboratoire de bactériologie et de vinificiition,un service vétéii- 
naire et <!e l'élevage facilitent aux colons l'étude des conditions dans 
lesquelles ils doivent exploiter le sol tunisien et permettent en même 
temps de tenter un grand nombre d'expériences sur des faits non- 
veaux. A ces divers Services est venue s'ajouter une École Colo- 
niale (l'Agriculture installée à deux kilomètres de Tunis, près du 
Jardin d'essais et d'une Ferme d'expériences. I.es jeunes gens admis 
à preiidre part à l'enseignement de l'Ecole sont directement pré- 
parés à la colonisation, a Les cours qui sont professés, et dont le 
programme, adapté aux conditions locales, se rapproche de celui 
des écoles nationales d'agiiculture de la métropole, portent sur 
l'agriculture générale et spéciale, la viticulture, l'agriculture colo- 
niale, la sylviculture, la géologie, la botanique, la technologie, la chi- 
mie agricole,iazootechnie,lalégislalion et l'économie rurales, etc., 
etc. Ces cours comportent de nombreuses applications pratiques.»'-! 
L'Etat Tunisien ne réserve pas aux anciens élèves de l'Ecole des 
situations administratives. Ce sont donc des agriculteurs et non des 
fonctionnaires qui viendront ainsi grossir les rangs des Fran(.-aiB 
en Tunisie. Néanmoins^ le Gouvernement du Protectorat,désireux 
de facilitei'aux meilleurs élèves leur établissement en pays tunisien, 
leur accorde des bourses ou demi-bourses de stage qui leur pei- 
metlent de compléter pendant deux ans leur instruction pratique 
dans les exploitations agricoles du pays. « L'Administration est, 
tians ce but, en relations avec divers colons, chez lesquels sont 
également admis chaque année un certain nombre de jeunes gens 

(l)No/tce.p.52. 
PI iVo(f"«,p.51. 



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-116- 

qui, bien que n'ayant pas passé par l'école précitée, n'en sont pas 
moins désireux de s'adonner par la suite à la culture du sol et 
viennent accomplir dans ces fermes leur apprentissage agricole. » ") 
Le Jardin d'essais a pour but essentiel de mettre à la disposition des 
a<<:riculteurs, moyennant une faible indemiiilé,les jeunes plants dont 
ils peuvent avoir besoin, mais il s'altacbe aussi à déterminer le degré 
d'intérêt que présentent telles ou telles productions arbustives, 
fruitières, potagères, etc., à dégager les méthodes culturales qu'il 
convient de leur appliquer, enfin à propager et à vulgariser les 
unes et les autres. 

< Non loin de l'Ecole Coloniale d'Agriculture s'élève l'Institut 
Pasteur dont le rôle en matière de thérapeutique humaine (traite- 
ment préventif de la rage, préparation et distribution de vaccins et 
de sérums antivarioieux, antidiphtérique, antitétanique, atitiveni- 
mcux, etc.) se double d'attributions intéressant la mé^lecine vété- 
rinaire et plus particulièrement le diagnostic ou le traitement de la 
tuberculose bovine, <lc la morve, du farcin, du charbon (production 
et fourniture de tuberculine, de malléîne, de vaccin anticharbon- 
neux). L'Institut comporte également un laboratoire de viniTicition 
et de bactériologie et met des levures sélectionnées à la disposition 
des viticulteurs. » '^' 



«I Le rôle important qae joue eu Tunisie la Direction de l'Agriculture et du 
(>>mmerc«,en ce qui concerne la mise en valeur du 30l,est précisé d'une manière 
très nette par l'ensemble de documenta rassemblés dans le grand patio. On y 
vnit.en elfet,une série de panneaux pliotograpliiques classant et détaillant tous 
les travaux accomplis par les élèves de l'Ecole Coloniale d'Agriculture, indiquant 
la nature de l'enseignement et sa portée pratique, mettant en relieria valeur des 
piv)duits obtenus. Pareillement, on peut se rendre compte des importants tra- 
vaux accomplis par les inspecteurs de l'agriculture pour cataloguer toutes les 
espèces d'olives et difTérencier les huiles selon leur degré de limpidité. D'autres 
tableaux montrent les résultats obtenus dans l'élevage du cbeval. 

Soucieuse également de faire connaître les efforts des particuliers et des 
grandes sociétés, la Direction a réservé dans la même salle deux emplacements 
où la Terme-école de l'Alliance Israélite de Djedeîda et la Compagnie propriétaire 
des vastes domaines de l'EnAda et de Sidi-Tabet ont pu gmuper une série d'in- 
téressants documents d'une haute portée scîentiflque et économique. 

r» Nolife,f.M. 



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L'étude des questions commerciales est réservée à un Bureau 
spécial de la Direclion, auquel sont attachés en outre le Service des 
Poids et Mesures et le Service de la Pj-opriété industrielle (brevets 
d'invention, marques de fabrique). 

C'est à la Direction de l'Agricuiture qu'incombent les Services 
de la Colonisation et des Domaines. Elle centralise les demandes de 
renseignements, s'occupe de la recherche, du lotissement et de la 
vente des lots offerls à la colonisation par le Domaine de l'Etat; 
elle met en rapport les capitalistes et les colons, se lient au courant 
des divei-ses professions que des Français pourraient avoir avan- 
tage à tenter en Tunisie ; en un mot, fait une enquête permanente 
sur le développement possible de la colonisation. "* 

L'administration du domaine forestier forme un Service rattaché 
à la Direction de l'Agriculture, après avoir constitué une dépen- 
dance de la Direction des Travaux publics. 

I«i surveillance administrative et culturale des forêts d'oliviers 
en certaines régions du nord est dévolue à une administration spé- 
ciale, dite de la Ghaba, et relevant de la Direction de l'Agriculture, 
du Commerce et de la Colonisation. 



«I E^ur bien indiquer la double tâcbe qui lui incombe de favoriser tout à la 
fois les progrès de ragficulture et le développement du commerœ et de l'indus- 
trie, la Direction a fait dessiner toute une série de cartes murales el de graphi- 
ques colot-iês constituant des données st&tistiques et des indications géographi- 
ques snr les céréales, le bétail, les domaines agrico1es,lesprodnits exportés, enfla 
l'ensemble des richesses économiques du pays et le parti qu'en tirent dès main- 
tenant les populations européennes et indigènes. 



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CHAPITRE VIII 

Le Service des Travaux publics'" 

L'ezprapriation pour canae d'utilité poliliqae. — Le régime des ports de com- 
merce. — Le réseaa des chemins de 1er. — Organisation de la Direction des 
Traranx publics. — Les Bâtiments civils. — Le Serrice des Mines. — La 
législation dn travail et la main-d'œuvre. 

Il n'existait dans la Régence, jusqu'en l'année 1905, aucune ré- 
^'lemetilation d'ensemble en matière d'expropriation. Les seules 
dispositions relatives à l'expropriation pourcaused utilité publique 
étaient contenues dans le décret du 30 août -1858 sur l'organisation 
municipale de Tunis. Il est stipulé dans cet acte que le Conseil 
municipal de cette ville pourra bâtir des immeubles sur des terrains 
appartenant à des liei'S, procéder à l'élargissement des rues recon- 
nues trop étroites, exproprier une partie d'immeuble quelconque, 
itprès avoir indemnisé les propriétaires soit à l'amiable soit en 
exécution d'une sentence rendue par une commission de douze 
arbitres, dont six désignés par le propriétaire et six par la Munici- 
palité. En cas de parité, le cadi est obligé de départager. 

Ce décret énumèi-e également les établissements qui peuvent être 
considérés comme d'utilité publique, les voies de communication, 
les avenues, les souks, les remparts, la conduite des eaux et des 
égouts. En dehors de Tunis, et à l'égard des sujets tunisiens, lu 
volonté du ISey fait la loi. 

C'estdanscesconditions que l'expropriation étaitappliquée quand 
il y av.iit concession du Gouvernement Tunisien à une compagnie 
de clictniiis de fer du droit d'établir une voie leriée, avec engage- 
ment de lui fournir les terrains nécessaires. 

La situation créée par le décret de 1^8 n'était pas acceptable 
pour les Européens, qui pouvaient craindre d'être dépossédés sous 
prétexte ou pour cause d'expropriation publique. .\ussi,parle traité 

(Il Dans le précédenl chapitre, nous avons déjà montré le rôle de la Direclion 
des Travaux publics ea matière de voirie, de travaux hydrauliques, de mines, 
carrières et pêcheries. 



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dulOoctobre 1803, l'Angleterre exigea pour les sujets anglais, en cas 
d'expropriation, l'application des articles 11 et 12 de la loi muni- 
cipale de Tunis. Le traité italo-tunisien du 8 septembre 1868 et le 
décret du 12 juillet 1871, ce dernier concédant aux Français le 
droit d'être propriétaires dans la Régence, consacrèrent également 
a le double principe de la nécessité d'un décret d'expropriation et 
du payement, d'une indemnité préalable, et formèrent le régime 
applicable aux Européens jusqu'à l'établissement de la justice fran- 
çaise.» ("Mais la jurisprudenceétablie parles tribunaux français ne 
trouve plus aucun point d'appui dans les textes, car la dénoncia- 
tion des ti'attés avec l'Iljdie et l'Angleterre ont amené la signature 
de nouvelles conventions (Italie, 28 septeml)re 1890)qul ne contien- 
nent aucune disposition relative à l'expropriation poui' cause d'uti- 
lité publique. Il devenait donc nécessaire de prendre des mesures 
législatives pour remanier et compléter le décret de 1858 de façon 
à doter le pays d'une réglementation plus générale et mieux appro- 
priée à ses besoins. C'est à quoi l'on a pourvu par le décret du 5 
septembre 1905, qui permettra d'éviter désormais les multiples 
contestations, si djflicilesà résoudre,auxquelles donnèrent lieu les 
expropriations faites en vue de la constiuction des chemins (le fer 
ou de l'agrandissement des ports.'-' 

(1) Lëscube : /'(( (loiMe n^ijime. de la in-vprir'i} fiiiiciérc en Tunisie. 

(2) Voici les dispositions de ce déci-et : 

Articlbprbmier. — L'expropriation pour cause d'utilité publique est opêrt-e 
par décret. 

Le décret d'expropriation est accQm[iH^nè d'un plan parcellaire; il indique 
l'administration expropriante et mentionne le^ (iropriêtaires des immeubles ou 
le^ personnes prêsumi-cs telles. 

Art, 2. — L'administration expropriante ne |ieul prendre [Kwsession de 
l'immeuble que moyennant |)aL<'meii[ ou timsi;:iiation d'une juste et préalable 
indemnité. 

Par l'elfet du décret d'expropriation, tous droits existant sur l'immeuble ex- 
proprié sont transférés sur l'imlemnité. 

Art. 3. — Le décret d'expropriation est piv>mul;:iié au Jourani Officiel Tuni- 
sien ;i\ est ensuite déposé avec le plan parcellaire au contrôle civil de la situation 
des biens, où il est affiché un français et en ara Un. Acie di> ce déjKii et de l'allicliafri' 
est dressé sans délai par le oontrôleui- civil. 



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Les ports ouverts au commerce international pardéci-ets beyli- 
caux forment, au point de vue du régime auquel ils sont soumis, 
deux groupes distincts: d'une part, quatre grands ports ont fait 
l'objetd'une concession au profild'une Société privée.et de l'autre 
onze petits ports sont directement exploités par le Gouvernement 

Akt. 4. — Dans laquiauiue suivante, tout ayant droit ou y prétendant est tenu 
de se Taire conusitre à l'administration expropriante ou au contrôleur civil. 

Ed outre, et dans le même délai, le propriétaire est tenu d'appeler et de faire 
connaître à l'administration ou au contrôleur civil les Termiers, locataires, ceux 
qui peuvent réclamer des servitudes ou droits quelconques résultant des titres 
mêmes du propriétaire ou d'autres actes dans lesquels il serait intervenn. A dé- 
faut, il pDurra être tenu envers eux des indemnités qu'ils n'auraient pu réclamer 
en temps utile de l'administ ration expropriante. 

Art. 5. — A l'expiration de ce délai qui court à partir de l'atlichagc, le contrô- 
leur civil envoieà l'administration expropriante un certificat constatant le dépôt 
de l'aliîcbage prévu à l'ardcle 3 ; il y joint les déclarations reçues en Vertu de 
l'article 4. 

Art. C. — L?s créanciers nantis de gages ou de privilèges peuvent exiger, s'ils 
se sont fait connaître ou s'ils ont été désignés dans le délai imparti par l'ar- 
ticle 4, que l'indemnité soit fixée par voie d'expertise conformément aux articles 
ci-après. Ce droit ne peut être exercé que pendant un délai de dix jours k courir 
de la date d'expiration du délai de quinzaine prévu par l'article 4. 

Art. 7. — Si l'administration expropriante ne peut se mettre d'accord avec 
un ayant droit pour te règlement de l'indemnité qui lui est due, elle lui notifie 
des offres avec sommation de faire connaître dans le délai de dix jours son ac- 
ceptation, ou, en cas de refus, ses prétentions. 

Cette notillcalioQ est fui t« par l'intermédiaire du contrôleur civil. 

Aet. s. — I^s bâtimenis dont une partie a été expropriée pour cause d'utilité 
publique seront achetés en entier si les propriétaires ou tenanciers enzeliates le 
requièrent par une déclaration formelle adressée^ l'administration expropriante 
dans te délai de dix jours prévu k l'article 7. 

Il en sera de même de toute parcelle de terrain qui, par suite du morcellement, 
se trouvera réduite au quart de sa eotitonance totale, si toutefois le propnélaire 
ne possède aucun terrain immédiatement contigu et si la parcelle ainsi réduite 
est inférieure à dix ares. 

Art. 9. — a l'expiration du délai de dix jours imparti par l'article 7, si les 
offres de l'administration ou les prétentions des ayants droit n'ont pas été ac- 
ceptées par l'autre {)arlie, l'administration expropriante s'adresse par voie de 
requête à la juridiction compétente à Qn de désignation d'experts. 



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Tunisien. Les ports concédés sont : Bizerte, Tunis, Sousse et Sfax. 
La convention qui concédait la construction et l'exploitation du 
port de Bizerle fut signée le H novembre 1889 pour une durée de 
soixante-quinze années grégonennes,à dater du 27 décembre 1890. 
I^i compagnie concessionnaire devait faire toutes les constructions 



11 y a également lieu à expertise si les as-an Is droit ne se sont pas fait connaître 
ou si leurs droits sont contestés. 

Art. 10. — Nul ne peut être désigné comme expert s'il n'est porté sur une liste 
qui sera établie annuellement pour le ressort de chaque Juridiction. Dans le cou- 
rant du mois d'octobre de chaque année, le Premier Ministre arrête les lisles 
des experts près des tribunaux indigènes; il fixe en même temps te nombre des 
experts qui devront fi(,'urer sur les listes alférentes aux tribunaux Trancais et 
nomme les membres des commissions qui devront procéder à la formation de 
ces listes. 

Il y aura une commission par tribunal français de première instance. 

Chaque commission se composera de sept membres comprenant un délégué 
du Premier Ministre, président, le Procureur de la République du ressort ou son 
délégué, un délégué de ta Direction générale des Travaux publics, un contrôleur 
civil et trois notables européens désignés par le Premier Ministre parmi les 
membres des corps élus ou des assemblées municipales. 

Art. 11. — Ne peuvent être choisis comme experts par la juridiction compé- 
tente : 

1° L*s propriétaires, fermiers ou locataires des immeubles désignés au décret 
d'expropriation et qui restent à acquérir; 

2° Les détenteurs de droits réels sur les immeubles expropriés; 

3" Tous autres ayants droit ou y prétendant, désignés ou intervenant en verlu 
des articles 4 et (>. 

Art. 12. — L*s experts seront au nombre de cinq ; l'un d'eux sera spécialement 
désigné pour pi-ésider la commission d'exiiertise, convoquer les parties et déposer 
les rapports. Les cinq experts devront être de nationalité européenne si l'un des 
ayants droit est justiciable des tribunaux français. Les experts sont dispensés 
du serment. 

En cas d'empècLement ou de refus d'un expert,etceàtoute époque de la pro- 
cédure, il sera pourvu au i-emplacement de cet expert sur requête de ta partie 
la plus diligente. 

Art. 13. — Dans les huit jours de la date à laquelle il a été informé de sa no- 
mination, le président réunit la commission d'expertise et notifie tant aux divers 
ayants droit ou tiers intéressés qu'à l'Administration expropriante, le jour, 
l'Leure et le lieu où la commission entend procéder à sa mission, avec sonima- 



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PORTS DE COMMERCE 



DEPENSES CCML'LKES 



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BSiseae^eeiÇîseçiSi 



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et dragages nécessaires pour assurer la protection des navires et 
leur libre entrée dans le lac, établir les appontements, quais, han- 
gars. De son côté, l'Etat Tunisien contribuait dans une proportion 
déterminée aux dépenses prévues et prenait l'engagement d'ouvrir 
une voie ferrée de Djedeïda à Bizerte dans un délai de quatre ans 

tion d'avoirà assist«raux opérations ou à s'y Taire représenter. Cette sommation 
devrd comporter un délai de cinq à buit jours, plus un jourparcinqmyriamètros 
du siège de la juridiction qui a désigné les eiperls au lieu de la situation des 
biens. 

l^s opérations d'expertise doivent se faire tant en l'absence qu'en présence 
des parties qui y auront été régulièrement appelées. 

Art. h. — Les experts entendent les parties ou qui pour elles, en leurs dires 
et prétentions, font toutes constatations et recherches nécessaires, s'entourent 
de tous renseignements utiles et fixent le montant des indemnités dues. 

Ils déterminent la valeur intrinsèque de l'immeuble au jour de la promulga- 
tion du décret d'expropriation, en prenant en considération tant le prix ordinaire 
de la région pour des immeubles similaires que les conditions particulières à la 
propriété et le revenu qu'elle est susceptible de produire. 

lx)rsqu'il s'agit d'une expropriation partielle, les experts doivant motiver spé- 
cialement le chiffre d'allocation qu'ils proposent comme indemnité de déprécia- 
tion du reste de l'immeuble. 

Art. 15. — Si l'exécution des travaux qui ont motivé l'expropriation doit 
procurer une augmentation de valeur immédiate et spéciale au restant de la 
propriété, cette augmentation sera prise en considération dans l'évaluation du 
montant de l'indemnité. 

Art. 16. — l^es con.structions, les plantations et améliorations ne donnent lieu 
à aucune indemnité lorsque, à raison de l'époque où elles auraient été faites ou 
de toutes autres circonstances, il apparaît qu'elles ont été exécutées dans le but 
d'obtenir une indemnité plus élevée. 

Il en sera de même des baux on autres actes passés par les ayants droit dans 
les mêmes conditions. 

Art. 17. — Les experts dressent un rapport écrit et motivé indiquant le mode 
de Oxation d'indemnité, les bases de calcul et les termes de comparaison qu'ils 
ont adoptés ; ils consignent dans ce rapport l'avis unique on les avis particuliers 
qu'ils pourront avoir à formuler. 

Le rapport est signé par les experts ; en cas de désaccord ou de refus de signer 
le travail général, l'expert qui s'abstient doit dresser un rapport séparé et le 
remettre au président de la commission. 

Les rapports sont rédigésen deux exemplaires et sont adressés par le président 



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- 125 - 

à partirdu 17 févrieri890.D'autres avantages, notamment un droit 
exciusirde péehe dans le lue, étaient acconlés aux concessionnaires. 
Avec quelques dilTérences, les trois auti'es grands poris sont 
soumis à une législation et à un régime analogues. Les travaux de 
creusement du port de Tunis, conliés à une société privée, étaient 



de la commission, I'ud à l'admiaislratioD expropriaote, qui en donne reçu, et 
l'aatre an grelTe de la juridiction compétente. 

Ces rapports sont notifiés en copie intégrale aux ayanU droit k la dilijïence 
de l'administration expropriante. 

Art. \B.~ La Hxatinn de l'indemnité ne sera susceptible d'appel que pour 
vice de formes on violation de la loi; elle pourra aussi être attaquée par la 
même voie pour tous autres motifs, si elle n'est pas prononcée par l'unanimité 
des experts. 

L'appel devra èlre formé et notifié an greffe de la juridiction compétente 
avant l'expiration d'un délai de dix jours qui courra, poar I administration, à 
partir et non compris le jour du dépôt des ra[>ports et, pour le propriétaire et 
les autres intéressés, k partir et non compris le jour de la notification deuils 
rapports. 

Art. 19, — lin cas d'appel ou si les experts se sont trouvés en désaccord, as- 
si^ation est donnée par la partie la plus diligente devant la juridiction conipé 
lente. 

Le jugement rendu par la juridiction saisie est également susceptible des voips 
de recours admises par la loi applicable à cette juridiction. 

Art. 30. — L'indemnité fixée dans les conditions dé Unies aux articles 17 et IS 
est irrévocable; elle est opposable à tous ayants droit, à quelque époque qu'ils 
se manifestent. 

Akt. 21. ~ Lorsqu'il y a litige sur le fond du droit ou sur la qualité des récla- 
mant, set toutes les fois qu'il s'élève des ditficullés étrangères à la fixation du 
montant de l'indemnité, l'indemnité est réglée parexpertise et, ensuite, consignée 
sans offres réelles préalables. 

Il y a également lieu à consignation sans offres réelles préalables si l'exproprié 
refuse de recevoir l'indemnité arbitrée d'une manière définitive, ou s'il existe 
d'autres obstacles au paiement. 

Art. 22. — Si le propriétaire présumé ne produit pas de titre ou si le titre 
produit ne paraît pas régulier, l'administration expropriante consigne le mon- 
tant de l'indemnité d'expropriation et, dans le mois suivant, fait parvenir au 
contrôle civil un état indiquant la situation, la nature et la contenance de la 
parcelle expropriée, le montant de l'indemnité due et le nom du propriétaire pré- 
sumé. Cet état est alficlté en français et en arabe i la diligence du contrôleur. 

Si, à l'expiration d'un délai d'une année à partir de la date de l'afGcliage, au- 



DigitizsdbyGOO'^le 



à peine achevés (1893) que le besoin se faisait fiéjà sentir de com- 
pléter l'outillitge du nouveau port. Mais l'on voulait aussi doter 
Sousse et Sfax d'une installation plus conforme aux exigences de 
la grande navigation. "J Tous ces travaux firent l'objet d'une con- 
vention au profit d'une seule compagnie concessionnaire, à qui le 

cune opposilioD n'a été notifiée au contrôlpur civil on au receveur géDéral des 
Finances, l'indemnité est versée entre les mains du propriétaire présumé. 

Les autres ayants droit, s'il s'en révèle ultérieurement, ne conservent de re- 
cours que contre les bénéficiaires de l'indemnité. 

Art. 23. — Si dans les six mois du décret d'expropriation l'administratioa ne 
poursuit pas la Axation de l'indemnité, les parties peuvent exiger qu'il soit pro- 
cédé à ladite fixation. 

(juand l'indemnité aura été ll\ée, si elle n'est ni acquittée, ni consignée dans 
les six mois de ta fixation définitive, les intérêts à •'i'' „ l'an courront de plein droit 
à l'expiration de ce délai. 

Art. 2t. — Si dans un délai de cinq ans à partir du décret d'expropriation les 
immeubles expropriés n'ont pas été employés à un travail d'utilité publique, les 
anciens propriétaires ou leurs ayants droit peuvent, sauf stipulations contraires, 
en obtenir la rétrocession, à condition do la demander par écrit à l'administra- 
tion expropriante, dans l'anni'e qui suivra l'expiration du délai ci-dessus, et ce, 
sous peine de forclusion. 

Ils doivent alors restituer intégralement le capital de l'indemnité qu'ils ont 
reçue ou en autoriser le retrait si elle a été consignée. 

Art. 25. — Les dispositions de l'article 23 ne sont pas applicables aux terrains 
qui auront été acquis sur la réquisition du propriétaire en vertu de l'article 8 
et qui resteraient disponibles apros l'exécution des travaux. 

Abt. 2G. — A toute époque à partir de la notification des offres, l'administra- 
tion peut se faire mettre en possession des terrains non bâtis, moyennant la 
consignation d'une somme arbitrée, suivant les règles ordinaires de la compé- 
tence, par les juges des référés ou par l'Ouzara, 

Aht. 27. — Au cas où l'indemnité fixée pour une expropriation est ii la fois 
supérieuroaux offres de l'administration expropriante et inférieure à la demande 
de l'exproprié, les dépens, même en cas de recours, seront compensés de ma- 
nière à être supportés par les parties et par l'administration expi'opriante, pro- 
portion ne llement aux écarts entre l'indemnité réglée d'une part, l'offre ou la <1<^ 
mande d'autre part. 

Tout indemnitaire qui n'aura pas indiqué le montant de ses prétentions, con. 
formément à l'article 7, sera dans tous les cas condamné aux dépens. 

(I) Voyez le chapitre XII. 



DigitizsdbyGOO'^le 



GouvernemenlTunisien fit remise de ces trois ports pour une durée 
de quaraiile-sept années à <later du l'i avril 1804, en lui garanlis- 
sant,pour le capilal de premier établissement, un revenu annuel 
de 425.000 francs. 
L'utilisation de Bizerle comme port de guerre décida le Gouver- 

Art. 28. — Dans tous les cas de consignation, lorsque l'iDdemnilé allouée est 
supérieure à la somme consignée, la différence sera productive d'intérêts à rai- 
son de 5 "la l'an depuis la date de la consignation. 

Art.29. — Les si^ïniflcations et notillcations mentionnées au présent décret 
(teuvent être faites soil par lettre recommandée, avec accusé de réception, soit 
par nn at'ent de l'adminislration. 

Art. 30. — Les consignations prévues au présent décret se feront à la caisse du 
receveur général des Finances. 

Kn ce quiconcerne les expropriations railc:Jau profit de l'fitat français, le Gou- 
vernement tunisien effectuera tous paiements utiles et demeurera res|)onsable 
des sommes consignées ainsi que des effets du paiemeni. Il restituera en outre 
ultérieurement au Gouvernement français les exo'-dcnts de consignations qoi 
pourront exisler ou les .sommes atteintes par la prescription. 

Art. 31. — Les plans, procès- verbaux, ci>rti(lcats, significations, jugements, 
ixintrals,quillances etautres actes faits en vertudu présent décret seront exem])ls 
de tous droits de timbi-e et de mutation et enregistrés gratis, lorsqu'il y aura lieu 
i la formalité de l'en régis ire ment, pourvu toutefois qu'il y soit fait mention ex- 
presse de la destination. 

TITRE II 

Dispoiitions spéciales aux immeubles iinmalricutrs 
ou en cours J'iminalriculatioH 

Art. 32. — Est soumise aux dispositions du titi-o I", sauf les modifications 
spécifiées aux articles qui suivent, l'expi-opriation des immeubles immatriculés 
ou en cours d'immatriculation et déjà bornés à la date de la promulgation du 
décret d'expropriation. 

Art. 33. — l-es prescriptions do l'article 4 ne sont pas applicables aux im- 
meubles V isés à l'article 33, le propriétaire demeurant toutefois tenu de dénon- 
cer à l'administration expropriante ou au contrôleur civil tes servitudes person- 
nelles et les baux consentis par lui dont la durée restant à courir n'excéderait 
pas no an. 

A défaut, il pourra être tenu envers les ayants droit des indemnités qu'ils 
auraient pu réclamer en temps utile de l'administration expropriante. 

Art. 34. — a l'expiration du délai de quinzaine visé k l'article 4, l'adminis- 



DigitizsdbyGOO'^le 



nement Français à entreprendre plus tard une série de nouveaux 
travaux ayant pour but I amélioration des voiesd'accés en eau calme 
et le renforcement des moyens de défense fixes et mobiles. '" 

C'est le Directeur des Travaux publics du Protectorat qui a as- 
sumé la responsabilité de l'exécution de cet important pi-ogramme. 



IratioQ expropriante soumet à l'approbation du Direclenr général des Travaux 
publics et fait insérer ensuite au Journal Officiel des tableaux parcellaires indi- 
(|uant les contenances approximatives des immeubles expropriés tombant Boufï 
l'application de l'article 33, les numéros des titres ou des réquisitions et le nom 
des propriétaires inscrits sur le titre ou désignés dans les réquisitions ; ces ta- 
bleaux sont rectifiés dans la même forme en cours de procédure si des erreurs 
ou des omissions y sont relevées. 

A l'expiration d'un délai de huitaine compté à partir de l'insertion an Jour- 
nal O/ficiei, les tableaux parcellaires, accompa^és d'une ampliation du décret 
d'expropriation, sont, à la diligence de l'administration expropriante, transmis 
à An d'inscription il la Conservation de la Propriété foncière et au Greffe du Tri- 
bunal mixte qui en délivrent l'écépissé. 

Art. 35. — Par dérogation à l'article 3 du décret du 10 juillet 1899,11 n'est pas 
produit à l'appui des tableaux parcellaires de plans dressés par le Service To- 
pograpbique. 

Si une propriété partiellement expropriée vient à être alloiie au cours de la 
procédure, le propriétaire ou ses ayants droit peuvent, en produisant le plan de 
loti:4sement en due forme, exiger que l'administration expropriante donne main- 
levée de l'inscription en tant qu'elle grèverait des parcelles non touchées par 
l'expropriation. 

Akt. 36. — La décision d'immatriculation vise le décret d'expropriation et les 
tableaux parcellaires et en ordonne l'inscription sur le titre avec mention de 
la date du dépôt. 

Art. 37. — A compter de ce dépi'it, aucune inscription nouvelle ne peut plus 
être faite ou ordonnée sur les immeubles ou fractions d'immeubles expropriés, 
sans préjudice des droits des créanciers locataires ou concessionnaires sur le 
montant de l'indemnité si elle n'a pas été payée ou si l'ordre n'a pas été défini- 
tivement réglé. 

Si, à la date du dépôt, l'immatriculation ayant été prononcée, le titre n'est pas 
encore établi, les faits et conventions ayant acquis date certaine antérieure à 
ce dépôt peuvent encore être utilement inscrits i la Conservation de la Propriété 
Toncière pendant quinze jours à compter du jour de l'établissement du titre, ce 
jour non compris. 

(t| Voyez le chapitre XII. 



DigitizsdbyGOO'^le 



— 189 — 

C'est par ses soins que les ports de la Régence ont été mis en état 
de suifire à la fois aux besoins du commerce et aux nécessités stra- 
tégiques. Les fmances tunisiennes ont laidement coopéré à cette 
œuvre d'utilité publique et de défense nationale, car elles n'ont pas 
fourni moins de 34 millions de francs comme part contributive à 

Art. 38. — L'état des avants droit ioscrits eo temps utile est, selon le cas, 
délivré par le Conservateur de la Propriété foncière ou établi par l'administra- 
tion expropriante,aa vu des dossiers que la Conservation, les Greffes da Tribunal, 
mixte ou des justices de paix, Ic's caïds et le Service Topc^rapliiqae sont tenus 
de tui communiquer sans déplacement. 

S'il y a des oppositions ou si le délai des oppositions n'est pas expiré, l'in- 
demnité est fixée après débats avec les prétendants droit et avec les opposants 
qui se sont fait connaître en temps utile, mais elle demeure consignée Jusqu'à 
l'expiration du délai précité ou Jusqu'à la décision définitive du Tribunal mixte. 

Art. 39. — Tous actes de cession amiable, tous rapports d'experts non contes- 
tés, tous jugements portant fixation dénnitive de l'indemnité devront, préala- 
blement an paiement, être simultanément inscrits sur le titre et sur la copie ou 
dénoncés an Greffe du Tribunal mixte. 

En cas d'expropriation partielle, une copie dn plan de lotissement dressé par le 
Service Topograpbique, conformément aux règlements en vigueur, sera annexée 
aux actes sus- visés. 

En cas de cession amiable, le paiement de l'indemnité sera subordonné, eo 
outre, à la production soit d'un certificat négatif d'inscription, soit d'un certi- 
ficat de radiation de tontes hypothèques ou charges ayant grevé l'immeuble 
exproprié, soit d'une décision du Tribunal mixte visant les mains-levées pro- 
duites et en constatant la régularisation. 

Art. 40. — La radiation des inscriptions sera opérée on ordonnée d'office sur 
la justification de la consignation elTectuêe ensuite de la fixation définitive de 
l'indemnité. 

TITREm 
Dispositions diverses 
Art. 41. — Les mesures d'exécution du présent décret seront réglées par ar- 
rètés concertés entre le Directeur général des Travaux publics at le Directeur 
des Finances. 

Art. 42. — Le présent décret entrera en vigueur i partir dn fjanvier 1906; 
seront abrogés à partir de cette date tontes dispositions contraires et notam- 
ment les articles 10, 11, 13, 13 et 14 du décret du 30 août 1S58 (SO moliarrem 
1375} sur l'expropriation pour cause d'utilité publique. 



DigitizsdbyGOO'^le 



l'ensemble de l'œuvre. Les difficultés techniques avec lesquelles 
les ingénieurs se sont trouvés aux priseï^, dans les eaux profondes 
où ils ont jeté les bases de la grande digue de Bizerte, ont été vain- 
cues par l'emploi des procédés les plus perfectionnés de la science 
moderne. Bien des mécomptes étaient à redouter quand on a creusé 
les argiles de Sidi-Abdallah pour y établir d'immenses bassins de 
radoub. Partout les maçonneries ont résisté à la pression du sol 
mouvant. Ni à Sousse, ni à Sfax, la fureur des vagues et le manque 



de solidité des terrains n'ont pu davantage empêcher l'achèvement 
de cette œuvre colossale, qui a décidé de la prospérité du pays en- 
tier en permettant enfin aux producteurs de trouver, en tout temps, 
sur le littoral, les navires assurant des communications régulières 
avec les autres régions méditerranéennes. 

Mais les ports ne peuvent prendre toute leur valeur qu'à la con- 
dilion d'être desservis par un réseau de routes et de chemins de fer 
pénétrant au cœur même dR la Régence. 



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Un plan d'ensemble comprenant diverses lignes de pénétration 
reliées entre elles par une voie parallèle au rivage de la mer fut 
donc établi. I^ Direction des Travaux publics en poursuit active- 
ment la complète réalisation.Ce sont aussi ses agents qui exercent, 
en vertu du décret du 16 octobre i897, un contrôle sur les voies 
ferrées qui sont établies ou administrées par des sociétés particu- 
lières. Le service chargé du contrôle est unique pour l'ensemble 
des lignes tunisiennes, qu'elles jouissent ou non de la garantie du 
Gouvernement Frani;ais; il s'exerce tantau point de vue commer- 
cial qu'au point de vue technique. Le plus ancien réseau a été cons- 
titué par les soins de la Compagnie Bône-Guelma, qui obtint du Bey 
Es Saddok, par les concessions du 6 mai 1876 et du 27 janvier 1878, 
de pouvoir raccorder Tunis aux lignes algériennes par la vallée de 
la Medjerda, et construisit 220 kilomètres de voie lai^e, avec une 
garantie du Trésor français représentant© pour cent du capital de 
premier établissement et une garantie forfaitaire kilométrique d'ex- 
ploitation fixée par un barème dont le point de départ est de 7.7(X> 
francs pour des recettes brutes d'exploitation inférieures ou égales 
à 11 .000 francs par kilomètre et décroissant ensuite de 70 pour cent 
jusqu'à 52 pour cent de la recette brute pour des recettes s'élevant 
de 10.000 à 20.000 francs, avec fixation d'un minimum. Un décret 
du Bey, en date du 22 mai 1894, a transféré au Gouvernement Fran- 
çais le droit de rachat des lignes qu'il garantit moyennant une an- 
nuité égale au produit net moyen à servir jusqu'en mai 1976. 

Plus tard, la ligne de Djedeïda-Bizerte (73 kilomètres), à voie 
normale, vint se souder à la première, mais elle fil partie du réseau 
tunisien qui comprend également toutes tes lignes à voie étroite 
mettantTunis en communication avec Nabeul et Menzel-bou-Zelfa, 
avec Sousse et Moknine, avec tes centres agricoles du Momag, Za- 
ghouan et Pont-du-Fahs. De cette dernière station les rails se sont 
allongés vers l'est; ils atteignent aujourd'hui Le Kef, poussent 
jusqu'à Kalaal-Senane et Kalaat-Djerda. 

Reliée à Tunis d'une part, à Kairouan de l'autre, Sousse devient 
aussi peu à peu un véritable centre de voies ferrées. Sa ligne de 
banlieue aura prochainement rejoint Mahdia, et sur te chemin do 
fer de Kairouan est venue s'embrancher la grande voie qui, par 



DigitizsdbyGOO'^le 



Kasserine, Feriuna.Sbeîlla, gagne les gisements phospliutiersd'Aïn- 
Moularès, à deux pas de la frontière algérienne l,a construction de 
celte artère nouvelle estactivementpoussée. On vient d'ouvrirausai 
les chantiers de la ligne îles Nefza à Mateur et à Bizerte. 

Ce réseau a fait l'objet de deux conventions passées entre l'Etat 
Tunisien et la Compagnie du Bône-Guelma, stipulant, au profit de 
cette dernière, une concession de quatre-vingt-dix-neuf ans à partir 
du 29 décembre 1880. 1.a construction des lignes fut exécutée par 



A l'exposition : la SALLB DEd HINB8 

elle aux frais de l'EtatTunisien, moyennant un prix forfaitaire, mais 
à charge par la Compagnie de constituer une réserve avec les éco- 
nomies réalisées sur le forfait, pour parer aux dépenses de travaux 
complémentaires. Les insuflisances d'exploitation sont supportées 
par la Compagnie, mais les excédents sont d'abord affectés à tut 
rembourser les insuffisances supportées par elle avec intérêt sim- 
ple à -4,60 pour cent. Ce remboursement une fois fait, l'excédent 
des recettes brutes doit ètie versé à l'Etat jusqu'à concurrence du 



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monlant de l'intérêt à 4, 60 pour cent du capital de premier ôtablis- 
sement. Ces prélèvements faits, s'il reste encore un excédent, celui- 
ci doit être partagé en parts égales entre le Gouvernement Tunisien 
et la Compagnie. Les conditions de rachat de toutes les lignes sont 
prévues et réglées, m 

C'est également la Compagnie Bône-Guelma qui exploite le tron- 
çon de 34 kilomètres reliant Tunis à La Gouletle et à La Marsa. 
Elle l'a acquis de la Compagnie italienne Rubattino, après entente 
avec le Gouvernement Tunisien, au prix de 7.500 000 francs, et 
devait en assurer l'exploitation jusqu'au 7 mai 1970, en vertu d'un 
décret beyiical du 16 octobre 1898; mais une convention, passée 
cette année même, lui substitue la Compagnie Française des Tram- 
ways de Tunis, l^s lignes actuelles vont être remplacées par une 
voie courant le long de la bei^e Nord du canal reliant Tunis à La 
Goulette. 

Dans le sud de la Régence, il n'y a que la voie ferrée de Sfax à 
Gafsa et aux gisements de phosphates de Metlaoui. D'une longueur 
totale de 250 kilomètres, cette ligne a été construite sans subven- 
tion ni garantie parla Compagnie concessionnaire, qui en assume 
l'exploitation pour une période de soixante années. 

Au total, 1.166 kilomètres de chemins de 1er, dont 310 à voie nor- 
male et 850 à voie d'un mètre, sontexploités par deux compagnies. 
Les études nécessaires à la jonction du réseau Nord et du réseau 
Sud sont achevées et vont permettre le très prochain accroissement 
de ces voies ferrées par la construction des lignes Sousse-Sfax et 
Sfax-Gabès. 

Deux budgets sont intéressés dans l'exploitation des chemins de 
fer tunisiens : celui de la France et celui de la Tunisie. Le premier 

m La carte au 1/200,000' eiposne montre l'tffort qui a été fait pour doter 
la Tanisie d'un réseaa complet dont toutes les lignes prÎDci pales sont aujourd'hui 
exploitées ou en voie d'achèvement. 

L.es chemins de fer de la Régence, représentes sur la carte, sont divisés en 
trois catégories : 

l" Chemins de fer en exploitation, 

a° Gtiemios de fer en coDstructioo, 

3* Cbemius de fer projetés. 



DigitizsdbyGOO'^le 



a dû verser, en -1898, 1.712.793 francs pour parer à l'insuffisance 
(les recettes sur le réseau garanti, et on ne peut prévoir avant long- 
temps lin allégement à cette contribution annuelle. Le second n'a 
aucun versement à faire à la Compagnie Bdne^Guelma, qui a été 
autorisée à prélever sur ses réserves les insuffisances de recettes. 
Mais, dès maintenant,le réseau tunisien donne des excédents de 
recettes. En 1904, le Gouvernement Tunisien a pu commencer à 
loucher une partie de l'intérêt du capital qu'il a consacré à l'établis- 
sement de ses voies ferrées et la part du Trésor dans les bénéfices 
(le l'exploitation n'a pas été moindre de 189.000 francs. Tels sont, 
en résumé, les résultats financiers, au point de vue de l'Ëtat, de 
l'exploitation des chemins de fer tunisiens, garantis ou non. Quant 
à la ligne Sfax-Gafsa, bien que de construction tr^ récente, on peut 
déjà en apprécier le rendement économique en constatant que la 
Compagnie couvre ses frais d'exploitation par le transport des voya- 
geurs et marchandises diverses autres que les phosphates. 

L'Administration chaînée de la conduite des travaux publics a 
dans son ressort, outre le Service des Ponts et Chaussées, celui des 
Mines, le Service Topographique et celui de la Navigation et des 
Pèches maritimes. Elle a été organisée par un décret du 13 sep- 
tembre 1882, et elle a pour chef un directeur général assisté d'une 
administration centrale dont l'organisation tient à la fois de celle 
d'un ministère et de celle d'un bureau d'ingénieuren chef. Le per- 
sonnel, emprunté aux cadres de la métropole ou recruté sur place, 
compte un nombre d'agents relativement restreint, par cette raison 
qu'un même agent réunit le plus d'attributions possible toutes les 
l'ois que les nécessités du service le permettent. 

En ce qui concerne les Ponts et Chaussées, le territoire tunisien 
a été divisé par décret du 30 avril 1900 en quati'e arrondissements 
confiés à des ingénieurs dont deux résident à Tunis et les deux 
autres à Sousse et à Sfax. Les travaux sont exécutés par payement 
direct sur les fonds du Budget, par prestation et par concession. Ce 
dernier mode a été employé pour les ports de Bizerte, Tunis, 
Sousse, Sfax, pour la voie ferrée de Sfax-Gafsa, l'adduction d'eau 
et l'éclaii-age à Tunis et à La Goulette,la construction des tram- 
ways de Tunis. C'est au contraire avec les seules ressources four- 



DigitizsdbyGOO'^le 



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BATIMENTS CIVILS 



DBFKNSES ANNUELLES ET DEPENSES CUMULEES 







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nies par le Budget qu'on a édifié les bâtiments divers destinés aux 
services publics, tels que la Résidence Générale, les Conti'ôles ci- 
vils, le Palais de Justice, l'hôpital civil, l'hôtel des postes, les écoles, 
les abattoirs, les douanes, les marchés, etc. 

Il n'existait dans la Régence, antérieurement à 1881, aucun édi- 
fice ayant le caractère d'utilité publique, si ce n'est les palais bey- 
licaux qui servaient successivement de résidence aux différents 
souverains. Il n'y avait pour ainsi dire pas d'administrations pu- 
bliques, pas d'organisation communale et bien peu d'écoles. Il a 
fallu, dès le début de l'occupation fi-ançaise, élever de nombreuses 
constractions pour abriter les divers services publics. Les immeu- 
bles que l'on trouvait, à des prix d'ailleurs très élevés, n'offraient 
aucune convenance à leur destination nouvelle, aucune hygiène et 
souvent même présentaient une sohdité douteuse. 

Au fur et à mesure que les administrations du Protectorat, d'a- 
bord assez rudimentaires, se développaient en même temps que le 
pays, les besoins devenaient de plus en plus impérieux, et lu Di- 
rection générale des Travaux publics a eu, surtout depuis dix ans, 
un elîort sérieux à faire pour leur donner satisfaction. 

Elle a construit, presque entièrement dans cette période, plus de 
300 bâtiments pour une valeur de plus de 18.000.000 de francs. 

Tous ces bâtiments ont été établis sans aucun luxe, avec l'unique 
préoccupation de construire solidement et économiquement. Une 
certaine recherche d'élégance ou de décoration a cependant été 
admise pour quelques édificcH. 

Les fonds ordinaires ou extraordinaires des budgets sont égale- 
ment employés en ports maritimes, en phares, en voies ferrées, en 
aménagements d'eau et en nombreux travaux municipaux. 

Le Service des Mines a dans ses attributions toutes les questions 
relatives aux gisements, ainsi que les eaux artésiennes ou ther- 
males. Il délivre des permis de recherches dont la plupart portent 
sur des gisements de plomb et de zinc. Ces permis peu vent ensuite 
être transformés en concessions par un déciel beyiical. Le Service 
des Mines s'occupe aussi du forage des puits artésiens et de la pu- 
blication d'une carte géologique. 

Quant au Service Topographique, il est spécialement chargé de 



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NOMBRE DB PERMIS DE RECURaCHES DRHANOKS ET U 

CHAIJUE ANNÉE, DE IStG A 1903 





















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facililer l'application de la loi sur l'imniatriculation foncière. Il 
exéoule les plans d'immatriculalion, suit en outre la ti-iangulalion 
et la rédaction de la carte de la Régence, prête son concours à l'é- 
tablissement des plans et croquis intéressant le domaine public, le 
domaine de l'Etat, les villes et les habons. 

Enfin, en l'absence d'un ministre de la Marine, c'est au directeur 
des Travaux publics qu'incombe le soin de réglementer la naviga- 
tion et les pèches sur les côtes de la Régence, 



L KÏPOSLTION : LA S 



Il n'ya pas, à proprement parler, de législation du travail spéciale 
îî la Tunisie, On y applique, en cette matière, les principes géné- 
raux du droit français, avec cette différence toutefois que certaines 
lois de la métropole relatives à la protection des ouvriers, aux rap- 
ports entre le capital et le travail, n'ont pu être promulguées dans 
la Régence. C'est ainsi, par exemple, que les diverses dispositions 
adoptées par le législateur pour favoriser la main-d'œuvre natio- 
nale Boot ici d'une application très difficile. 



DigitizsdbyGOO'^le 



- 141 - 

L'article ï^ de la convention consulaire signée le 28 septembre 
1896 entre l'Italie et la France stipule en eflet que « les Italiens en 
( Tunisie seront reçus et traités relativement à leui-s personnes et 
c H leurs biens sur le même pied et de la même manière que les 
c nationaux et les Français ; ils jouiront des mêmes droits et privi- 
« lèges». Par conséquent, les Italiens, et ce sont eux qui forment la 
très grande majorité des ouvriers étrangers, peuvent participera 
toutes les adjudications de travaux à exécuter pour le compte de 
diverses administrations. Il n'est pas davantage possible de limiter 
leur nombre sur les chantiers. 

Dans la pratique cependant, le Gouvernement Tunisien emploie 
fréquemment le système des adjudications restreintes, c'est-à-dire 
fait appela un nombre limité d'entrepreneur.<, de nationalité fran- 
çaise, convoqués par lettre individuelle. Les Ministères de la Guerre 
et de la Marine font aussi à peu près exclusivement appel à nos 
nationaux pour les grands travaux qu'ils vieimcnt d'entreprendre 
dans la Régence. 

Diverses mesures ont été proposées pour favoi-iser l'emploi de 
la main-d'œuvre nationale. Le Directeur des Ti-avaux publics ;i 
même été jusqu'à ollVir une piime d'un franc par jour aux enlrr- 
pi'encui's pour chaque ouviier français employé sur les chantiers. 
Aucune l'églemenlation n'a cependant encore vu le jour. I'rcs(|ue 
à chaque sessiuii,lit Conférence Consultative a renouvelé nu Mi- 
nistre des Alfaires Etrangères un vœu tendant à l'extension à la 
Tiuiisie dfS décrets et règlements protégeant la main-d'œuvre 
française en France et en Algérie. Cette même assemblée a de- 
mandé également que les entrepreneurs fussent contraints d'oc- 
cuper un minimum d'ouvriers français par chantier, que les heures 
de travail fussent limitées et qu'il y eût un minimum de salaire. 
Après avis duConseil d'Elat, le Gouvernement Français a jugé que 
ces vœux étaient illégaux ou prématurés, mais il a admisla fixation 
d'un maximum de rabais dans les adjudications et le fractionne- 
ment de ces adjudications par corps de métier. Néanmoins, il est 
à présumer que longtemps encore, par la seule loi de la concur- 
rence, les travailleurs de nationalité italienne, se contentant de 
gains modestes, formeront surlcs chantiers lunisioiisuneimposaiile 
majorité. 



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Un arrêté du 8 murs 1897 a créé, pour l'étude spéciale de l'or- 
ganisation du travail en Tunisie, une commission qui, entre autres 
choses.a (ail adopter par l'unanimité des membres de la Confé- 
rence Consultative un vœu demandant la création d'un Conseil de 
Prud'hommes. Le Ministère des Affaires Etrangères hésite cepen- 
dant à entrer dans cette voie, craignant que dans un pays neur où ' 
l'on se sert de tous les éléments que l'on trouve sous la main, où' 
l'on emploie la main-d'œuvre italienne, indigène, fezzane, etc., il 
soit imprudent d'armer les gens contre ceux qui les emploient. 

Il n'y a donc à l'heure actuelle en Tunisie aucun ensemble de 
lois, décrets et règlements spécialement adaptés aux conditions du 
travail local. On ne saurait nier qu'une situation semblable ne pré- 
sente de graves inconvénients en présence du développement in- 
cessant des entreprises industrielles et parsuiteduconstantacrois- 
sement de la population ouvrière. Pour obvier aux conséquences 
fâcheuses pouvant résulter de l'absence d'une législation du travail 
ou de l'incertitude des documents existant sur la matière, M. le 
Résident Général Pichon a de nouveau réorganisé la Commission 
du Travail. D'accord avec elle, il poursuit activement la recherche 
des meilleurs moyens à employer afin de concilier dans la Régence 
les droits du capital et du travail, sans rien abandonner toutefois 
de la situation spéciale créée à nos compatriotes par les traités 
et conventions réglant nos rapports avec les grandes nations du 
monde, en ce qui concerne la Tunisie. 



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CHAPITRE iX 

Les Communications postales 
et l'Or^ranisation de la Défense militaire 



L'Office postal : ses origines, son importance. — Progression dn nombre des 
bareanz. — La lettre exprès. — Mouvement des correspondancea. — Les 
serricea de banque. — Constant accroissement des commanications télégra- 
phiques et téléphooiqaes. — Bésoltats obtenus par l'Office. — La Division 
d'occupation. — Bizerte et sa flotte. — L'armée bejlicale. 

Dans le programme de mise en valeur de la Régence, la part 
réservée à l'Administration des Postes est particulièrement impor- 
tante. En assurant l'envoi régulier de colis et de dépêches d'un 
bouta l'autre du territoire tunisien, en couvrant la campagne d'un 
réseau de fils télégraphiques et téléphoniques qui vn toujours se 
resserrant, r Office Postal parachève l'œuvre de la Direction de 
l'Agriculture et de l'Administration des Tittvaux publics. Appro- 
prier Tortement le sol, creuser des ports,ouvrir des routes et des 
chemins de fer, tout cela serait, en efTet, insuffisant, si les plus pe- 
tites agglomérations n'étaient assurées de recevoir chaque jour la 
visite du modeste facteur des Postes, si le télégramme ne courait 
sur les ailes de l'électricité jusqu'aux confins du désert, si la rapidité 
des paquebots et la solidité d'un câble ténu, mais résistant, n'assu- 
raient la permanence des communications avec la métropole. 

La France avait si bien compris cela qu'avant même de s'installer 
délinitivement en Tunisie, elle y entretenait une mission chaînée 
de l'installation des services postaux et télégraphiques. Cette orga- 
nisation, ayant fait ses preuves, subsista sans changement appré- 
ciable jusqu'enl88S,date à laquelle,par convention avec le Gouver- 



DigitizsdbyGOO'^le 



iiement de la République, fut créée une administration autonome 
sous la dénomination d'Office Tunisien. '" La Métropole s'engageait 
à mettre à la ilisposilion du Gouvernement local les fonctionnaires 
qui lui seraient nécessaires. Le Directeur du nouvel Oflice recrutait 
sur place les agents d'exécution. 

Les règlements et les tarifs français devaient être appliqués dans 
les relations franco-tunisiennes. La Caisse d'Epargne tunisienne 
était acceptée comme succursale de la Caisse Nationale d'Epargne 
de France. 

La Direction de l'Oflice Tunisien s'est elïorcée de constituer un 
service approprié aux nécessités spéciales d'un pays neuf, où les 
agglomérations importantes sont rares, où les centres de colonisa- 
tion sont souvent très éloignés des villes. C'est ainsi que dans un 
gi-aml nombre de contres en formation ot de villages où le tnific 



m L'Oilice Postal a tenté de donner à son exposition le caractère d'une synllièse 
(les résultats acquis en clieraliant h Joindre à la prt-cisinn des cliifTres et des 
courbes grapliiques unn documenlation orij^inale. 

Un triptyqnedc cartt-'g reproduit le réseau poàtal lêlégrapliique et téléphonique 
aux trois dat«s de I88!i, 1900 et ïsm. 

Des graphiques très s'mples ol de lecture facile donnent l'impi-ession de l'évo- 
lution remarquable des divers services depuis IKHH. Quelques plans de bui'eaux 
de grandeel moyenne importance complètent l'exposition striclemenileclmique. 

Une peinture à l'iiuile de grandes dimensions donne une reproduction fidèle 
du magniflque bail de l'iiôtel dos Postes de Tunis, taudis qu'une aquarelle repré- 
sente la Taçade de l'Iiôtel. Une seconde aquarelle reproduit l'iiôtel des Postes de 
Sfax, devant lequel stationne une des automobiles qui assurent le service des 
voyageurs, des lettres et des colis postaux entre Sfax et Sousse. Deux autres 
aquarelles représentent le transport des colis postaux dans le Sud par arabatâ 
ou à dos de cbameau. Puis, ce sont des vues des liôtels des Postes de Rizerie, 
Sousse, Ferry ville, et du bureau pittoresque de Koum-Tataliouine, dans l'eitrcme 
Sud, D'autres documents initient le visiteur à la vie intérieure des bureaux. 

Trois mannequins articulés sont revêtus des uniformes de factenr français, 
de Tacteur indigène et de cavalier postal. 

Dans une vitrine est renfermée la collection complète de tous les timbres tu- 
nisiens depuis IHHH, y compris la série des figurines tout récemment mises en 
service. 

Les visiteurs,! »Mé de ces timbres, peuvent voir exposées les maquettes ori- 
ginales dues au peinlre Dumoulin. 



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- 145 — 

postal n'aurait pas suffi à rémunérer un receveur de l'Office et où, 
d'autre part.le petit nombre d'enfants à instruire n'aurait pas jus- 
tifié la nomination d'un instituteur, des recettes -écoles conliées à 
un membre de l'enseignement ont été créées, de façon à donner, 
sans frais exagérés, satisfaction à un double besoin social. 

Lorsque cette combinaison a été impossible, l'Office Postal a fait 
appel tantôt à des fonctionnaii'es de l'Administration des Finances, 
douaniei-s, agents fies Contributions diverses, tantôt iï des militaires. 



E SALLK DE TBIAUG 



Quand l'un de ces établissements provisoires a acquis une impor- 
tance de nature à justifier sa transformation en recette ordinaire, 
l'Office Postal prépose à sa gestion un de ses agents et assume la 
charge entière du nouveau bureau. 

Dans certaines localités ont été créés des établissements de fac- 
teurs-receveurs qui effectuent les opérations postales et télégra- 
phiques les plus fréquentes et des i distributions » uniquement 
chargées de l'expédition et de la remise sur place des correspon- 



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NOHDRE DES 



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31 DKCEMDEE 1905 




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dances. La gérance de ces distributions est confiée soit à des chefs 
indigènes, soit à des fonctionnaires ou à des particuliers français. 

Récemment enfin, un nouveau type de bureau a été inauguré 
sous le nom d'à agence», intermédiaire entre l'établissement de 
facteur-receveur et la distribution postale. Les « agences » effectuent 
les opérations les plus courantes et ont rendu de tels services que 
la Direction de rOfficeadécidé de les substituer sur certains points 
aux distributions postales actuellement existantes. 

Le service de la distribution dans les campagnes, à des distances 
souvent considérables de tout établissement postal, est assuré par 
«les facteurs ruraux et des cavaliers porteurs de sacoches indivi- 
duelles fermées, dont la clef se trouve entre les mains des colons 
qui y prennent leur correspondance d'arrivée et y insèrent leur 
correspondance de départ. 

Au 31 décembre -1905, le service postal était assuré par 106 re- 
cettes, 227 distributions postales et lO établissements de facteurs- 
receveui-s. La distribution à domicile est organisée dans la circons- 
cription de 101 bureaux. En 1888, il n'existait que 29 recettes et 
8 distributions. 

Un décret récent du 17 juillet 1905 a adapté d'une manière plus 
complète encore l'outillage postal aux besoins du public. Il n'exis- 
tait jusqu'à cette date à l'iiitérieurd'unemèmeville aucun procédé 
pratique et peu onéreux à la fois de faire parvenir rapidement les 
correspondances urgentes. 

La «lettre express, qui a fait l'objet du décret du 17 juillet 1905, 
a comblé fort heureusement cette lacune. La lettre exprès, dont le 
prix a été (îxé à 30 centimes, est analogue au « petit bleu » bien 
connu des Parisiens ; elle s'en distingue toutefois en ce qu'elle 
circule en dehors des agglomérations urbaines et qu'elle peut être 
diiigéede toute localité sur un point quelconque de la Régence. 

Pour le tr:msport des correspon<lances, la Direction de l'Office 
Postal, tout en usant des ordinaires moyens de locomotion : voie 
ferrée, tramways, courriers en voitures ou cavaliers, emploie entre 
Sousse et Sfax,surune distance de 130 kilomètre-s, des voitures 
automobiles qui assurent également le service des voyageui-s. Dans 
la région des oasis, elle utilise même les « méhari », montrant ainsi 



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— 140 — 

avec quelle souplesse elle s'accommode des conditions générales 
de Ja vie tunisienne. 

En ce qui concerne les relations avec la métropole, l'ORice Tu- 
nisien concourt avec la France au paiement d'une subvention à la 
Compagnie Générale Transatlantique et à la Compagnie de Navi- 
gation Mixte qui effectuent hebdomadairement et dans chaque sens 
trois traversées réguliêies et une travei-sée facultative. D'autres 



services maritimes hebdomadaires relient Tunis, Sfax et Sousse, 
Tunis et Malte, Tunis et Alger, Tunis et Tripoli, 

Enfin, une Compagnie de navigation italienne assure trois foi.s 
par semaine les communications entre l'Italie et la Régence. 

Toutes ces facilités de communications ont influé^sur le mouve- 
ment des correspondances postales et déterminé d'année en année 
un tel accroissement que de /i-. 300. 000 en 1888,1a circulation a 
passé à 24.200.000 en 1900 pour atteindre 41.100.000 en 1905. 



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Une progression analogue s'est produite dans les services acces- 
soires de l'Office. Le nombre des mandats-poste délivrés en -1888 
n'atteignait pas 135 .000, représentant environ 9.000.000 de francs ; 
en 1905, on en a délivré 700.000, valant 50.180.000 francs. Il en est 
de même en ce qui concerne les chargements et recouvrements. 

Pareillement, le nombre des livrets de Caisse d'Epargne et le 
montant des sommes déposées se sont accrus à tel point qu'en 
1905 ils atteignaient le chifïre de 26.410, représentant un avoir de 
4.343.000 francs. 

La clientèle de la succursale tunisienne comprend : 13.759 Fran- 
çais,2.755 musulmans, 2.127 Israélites et 7.769 étrangers. 

Mais ce qui précise le côté original, proprement tunisien, si l'on 
peut dire, de cette organisation, c'est la modalité spéciale adoptée 
pour le service de banque. Frappé des difficultés que rencontraient 
le commerce et les banques pour faire présenter leurs traites à 
l'acceptation dans des localités éloignéesoùilsnetrouvaientaucun 
intermédiaire qualifié pour cette opération, l'Ofiice Postal a orga- 
nisé en 1903 un service de présentation des traites à l'acceptation . 
Moyennant une taxe d'affranchissement de 25 centimes et une ta.\e 
de présentation de 20 centimes, l'OfTice Postal présente ces titres 
à l'acceptation et les renvoie aux tireurs. De 476 en 1903, le chilire 
des valeursà l'acceptation atteignait 821 en 1905, et il n'est pas dou- 
teux, en raison des avantages ainsi oiïerts au public, que le nombre 
n'aille en s'accroissant dans l'avenir. 

Chaîné également d'assurer dans la Régence le service des colis 
postaux, dévolu en France aux compagnies de chemins de fer, l'Of- 
fice a pu, grâce au mode d'exploitation employé, faire bénéficier de 
ce trafic les régions les plus éloignées des voies ferrées ou des es- 
cales de paquebots, si bien que le nombre des colis transportés a 
quadruplé depuis dix ans et dépasse aujourd'hui 400.000, repré- 
sentant plus de 2.500.000 kilogrammes. 

Le service des télégraphes s'est développé parallèlement à celui 
de la poste. 

Le réseau s'est progressivement étendu aux régions les plus 
éloignées des grands centres urbains; il envoie aujourd'hui ses ra- 
mifications partout, jusqu'aux derniers postes .du Sud, jusqu'aux 



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— 15,1 — 

froDtières de la Tripolitaine clans l'éventualité d'un raccordement 
avec le réseau de ce pays. 

La longueur des lii^nes en 1888 était de 1.967 kilomètres; elle 
passait en 1.900 à 3.213 kilomètres pour atteindre en 1905 3.G20 
kilomètres. 

Le nombre des bureaux ouverts au service télégraphique, qui 
n'était en 1888 que de 26 et en 1900 de 112, est de 145 en 19(G. 



LA SALLF tlES COLIS POSTAlï A l'hOTBL [)KS POSTES DE TUNIS 

A ce perfectionnement de l'outillage a correspondu un accrois- 
somentdans le nombre des télégrammes échangés. C)e nombre était 
de 520.000 en 1888, «le 950.000 en 1900 et de 1.091.000 en 1905. La 
progression est surtout accentuée dans les relations franco-tuni- 
siennes, notamment depuis 1897, date qui marque la réduction des 
tarifs entre la Régence et la métropole. 

Enfm, un poste de télégraphie sans fil, dont l'organisation se 
poursuit activemenlau Cap Blanc,jde concert avec l'Administration 
métropolilaine^complètera heureusement les communicatioDsélec- 



DigitizsdbyGOO'^le 



- 154 - 

triques de la Régence. Ce poste fera partie du réseau dont le Gou- 
vernement Français a projeté la création sur les côtes françaises, 
algériennes et tunisiennes. Placé sur la route la plus fréquentée de 
la Méditerranée, il est appelé, aux deux points de vue stratégique 
et économique, à rendre les plus grands services. 

Le service téléphonique fut inauguré en Tunisie en 1891.11 fonc- 
tioima d'abord entre Tunis, Là Marsa et La Goulette. Successive- 
ment des réseaux urbains furent créés à Sousse et dans les centres 
les plus importants. 

Puis, rOfllce postal chercha et réussit, grâce à des dispositifs in- 
génieux, à utiliser pour les communications téléphoniques échan- 
gées de ville à ville les conducteurs télégraphiques déjà existants. 
C'est ainsi que furent reliés à Tunis : Sousse, Monastir, Msaken, 
Moknine, Kairouan, Bizerte, Sfax et d'autres localités moins impor- 
tantes. 

Bientôt, il fallut envisager la substitution, aux procédés du début, 
devenus insuffisan ts, de circuits téléphoniques spéciaux. Cette subs- 
titution est aujourd'hui réalisée entre Tunis et les villes les plus 
importantes, telles que Bizerte, Sousse, Sfax, Kairouan, Ferryville, 
MaLeur, Grombalia, Nabeul, Flammam-Lif, Maxula-Radès, La Ma- 
nouba, Soliman, etc. 

Dans le Sud, où le nombre des communications ne justifie pas 
l'établissement de circuits téléphoniques spéciaux, un système d'al- 
ternat, adopté récemment, permet d'utiliser successivement les fils 
uniques pour l'échange des télégrammes et des conversations télé- 
phoniques. Ce moded'exploitation donnedes résultats surprenants; 
il est particuhèrement apprécié des indigènes, pour lesquels le té- 
léphone constitue l'appareil idéal, ne nécessitant ni traduction ni 
écriture. 

Le décret du 11 février 1902 a accordé de grandes facilités au 
public pour l'abonnement au téléphone : les frais de premier éta- 
lilissement de la ligne et des appareils ont été fixés à forfait à 150 
francs, payables en quatre annuités; les taxes unitaires de conver- 
sation ont été revisées et réduites; un service de télégrammes té- 
léphonés a été créé; l'appel téléphonique à domicile a été autorisé 
et réglementé. 



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NOUVBXKNT DB L EXPLOITATION TELSPHONIQDS 

DB 1891 A 1905 



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Enfin, le décret du 21 mai 1904 a organisé un service de com- 
munications à heure fixe, et à tarif réduit de SO^'o, qui rend paili- 
culièrement de grands services à ta presFo. 

Ces diverses réformes ont provoqué un accroissement rapide 
dans le nombre des échanges de communications par téléphone. 

Le nombre des abonnés, qui était de 81 en 1891, passait à 315 
en 1900 et à 829 en 1905. 



Enfin, le total des communications échangées quotidiennement 
atteignait 1 .880 en 1905, après avoir été de 930 en 19U0 et de 2fpÛ 
en 1891. 

L'Office Postal possède des liùtels à Tunis, Bizerte, Sousse, Sfax, 
Le Kefet des bureaux dans un grand nombre de localités de moindre 
importance. Tous ces immeubles ont été construits eu égard aux 
conditions spéciales auxquelles ils devaient répondre dans chaque 
cas particulier. 

L'hôtel des Postes de Tunis, dû à l'éminent architecte Saladin. 



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est comparable comme dimension et comme agencement intérieur 
aux plus beaux hôtels similaires. Malgré de& agrandissements suc- 
cessifs, il suffit avec peine aujourd'hui à la multiplicité des opéra- 
tions faites par une population qui va toujours s'accroissant. Un 
bureau succursale est actuellement en construction dans un quar- 
tier animé tie la ville arabe. Cette décentralisation évitera de longs 
trajets au public et des attentes aux guichets. L'Office postai envi- 
sage <iéjii la création d'un second établissement succursale. 



Malgré l'abaissement à iO centimes des tarifs d'affranchissement 
des correspondances, qui fut réalisé dés 1893 dans le service inlé- 
rieur de la Tunisie, et la concession de franchise postale accordée, 
en 1901, aux militaires et marins, les produits do l'exploitation pos- 
tale n'ont cessé de croître depuis 1888, époque à laquelle ils se chif- 
fraient par 228.0X) francs, jusqu'à l'année 19(^,dan3 laquelle ils 
atteignirent la somme de 1.X7.000 francs. 



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La même progression peut être constatée dans le rendement de 
l'exploilation télégraphique, (,]ui était de 293.000 francs en 1888 et 
de 485.000 francs en 1905. 

La réduction de taxe de 50 "/o dont bénéficient depuis 1897 les 
télégrammes échangés entre la France et la Tunisie ne provoqua, 
même dans l'année de la réforme, aucune rétrogradation dans ce 
mouvement ascendant. 

En ce qui concerne les recettes de l'exploitation téléphonique, 
elles accusent, depuis l'application des nouveaux tarifs en 1902, une 
progression qui tend à se mieux marquer avec la création de nou- 
veaux réseaux et l'accroissement du nombre des abonnés. Toute 
nouvelle possibilité de communiquer augmente le nombre des com- 
munications demandées par les postes préexistants. Le produit de 
l'exploitation téléphonique, qui était de 30.000 francs en 1894 et de 
50.000 en 1900, est passé à 131 .000 francs en 1905. 

On ne saurait mieux faire, pour montrer les progrès réalisés par 
l'Office postal, que rapprocher les résultats financier actuels des 
résultats des premières années. Quand l'Office postal futconstitué, 
ces résultats se traduisaient par un déficit de 60.000 francs qui, 
trois ans plus lard, en 1891,fuisaU place à un excédent de recettes. 
Sauf un lléchissement en 1893, dû à la modification du régime 
monétaire tunisien et à une mauvaise récolle, les recettes ont tou- 
Joui's, depuis, surpassé de plus en plus les dépenses, même apiès 
qu'en 1898 une charge nouvelle de 150.000 francs eût été annuel- 
lement imposée au budget de l'Office pour sa part contributive 
dans la subvention payée aux Compagnies concessionnaires des 
services postaux. Le bénéfice net de l'exploitation était de 144.000 
francs en 1900 et de 178.000 francs en 1905. 

Les produits annuels de l'Office postal dépassent aujourd'hui 
2.000.000 de francs. 



Le tableau du fonctionnement des divers oi^anismes politiques 
et administratifs de la Régence serait incomplet si l'on ne pouvait 
se rendre compte de l'ensemble des dispositions prises pour mettre 
le pays à l'abri d'un coup de main. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Au point rie vue militaire, la Tunisie Tul oi-ganisée par le décret 
du 22 avril 1882,cr(îant un corps d'occupation formé de deux divi- 
sions, bientôt du reste ramenées à une seule. Cette division fut elle- 
même réduite, en 1886, à une simple brigade qui subsista jusqu'au 
19 décembre 1894,iiate à laquelle Tut reconstituée la Division d'oc- 
cupation. Diverses modifications sont sut'veiiues depuis cette <late 
dans la composition et la répartition des enecttfs, par suite du ren- 
forcement des unités et de l'établissement d'ouvrages fixes de dé- 



Le Général commandant la Division d'occupation est placé sous 
les ordres du Résident Général, dépositaire des pouvoirs du (îoii- 
vernement de la République, mais il correspond directement avec 
le Ministre de la Guerre et il reste soumis à rinspoclion du clief du 
xixe corps d'armée. Les troupes sont divisées en trois briyadcs ayutit 
leur siège à Tunis et à Sousse, comprenant, comme éléments diii- 
fanterie, le 4^ zouaves, le ^- tirailleurs, une partie des ellectifs du G"-, 



DigitizsdbyGOO'^le 



trois bataillons d'iiifanlerie légère d'Afrique, une compagnie de dis- 
cipline. La cavalerie est représentée par le 4" chasseurs d'Afrique 
et le i*= spahis. Chaque brigade est commandée par un général. A ces 
diverses unités sont adjointes des troupes d'artillerie et du yénie. 

Les postes et garnisons sont disséminés le long des frontières 
terrestres ou maritime. Toute la zone saharienne et tripolitaine est 
placée du reste, au point de vue administratif, entre les mains des 
autorités militaires qui ont la charge des caldats des Ouerghamma, 
des Matmataet du Nefzaoua.Le commandement militaire deGabès 
et de Médenine centralise tous les services de troupes nécessaires 
à ta surveillance des régions du sud. Les ports de Sousse et de Sfax 
sont aussi pourvus d'une assez forte garnison ; on a même étahli 
dans cette dernière ville une défense mobile qui comprend un groupe 
de torpilleurs. C'est cependant dans la région nord que les autorités 
militaires ont concentré lus moyens de défense, barrant la presqu'île 
du Cap-Bon par le camp de Sidi-Mançour, où séjourne en perma- 
nence un bataillon d'infanterie légère relié à la garnison de Tunis 
par le poste d'Hammam-Lif. Quelques batteries protègent aussi le 
golfe de Cartbage. 

La route du nord-ouest est sous la proteclion du camp retranché 
de Uizerte. Cette ville est défendue par une couronne de batteries 
d'artillerie d'un modèle très récent et par des forts détachés, aux 
besoins desquels pourvoit une garnison d'environ 5.000 hommes, 
sous les ordres d'un général commandant la place. Ouverte à la 
grande navigation par le creusement d'un canal mettant en com- 
munication le lac et la mer, Bîzerte devient un port de guerre de 
premier ordre. La Marine militaire y est représentée par un contre- 
amiral ayant sous sesordres une flottille <ravisos,contre-toipilleurs, 
torpilleurs et sous-marins. La Tunisie est donc à l'abri de toute 
surprise. 

Les divers corps concourant à la formation de la Division d'occu- 
pation se recrutent : \° avec des militaires venus de France, 2" parmi 
les Français établis en Tunisie, 3o avec des indigènes tunisiens dé- 
signés par le sort et astreints à deux ans de service. Cette dernière 
partie du contingent est affectée au ¥ régiment de tirailleurs, au 4« 



DigitizsdbyGOO'^le 



régiment de spahis, à la garde beyiicale, plus connue sous le nom 
d'armée tunisienne, et enfin à la Division navale. 

Une mission militaire française, aux ordres d'un commandant 
d'artillerie, assure la direction et l'administration des troupes bey- 
licales, qui comprennent un bataillon d'inTanterie, trois sections 
d'artilleiie, une peloton de cavalerie et une musique. Le tout forme 
une troupe de 600 hommes organisés sur le modèle de l'armée 
française et commandés par trente-deux officiers tunisiens. En cas 
guerre la garde beyiicale prendrait place auprès des régiments du 
de corps d'occupation, formant un appoint qui ne serait pas à dé- 
daigner, car le soldat indigène est discipliné et très endurant à la 
fatigue. 

En tenant compte de l'armée tunisienne, l'ensemble des forces 
actuellement présentes sur le territoire de la Régence s'élève à en- 
viron 15.000 hommes, qui sufliscnt à tous les besoins de la défense. 



DigitizsdbyGOO'^le 



CHAPITRE X 
L*état économique 

L'exploitatioD deB forêts lioinanialea. — Progrès de la coloniiation agricole. 

— Augmentation da nombre des centres rnranz. — Les cnltnres de céréales. 

— La Tignobla et la mévente des rina. — Les plantations d'oliviers et lea 
CDltores Imitidres. — L'élevage dn bétail. — Les pêcheries maritimes. — Les 
richessea dn sons-aol. — Décadence des industries indigènes. — Etat actuel 
des indnstriea enropéennes. — Importance dn mouvement commercial. 

Quoique suffisamment pourvue de ressources naturelles, la Tu- 
nisie était cependant, avant rocciipation française, considérée 
comme un pays pauvre et hors d'élut de nourrir une population 
nombreuse. On oubliait volontiers qu'au temps de l'ancienne 
Rome cinq ou six millions d'habilanls avalent vécu sur cette terre, 
les uns adonnés à l'agriculture, les autres utilisant les richesses de 
la mer ou exploitant les minéraux cachés dans le sous-sol. 

Les mauvais jours vinrent, il est vrai, quand disparut cette sa- 
vante organisation administrative qui fit longtemps régner la paix 
dans le monde méditerranéen. Alors, les mines et les carrières fu- 
rent abandonnées, les trésors enfouis sous les eaux de la mer furent 
négligés, la terre elle-même redevint inculte en de nombreuses ré- 
gions et le vide se fit dans les campngnes désolées. La sauvagerie 
des Turcs et l'hicurie des ministres beyiicaux perpétuèrent cet 
état de choses jusqu'en 1881, mais sous cette apparente pauvreté 
les Français surent retrouver la richesse latente. Vaillamment, ils 
se mirent à l'ouvrage, et leurs efforts bien conduits rendent peu à 
peu aux cantons qui semblaient les plus déshérités leur antique 
prospérité. 

Une des premières préoccupations de l'Administration du Pro- 
tectorat fut de préserver les taillis et les forêts qui avaient échappé 
aux incendies allumés pendant les guerres ou causés par la crimi- 
nelle négligence des pasteurs arabes. Avec 500.000 hectares de 
boisements, dont moins de 100.000 en arbres de haute futaie, la Tu- 
nisie est particulièrement exposée au ravinement des collines et à 
l'irrégularité du débit des sources. L'aménagement des forêts avait 



DigitizsdbyGOO'^le 



— 164 — 

donc, en un pays aussi dénudé, une impoKance toute particulière 
poui' la colonisation agricole, sans préjudice des béiiélices tjue pou- 
vait en retirer le Gouvernement. 

Les Lioisemenls les plus étendus, les seuls, à vrai dire, qui ont 
actuellement une véritable valeur économique,sont les massifsde 
Khroumirie, d'une contenance d'environ 100.000 hectares : forêts 
de Feïdja et d'Aîn-Draham, forêts des Netza et des Mogod, puis 
quelques bouquets isolés au nord de Béja. 

On nesaurait cependant passer sous silence les bois de Zagliouan 
et (le Hammamet, ceux de la haute vallée de l'oued Miliane, les 
forêts de l.a Kessera, des Zlass, de Sidi-Yousselet de l'oued Metle};, 
la forêt de Nebeur, les massifs de Ilaïdra, les massifs tie Mactar, le 
tout ayant une contenance d'environ 30.000 hectares; la forêt de 
Feriana, d'une superficie de 50.000 liectares, et enliu les 15.000 
hectares de Cheba, entre Mahdia et Sfax.ïl faut aussi signaler dans 
le sud le massif unique d'acacias gommifères de Thala. 

Deux essences principales, le chêne-liège et le chêne zéen, cou- 
vrent les parties supérieures des montagnes du nord, dont les 
pentes inférieures sont peuplées de broussailles et d'oliviers sau- 
vages. Le fond des vallées est occupé par l'aune, le saule, le peu- 
plier blanc, le peuplier noir, le houx, etc. De maigres taillis de 
ihênes verts couvrent aussi les hauteurs moyennes. 

Les boisements du sud sont en moins bon état, mais renferment 
encore de superbes massifs de pins d'Alep et de chênes verts, qui 
se dressent au milieu de buissons d'oliviei-s sauvages et de tliuyas. 

En liège de reproduction, bois d'usuvre des massifs de chênes 
zéenSjécorce à tan, charbons de bois, etc., les forêts tunisiennes 
ont l'apporté, en i904, plus de 1. 100.000 francs, Umrlis que les dé- 
penses du Service, y compris la fixation dos dunes domaniales, 
n'ont pas dépassé 583.200 francs, l^es bénéfices de l'exploitation 
serontencore plus considérables quand l'aménagement des massifs 
sera complètement terminé. 

Dans les régions de steppes, les immenses étendues d'alfa font 
aussi l'objet d'une exploitation rationnelle très rémunératrice. 
L'alfa roussia s'exporte principalement en Angleterre pour la fa- 
brication du papier, et l'alla maboul est surtout utilisé par les in- 



DigitizsdbyGOO'^le 



(iigènes pour les travaux lie sparterie. Des usines viennent d'être 
créées à Tunis et à Soiisse pour l'utilisation sur place de cette pré- 
cieuse plante, dont l'exportation dépasse déjàun million de Trancs. 

Mais l'initiative privée a surtout porté son elTort sur les parties 
cultivables du sol de la Régence. Sans doute, la charrue n'a pas 
encore entamé toutes les régions susceptibles d'êti'e défrichées; 
l'œuvre de régénération est néanmoins commencée. Déjà l'on peut 
mesurer le chemin parcouru et constater l'importance des résul- 
tats acquis. Plaines du Khanguet et du Mornag, vallées de la Med- 
jerda et de l'oued Miliane, collines du Gouhellat et du Cap-Bon, 
Sabet de Sousse et de Sfax, partout ta colonisation s'implante en 
maitresse, modifiant ia physionomie du paysage, empiétant sur la 
steppe, faisant même parfois reculer les sables du désert. L'indi- 
gène, étonné tout d'abonl, presque inquiet de ces progrès inces- 
sants qu'il re<{ardait sans comprendre, s'associe peu à peu à ce 
mouvement de conquête pacifique. A. l'exemple de ses voisins eu- 
ropéens, il perfectionne ses procédés de culture et ses méthodes 
d'élevage. Les foires aux chevaux de Kairouan et les concours agri- 
coles de Tunis, Sfax, Béja.Mateur, témoignent dès maintenant de 
la valeur de nos exemples. 

A l'inverse de ce qui s'est passé en Algérie, les campagnes tuni- 
siennes furent d'abord occupées par des pi-opriétaires français 
possédant de vastes supeilicies et capables de consacrer à la mise 
en valeur de leurs domahies des capitaux tinportants. Cette pre- 
mière forme de la culoiiisaUon eut poiu" effet la constitution dans 
le nord de la Régence de quol(iues îlots presque exclusivement 
alTectés aux plantations de vignes et à la culture des céréales. Un 
nombre restreint de nos compatriotes, aidés par une main-d'œuvre 
italienne ou indigène, vivait sur ces «henchirsft.On ne comptait, 
en 1885, que 136 propriétés françaises s'étendant sur 212.8H hec- 
tares. Encore est-il bon d'ajouter que le domaine de l'Enlida, appar- 
tenant à lu Société Marseillaise, ligure à lui seul pour cent mille 
hectares sur ce total. La promulgation de lu loi sur l'immatricu- 
lation foncière eut pour elTet d'accroître rapidement ce nombre 
dans les cinq années suivantes, et, en 1890, on trouve 505 propriétés 
françaises formant une étendue de JiSD.OOO hectares. Le progrès 



DigitizsdbyGOO'^le 



n'est guère sensible jusqu'en 1893, puis la mise en valeur des 
terres sialines marque une nouvelle étape; en ISO?, on compte 
un millier de propriétés Irançaises. Enfin, l'aliénation des autres 
teiTes domaniales, les concessions de liabous, les facilités de tous 
genres accordées par l'Administration afin de favoriser le peuple- 
ment des leires arables transforment peu à peu le mode primitif 
de coloiiis;it'on,provo(|uent la naissance de groiipemeids où domi- 



LB GOUnBLLAT : HABITATION D UN COLON FRANÇAIS 

nerit les moyens et les petits propriétaires, si bien qu'aujourd'hui 
on note l'existence de plus de 1 .600 domaines, d'une superficie to- 
tale de 637.000 hectares. 

Pendant que se produisait cette évolution de notre système de 
colonisation agricole, les étrangers ne restaient pas inactifs, et 
80.000 hectares passaient aux mains des Italiens et Européens de 
nationalités diverses. 

Sous l'influence de ces multiples causes, les villages commencent 



DigitizsdbyGOO'^le 



à surgir dans les pays à céréales ou dans les régions de culture 
arbustive. Tantôt ces petits centres agricoles sont presque entiè- 
rement composés de Français : tel est le cas au Goubetlat, à La 
Mornaghia,"'à Bir-M'cherga,âOusseltia,à Maknassy,à La Merdja 
de Souk-el-Khemis, à Bir-Meroua, à Dar-Djendi et à Triaga, an- 
ciens domaines de l'Etat mis à la disposition de nos compatriotes 
par la Direction de l'Agriculture. Tantôt, au contraire, les groupe- 
ments sont surtout formés par des paysans italiens installés sur 
des parcelles provenant du lotissement de vastes propriétés parti- 
culières. Ainsi furent constitués les centres de M'rira, Chaouat, 
Saîda, Oued-el-Lill, Zaïana, Birine, Sedjoumi, Bordj-el-Amri, 
Farcine, Reyville, Bou-Ficha, Semech et Nianou, etc. Mais dans 
l'un comme dans l'autre cas, c'est le démembrement des grands 
domaines qui a rendu possible l'installation sur le sol tunisien 
d'agriculteurs disposant seulement de modesies ressources. 

Le long des voies ferrées, auprès des anciennes villes indigènes, 
se sont aussi réunisdes colons européens vivant surtout du travail 
de la terre, soit comme possesseurs du sol, soit comme métayers, 
fermiers ou même comme simples manœuvres. Ainsi s'explique le 
subit développement de Ghardimaou, Souk-el-Arba,Souk-el-Klié- 
mis, Béja, Tebourba et tant d'autres points dont la fortune est toute 
récente. Le même phénomène se manifeste aux abords des sta- 
tions de la ligne de Tunis au Kef,à peine ouverte à la circulation, 
et l'on n'a pas encore achevé la voie de Sousse à Aîn-Moularès 
que déjà des villages de colonisation, comme Sidi-Naceur-AUah, 
sont en création dans les endroits les plus favorables. 

C'est le début d'une ère de prospérité pour la Régence, car la 
multiplicité des centres agricoles et l'incessante augmentation du 
nombre des villages auront pour etlet immédiat de hâter le peu* 
plement français, d'accroître les sources de production, par suite, 
dedonner au commerce local et au mouvement des échanges ex- 
térieurs des éléments de prospérité qui parfois encore lui font 
défaut. 

Le caractère général de cette évolution apparaît nettement 

0)11 y a aussi à La Mornaghia qd petit groupement de colons italieDS. 



DigitizsdbyGOO'^le 



quand on étudie la marche des emblavements et des plantations 
sur toute l'étendue de la Régence. On est amené, en elTet, à cons- 
tater que non seulement les progrès de la colonisation ont eu 
pour conséquence de livrer à la culture des emplacements autre- 
fois abandonnés, mais encore que les indigènes tendent aussi à 
diminuer dans une forte proportion les espaces jusqu'ici laissés 
on friche autour des douars. La mison en est que la présence des 
Européens les incite au travail et qu'ils ont en même temps des 
facilités plus grandes pour la vente de leurs récoltes ou de leurs 
bestiaux. 

A l'appui de celte assertion, il suffit de citer les chiffres donnés 
par les rapports officiels, a Des pluies abondantes, dit un de ces 
documents, étant tombées à la lin de l'hiverlSQO-lOOO, avaient en- 
couragé les indigènes à faire d'importantes semailles de céréales. 
Les surfaces emblavées ont été, en eiïel, de 429.288 hectares pour 
lo blé et de 3'f0.137 hectirespour l'or^'C, soit, comparativement à 
l'année précédente, une augmentation de 0l.5iK hectares pour le 
blé et de 20.762 hecUires pour l'orge, n Cinq ans plus lard, sans 
changement appréciable ilans tes conditions atmosphériques, les 
sni'faces emblavées sont de 493.015 hectares pour le blé et 482.058 
hectares pour l'orge. On constate aussi que les ensemencements 
en avoine ont été chaque année en augmentant considérablement, 
passant de 8.012 hectares, en 1900, à 20.735, en 1903, et 48.181 en 
1904. Enlin, il semble que les indigènes, encouragés par les résul- 
tats obtenus, se préoccupent d'imiter les colons européens et de 
pratiquer également cette culture si rémunératrice. 

Si l'on songe que la superficie des terres susceptibles d'être mises 
en valeur par l'agriculture et l'élevage est d'environ huit millions 
d'hectares,"' on se rendra compte, par les chilîres précédents, des 
progrès déjà réalisés. Plus d'un million d'hectares emblavés dans 
un pays où partout le système des jachères est en usage, cela repré- 
sente, en elïet, au moins deux millions d'hectares alternativement 
atïectés au pâturage et à la culture. 

a Le vignoble comportait, d'autre part, au début de l'année 1900, 

mNotkcp.l. 



DigitizsdbyGOO'^IC 



une supterficie de 16.000 hectares en chilTresromls; les plantations 
d'oliviers, 220.000; de palmiers, 19.000; etc. » Les espaces vides 
diminuent ainsi peu à peu d'étenilue devant la patiente énergie du 
colon ; mais que de mornes solitudes encore à conquérir par la 
charrue! que de plaines dépoin'vues de véf<étation arbustive, de 
collines aux flancs décharnés à recouvrir de richeH plantations ! 

C'est au moyen de la vigne et de l'olivier que cette œuvre si 
intéressante a été surtout entreprise. La Tunisie est, en efTet, par 
son sol comme par son climat à saisons tranchées, le piiys de pré- 
dilection des cultures arhnstives. De plus, les ravages .du phylloxéra 



LE MUNCHAR ; UNF. 1> 



en France eurent pour conséquence de provoquer un vériljihie 
engouement pour la vigne dans toute l'Arrique française du Nord, 
car l'on espérait y échapper à la poursuite du redoutable insecte 
et combler par la production algéro-tunisienne le déficit des ré- 
coHes de la métropole. 

En quinze ans, on planta en Algérie près de cent mille hectares. 
Sans doule, l'efTort accompli dans la Régence ne sauniit être com- 
piiré à celui de la colonie voisine, où la population agricole était 
plus dense; mais en 1882 le vignoble européen n'occupait guère 
que 1CXJ hectares sur le territoire de la Tunisie ; dix ans après, on 
pouvait noter l'exploitation d'un vignoble de5.475hectares,et enfin, 



DigitizsdbyGOO'^le 



en 1904, on comptait 14.107 hectares en plein rapport, auxquels 
il faut ajouter environ 1.700 hectares appartenant à des proprié- 
taires indigènes, soit au total 16.000 hectares, pouvant donner, dès 
maintenant, environ 300.000 hectolitres de vin. On signalait cette 
même année que, « par suite de l'état pléthorique du marché fran- 
çais et des grèves qui avaient entravé les envois, la vente des vins 
avait été particulièrement dilficile et que les cours moyens n'avaient 
guèredépassé 8 àlO francs l'hectolitre. B Doit-on voir là un (ait ac- 
cidentel ou, au contraire, les conséquences de la reconstitution du 
vignoble métropolitain ? La persistance de cette baisse de prix tend 
à prouver qu'il s'agit bien d'un phénomène économique d'ordre 
général. Les colons tunisiens auront désormais quelque peine à 
écouter leurs produits sur le marché français, à moins que, sui- 
vant les conseils des maîtres expérimentés en la matière, ils ne se 
décident résolument à faire choix pour leurs plantations d'espèces 
pouvant donner des vins de coupage ou des vins liquoreux. Reste, 
il est vrai, le marché extérieur, et particulièrement les pays de 
l'Europe septentrionale ; mais l'adoption de nouvelles mœurs com- 
merciales est nécessaire pour pénétrer dans ces milieux encore 
mat connus de nos compatriotes. Souhaitons que la crise de mé- 
vente soit l'occasion de cette transformation si désirable de nos 
méthodes de propagande commerciale à l'étranger. 

On peut, en résumé, répéter aujourd'hui ce qu'écrivait il y a dix 
ans M. Paul Bourde ; «L'histoire de la viticulture en Tunisie (celle 
de la viticulture algérienne est la même) se partage en trois phases : 
période d'engouement pendant laquelle ont été constitués ces im- 
menses et beaux vignobles dont quelques-uns ont plus de 200 hec- 
tares (le plus grand en a 500) ; période de découragement causé par 
l'abaissement du prix des vins qui a déçu les espérances des plan- 
teurs, mats qui, en Tunisie du moins, n'a amené aucune catastrophe, 
car tous les colons ont tenu bon quand même ; enfin, période qu'on 
pourrait appeler période de progrès et de sagesse. La marge des 
bénéfices s' étant rétrécie, on s'ingénie à la réélargir en améliorant 
la culture et en améliorant la vinification > et aussi, pouvons- 
nous ajouter, en choisissant mieux les cépages, en créant des types 
de vins différents de ceux de ta métropole. « Si l'on n'en est plus 



DigitizsdbyGOO'^le 



D,„i,„db,Goo<^le 



D,„i,„db,Goo<^le 



- i:i - 

aux rêves d'il y a quinze ans, on envisage l'avenir avec confiance. 

ï Conduite avec la prudence que réclame toute entreprise agri- 
cole, Taite avec le souci de ne rien négliger des perfectionnements 
révélés par l'expérience, la viticulture, remise à son rang après ces 
hauts et ces bas > continueraà nous apparaître comme une des in- 
dustries les plus propres c à attirer et à fixer dans notre possession 
les colons français » '" 

L'olivier est pour le centre tunisien ce que la vigne est pour le 
nord. S'il est téméraire d'affirmer avec la légende que l'introduction 
de cette plante précieuse chez les Liby-Phéniclens soit due à An- 
nibal, il est hors de doute en tout cas que les Carthaginois retiraient 
déjà d'énormes revenus des olivettes qui couvraient le pays. Plus 
lard, quand les Romains établirent leur domination sur l'Afrique, 
la culture de l'arbre consacré à Minerve gagna toute la Byzacène. 
Une immense forêt d'oUviers s'étendait du Sahel de Sousse et de 
Sfax jusqu'aux montagnes de Tébessa et du Kef Partout sur le vaste 
territoire compris entre ces divers points se dressent les ruines 
d'innombrables huileries. Çà et là quelques îlots d'arbres cente- 
naires subsistent même encore, muets témoins des invasions pas- 
sées. Ce sont les pasteurs arabes'^* qui ouvrirent ces énormes brè- 
ches à travers les rangs serrés des vieux plants si respectés des 
anciennes populations ; c'est devant les troupeaux que peu à peu la 
culture arbustive disparut pour faire place aux herbes de la steppe. 
Sur quelques points seulement les populations vivant de l'olivier 
réussirent à se maintenir,particulièrement le long du httoral. ^fais 
telle était l'importance de cette forêt si vantée que ses débris suffi- 
sent encore aujourd'hui à classer la Tunisie comme le premier pays 
oléicole du monde. 

Près de dix millions d'arbres* ont été recensés pour l'établis- 

(1) Voir dans La France «irHn(ïte,publiéesous la direction de Louis Olivier: 
■ La Viticulture eo Tunisie *, par Paul Bourde, p. 160. 

t!) Et aussi ta sauvage méthode défensive des Berbères de la Kabéna, reine des 
tribus de l'Aurèa, 
(3) Biact«ment 9.526.567, se décomposant ainsi : 

Sauvageons 711 .586 

Gi-effés, âgés de moins de 20 ans 1 .5S2.326 
Greffés, âgés de plus de 20 ans . . 7.232.655 

TOTAt 9.526.567 



DigitizsdbyGOO'^le 



sèment de l'impôt ccanoun» "à percevoir pendant l'année 1902. 
La production et la culture varient selon les régions. Rien n'est plus 
différent d'aspect qu'une olivette du nord de la Régence et un des 
grands vergers du Sahel de Sfax. D'une pari, des plantations serrées 
comptant jusqu'àlSO et même 150 arbres à l'hectare ; de l'autre de 
larges espaces intercalaires ménagés le long des rangées d'arbres 
dans le but de favoriserle développement des racines et la croissance 
(les branches, mais ne permettant guère de planter que 18 à 20 
unités à l'hectare. "' Les olivettes du Sahel de Sousse, qui comptent 
jusqu'à 60 pieds à l'hectare, forment comme une sorte de transition 
entre les deux systèmes précédents. 

Pour s'expliquer une telle diversité dans les méthodes de culture, 
il suffit de sonper que le régime des pluies est essentiellement va- 
riable selon les régions, et que le degré d'humidité du sol est beau- 
coup moindre dans les environs de Sfax qu'autour de Tunis. 

On a constaté aussi que les plantations du noi-d sont en général 
assez mal entretenues. Longtemps on attribua ce fait à la nature 
de l'impôt perçu, consistant en une dîme sur le produit de la ré- 
colte au lieu d'une taxe par pied d'arbre, comme dans le sud. On 
distinguait ainsi les pays d'achour et les pays de kanouti. Dans ces 
derniers seulement, disait-on, l'agriculleur était encouragéâsoigner 
ses arbres. En réalité, les causes fiscales ne suffisent pas à expli- 
quer l'état d'infériorité des olivettes de la Tunisie septentrionale' 
Les raisons de ce phénomène résident dans le grand nombre de 
biens habous soustraits à la vigilance de leurs propriétaires, dans 
rinsuffisance de la Ghaba''' à remplacer l'initiative privée, dans un 
mode défectueux de plantation serrant les arbres à tel point qu'ils 
ne peuvent être suffisamment aérés et rendent plus difficile le la- 
bour; la taille elle-même est mal comprise, et la cueillette des olives 
se fait par gaulage au lieu d'être effectuée à la main. 

De là, des rendements insuffisants que l'administration s'est ef- 
forcée d'améliorer par une réforme de la Ghaba, l'emploi de nou- 
veaux procédés de taille, une surveillance plus efficace des cultures 

(1) OrdiDairemeot dix-sept. 

(2) AdmiDistration des forêts d'oliviers. 



DigitizsdbyGOO'^le 



et de la cueillette, puis en dernier lieu la suppression de l'achour 
et son remplacement par le kanoun. 

Duiis les olivettes duSahel de Soussc,qui compte environ quatre 
millions d'arbres, l>ien des perfectionnements ont éLé aussi réali- 
sés. L'indigène est bon cullivateur ; il soigne ses arbres avec amour, 
et partout où la terre, trop forte, menace de se fendiller sous l'ac- 
tion de la sécheresse, il s'ingénie par un système de levées en terre 
furmant déversoirs, à ne rien perdre des eaux du ciel. 



d'ouviebs a sfax 



Mais c'est autour de Sfiix que la culture est incontestablement 
la plus perfectionnée. Des hauteurs de Bokkal-cI-Beïda, aussi loin 
que s'étend la vue, on aperçoit des files d'arbres admirablement 
alignées, séparées les unes des autres par un terrain soigneusement 
labouré et débarrassé de toutes plantes parasites. On estime que, 
depuis douze ans, prés d'un million d'oliviers sont venus s'ajouter 
à la forêt ancienne par les soins de la colonisation européenne. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Les Français, notamment, ont fait de grandes acquisitions de terres 
sialines et, soit en employant des métayers indigènes, connus sous 
le nom de m'r/iarçi,soiten confiant àun gérant ta direction de leurs 
domaines. Ils ont développé l'oléiculture au point que la zone conn- 
plantée s'étend aujourd'hui à plus de 50 kilomètres de la ville. 

M. Bourde a dit justement que «sans aucun ensei(,'nement du 
dehors, par le seul effet de ses observations, l'intelligente et labo- 
rieuse population de Sfax est arrivée à porter la culture de l'olivier 
à un degré de perfection tel que la science agricole européenne n'a 
rien à corriger ni rien à ajouter à ses procédés d. 

En effet, 12 ou 20 arbres à l'hectare donnent au Sfaxien un leven u 
plus grand que SOdans le Sahel ou 100 à 120dan3 le nord. S'il ii'entre 
pas dans le cadre de cette étude de passer en revue tous les soins 
dont un olivier peut être l'objet dans la région de Sfax, il est bon 
de dire que l'ingéniosité des habitants n'a rien négligé pour placer 
l'arbre dans les meilleures conditions d'air, de lumière, d'humidité 
et de chaleur, et obtenir ainsi le maximum de rendement. 

Plus au sud, la forêt d'oliviera n'est plus continue, mais on re- 
marque encore d'importants massifs de plants à Djerba, dans le 
gouvernement de l'Arad, dans les oasis du Djerid et même en quel- 
ques points du centre, autour de Kairouan par exemple. 11 n'est pas 
.jusqu'au Kef et à Mactar où cet arbre si utile n'apparaisse comme 
une appréciable ressource pour les habitants. 

Les deux à trois cent mille hectolitres d'Iiuile annuellement pro- 
duits par la Tunisie doivent donc être considérés comme un mini- 
mum suceptible d'être considérablement augmenté dans un avenir 
prochain. 

Là qualité des huiles d'olive tunisienne s'est améliorée également 
beaucoup par l'emploi des procédés perfectionnés en usage dans 
les grandes usines du littoral. A Sfax, comme à Sousseet à Mahdia, 
on est parvenu à se débarrasser des mai^arines en excès qui ôtaient 
aux huiles leur limpidité et les rendaient parfois impropres à l'in- 
dustrie des conserves. 

La Tunisie peut désormais fournir au commerce d'exportjitioii 
un liquide capable de rivahser en bonté avec les meilleures huiles 
de Nice. 



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Dans l'extrême Sud, l'arbre par excellence est le dattier. Recou- 
vrant de ses hautes palmes flexibles un triple otage de végétation, 
qu'il protège des brûlantes ardeurs du soleil, il fournit en même 
temps aux habitants des oasis les matériaux nécessaires à consoli- 
der leurs habitations, les fibres dont ils se servent pour leurs tra- 
vaux de sparterie, les fruits qui aident à la nourriture de leurs 
fannilles. Les plus belles espèces de dattes, notamment la variété 
€ deglat-en-nour »,sont réservées pour l'exportation. Elles pro- 
viennent surtout du Djerid. Sur quinze cent mille palmiers que l'on 
a recensés en Tunisie, il y en a moins de trente mille donnant les 
fruits transparents si recherchés enEurope, mais le nombre de ces 
derniers s'accroît assez rapidement, en raison même de l'extension 
prise par le commerce des dattes depuis l'ouverture du chemin de 
fer de Sfax-Gafsa et l'annonce de son prolongement jusqu'à Tozeur. 

La plupart des arbres fruitiers du midi et du centre de l'Europe 
prospèrent aussi dans la Régence. Le figuier y donne des fruits 
particuUèrement réputés; il en est de même de l'amandier. Dans 
tout le bassin méditerranéen,tes pistachiers de Sfax sont célèbres. 
A Hammamet et à Nabeul, il y a profusion de citronniers et d'o- 
rangers. 

La culture des fleurs à parfum est aussi en voie d'extension, et 
l'on peut signaler la création en Tunisie de fabriques dirigées par 
des Européens qui obtiennent, par distillation des plantes, diverses 
essences de qualité très supérieure aux eaux de rose et de fleurs 
d'oranger apportées sur le marché par les indigènes. 

Enfin, un Syndicat d'initiative des Primeuristes, institué sur le 
modèle de celui qui fonctionne avec tant de succès à Oran, est en 
train de révolutionner les cultures maraîchères et fruitières. L'é- 
mulation des producteurs, surexcitée par la certitude aujourd'hui 
acquise de pouvoir écouler leur récolte à l'étranger, en Suisse 
particulièremenl, ainsi que dans toute l'Europe centrale et septen- 
trionale, a pour effet de les pousser à la recherche des espèces 
nouvelles, tout en améliorant par une technique plus savante la 
qualité des fruits et légumes qu'ils savent déjà convenir au sol et 
au climat. 

Diverses cultures sarclées, comme celles des fèves, des pommes 



DigitizsdbyGOO'^le 



de terre, du lin, elc, plus rarement celle du tabac, sollicitent é-ia- 
lement dans certains cas l'activité du colon.'" 

Avec les céréales, la vigne et l'olivier, l'élevaye constitue une 
source de proFitâ importants pour la population tunisienne. Les 
fourrages naturels sont, en efTet, abondants dans presque tous les 
pays du nord, t où le sol se recouvre, en hiver, d'une végétation 
spontanée qui permet d'engraisser un nombreux bétail et peut, 
consenée par l'ensilage, fournir en été une nourriture fraîche aux 
animau.v. »'-' Dans la région du Haut-Tell et dans les steppes .Ui 
centre on entretient aussi des troupeaux considérables de moutons 
et de chèvres. Malheureusement, les procédés d'élevage sont encore 
très défectueux : manque d'abris, absence de soins vétérinaires, 
mauvaise méthode de croisement et de sélection, nul approvision- 
nement de fourrage en prévision de la saison sèche. II en résullf 
une elfrayanle mortalité lorsque la chaleur ou le froid soni exces- 
sifs, et de brusques diminutions des elfeclifs d'animaux sur toute 
l'étendue de la Régence. « 

On a vu, eu moins de six aimées (1805-1001), le nombre des mou* 
tons tomber de 1.200.000 à GOO.OOO environ, puis remonter bienlôl 
vers le chilTre primitif, pour atteindre 1 . HW.OOO en 1904. Pareille 
fluctuation a été observée pour les chèvres et pour le gros bétail. 
On évalue à près de GOO.OOO le nombre de chèvres, à environ 1 50.000 
celui de chameaux, mais il y a moins de 200.000 bovins, et on ne 
compte guère que 3Ô.000 chevaux, Ifl.OOO mulets et 200. 000 ânes. 
Les porcs ne dépassent pas 10.000. 

I^ troupeau tunisien n'est donc pas considérable. Aussi le Gou- 
vernement s'esl-il préoccupé de prendre une série de mesures 
tendant à favoriser les éleveurs. Il les encourage par des primes et 
des récompenses diverses à améliorer les l'uces existantes et à in- 
troduire des types nouveaux. C'est ainsi qu'aux moutons à grosse 
queue s'est substitué en certaines régions le mouton à queue ("me 
dont la viande est plus recherchée et la laine plus délicate. Pareil- 
lement, la sélection et le croisement ont donné de bons résultats 
dans l'élevage du cheval barbe. 

(I) .\utiee,[i. l'3. 
G) Notice, p. tu. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Les indigènes ont été, de la sorte, encouragés à augmenter le 
nombre des animaux. De leur côté, les colons, a dont l'installation u 
tout d'aboi'd constitué, en général, un obstacle pour le développe- 
ment des troupeaux appartenant aux indiffènes, paraissent vouloif 
se mettre à pratiquer l'élevage. » Ils ont même créé récemment 
une « Association des Eleveurs du Nonl de la Tunisie »; cette so- 



PO.NKï UIÎS NEl'ZJ 



ciété s'occupe surtout de la défense des intérêts des éleveurs de 
porcs, mais n'en est pas moins l'indice d'une transformation pro- 
chaine des méthodes, « susceptibles d'atténuer heureusement les 
variations considérables constatées, selon que les conditions natu- 
relles sont favorables ou non, dans TelTectif des troupeaux. ï"' 

La faune marine constitue aussi pourles habitants une ressource 
qui n'est pas à dédaigner, car les eaux du littoral tunisien sont ex- 

II) Bapport au Président de la République, 11)04, p. %. 



DigitizsdbyGOO'^le 



trcmeraent riches en espèces animales. Depuis les temps les plus 
anciens, la pèclie y est une industrie llorissante. Il suflit, pour s'en 
convaincre, d'admirer les mosaïques du Bardo où sont retracées 
de si curieures scènes de la vie maritime à l'époque romaine. 

Aux populations indigènes des côtes sont venus se mêler peu à 
peu des pêcheurs grecs, siciliens ou maltais qui font la cliasse aux 
espèces migratrices ou s'occupent de la cueillette des éponges. Les 
pêches maritimes continuent à êti'e une des richesses de la Tunisie. 
Outre les espèces communes avec l'Algérie, les eaux tunisiennes 
contiennent d'autres ressources qui font l'objet d'importantes ex- 
ploitations. 

Les thons y afiluent, et plusieurs madragues ont été installées sur 
divers points du littoral pour les capturer. Ces établissements, qui 
n'ont pas de similaires en France, constituent de véritables usines 
munies de tous les perfectionnements modernes pour la mise sous 
huile du poisson. Certains arrivent à préparer en vingt-quatre 
heures jusqu'à 800 thons d'un poiils moyen de 80 kilogrammes 
chacun. 

La madrague de Sidi-Daoud, calée dans le golfe de Tunis, à 57 
kilomètres de La Goulette, est l'établissement de ce genre le plus 
important qui existe sur le littoral île la Régence. 

Il y a été capturé, en 1904, iO.800 tlions, pesant 803.610 kilo- 
grammes, valant à l'état frais 200.000 francs. La plus grande partie 
du produit «le la pèche est consei-vée à l'huile. 

Tant en mer qu'à terre, le personnel employé pendant la saison 
de pêche, qui dure d'avril en juillet, est de 260 hommes. 

Les thonaires de la Régence ont capturé, pendant la campagne 
de pêche 1904,29.000 thons, pesant 2.'404.5lX) kilogrammes. 

Les fonds desilesde LaGalitesont riches en langoustes. La pro- 
duction a été de 8L500 kilogrammes en lOOi. 

Autrefois très active, la pèche du corail a été abandonnée par 
suite de l'abaissement du prix dû à la fabrication du faux corail. 

Sur les bancs des îles Kerkenna,les poulpes sont abondants. Les 
pêcheurs indigènes en consomment une partie sur place. L'autre 
partie est séchée et expédiée en Grèce, où ce mollusque constitue, 
à l'époque du carême de la religion orthodoxe, la nourriture presque 



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— 179 — 

exclusive de la population peu fortunée. En 190i, l'exporlation des 
poulpes secs s'est élevée à 342.000 kilogrammes, d'une valeur de 
327.000 francs. 

Le golfe de Gabès recèle de vastes gisements d'épongés que l'on 
pèche au trident, au scaphandre ou à la gangava. En 1904, la pèche 
des éponges a produit 106.500 kilogrammes, d'une valeur mar- 
chande de 2.200.000 francs. 

Enfin, les grands lacs salés du littoral tunisien ont été amodiés à 
des industriels qui les exploitent d'une façon plus rationnelle et ont 
ainsi réussi à en augmenter la production dans des proportions 
considérables. Le lac de Tunis, par exemple, qui du temps de la 
pèche libre fournissait à peine 200.000 kilogrammes de poissons, 
en a jeté, en 1904, 609.000 kilogrammes sur les marchés de Tunis 
et de France. 

L'industrie extractive contribue pour une large part au dévelop- 
pement industriel de la Régence. 

Les mines de plomb et de zinc, dont les plus importantes sont : 
IedjebelReças,leKhanguet-Kef-Tout,Sidi-Ahmet,Fedj-el-Adoum, 
Sidi-Youssef, Fedj-Asséne, djebel Ben-Amar, djebel Touila, etc., 
occupent à elles seules un personnel total de 3.500 ouvriers, dont 
le salaire annuel dépasse 2 millions de francs ; elles produisent an- 
nuellement 58.000 toimes de minerais divers, dont la valeur, aux 
points d'embarquement, est supérieure à 7 millions. 

Récemment encore concentrée à Gafsa, l'exploitation des phos- 
phates donne lieu, de son cùté, à une exportation annuelle de plus 
de 500.000 tonnes, représentant une valeur de 9 millions à la sor- 
tie de lu Régence. Ce chiffre d'exportation est appelé à s'accroître 
rapidement, par suite de la mise en exploitation des importants 
gisements de phosphates de Kalaat-Senane, Kalaat-Djerda, du Re- 
deyef et d'Ain- Mou I ares qui vont ajouter leur important contingent 
au tonnage des gisements du Metlaoui.Plus de 2,000 ouvriers sont 
occupés à riieure actuelle par celte industrie, pour un salaire an- 
nuel de près de 2 millions. 

L'extraction de la pierre à bâtir, des matériaux de ballast et d'em- 
pierrement et des autres produits de carrière fournit annuellement 
900.000 tonnes de matériaux, dont la valeur aux lieux d'emploi est 



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- leo- 
de 6 à 7 millions. Environ i .500 ouvriers sonl occupés par cette in- 
dustrie. 

Enfin, d'importants gisements de fer et de manganèse, décou- 
verts dans ces dernières années, vont être mis sous peu en exploi- 
tation. On peut, dès à présent, évaluer à 500.000 tonnes au mini- 
mum l'appoint que fourniront les seuls gisements du Zrissa et du 
Siata au chiffre d'exportation annuel des minerais de provenance 
tunisienne. 

Les sources minérales et thermales sont très nombreuses. Les 
plus renommées sont celles d'Hammam-Lif et de Korbeus, où l'on 
soigne les maladies de la peau, les affections syphilitiques, les dou- 
leurs rhumatismales. Spécialement aménagée par les soins d'une 
Société concessionnaire, la source de Korbeus, déjà si fréquentée 
par les indigènes, est appelée à devenir un centre curatir de pre- 
mier ordre pour les Européens. 

Quelques salines concédées à des particuliers sont également en 
exploitation. Les trois principales sont celles de Ras-Dimas, qui ex- 
porte environ 7.000 tonnes ; de Zouïla, avec2.(XX) tonnes, et deSidi- 
Salem, avec 4.000 tonnes. 

Dans l'évolution économique de la Tunisie, le fait le plus impor- 
tant de ces dernières années est le subit développement des exploi- 
tations minières. Une véritable fièvre s'est emparée des habitants 
après les découvertes successives de gisements de phosphates, de 
zinc et de plomb ayant enrichi les inventeurs et donné de magni- 
fiques bénéfices aux sociétés concessionnaires. Des milliers de de- 
mandes de permis de recherches affluèrent à la Direction des Tra- 
vaux publics. Mais cette Administration, soucieuse du bon renom 
de la Régence et désirant aussi éviter à de nombreux solliciteurs 
les désillusions si fréquentes en matière de prospection, ne délivra 
ses permis qu'à bon escient. Hle fut amenée cependant à en distri- 
buer plus de 500 en 1901 et, l'an dernier, elle donna encore plus de 
100 autorisations. 

Les conséquences immédiates des progrès accomplis par l'in- 
dustrie minière ont été la formation de nouvelles compagnies et 
l'importation en Tunisie de capitaux considérables appartenant à 
des Français ou à des Italiens. La construction des voies ferrées 



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- 181 - 

dans la direction des Nefza, du Kef, de SbeïUa n'a été possible que 
par l'octroi des concessions de mines ou la mise en adjudication 
des gisements de phosphates. En sorte que la colonisation agricole 
elle-même a été singulièrement facilitée par la mise en valeur du 
sous-sol. L'Etat Tunisien a ressenti les bons efTets de cette activité 
en recueillant immédiatement des plus-values d'impôts auxquelles 
s'ajouteront plus tard les redevances fixées par les contrats passés 
avec les Compagnies minières.'*' 

En dehors de l'oi^anisation du travail dans les mines, on ne peut 
guère signaler en Tunisie de grandes industries. L'absence de 
houille et la pénurie des eaux courantes se sont opposées jusqu'à 
ce jour à la naissance de véritables cités industrielles hérissées de 
hautes cheminées d'usine et abritant une nombreuse population 
ouvrière. Les indigènes n'en sont guère qu'au stade de l'industrie 
familiale et sont tous des gens de petits métiers, artisans groupés 
en corporations moyen nageuses, avec un € aminé » à leur tête, et 
soumises à d'étroites et minutieuses réglementations. Fabricants 
de chécliias, moulineurs et tisserands de soie, de coton ou de laine, 
teinturiers, selliers, forcerons, menuisiers, parfumeurs, orfèvres, 
potiers ou tanneurs, emploient des procédés rudimentaires qui ne 
leur permettent plus guère de soutenir la concurrence des ouvriers 
d'Europe. Le tannage, par exemple, est si long et si coûteux, que 
l'indigène tunisien a un avantage évident à exporter les peaux et 
les cuirs à l'état brut. Le Iravail du cuir ne nourrit plus l'ouvrier, 
si bien que la fameuse corporation des selliers voit diminuer de jour 
en jour le nombre de ses représentants. A Kairouan, où se fabri- 
quent ces tapis si universellement réputés pour la solidité de leur 
tissu, leurs teintes inaltérables, la beauté de leurs dessins, on a ima- 
giné en certains endroits de substituer les couleurs [d'aniline aux 
couleurs végétales pour compenser la baisse des prix. Sans doute, 
les frais généraux de fabrication ont été diminués, mais aux dépens 
de la valeur du produit. La réforme est d'autant plus malheureuse 
qu'il s'agit en quelque sorte d'une industrie de luxe, moins exposée 
à la concurrence européenne, et pouvant encore exporter ses pro- 
duits dans le monde entier. 

(U V. Tableau des concessions de mines, page 189. 



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Les céramistes i!e Nal)eiil,qiii livrent au commerce dés poteries 
communes ou des vases curieusement émaillés, ont modifié leur 
fabrication et leurs modèles d'après les indications d'artisans fran- 
çais, mais les fabricantsd'essences ou de savonnerie persistent dans 
l'emploi de méthodes absolument surannées. Presque partout on 
constate ainsi l'impuissance des artisans musulmans à renouveler 
les procédés que leur ont transmis les ancêtres. Certaines indus- 
tries indigènes n'ont plus guère qu'un intérêt de curiosité. Peut-être 
fundrait-il, non pas tenter de les vivifier à nouveau et de maintenir 
arbitrairement certains usages, mais apprendre aux jeunes géné- 
rations la pratique des métiers européens, seul moyen d'amener la 
tiansformation du régime actuel et de donner aux colons la main- 
d'œuvre indispensable à un développement rationnel et continu de 
l'industrie. 

Peu de métiers, en effet, sont encore exercés par les Européens, 
mais presque tous visent exclusivement à satisfaire les besoins lo- 
caux. Fabriques de pâtes, minoteries, brasseries, distilleries, usines 
métallurgiques travaillent uniquement pour les consommateurs tu- 
nisiens. Seules les grandes huileries modernes du Saliel de Sousse 
et de Sfax, de Tunis ou de Tebourba se préoccupent des besoins <le 
la clientèle extérieure. Quelques industriels traitent aussi les gii- 
giinns par le sulfure de carbone; ils ont à leur disposition environ 
r>0.(X)0 tonnes de matière première chaque année. Dans presque 
tontes les huileries on se livre également à la fabrication du savon, 
et déjà la Tunisie fournit des produits renommés. 

Il semble que la vinification devrait également trouver sa place 
dans une énumération des industries tunisiennes, mais, en réalité, 
la fabrication du vin, telle qu'elle est actuellement comprise, est 
plutôt une branche de l'économie rurale. Chaque domaine a sa cave, 
son chais et transforme lui-même plus ou moins scienlifiquement 
les produits du vignoble. Ce qu'on peut signaler ici, c'est l'emploi 
de plus en plus général des moyens perfectionnés pour régler la 
fermentation des moûts, comme pour fouler et égrapper le raisin. 
Certains domaines ont des installations de premier ordre, avec des 
macliines permettant d'écraser jusqu'à 100 et 120.000 kilos de rai- 
sin par jour, des cuves de 100 hectolitres, des appai-eils de réfrigé- 



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D,„i,„db,Goo<^le 



D,„i,„db,Goo<^le 



i-ation par circulation d'eau froùle, des laboratoires munis des ins- 
truments les plus délicats. '" 

Ce sont du reste les produits agricoles ainsi transformés, huiles, 
vins, qui, avec les céréales et le bétail, constituent encore les prin- 
cipaux objets d'échange de la Tunisie avec les pays étrangers. Mais, 
d'année en année, s'allonge la liste des marchandises à l'importa- 
tion comme à l'exportation, et cet accroissement du commerce gé- 
nérai de la Régence doit être considéré comme une conséquence 
des réformes administratives et comme un indice très sùrdes pro- 
grès du mouvement de colonisation. 

Pendant la période 1875-1880, le commerce total, importation et 
exportation réunies, atteignait à peine 2'2.900.(XX) francs comme 
moyenne annuelle. En 1887-1889 on relève déjà le chiffre de 50 mil- 
itons, supérieur au précédent de plus du double. Deux ans après, 
en 1891,1a valeur des échanges n'est pas moindre de 77 millions 
et ce chiffre reste la moyenneannuelle entre 1891 et 1894. La cause 
de ce relèvement du mouvement des échanges est dû à l'applica- 
tion de la loi du 19 juillet 1890 qui facilite les relations entre la 
France et permet aux colons d'écouler sur le marché métropoli- 
tain les principaux produits soumis autrefois à des droits d'entiée 
presque prohibitifs. Les vins, par exemple, taxés à raison de 4 fr. 50 
parheclolitre.jouissent désormais de la franchise, ainsi que les cé- 
réales, les huiles, les animaux de boucherie, etc. Dès lors, un fort 
courant commercial s'établira entre Tunis et Marseille. 

En l&^, le mouvement général des importations et des exporta- 
tions est de 85 millions de francs. Par suite d'une mauvaise récolte, 
on constate expeptioimellement, en 1896, un mouvement de recul 
qui ramène à 80 millions la valeur des échanges, mais la marche 
en avant reprendra aussitôt, et depuis huit ans on a constaté une 
augmentation de plus de 00 o/o, ainsi qu'en témoigne le tableau sui- 
vant: 

Commerce extérieur : Importations et exportations : 

1897 Fr. 90 . 55 1 . 541 

•1898 97.717.989 

(i)Tels sont les domaines de Potinville.Ci-é téville,Ksar-Tyr, Schuiggui,EnniIa- 



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— 184 - 

1899 Fr. i05.2H.701 

1900 104.074.433 

1901 103.810.114 

1902 117.9(M.H8 

1903 155. OH .520 

1904 160.216.224 

PeniJanl celle période, la Tunisie s'est dégagée des liens qui l'u- 
nissaienl trop élroitement à certaines puissances eti'angèresdonl 
elle était presque Iribulaiie au pointde vue économique. En 1896, 
les nouvelles conventions passées avec l'Angleterre, l'Italie et plu- 
sieurs autres nations lui rendirent sa liberté et lui permirent de 
faire encore un pas en avant vers l'union douanière avec la France. 
Les lariTs du 2 mai 18i)8 marquent, en efTet, une nouvelle étiipede 
cette politique, car ils ouvrent plus largement aux produits Ti-ançais 
le marché tunisien et complètent lieureusemerit la loi du 19 juillet 
1890. Enfin, toujours dans le même ordre d'idées, un décret du 
9 juillet 1904 a établi sur les céréales et leurs déiivés de provenance 
étrangère, à leur importation dans la Hégence, un droit de 7 francs 
par 1(X) kilos (tarif minimum français) et accorde la franchise en- 
tière aux produits Kimilaires de France et d'Algérie. Ce décret tuni- 
sien a été suivi, à la date du 19 juillet, d'une loi française qui, pour 
les céréales et leurs dérivés, établit désormais l'union douanière 
pure et simple entre la Tunisie d'une part, la France et l'Algérie de 
l'autre. 

Le système des primes à l'importation, dont bénéficiait la mino- 
leiie marseillaise et qui lui permettait de soutenir la concurrence 
des blés russes et d'écouler sur les marchés de la Régence pour 7 
à 8 millions de farines chaque année, disparaissant par le fait de 
cette loi, il en est résulté un ralentissement dans les importations 
et un llécliissement correspondant aux exportations, par suite de 
l'impulsion imprimée à la minoterie tunisienne, contrainte de li- 
vrer à la consommation locale des quantités toujours plus grandes 
de semoules et de farines de blé tendre. 

Il est encore difficile de préciser les effets de ces changements 
dans le système douanier, mais on peut, en tout cas, constater dès 
aujourd'hui que les éléments dont se compose le commerce exté- 



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rieur de la Tunisie sont assez vai'iés, depuis le développement de 
l'imlustrie minière et des pêcheries maritimes, pour qu'une brusque 
transformation du régime fiscal appliqué aux céréales n'ait pu ar- 
rêter la progression des échanges.Oii note un accroissement de cinq 
millions de fi-ancs en 1904 par rapport à l'année précédente, et, 
chose digne de remarque, cette augmentation est presque entière- 
ment au compte des marchandises d'exportation. Il est donc pro- 
bable que les Compagnies <le navigation françaises, et particulière- 
ment les Sociétés ayant leur siège à Marseille, ont dû retrouver 
presque immédiatement, sous une autre formelle fret fourni au- 
trefois par les produits des minoteries de la métropole et brusque- 
ment diminué par suite des incidences de la toi et du décret de 
juillet 1904. 

En décomposant te chilTre global de 1G0 millions de francs qui 
forme le total des échanges de 1904, on trouve à l'importation 83 
millions 344.437 francs et à l'exportation 76.831.787 francs. Sans 
doute, la balance est en faveur des marchandises reçues du dehors, 
mais la différence entre les deux valeurs, ne dépassant guère 5 mil- 
lions de fi-ancs, indique simplement que l'outillage de colonisation 
n'est pas encore completet que la Tunisie continue à faire d'impor- 
tants achats de matériel pour la mise en valeur de son sol. C'est 
une preuve nouvelle de son activité et de son développement éco- 
nomique continus. 

Si l'on examine seulement le tableau des expoilations, on s'aper- 
çoit que, malgré les grandes oscillations dues à des séries d'années 
de bonne ou de mauvaise récolte, l'accroissement du mouvement 
de sortie des marchandises est de plus de lOOo/o pendant la période 
des treize dernières années. De 37 millions en 1892, on passe, en 
effet, à 76 millions en 1904. 

Le phénomène caractéristique est l'incessante augmentation de 
la part proportionnelle des «produits autres que les produits agri* 
cotes». De 1894 à 1900, les produits agricoles figurent pour des 
sommes variant de 27 à 33 millions, avec des fléchissements à 24 et 
même 23 millions. Les « autres produits > passent de 9 à 18 mil- 
lions. En 1901 , il y a égalité entre les deux rubriques : 19 millions 
de part et d'autre; enl902,20million3pour les produits agricoles, 



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24 pour it;.s autres prolrtils; en l!*03, 43 millions pour la première 
caléyorie, 28 pour la seconde. 

On peut ainsi se rendie compte que ia Tunisie n'est plus exclu- 
sivement tributaire de son agricnlture,et que l'exploitation mieux 
entendue, plus complète de son sous-sol, de ses pêcheries, de ses 
forêts, de ses salines, lui assurent un fret de sortie toujours plus 
considérable et la mettent chaque jour duvantnye à l'abri des con- 
séquences d'une série de mauvaises récoltes. 

Le mouvemeut'les marchandises importées, sansdépendre aussi 
directement de la situation a-rricole que le commerce d'exporta- 
tion, subit cependant en Tunisie le contre-coup ^les bons ou des 
mauvais résultats obtenus sur leurs terres par les agriculteurs eu- 
ropéens et musulmans. 

En cas <Ie bonne lécolte, les indigènes acliètent volontiers les 
étoiles de coton, de soie ou de laine nécessaires à la famille, renou- 
vellent leurs ustensiles tie ménage, font même parfois quelques pro- 
visions de denrées coloniales. C'est ainsi que l'année 1898, 1res fa- 
vorable aux cultivateurs de céiéales, a accuse pour l'importation des 
tissus de coton une plus-value de 2,000 000 de francs par rapport 
à l'année précédente."' 

Au contraire; l'année 1902 « présente un déficit de plus de 000.000 
francs par rapport à l'année 1901 n. 

D'autre part «le marasme dans lequel se trouve le pays pendant 
les années de nfianvaisc production agiicolea une répercussion sur 
l'industrie locale, au développement de laquelle il cause un certain 
ralentissement». On peut aussi s'en rendre compte en comparant 
àdivcrsos dates les quantités impoitées de soies grèges et mouli- 
nées, fils de coton, laine et soie, teintures préparées, qui servent 
presque exclusivement à alimenter les petits ateliers indigènes. 

C'est ainsi, parexemplo, que, pour ces seuls articles, on note une 
dillérence de plus de 800.000 francs entre 1902 et lO^jau profit 
de cette dernière année. 

Sous le bénéfice de ces observations, il faut néanmoins constater 
rimporlancecroissanteilucliiffredes importations qui ne sauraient, 

(1) Rapport au Président de la République (1001). 



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— 187 - 

du resle, subir d'arrêt sérieux, en raison même du mouvement de 
l'immigration européenne et de l'exécution du plan des grands tra- 
vaux décolonisation. Les Itesoins de la Tunisie en matériel de tonte 
sorte sont encore tels que pendant de longues années les marchan- 
dises importées seront supérieures en valeur aux marchandises ex- 
pédiées au dehors. C'est, du reste, le cas ordinaire de tous les pays 
livrés à la colonisation. 

Pour bien mettre en reliel'les progrès accomplis au point de vue 
commercial, nous ne saurions mieux faire que de donner la statis- 
tique ortîcielle des marchandises importées ou exportées pendant 
les dix dernières années : 

Imporlattons ExporlalioDS 

18î(5 Fr. 44. 08,".. 945 41 .246.887 

1890 46. 444.548 34.507.532 

■1897 53.820.670 36.730.871 

1808 53.521 . 1.52 4i. 190.837 

1899 55.778.241 49.433.4W 

1000 61 .514.2i2 i2.560.19l 

liWl 6i.682.5fi7 39. 127.547 

1902 72.972.189 U. 928. 929 

1903 83.612.877 71.398.6i3 

1904 83.384. 437 76.831 .787 

La France et l'Algéiie ont bénéficié dans une large mesure de 
ces pruj,n(.'S constants du commerce esléiîeurde la Réyenco. Uans 
les dix deinièies années, leur pai'ticipation à ce mouvement d'é- 
cliangesa atteint parfois (i5o/o, pourdoscendie excepLioniielJemcut 
à58»>/o et se maintenir depuis trois ansàOi"/o- 

En 190i, cinquante pour cent des éponges et des laines, les sept 
huitièmes des huiles d'olives, la presque totalité des bestiaux, des 
blés, des orges et des vins ont été dirigés sur la France et sur l'Al- 
gérie. En échange, la Tunisie a reçu des matières premières pour 
l'industrie locale, soies gièges, moulinées et teintes, fils de toute 
sorte, des bois non équarris, des denrées coloniales, des farines et 
semoules,dcs métaux bruts et ouvrés, des machines et mécaniques, 
des peaux préparées, des tissus de colon, etc., oiTrant ainsi de plus 



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en plus un défjonelié appréciable pour les produits de l'industrie 
métropolitaine. 

Il ne s'ensuit pus que l'uveiiit' commercial de la Tunisie soit tout 
entier dans le développement de ses relations avec la France. Sans 
doute, l'Union douanière entre la Métropole et le pays de protec- 
torat est désirable en tous points; on ne saurait oublier cependant 
c|ue, de part et d'autre, certaines branches de la production agri- 
cole sont similaires. La Régence a donc intérêt à chercher des dé- 
bouchés en pays élrangers, pour ses vins, ses huiles, ses fruits et 
bcsprimeurs.C'estaussien Angleterre, en Haiie, en Belgique qu'elle 
peut écouler la majeure partie de ses phosphates et de ses minerais. 
Tonte convention diplomatique qui lui fei'meruit l'entiée de ces 
pays mai-querait un recul du mouvement de colonisation et une 
diminution des échanges. La formule à appliquer pour donner tout 
à la Tois satisfaction aux besoins du commerce de la Tunisie et aux 
légitimes désirs des négociants et industriels delà Fiance, consiste 
en une Union douanière entre les deux pays permettant toutefois 
à la Régence de pratiquer à l'égard des nations éti'angères, sinon 
la politique de la porte ouverte, au moins un régime de concessions 
réciproques ménageant les droits de la Métropole, mais assurant 
aux agriculteurs et industriels tunisiens les débouchés commer- 
ciaux dont ils ont tant besoin. 



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TABLEAU 



CONCESSIONS DE MINES 



EXISTANT EN TUNISIE 



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CHAPITRE XI 
Tunis et sa Banlieue 

Aspect général de Tnnis. — Lei quartiers indigàneg. — La transformatian de 
la Tille européenne. — Le port. — Jardins et Mnsées dn Bardo. — La Goa- 
lette. -- Lee mines de Carthage. — Sur la colline de Sidi Bon>SaId. — 
Hammam-Lit et le Bon-Konrnîne. 

Tunis, la capitale de la Régence, est située sur les bords d'une 
lagune peu profonde, la Haliira ou e petite mer», qui la sépare du 
golfe (le Carthage. La population, composée d'éléments très divers, 
n'a jamais été recensée exactement. On l'évalueàSOO.OOO habitants 
environ,doiil I00.000musulmans,50.000 Israélites tunisiens.lO.OOO 
Français, 37.000 Ualiens,5. 000 Mallais, SOOGrecs, 1.000 Levantins, 
Syriens, etc. Sans olïrir au touriste le splendide panorama d'Alger, 
la ville arabe de Tunis, mollement étendue sur une colline aux 
faibles ondulations, où elle se déploie comme un blanc burnous, 
charme davantage les yeux par un caractère nettement oriental. 
«De cette grande tache de maisons pâles, écrit Guy de Maupassant, 
surgissent les dômes des mosquées et les clochers des minarets. 
A peine distingue-t-on, à peine imagine-t-on que ce sont là des 
maisons, tant cette plaque blanche est compacte, continue, ram- 
pante. Autour d'elle trois lacs qui, sous le dur soleil d'Orient, bril- 
lent comme des plaines d'acier. Au nord, au loin, la sebkha Er- 
rouane ; à l'ouest, la sebkha Sedjoumi, aperçue au-dessus de la 
ville; à l'est, le gi-and lac Bahira; puis, en remontant vers le nord, 
la mer, le golfe profond, pareil lui-même à un lac dans son cadre 
éloigné de montagnes. Par un jour de plein soleil, la vue de cette 
ville couchée entre ces lacs est la plus saisissante et la plus atta- 
chante peut-être qu'on puisse trouver sur le bord du continent afri- 
cain.» 

Telle est aussi l'impression qu'a ressentie M.Paul Dumas, dans 
Zézia, ce livre charmant qui est en même temps un délicieux ro- 
man et un hommageéloquentà l'œuvre de régénération accomplie 
par la France en Tunisie. Comme une vision de rêve, Tunis lui ap- 



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paraît «lentement couchée, accablée de volupté, blanche à la croire 
évanouie, sur la pente, douce comme une épuute amie, qui la pose 
au bord de sa lagune». 

«Pour la bien voir,dit-il,il faut gravir les allées du grand jardin 
que nous avons fait dans sa banlieue, Elle apparaît là, au Tond de 
l'évasement des verdures, dans la vasque molle de ses petites col- 
lines subitement cabrées sur la large flaque bleue, et qui soutien- 
nent dans l'extase, comme des flambeaux autour de son grand et 
pâle sommeil, de vieux forts arides et de miraculeuses koubbas 
coiffées d'écaillés vertes. De là on voit aussi le célèbre horizon où 
restent ensevelis Moloch et Eschmoun.avec les fastes puniques; 
le pays est plat, le marais est immobile, mais au loin La Goulette 
flotte en illusion vénitienne entre cette eau morte et l'eau vivante 
de la mer, mais Byrsa dresse une vision d'acropole, Sidi-bou-Saîd 
— une aile de colombe cassée à un revers de la falaise — celle de 
Megara,el par un formidable elTort de ses confins, l'immense et 
doux pays soudainement se soulève, fait la montagne des Deux- 
Cornes, la montagne de Plomb et la montagne des Eaux, trois 
blocs tout bleus taillés dans la pierre translucideet dressés comme 
des autels. 

c II faut la voir aussi du côté opposé, des hauteurs de Manoubia, 
d'où l'on découvre derrière elle, à rinfmi, la nappe luisante de la 
sebkha Sedjoumi et les vastes étendues colonisées qu'arpentent 
encore des lignes d'aqueducs parmi les fermes, les villas arabes et 

les gros palais beylicaux Là, on est tout près d'elle, on distingue 

ses arêtes murales, les crevasses de ses ruelles et de ses cours, l'œil 
descend à loisir, de marche en marche, jusqu'au quartier français, 

jusqu'aux mâtures du port La belle pensée de notre conquête 

et l'image de notre protectorat sont là : une cité européenne très 
vivante, très haute et très fière.s'édiAe promptement, pas toujours 
également heureuse et parfois un peu incohérente en ses créations, 
mais toujoui*s protectrice et généreuse, s'accommodant des fon- 
drières béantes pour y lancer ses rues droites, plutôt que de se 
jeter en minotaure sur la fragile et tremblante orientale livrée à sa 
merci t 

Descendons de notre colline et pénétrons dans la cité indigène. 



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- 197 - 

Elle est partagée en quatre quartiers distincts : au centre laKetinia 
avec ses mosquées et ses medeiça, ses palais et ses rues voûtées, 
sa paisible population de taleb et d'ouléma, de commerçants, de 
fonctionnaires et de rentiers, puis la Harat, sorte de ghetto où 
grouille la foule sordide et misérable des Juifs tunisiens. Impossible 
de se faire une idée de ce labyrinthe de ruelles étroites où circule, 
s'agite et pullule le plus extraordinaire mélange de types humains 
qu'il soit possible d'imaginer, a On voit passer le citadin musqué 
au sortir du bain, l'oreille fleurie d'un jasmin, avec sa jebba de 
soie, son burnous d'une souple élégance, sa nuque soignée et son 
turban immaculé autour de la tache rouge de sa chéchia; de fins 
visages aux barbes courtes que le rasoir dessine, le juge et son tur- 
ban en coupole et son étole de cachemire, sa robe de moire jaune 
et ses doubles sandales, dans la procession compassée de ses huis- 
siers et de ses notaires ; le paysan égaré, balourd, les yeux grands 
ouverts; l'aveugle en loques, geignard infatigable, et les femmes, 
singulières vraiment avec leur masque noir dans toute leur linge- 
rie pudibonde, les bourgeoises surtout sous l'étrange auvent qu'elles 
se lont d'une longue étoffe de soie noire ; les Juifs, qui portent sans 
noblesse la veste orientale, leurs épouses poussives et molles, les 
enfants, d'espiègles joliesses ; des nègres qu'on croirait manchots 
dans la cachabia; des portefaix, maintenant sur leur front des 
charges monstrueuses ; des gens du Sahel qui s'enveloppent d'im- 
menses capes de bure ; des marchands d'huile assis, dégouttants, 
sur des chevaux endiablés; des porteure d'eau coulés en bronze 
sous l'outre poilue qui les inonde et d'une telle allure qu'on voudrait 

les fixer sur le mai'bre, à quelque délour de square » 

Les rues de l'Eglise et de la Casba, qui relient la citadelle au 
quartier européen, sont les deux artères principales sur lesquelles 
viennent s'embrancher d'innombrables et tortueux passages, tanlùt 
bordés, comme le souk El-Hout, de maisons basses avec une simple 
porte, sans fenêtres, tantôt, comme la rue du Pacha, s'allongeant 
entre des édifices plus élevés, percés d'ouvertures, protégés par de 
forts grillages. Partout de sombres impasses, des ai'ceaux jetés d'un 
bord à l'autre des ruelles, des colonnades soutenant des construc- 
tions lourdes et massives. Aucun plan n'a été suivi dans la cons- 



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— 108 — 

Iriiction de la ville indigène ; elle s'est développée au gré du caprice 
et de la fantaisie de ses habitants. Une grande avenue circulaire 
portant les noms de rue Al-Djazira, boulevard lîab-Djedid, boule- 
vard Bab-Menara, boulevard Bab-Benat, rue Bab-Souika,rue Bab- 
f Jirtliagina, rue des Maltais, sépare le centre de la ville indigène 
des fauboui^s de Bab-al-Djazira et de Bab-Souika, au delà desquels 
fut reportée par les beys husseînites la ligne des fortificalions. Cosl 
dans ce dernier quartier, près de la mosi|i]ée du Sahab-el-Taba 
(^-ai-de des sceaux), sur la place Halfaoïiiiie et dans les rues avoi- 
sinantcs, que les indigènes organisent tes fêtes et réjouissances 
Iiabitueltes du mois de ramadan. 

1 Les monuments les plus intéressants de la Tunis arabe sont, 
du reste, les mosquées, dont la principale est la djamd Ez-Zitounn 
(mosquée de l'olivier), siège d'une université mustdmane fréquon- 
tée par plusieurs centaines d'étudiants. Son minaret n'est anti'e 
que la tom* carrée du Maghreb et contraste par sa masse avec l'élé- 
g;mce un peu gracile de la tlèche qui sui'monte le sanctuaire consa- 
cré h SidibeiiAious. Plus loin s'arrondissent les multiples coupoles 
de la mosquée de Sidi-Mahrez, qui voisinent avec les palais en 
mines. Bien d'autres édifices, tels que le Tourbel-el-Bey (tombeau 
des beys) et l'ensemble dos constructions encadrant la place et le 
square du Dar-el-Bey, sollicitent également l'attention du visiteur, 
sans compter l'étonnant spectacle qu'olTrent les souks, c'est-à-dire 
les rues voûtées où se débitent les parfums, où l'on brode les mer- 
veiUeuses étoiïes et les riclies hai'nachements, où l'on fabrique les 
lourds bijoux dont se parent les femmes indigènes. « Chaque cor- 
poration a sa rue, et l'on voit tout le lung de la galerie, séparés par 
une simple cloison, tous les ouvriers du même métier travailler 
aveclesmêmesgestes. L'animation, la couleur, la gaieté de ces mar- 
chés orientaux ne sont point possibles à décrire, car il faudrait en 
même temps en exprimer l'éblouissement, le bruit et le mouve- 
ment. Quand le soirvient,tout le quartier des souks est clos par de 
lourdes portes à l'entrée des galeries, comme une vïUe précieuse 
enfermée dans l'autre. »"' 

11) GuT DE Maupassant : La Vie eri-ante. 



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L HOTEL DES POSTES DK TUNIS 



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— 199 - 

Une promenade dans la ville nouvelle remet le touriste en pleine 
Europe, De la Porte-de- France aux rives lie la Bahira s'étend une 
immense plaine marécageuse que sillonnaient récemment encore 
les k'indaq, sortes d'éyouts à ciel ouvert répandant dans l'atmos- 
phère leurs exhalaisons fétides. 

Le quartier neuf deTunis est entièi'emont construit sur ces vases 
peu à peu solidifiées. Les rues, généralement assez larges et plan- 
tées d'essences il feuillage persistant, se coupent toutes à angle droit. 
La principale artère, longue de plus de 700 mètres, assure les com- 
munications de la vieille ville et des ports. La partie haute, con- 
nue sous le nom A' avenue de France, est le centre des affaires et 
du mouvement. Avec ses grands magasins, ses cafés et brasseries, 
ses hautes maisons à arcades, ce coin de Tunis est aussi vivant 
qu'une grande ville d'Europe. 

L'avenue Jules-Ferry lui fait suite et allonge vers les rives du 
lac ses quatre rangées de (icus. 

Tout au fond, un square très coquet où se dresse le monument 
élevé à la gloire de Jules Ferry. 

Sur les avenues de Paris et de Carlhaije s'alignent de grandes 
maisons de rapport dépourvues de tout caractèî'e pittoresque, mais 
la pei-spective du rocher de Sidi-bel-Hassen et des vertes campa- 
gnes de L'Ariaiia rachète heureusement cet ensemble si peu es- 
thétique. La place de Rome, la rue d' Italie , \a nie Es-Sadikia, nprès 
de rapides transformations, sont devenues des coins animés, bor- 
dés de grands et beaux magasins. 

Peu de monuments dans ce nouveau quartier. De la Résidence 
Générale, située au cœur de la ville, on ne peut guère mentionner 
que le jardin. Une cathédrale de style composite dresse sa masse 
informe, plaquée de statues dues au ciseau de (juelque naïf artisan, 
en face de l'habitation du Représentant de la France. Plus loin, 
l'hôtel des Postes, monument de bel aspect qui eût gagné à être 
édifié sur un emplacement de plus vastes dimensions. 

Depuis quelques années, le Gouvernement du Protectorat crée 
une sorte de quartier administratif dans le voisinage do la Casba, à 
la limite de la ville indigène. C'est là (iu'ont été construits l'hôpital 
français, élevé hors des murs, sur un plateau bien aéi é, le collège 



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Sadiki, petit bijou d'architecture arabe, la Tekia on asile des vieil- 
lards indigènes, le PalaisdeJustice,égalemont édifié dans le yeiire 
mauresque. L'arcliilecte '" de ce dernier bâtiment, où sont cenli-;i- 
lisés les divers services judiciaires, a eu l'heureuse idée de joindre 
les deux ailes par une colonnade d'aspect gi'andiose découvrant 
une galerie revêtue dans toute sa longueur de faïences provenant 
d'un vieux palais indigène. L'escalier d'honneur, en marbres poly- 



chromes, conduit à une salle des pas-perdus dont lea dimensions 
et la sobre ornementation sont du plus heureux efiel. 

Deux autres monuments viennent d'être édifiés à proximité ile 
l'avenue Jules-Ferry: un palais poiu'la Miuiicipalité et un théâlro- 
casino comprenant une salle de spectacle, une iinincnse j^alerie 
pour les fêtes, un jardin d'hiver où seiléploie dans toute sa magni- 
licence la végétation des palmiei's, enilu, un café- restaurant pré- 
cédé d'une longue leiTassc en bordure sur le boulevard. 

On a terminé en même temps l'aménagement d'un parc de cent 
hectares dessiné sur la lolliiic du ISelvédèie, située à deux kilo- 

UlC'estàM.Iti'spland.v.lomiiieiit archilorteiiu jiavilUm tunisien, qufsuni .In,-, 
riinpital civil di> Tunis et le Palais ilo Juslict^. 



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mètres de la ville. Des tramways électriques y conduisent les pro- 
meneurs à un pavillon où se donnent des concerts pendant tout 
l'été. Dans un l'oiiillis de verdure se dissimulent les ruines de la 
midha. Plus loin se dresse, au sommet de la colline, l'élégant pavil- 
lon de La Manouba. Partout de grands arbres et des allées om- 



B llALFAOUmE 



breuses. A quelques pas plus loin se trouve'le Jardin d'essais, où 
d'immenses pépinières fournissent chaque année aux colons des 
plantes de toute nature. Sur la lisière du jardin est bàlie l'Ecole 
Coloniale d'Agriculture, ouverte en octobre ■1898. 

Du Belvédère on domine les vastes bassins creusés dans les 
boues du lac pour les besoins du commerce. Tunis est, en elfet, un 
port ouvert à la grande navigation depuis le 28 mai 1893, date à la- 
quelle lut solennellement inauguré un bassin d'opérations de 30() 
mètres de large sur 400 mètres de long, creusé à 6'" 50 de profon- 
cleur. Ce bassin est relié à la bante mer par un canal de iO kilo- 



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— 202 - 

mètres de longueur creusé également dans les vases du lac, à 6"" 50 
(le profondeur sur 30 mètres de largeur au plafond et fiO mètres en 
couronne. Les quais, établis en maçonnerie et pavés en bois, ont 
une longueur de 600 mètres; ils sont sillonnés de voies ferrées, 
bordés <le liangars et pourvus de l'outillage nécessaire à la manu- 
tention des marchandises. Tous ces travaux ont été exécutés par 
les soins d'une Compagnie française, qui a obtenu en échange l'ex- 
ploitation des ports pendant une durée de quarante-sept années, à 
dater du IQ avril 1894. Une somme de 17 millions. %0 mille francs, 
dont 13 millions payés par l'Etat, a été consacrée à cette entreprise. 

1/ensemble des moyens d'action mis ainsi à la disposition du 
commerce ayant été bientôt reconnu insuffisant, deux autres bas- 
sins furent aménagés, l'un pour les voiliers, l'autre pour les navires 
qui viennent prendre un chargement de phosphates. De nouveaux 
terre-pleins munis de voies feiiées et d'appareils perfectionnés 
pour la manutention des matières lourdes complétèrent celte ins- 
tallation. Enfin, l'on étudie le moyen d'augmenter prochainement 
les surfaces d'eau utilisables en creusant les vases aux abords du 
Djebel-Djelloud, près des ateliers de lu Compagnie du Bone-Guelma 
et de la grande gare de triage des phosphates et des minerais. Des 
quais seront aménagés à La Goulette, le long du canal, pour rece- 
voir dans le plus bref délai les minerais de fer du djebel Srissa et 
et du Slala. Des quais remplaceront aussi, à Tunis méme,les ap- 
pontemenls encore existants. 

Ainsi outillé, il est à prévoir que le port de Tunis-La (îoulette 
verra augmenter rapidement son tonnage. 

En 1904, le nombre des passagers a été de 71 .195, et les expor- 
tations ou importations se sont élevées à 450.12*2 tonnes, représen- 
tant un mouvement de plus de 3.970 navires. A l'entrée, on trouve 
des céréales de toute nature, farines et semoules, vins et spiiitueux, 
fers, houille,tissus de coton et toiles; à la sortie.des blés et de l'orge, 
des huiles d'olive et de geignons, des vins, des phosphates et des 
minerais. Les importations du port de Tunis ont doublé de valeur 
de 1893 à 1899. Les exportations ont oscillé sans tendance marquée. 

Tunis est la résidence du Représentant du Couvernement de la 
République dans la Régence et du Général commandant la Division 



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d'occupation. Le Secrétariat général du Gouvernement Tunisien, 
les Directions des Finances, de l'Enseignement public, des Postes 
et des Télégraphes, de l'Agriculture et du Commerce, des Travaux 
publics, des Antiquités et Arts y sont également réunies. Tunis 
possède un tribunal civil, un lycée et un groupe d'établissements 
afiectés à l'enseignement indigène. 

Fondée, bien avant Carthage, par des colons phéniciens, Tunis 



LB PAVILLON DC BELVBDBKB A TUNIS 



n'a jamais joué un rôle considérable dans l'antiquité. Tout l'intérêt 
se concentre sur Carthage pendant cette période. C'est aux Arabes 
que Tunis doit sa fortune. Ils la préféraient à Carthage parce qu'elle 
était mieux protégée contre les tentatives de débarquement. Au 
ix« siècle, les émirs aghiebites de Kairouan établirent un port dans 
le lac Bahira et firent creuser un chenal pour assurer les com- 
munications avec la mer. Tunis grandit sous les khalifes fatimites 
et fut réputée, dès le xi* siècle, piir son activité industrielle et l'im- 
portance de son université. Après la seconde invasion arabe, elle 



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devint la capitale de la principauté des Beni-Khoraçan, tour à tour 
vassaux des Zirides et des Hammadites. Occupée au xiiesiècle par 
les Almoliades, Tunis devint, bientôt après, le siège de l'empire des 
Hafsides, qui en firent une véritable capitale et la dotèrent de ses 
principaux monuments. Tour à tour aux mains des Espagnols et 
(les Turcs, Tunis n'a jamais cessé, depuis le xiii« siècle, d'être la 
capitale de la Régence et la ville de prédilection des beys de la dy- 
nastie husseïnite,actuellemenl encore au pouvoir. 

C'est à deux kilomètres à peine de Tunis que fut construit Le 
Hardo, c'est-à-dire le Versailles des beys. Kelié à la ville par un petit 
chemin de fer qui vient «l'être remplacé par un tramway courant 
sur une route bordée de beaux arbres et éj^ayée par de nombreuses 
villas, Le Dardo consistait autrefois en un amas de palais autour 
desquels s'étaient groupées les babitations de la domesticité des 
heys et des gran<ls seij^iieurs de la cour. Déjà, sous la dynastie des 
llarsides, c'était un lieu de plaisance pour les souvei-ains lunisinns; 
il devint en même temps uti rcru},'e quand on l'eut entouré d'épaisses 
murailles et pourvu d'une garnison. Les beys de la famille Inissel- 
nile y tirent édifier de nouvelles constructions, tantôt dans le goût 
italien, tantôt dans le j,fenre arabe. Faute d'entretien, un grand 
nombre de ces bâtiments étaient tombés en ruines. Le Gouverne- 
ment du Protectorat les lit démolir et remplacer par un square, 
ne conservant du Bardo que les parties présentant un réel intérêt 
artistique, telles que la mosquée et le palais proprement dit, avec 
la fameuse cour des lions, ta salle du trône, la salle de justice et lo 
patio aux marbres ouvragés. L'ancien liarem fut converti en un mu- 
sée, portant le nom d'AIaoui,oii furent accumulés, avec un grand 
nombre de cliefs-d'ceuvre delà sculpture antique, une collection 
unique de mosaïques romaines, une foule de bibelots et bijoux pu- 
niques, enfin, toute une série de magniliquesiuuvres d'art. Ces ri- 
cbesses ont été réunies dans le cadre qui leur convenait. Les trois 
salles principales de ce monument forment en effet un admirable 
ensemble : au centre, le grand patio couvert, avec son plafond orné 
de pendentifs et sa galerie reposant sur une fme colonnade; à 
gauche, la salle des mariages, dont le plafond est formé par une 
coupole à caissons dorés ; à droite, la salle des femmes, à la voûte 
faite de plâtre ajouré comme une line dentelle. 



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Dans un délicieux petit palais mauresque attenant au musée des 
antiques sont groupés tous les spécimens de l'art ara bo- berbère. 
Là se trouvent rassemblés la lourde joaillerie dont se parent les 
femmes arabes et les produits plus grossiers de l'industrie des bi- 
joutiers berbères. Fusils avec incrustation de nacre ou de corail, 
sabres et poignards aux fourreaux d'argent ciselé, lampes et veil- 
leuses en cuivre curieusement fouillé, tapis aux mille nuances, vê- 
tements brodés d'or ou d'argent, lits à fuseaux, vieilles faïences 
reproduisant quelques-uns des modèles pbéniciens ou romains, 
forment déjà une collection de premier ordre pour l'étude de l'art 
oriental. 

Pour proléger leur capitale, les beys avaient une forteresse à La 
Goulette,en arabe Halk-el-Oued, située sur cette étroite et basse 
langue de terre qui sépare le lac Bahira de la Méditerranée, au 
point où aboutit le canal qui met en communication le poi*t de 
Tunis et la haute mer. 

D'abord simple forteresse, commandant la route qui mettait en 
relationsCarthageavecrintérieur parla TaîmajC'est-à-dire l'isthme 
étroit séparant le lacet la mer, La Gouiette n'a joué un rôle dans 
l'histoire qu'à partir du moment où Tunis supplanta Carthage. Dès 
lors, elle devient un port important et le lieu ordinaire des transac- 
tions entre les Tunisiens et les Européens. Occupée par les Espa- 
gnols au xvi« siècle, elle eut à soutenir les assauts des Turcs et tomba 
au pouvoir de Sinane-Pacha en 1574. 

Dangereux repaire de pirates, La Gouiette faillit être enlevée, 
en 1640, par les ebevaiiers de Malte, fut bombardée, en 1654, par 
les Anglais, et vit, en i&x>ei 1672, de fortes escadres françaises pa- 
raître sous ses murs; à la fin du xviii* siècle, elle eut particulière- 
ment à souffrir pendant la guerre entre Hamouda-Bey et Venise. De 
1815 à 1820, plusieui^ manifestations navales eurent lieu dans ses 
eaux pour obtenir des beys la suppression de la couree et de l'escla- 
vage. A partir de ce moment, le rôle de La Gouiette devint à peu 
près exclusivement économique, jusqu'au jour où ellefutdélinitive- 
ment supplantée par Tunis (1893). 

Une {(Opulation de cinq mille habitants, en majorité Israélites 
ou pécheurs italiens, auxquels se sont joints cinq cents Français, 



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vil encore à l'abri rie ses vieilles murailles. Mais, depuis l'ouverture 
(lu port de Tunis, La Goulelte est bien déchue de son ancienne 
splendeur. Ses deux petits bassins, de quatre et six hectares de su- 
peificie et 'd'une profondeur de S™ 50 à 3i"50, n'abritent plus la 
nombreuse tlottille de bateaux de pêche qui s'y donnaient autrefois 
rendez-vous, et les grands paquebots ne font que passer devant 
ses murs pour se rendre directement à la capitale de la Régence. 
Encore quelques mois et le spectacle sera de nouveau changé. Sur 
les berges du canal s'entasseront les minerais de fer pour être dé- 
vei'sés ensuite dans les flancs li-apus des cargo-boats. La Goulelle 
redeviendra le port animé d'autrefois, annexe de la gi-ande villo 
dont elle forme le vestibule si pittoresque. Sa position d'avant-garde 
l'a fait égalenientcboisirconiine station de lorpilleurssous-niarins. 
L'on y prépare les installations nécessaires au séjour permanent de 
qu('l(jnes-uns de ces redoutables engins de guerre. 

Jusqu'à présent c'est à son doux climat et à ses belles plages que 
LaGouiotlc doit surtout d'à voir été sauvée d'une ruine complète. Eu 
été, plus de quinze mille habitants se pressent dans les villas qui 
avoiïiincnt la petite ville. La Goulelle-Neuve, KheirediUne, Le Kmtn, 
la Nimvetle-C<trtha</e, aux coquettes habitations et aux jardins em- 
bainnés, prolongent la vieille villedu côté de (iirtliage en dessinant 
le long de la mer une immense lij'ne blanche qui forme u» saisis- 
sant contnislc avec le bleu profond des eaux. 

De cet isthme étroit, où pullule la vie, se détaclie la colline que 
Cinlbaf^c couvrait autrefois de ses hautes maisons. Leurs débris 
sont presque partout ensevelis sous une épaisse couche de terre. 
('Â et là, cependant, apparaissent de curieux spécimens d'iiabita- 
lions romaines et byzantines, des ruines de basiliques, des sarco- 
phages entièrement conservés. Le mobilier des anciens cimetières 
a pi'is place diuis les salles du Musée Saint-Louis, on se trouve réu- 
nie une très belle collection d'objets d'art phéniciens. Ils sont lu 
sous la garde des Pères Blancs du cardinal Lavigerie, qui a fait 
élever au sommet de Byrsa une cathédrale bâtie dans le genre orien- 
tal. De tous les points de l'horizon onaperçoit sa masse énorme, se 
pi'ofilantsnr le ciel azuré, dominant les bâtiments du séminaii'e et • 
la petite chapelle érigée en l'honneur de Louis IX, à la place même 



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où la mort vint te surprendre. Plus loin, accrochés aux flancs du 
pi-omonloire qui ferme vers le nord le golfe de Tunis, s'égrènent les 
cubes blancs de Sidi-bou-Saïd, uniquement peuplés de riches in- 
digènes musulmans. Celte cascade de villa? dégringolant du roc à 
la mer est du plus pittoresque effet. Parmi ces maisons «aux murs 
d'une nudité limpide, sons une coulée de chaux, en voici une posée 
le plus en avant possible au hord du promontoire, dans une en- 
liiille de la falaise rouge et dans la pureté du ciel. Sur toute la lar- 
geur de la façade inaccessible qui regarde la mer, un grillage vert, 
à l'iibri d'un petit auvent couvert de tuiles vernissées, change le 
gynécée en volière et l'ouvre à la brise salée du lai^'e et à la plainte 
du lessac.Desrosiers s'embrouillent dans un jardin herbeux parmi 
des orangers en désordre et des cyprès noirs. Tout le village est 
ainsi, lilial et silencieux, bâti en guetteur comme pour veiller, par 
tous ses moucharabyes d'amour, sur le paysage illustre. Or, nous 
sommes à Megara, faubourg de Carlhage, dans les jardins d'Amil- 

car. et voici le golfe immense à nos pieds, dans l'abime Quel 

bleu! celui qu'on voit dans les songes à la proue des trirèmes, le 
bleu calme, le bleu elTrayant des profondeurs, te bleu éperdu des 
amants Des voiles, tels des jasmins tombés sur une soie, s'ac- 
couplent, sont errantes au souflle d'une volupté ; de pâles sillages 
dessinent des spirales; le flot, très lent, s'all'aisse, expii-e. Et, pour 
sertircette inexprimable étendue, une folle écharpede montagnes 
suaves se noue, en plein azur, à l'ile Zembra, a l'air de vouloir s'en- 
voler, changeante, veinée d'ocre, fait un grand contour au point de 
se perdre en airière d'une plage de soleil, se gonfle subitement en 
deux pointes extravagantes au-dessus d'flammam-Lif et vient en- 
fin, fermant sa grande boucle, mourir devant Carlhage morte 

Et la voilà sous nos yeux, la perspective entière de la ville inouïe. 
Voilà donc l'isthme infortuné, le fabuleux rivage. On dirait l'éperon 
d'un grand squale échoué à l'extrémité de la mer vivante dans la 
vase de ce lac peuplé de flamants roses et que borde au loin Tunis, 
confuse dans une atmosphère de diamants i. '" 
Sur le flanc nord-ouest du promontoire fameux se dissimule La 

(!) Paul Dumas ; Zéiia. 



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Marsa, résidence d'été du Bey el du Représentant de la France. Ce 
joli village, enfoui dans la verdure de ses arbres fruitiers, est un des 
coins les plus charmants de la Régence. 

Lès petites agglomérations voisines de La Goulelte sont ratta- 
chées à cette ville et à Tunis par un chemin de fer autrefois exploité 
par la Compagnie italienne Rubattino, racheté, le 29 juillet 1898. 
par la Compagnie française du Bône-Guelma. La longueur totale 
de cette voie ferrée est de 30 kilomètres seulement, mais telle est 
l'intensité du mouvement entre Tunis et La Goulelte-La Marsa que 
plus d'un million de voyageurs sont transportés chaque année par 
la Compagnie. On a commencé les travaux de transformation de 
cette ligue en un tramway électrique courant à travers le lac sur la 
ber^e du canal de Tunis à La Goulette,puis longeant la cote, gra- 
vissant les pentes esiarpées de Carthage et de Sidi-bou-Saîd, abou- 
tissant enfm aux jardins de La Marea. L'achêvemenlde cette œuvre 
marquera le début d'une ère de pi-ospérilé nouvelle pour les vil- 
lages éclos sur ces célèbres rivages. 

Une autre voie ferrée, quittant Tunis dans la direction de Sousse 
et du Cap-Bon,conIourne le golfe immense, travei-se les jardins de 
Maxula-Radès et dessert llammam-Lif, la charmante station bal- 
néaire qui doit la vie aux sources thermales sorties des flancs du 
Ïîou-Kournine, a le père aux deux cornes b des Arabes, « la mon- 
tagne aux eaux chaudes » des Anciens. S'élevant d'un seul jet vei-s 
les nuages, la montagne protectrice produit l'impression des hauts 
sommets, la proximité de la mer la grandit et son ombre, couvrant 
chaque soir les eaux du golfe, paraît gigantesque. 

I^ Bou-Kournine est le tranquille gardien du plat pays environ- 
nant. Les prêtres de Carthage attendaient, le soir, avec impatience 
que Tanit, la déesse vénérée, fit son apparition entre les deux 
cornes du sommet. Cette figure blafarde de la lune, décrivant une 
courbe gracieuse dans le ciel étoile, leur paraissait exercer une 
influence secrète sur les destinées de la grande ville. La montagne 
aux eaux chaudes empruntait à ce culte une sorte de caractère 
sacré. Plus tard, les Romains construisirent sur l'une des pointes 
un petit autel dédié a Saturne. Le dieu pouvait, de son sanctuaire, 
veiller sur les vaisseaux qui rentraient au port, chargés de denrées 



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précieuses, el protéger les caravanes dont les longs anneaux se 
déroulaient dans la plaine. Mais quand les Byzantins reprirent te 
chemin de Constantinople, le Bou-Kournine fat livré sans défense 
au pasteur arabe. Alors, en maint endroit, ses flancs, rfénndés par 
la dent des chèvres, fouillés par les grosses pluies hivernales, lais- 
sèrent percer les pointes aiguës du rocher. L'incendie compléta 
l'œuvre des troupeaux et transforma en maigres bnlssons épars çà 
et là les grands tailUs dont l'ombre entretenait la flraîehenr do sol. 

Des siècles d'incurie conservèrentà la mont^ne cet aspect morne 
et désolé. Ce n'était plus qu'un squelette décharné, masse immense 
de calcaii-e jurassique, où les vïvaces racines du diss maintenaient 
avec peine une couclie de terre végétale. Des règlements sévères 
contraignirent enfin le berger indigène à parquer ses chèvi-es en 
des endroits déterminés. Alors, la bonne nature, reprenant ses 
droits, vivifia les germes dont on devinait la présence dans ce sol 
maigre et caillouteux. De toutes parts les thuyas et les pins d'Alep 
poussèrent des branches nouvelles; une végétation arborescente 
de genévners.lérébinthes ou palmiers nains couvrit d'^in feuillage 
toujours vert le pic à la crête pelée. Sur ce fond un peu sombre, le 
gracieux cyclamen balance sa tige flexible, et le thym au parfum 
pénétrant étend le réseau serré de ses petites fleurs violettes. 

Du plateau qui forme le soubassement des deux cornes, on jouit 
d'un des plus merveilleux spectacles qu'il soit donné à l'homme de 
contempler. Sous le soleil ardent, les eaux du golfe étendent leur 
nappe d'un bleu profond jusqu'aux confins de l'horizon. Le littoral 
est nettement dessiné. Il semble que des falaises abruptes de Sîdi- 
bou-Saïd aux longues plages de Kheïreddine el de La Goulette on 
ait ménagé un admirable boulevard. L'isthme qui protège la Bahira 
des flots du large apparaît comme un fil : c'est la Taenia des An- 
ciens. On devine le tracé, à travers le lac, du canal à grande sec- 
tion permettant aux navires de remonter à Tunis, et on suit les 
contours, mollement dessinés, de la ville immense, blanc manteau 
du Prophète cachant la plaine sous ses longs plis. Tout proche, la 
montagne de plomb, djebel Reças,aux reflets métaUiques, montre 
à nu ses arêtes tranchantes et dessine sur le fond du ciel une sil- 
houette dentelée en fme lame de scie. De longues rangées de 



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— 210 — 

collines arion<1ies paraissent entassées au pied du Zagliouan, dont 
le mince profil, voilé d'une brume léyêre, contraste par sa hardiesse 
avec les soinmels envirpimunls. 

Vers l'orient, dans la trouée du Cap-Bon, on aperçoit les bâti- 
ments d'une vaste exploitation agricole : c'est Potinville, où le génie 
français a su réaliser des merveilles en rendant fécond un sol qui 
paraissait voué à une éternelle stérilité. Les vignes fraîchement la- 
bourées plaquent de larges taches brunes les longs carrés de cé- 
réales et les olivettes aux tons grisâtres. Dans le calme de la plaine 
glissent les troupeaux qui se ren<lerit à l'élable, tandis que les 
lourds camions l'amènent à la ferme les ouvriers fatigués. Partout 
sui' cette terre on sent la rude main d'un travailleur poursuivant 
méthodiquement et obstinément son labeur, sans autre souci que 
de tiiompher des diriicul tés entassées sur sa route. Au delà s'égrène 
le chapelet dès villages andalous de Soliman, Menzel-bou-Zelfa, 
Nianou, Belli,Turki que les Maures revenus d'Kspagne entourèrent 
de jardins et de cultures fruitières formant autant de riantes clai- 
rières dans la frondaison plus épaisse de la forêt d'oliviers. Au sud 
s'étend le Mornag, tour à tour verdoyant ou brûlé parle soleil, par- 
semé de blanches fermes et couvert de riches vignobles, pays des 
céréales et des vins généreux, transformé en un magnifique do- 
maine par l'industrieux effort île nos compatriotes. 

Spectacle réconfortant qui atteste l'énergie de notre vaillante 
race française et fait quitter à regret le sommet du Bou-Kournine, 
magnifique observatoire où l'on aimerait à rêver longtemps dans 
le calme delà nature. 



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CHAPITRE Xll 
Sur le littoral 

La côte de Tabarca et les forêts de Khroumirie. — Bizerte et son lac. — L'ar- 
senal de Ferryrille. — One Tille morte : Porlo-Farina. ~ De Kelibia à 
Hammamet. -- Lee perles da Sahel.— Sfax et sa banhene. — Le port des 
phosphates. 

On connaît le mot de Salluste pour caractériser la côte de l'Atlas : 
«La mer y est sauvage, on n'y rencontre pas de ports,» Nulle part, 
en effet, le rapprochement de la montagne et des flots n'a donné 
naissance à un littoral pins abrupt, pi us rigide en ses contours qu'en 
cette parlie que la vieille Afrique. On comprend que les Romains, 
pris de peur à la vue de cette haute muraille et soupijonnant der- 
rière elle un continent peuplé de monstres aux formes étranges, 
aient préféré la tourner el remonter lentement la vallée de la Med- 
jerda. l'Ius tard seulement, quand leur domination fut bien assise, 
ils relièrent Bulla fie(;irt(Souk-e[-Arba)à T/ia&raca (Tabarca) par 
une admii'able voie traversant d'un bout à l'autre le massif monta- 
gneux où vivent les tribus khroumir. Nous-mêmes, nous n'avions 
encore récemment à notre disposition dans cette contrée sauvage 
que la route militaire construite en 1881. Les excursions en forêt, 
loin des centres habités, n'étant possibles que dans une zone res- 
treinte, le touriste devait se borner à visiter seulement quelques 
parties de cette admirable région si justement renommée pour la 
beauté et la variété de ses sites, en tous points comparables aux 
vallées alpestres, mais ayant de plus la splendide végétation de la 
zone méditerranéenne et l'éclat du ciel d'Afrique. Depuis deux ans 
les conditions de viabilité de la région khroumirienne se sont sen- 
siblement améliorées et l'on peut aujourd'hui, de Tunis, gagner en 
chemin de fer Béja.se rendre de cette ville àTabarca par une bonne 
route, puis de là, empiuntant l'ancienne voie militaire, aboutir à 
Souk-el-Arba,où l'on retrouve la foie ferrée. 

De la sorte, on peut voir la Khroumirie sous ses deux aspects 
principaux, car on traverse successivement les forêts de chênes- 



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-212 — 

liège qui l'ont rendue célèbre, et l'on passe ensuite à l'ombre des 
énormes chênes zéens qai garnitaent les pentes avoisinanl Aln- 
Draham. 

C'est à la lisière de la zone forestière, en venant de Béja vers le 
littoral, que se trouve l'exploitation minière du Khanguet-Kef-Tout, 
organisée pour le traitement du minerai de zinc. Les bâtiments de 
l'usine sont adossés au flanc du djebel Damous, en un point où une 
brusque cassure des plissements de la montagne a déterminé la 
formation d'une de ces gorges étroites auxquelles les Arabes don- 
nent le nom de ckhaogat». Ce défilé resserré entre deux murailles 
couvertes de buissons toujours verdoyants est traveraé par l'oued 
Maden, dont les eaux vives courent le long île la route qui mène à 
Tabarca. Peu de sites en Tunisie sont plus beaux et plus frais pen- 
dant la saison printanière: partout des fleurai, une berbe gi-assCides 
sources qui chantanl, et le contraste de la plaine fertile et de la haute 
montagne barrant l'horizon comme un mur. 

Le djebel Âbiod marque l'entrée de la vaste plaine des Nefza, 
formée par une énorme couche d'ail uvions où l'oued Zouara s'est 
frayé un chemin à travers des berges croulantes. 

Puis, la forêt khroumirienne commence à une douzaine de kilo- 
mètres, à la limite du territoire des Ouchteta. Le chéne-li^ y pré- 
domine. L'emplacement occupé par la tribu, sur le bord de l'ouod 
Melah , estcouvert par la luxuriante végétation de ces beaux arbres, 
source de richesses pour l'administration du Protectorat. 

La forêt descend jusqu'aux grandes dunes qui bordent la mer. 
Ces masses énormes de sable, sous l'elToil du vent, se déplacent 
sanscesse,etron est tout surpris de trouver ça et là des arbres de 
taille gigantesque, dont les hautes branches émei^nt seules des 
sables qui entourent leurs troncs noueux. Parfois même, l'oued 
Melah est obligé de se creuser péniblement un chemin à travers 
ces collines mouvantes toujours prèles à obstruer son cours. 

Du haut des rochers qu'escaladent les sentiers muletiers ou les 
tranchées de préservation contre l'incendie, on embrasse le pano- 
rama de ces admirables futaies de cliénes-liège qui forment un sai- 
sissant contraste avec les dénudations de tant de montagnes tuni- 
siennes. Dans l'immense tache de verdure apparaissent de loin en 



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— 213 — 

loin quelques lèpres. Ce sont les boisements récemment dévorés 
par le feu. Les troncs noircis sont toujours là, dépouillés de leurs 
menues brandies, lamentables victimes des procédés barbares ou 
de la criminelle vengeance du pasteur indigène. Telle est pourtant 
la fécondité du sol qu'au tour de ces squelettes décharnés une végé- 
tation d'arbrisseaux robustes et vigoureux ne tarde pas à couvrir 
le sol. Au bout de quelques années, toute trace du désastre est eiîa- 



r 



TABARCA ; LES AIGUILLES (ROUTB de la CALLe] 

cée, mais les pertes ont été immenses, et il faut sans cesse être aux 
aguets pour éviter le retour du lléau ou enrayer sa marche. A Ain- 
Drabam, «la sourie d'argent», lesarbr«s à liège ont disparu pour 
faire place aux énormes chênes zéens qui étendent dans tous les 
sens leurs puissants rameaux et couvrent la terre de leur ombre 
épaisse. Sous cette épaisse frondai.son on entend le bruissement des 
sources, le clair fi-acas des caHcades bouillonnant au fond des ra- 
vins. C'est une véritable Suisse africaine! 



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Le point du littoral où sont embarqués les lîèj^es et les bois pro- 
veiidiit des Coréts ktiroumirienne^ est ta petite ville de Tabarca, la 
Thabraca romaine, où l'on découvrit il y a quelques années les cu- 
rieuses mosaîquesqui figurent dans les collections du Bardo. Simple 
village de pêcheurs situé à l'abri de la montagne, sur une éti-oite li- 
sière bordant la mer, Tabarca compte un millier d'habitants, à peu 
près tous Européens. Le quart seulement de cette population est 
français, le reste se composant presque exclusivement de pêcheurs 
italiens, dont le nombre s'accroit pendant l'été, car plusieurs cen- 
taines de bateaux siciliens viennent pécher la sardine et l'anchois 
dans le voisinage des côtes. A celte industrie de la pêche, Tabarca 
n'ajoute, pour l'instant, aucune autre ressource. C'est à peine si l'on 
commence à coloniser la vaste plaine qui l'avoisine et, malgré les 
désirs de ses habitants, il est peu probable que le produit des mines 
vienne jamais s'embarquer à Tabarea. Les Romains y avaient fait 
cependant d'importants travaux, et la famille génoise des Lomellini 
lit bàlir une forteresse qui se dresse encore sur le point culminant 
tie l'ite voisine et atteste tout au moins l'importance stratégique de 
la vallée. Mais ces temps héroïques ne sont plus et les Tabarquins, 
laissant là leure visées de gloire, n'ont d'autre désir que de voir 
cesser leur isolement et de participer davantage à la vie du pays 
tunisien. 

Sur un seul point lu nature semble s'être humanisée en créant 
un abri où toutes les Hottes de l'antiquité auraient pu jeter l'ancre, 
où nos imposantes escadres modernes évoluent sans la moindre 
difficulté. Ce havre si vanté et si sur attira de bonne heure l'atten- 
tion des navigateurs phéniciens, qui en protégèrent les abords par 
la construction d'un fortin couvrant le maiché établi sur la piago. 
Ainsi prit naissance Ëizerte, en arabe Uent-Zert, «la fille de lu 
Syrte », hier encore modeste cité à peine connue, aujourd'hui en 
passe de devenir un des grands arsenaux maritimes du monde, 
une des principales escales pour les bateaux qui sillonnent en tous 
sens cette partie de la Méditerranée. 

Déjà sa population dépasse 30.000 habitants, dont 4,000 Français, 
9.000 Européens, 12.000 indigènes et environ 5.000 hommes de 
troupe. 



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— 215 — 

Le nombre des Eluropéens,qiti s'est d'abord accru avec une très 
grande rapidité, reste actuellement stationnaire ; il en sera proba- 
blement ainsi tant que l'arsenal n'entrera pas en activité. De même, 
les indigènes semblent encore à l'aise dans leurs quartiers, groupés 
autour des mosquées et des zaouïa. 

La ville arabe est bâtie sur les pentes d'une colline d'où l'on Ao~ 
couvre tout à la fois les sinueux contoui's du golfe et la nappe bleue 
d'un lac qui s'enfonce à quinze kilomètres dans l'intérieur des 
terres. Un étroit goulet bordé de maisons assurait autrefois les com- 
munications du lac et de la mer. 11 a été comblé et remplacé par un 
canal de24() mètres de large, ouvert à ti'avere l'isthme de sable d'un 
kilomètre qui obstruait le passage, l-a destruction des ponts du 
vieux canal a enlevé son caractère pittoresque à ce quartier de la 
ville indigène qu'on avait si jusieinent surnommée «la Petite Venise I). 

Néanmoins, la Bizerte arabe, avec son enceinte à peu près in- 
tacte, ses minarets, sa casba sur les bords de l'eau, la blancbeur 
de ses édifices, conserve encore cet aspect particulier aux villes du 
littoral tunisien qui surprend le touriste venu d'Algérie et le trans- 
porte d'un seul coup en plein Orient. L'industrie indigène n'existe 
plus guère que pour les besoins locaux : aucun produit qui soit 
spécialement i-ecberché dans la Régence. 

A l'heure actuelle, l'intérêt se concentre davantage sur la ville 
que les Européens bâtissent entre la vieille Uizerte et le canal ré- 
cemment creusé. Des bâtiments administratifs, contrôle civil, 
douanes, postes et télégraphes, écoles publiques, quelques habita- 
tions particulières, tout cela épars (;à et là sur un damier à l'amé- 
ricaine, voilà le spect;icle qu'oUre encore le quartier européen. 
Mais peu à peu les espaces vides se remplissent. Des casernes et 
un arsenal clos de murs forment déjà tout un nouveau quartier té- 
moignant de l'importance militaire de la ville. Une église de vastes 
dimensions, édifiée dans le style roman, est depuis peu livrée au 
culte. Un htitel de ville est en construction, et autour d'un square 
où l'on peut voir de belles et robustes plantes, les maisons par- 
ticulières ont surgi de toutes parts. Les Rizertins ont aussi réservé 
l'emplacement d'un théâtre et d'une justice de paix. Le quartier de 
plaisance est le faubourg de Bijouville, peuplé de villas habitées 



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par des fonctionnaires et des officiers. C'est de ce côté que le mou- 
vement des constructions a été le plus intense. 

t^tte activité eut pour cause l'importance des travaux entrepris 
pour hâter le développement commercial de Bizerle et assurer sa 
défense contre une attaque éventuelle. Une compafçnie française 
fut chargée de créer sur ce point un port de commerce muni de 
tout l'outillage moilernc. Conslituée par décret du i\ mai 1890, 



elle ouvrit un canal d'accès de la mer au lac, projeté du côté du 
larj-e par deux jetées d'une longueur respective de 1 .ÛtX) mètres el 
de 050 mèti'cs. Des apponlements, quais ou wharfs, sur une lon- 
gueur de 2(X) mètres, des grues et divers engins de maïuilentîon 
furent établis dans une partie du chenal oii la largeur fut augmen- 
tée de manière à permettre l'accostage d'au moins deux navires. 
CiiKi feux de port j,'uidèi'ent les navires. Cet outillage fut complété 
par lies terre-pleins, hangars, bureaux, voies ferrées, un hac à va- 
veur, etc. En échange, la (Compagnie obtint une concession d'ex- 



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ploitation (Ju port pendant soixante-quinze ans et une subvention 
de six millions (le franco, ainsi que la propriété des terrains conquis 
par suite des travaux du port,eiirm le droit exclusif pour toute la 
durée de la concession dexploiter les deux pècheiies du lac de Bi- 
zerle et de Tinttja. Pour mieux assurer ta défense et permettre aux 
navires de guerre d'évoluer en toute libeité dans le lac, le Ministère 
de la Marine a racheté celte concession de pêche. Les grands bar- 
rages voisins de la baie Ponty resteront désormais toujours ou- 
verts. Il est également peu piobable que le port de commerce soit 
maintenu dans le chenal. Des installations nouvelles seront faites, 
soit dans la baie de Sabra, c'est-à-dire dans le lac, soit à la Ksiba, 
à l'abri de la jetée Nord. En ce dernier c;ts,pour éviter le ressac, il 
serait nécessiiire de rouvrir l'ancien canal, ce qui est du i-este de- 
mandé par la Marine pour la libre entrée et sortie des torpilleurs. 

Le mouvement commercial du port de Bizerte s'est élevé, en 
i904,à 74.917 totmes,dont 05.93G à l'entrée et 8.98() à la sortie. Il 
est aUmenlé à l'exportation par le blé et l'oi^e, quelques tonnes de 
minerais et surtout par les expéditions de poissons frais ou en con- 
serves provenant des pêcheries du lac qui cesseront bientot,il est 
vrai, de contribuer au mouvement des mai chandises expédiées au 
dehore. A l'importation, on trouve des farines et semoules, vins et 
spiritueux, chaux et ciments, houilles, matériaux divers nécessaires 
au ravitaillement de la Division navale. Le mouvement d'exporta- 
tion reste stationnaire depuis plusieurs années, mais la prochaine 
ouverture au ti-alic des lij^ncs ferrées des Nefza et de Béja à Ma- 
teur modiliera celte situation. Hi^erte pourra bientôt fournir aux 
navires de commerce un fret plus considérable en céréales et mi- 
nerais, tout en devenant un port de ravitaillement pour les navires 
allant de Gibraltar à Port-Saïd. Vivres frais, poissons, légumes y 
abondent, ce qui lui donne une grande supériorité sur Malte. Une 
vingtaine de grands paquebots s'y arrêtent chaque année pour char- 
bonner. Trente à quarante navires y sont également entrés en re- 
lâche forcée. C'est le début d'un mouvement qui devrait déjà être 
beaucoup plus considérable. 

En même temps qu'on transformait Bizerte au point de vue éco- 
nomique, les Ministères de la (juerre et de la Marine se préoccu- 



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— 218 — 

paient d'assurer solidement la défense d'un point qui commandait 
l'entrée d'un lac où pouvaient pénétrer sans crainte les plus gros 
cuirassés. 

Une défense mobile constituée par une quinzaine de torpilleurs, 
avisos et garde-côtes Tut établie, a proximité du canal, dans une 
anse bien abritée, dite baie Amiral-Ponty. Les deux rives du canal 
furent elles-mêmes reliées par un transbordeur. Eufm, des forts et 



des redoutes, couronnant la li}(ne des hauteurs, défendirent les 
approches du côté de la mer. C)es moyens ayant été recx)nnus in- 
suHisants, tout un plan de travaux nouveaux fut décidé et exécuté. 
Le canal fut élarj,'! à 240 mètres, et le transbordeur, qui constiluail 
un admirable point de mire pour les canons d'une flotte ennemie, 
fut abattu et remplacé par un bac à vapeur assurant la permanence 
des communications dans de meilleures conditions de sécurité. On 
ferma aussi l'avant-port par une immense digue de pleine eau per- 
pendiculaire â la jetée Nord ; le nombre des unités navales fut aug- 



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mente ; de nouvelles batteries munies de canons à tir rapide furent 
construites sur les hauteurs avoisinantes, et bientôt Bizerte put êti-e 
considérée comme une place de premier ordre. 

L'arsenal indispensable à tout cet organisme est situé à quinze 
kilomètres dans l'intérieur des terres, à Ferry ville (Siiii-Abdallah), 
à l'extrémité sud-ouest du lac, à quelque distance de l'oued Tindja, 
émissaire de la nappe d'eau douce qui entoure le djebel Icbkeul. 
On y a édifié des ateliers de construction et de réparations ; on y a 
creusé des bassins de radoub, dont l'un n'a pas moins de 2iO mè- 
tres et peut recevoir aisément les plus gros cuirassés. En cet endroit 
encore désert il y a quelques années, plus de 6.000 Européens, 
parmi lesquels 1.200 Fiançais, vivent apglomt'rés. Déjà une Waue 
de chemin de fer racconle l'arsenal et ia cilé naissante à la voie 
ferrée de Tunis à Bizerte. Une ligne de tramwiiy existe également 
entre Feri'yville et Tindja. Dès maintenant la llolte fnmçnise pout 
trouver là un refuge assuré et tous les moyens de se i-avitnillor et 
de réparer ses avaries. 

Sans avoir eu, dans les temps anciens, une importance compa- 
rable à relie d'aujounl'hui, Bizerle fut cependanl.à répo(|no plié- 
niciciine, une colonie prospèie. Sous les Romains, elle porta It- nom 
lYHippo Diarrhijlus. Il en est souvertt question dans les annales de 
l'Empire. Plus tiinl, quand les Ai'abes se tournèi'ent vers la mer, 
elle devint un nid de pirates, et pendant le xviie siècle elle fut le 
port d'attache des plus fameux raïs tunisiens. Les Français l'ont 
rendue à sa véritable destination, qui est d'être le boulevard mari- 
time de l'Afrique du Nord. 

Ahmed-Bey, le grand réformateur, ne parait pas avoir songé h 
utiliser les défenses naturelles de Bizerte. Il préféra engloutir des 
sommes considérables à Porto-Farina,à l'embouchure de la Med- 
jerda. Mais les eaux bourbeuses du fleuve ont eu raison de la patiente 
énergie <les ingénieurs. Porto-Farina n'a jamais pu voir le long de 
ses quais la noire fumée des paquebots. Ses casernes et son arse- 
nal ont été transformés en un bagne immonde. A l'heure actuelle, 
c'est une ville morte de 1.500 habitants qui forme le plus parfait 
contraste avec la moderne Bizerte. Un jour viendra pourtant où 
les riches alluvions de la Medjerda se transformeront en merveit- 



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leux jardins, où toute la région qui s'étend entre le fleuve et les lacs, 
jusqu a Tindja, sera couvorte de cnllures maraîchères et d'arbres 
ployant sous les fruits, où Mateur et Foi'to -Farina contribueront à 
accroitréla fortune de Bizerte. 

L'incurie de l'ancienne administration beylicale apparaît encore 
(le façon plus frappanle quand on visite Kelibia, grosse bourgade 
de la presqu'île du Cap-Bon, peuplée de 6 à 7-000 indigènes, aux- 
quels s'ajoutent quelques centaines de pêclieurs italiens. La cita- 
delle, juchée sur une falaise qui surplombe la mer, est d'aspect très 
pittoresque, mais les murs tombent en ruines et le village lui-même 
n'est qu'un amas de maisons délabrées. Pourtant, la terre y est fer- 
tile, on y cultive les céréales, les olives, les fèves, sans parler de la 
vigne aux belles grappes dorées. 

 l'époque romaine Kelibia était sans doute plus prospère, son 
bistoire municipale ne nous est pas connue et nous savons seule- 
ment qu'elle s'appelait A/upea, aie bouclier», à cause de la forme 
spéciale du rocher qui supportait son acropole. La citadelle actuelle 
est probablement d'oilgine espagnole; peut-être aussi ful-elle cons- 
truite pai' les Turcs, comme ce vieux fort qui garde Hammamet, 
a la ville des bains b — d'autres disent llaniamel, a la ville des co- 
lombes», — charmante petite cilé assise au boni de la Méditerra- 
née orientale, en un point battu par les vagues du large et assiégé 
(le tous côtés par les sables. Une population de 6.000 habitants, 
dont une cinquunlaine de Français seulement, vit sur ce coin de 
terre, à peine distant de soixante-cinq kilomètres de Tunis parla 
voie ferrée. Et pourtant a quand le temps est calme, quel délicieux 
séjour! La ville, dans son enceinte fortifiée, flanquée de distance 
en distance par des tours carrées à demi engagées dans ia mu- 
raille, contraste par la blancheur de ses murs avec l'azur sombre 
des flots. Quelques barques de pèche ou de commerce se balancent 
dans la baie ; les jardins qui s'étendent aux alentoui-s sont rem- 
plis d'arbres odorants : orangers, jasmins, i-osiers. Du haut de ta 
casba on jouit d'un magnifique coup d'œil.D'un cùté, on a à ses 
pieds toutes les maisons; à gauche, on voit s'étendre les jardins; 
enfin, si l'on se retourne, aussi loin que l'œil peut percer, la mer 



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calme et bleue k. (" Grand marché d'oranges, mandarines, citrons 
et grenades, Hammamet est célèbre dans le monde indigène par ses 
essences de rose et de jasmin. 

Sa voisine, Nabeul, entourée de jardins plantés d'orangera, ci- 
tronniers, mandariniers, grenadiers et cédratiers, fournit égale- 
ment aux commerçants de la Régence une grande quantité d'eau 
et d'essence de fleur d'oranger. L'industrie est, en outre, très pros- 
père dans cette petite ville où l'on fabrique des tissus, des nattes 
de jonc et surtout des poteries expédiées jusqu'en Algérie et en 
Tripolitaine. Un industriel français a réussi à obtenir des potiers de 
Nabeul l'emploi de procédés modernes permettant une fabrication 
plus soignée, mais toujours cependant en conservant les vieux mo- 
dèles et les traditions anciennes.*^' L'abondance des produits du sol 
et l'activité de l'industrie font de Nabeul un centre commercial 
important. Plus dei 7.000 habitants sont agglomérés sur ce point. 
La colonie israélite,très nombreuse, détient une bonne partie des 
terres. 

Sous les Phéniciens, Neapolis était le lieu de débarquement des 
pi-oduits venus du golfe de Gabès, que l'on dirigeait ensuite par 
terre jusqu'à Carthage. Détruite en même temps que la capitale, 
elle devint colonie romaine sous Auguste. Pendant la période ara- 
bo-berbère, elle n'a jamais joué qu'un r(^le assez secondaire. Les 
charmes de son climat justement vanté, le pittoresque de sa situa- 
tion tendent à faire de Nabeul la région des hiverneurs qui recher- 
chent, avec la tranquillité, les senteurs d'un air balsamique sans 
cesse renouvelé par la brise du large. 

C'est ta que se rencontrent les hommes du Cap-Bon et ceux du 
Sahel, «la terre facile àcuItiver»,dontla principale ville est Sousse, 
au fond d'une baie laidement ouverte que l'art des ingénieurs a 
transformée en un port très sûr. Sa population dépasse 25.000 ha- 
bitants, dont 1.200 Français et 5.000 Européens. 

Chef-lieu d'un contrôle civil et d'une subdivision militaire, siège 

(0 Cagkat et Saladln : Voyage en Tunisie. 

(2) De nombreux échantillons des produits ainsi obtenus sont exposés dans le 
vestibule d'entrée du pavillon de l'exposition. 



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d'un tribunal civil, Sousse possède également un musée d'antiqui- 
tés phéniciennes et romaines justement renommé. 

Bâtie en amphithéâtre sur une colline qui r^arde la mer, com- 
plètement entourée par une muraille crénelée flanquée de toui-s et 
de bastions, Sousse olTre du large le meiveilleus panorama de ses 
maisons blanches, qui descendent en gradins des hauteurs de la 
casba jusqu'aux flots bleus de la Méditerranée. L'enchantement 



disparait quand on pénètre dans la ville par une des portes ouvertes 
dans l'enceinte. Pourtant, en gravissant les raidillons qui mènent 
dans le haut quartier, on rencontre.chemin faisant, quelques belles 
constructions arabes. La Grande-Mosquée, avec ses plafonds sou- 
tenus par des arcades sur pieds-droits, mérite de fixer l'attention. 
Quant au qsar Errais, sorte de chàteau-fort transformé en mederça 
où vivent quelques étudiants, c'est probablement une ancienne 
construction byzantine rebâtie au temps des Aghiabites. Le quar- 
tier des souks est loin de pouvoir être comparé à celui de Tunis. 
En dehors des remparts, le long de la mer, les Em'opéeDS ont 



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construit une ville nouvelle qui se développe avec rapidité. De 
larges avenues, quelques promenades plantées d'arbres, un square 
où se fait entendre la musique militaire, donnent à cette partie de 
Sousse l'aspect d'une jolie cité française. 

Respectant la ville indigène, le nouveau quartier s'étend vers le 
port, qui a été solennellement inauguré le 25 avril 1899. Le bassin 
d'opérations, long de 350 mètres, large de 400 mètres et profond de 
ô'" 50, a une superficie de quatorze hectares. Il est protégé contre 
les vents par une grande jetée de 670 mètres de long qui abrite aussi 
deux autres digues de 250 et 658 mètres, laissant entre elles un pas- 
sage de 70 métrés pour l'entrée des navires dans le bassin. Des 
quais ou perrés accostables complètent cet ensemble de travaux. 
Le long de la mer circulent des voies ferrées. Divers engins de le- 
vage sont mis à la disposition des bateaux pour le chargement et 
le déchargement des marchandises, qui peuvent être emmagasinées 
dans trois hangars couverts. Cette oeuvre a été accomplie pur la 
Compagnie concessionnaire du port de Tunis. 

Sousse étant le débouché naturel de toute la Tunisie du Centre, 
le mouvement des marchandises s'est élevé dès les premières an- 
nées à 84.000 tonnes. Le nombre des passagers a été annuellement 
de 7 à 8.000. Cet accroissement de tonnage ne se maintint pas et il 
parut bientôt indispensiible, pour l'avenir de la ville, de prolonger 
dans la direction de la frontière algérienne ta voie ferrée actuelle- 
ment construite jusqu'à Kairouaii seulement. Dès que le pi-ojet eut 
été décidé, des fonds furent prévus sur l'emprunt de quarante mil- 
lions contracté pour la réalisation du plan des grands travaux de 
colonisation. Les chantiers sont ouverts sur plusieurs points et dans 
quelques mois les locomotives pousseront jusqu'à Aîn-Mouiarès, 
gisement de phosphates qui est le point terminus de la ligne. Pour 
relier ce centre minier à la gare du Metlaoui, quelques kilomètres 
de rails seulement étaient nécessaires. La Direction des Travaux 
publics s'est arrêtée à une autre conception consistant à prendre la 
Tunisie en écharpe pour aboutir à Sousse comme point d'embar- 
quement, reliant ainsi au littoral Sbeîlla, Feriana, Kasserine et as- 
surant l'avenir de la colonisation dans le Centre. 

Les négociants du Sabel importent des céréales de toute nature : 



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farines el semoules, vins et spiritueux, tissus de coton ; ils exportent 
du blé et de l'orge, des huiits d'olives el de giignons, auxquelles 
s'ajouteront bientôt des milliers de tonnes de pbosphates. I_<es huiles 
sont manufacturées à Sousse dans de grandes usines installées avec 
tous les perfectionnements modernes et qui ont donné naissance à 
un faubourg industriel dans la partie sud de la ville. 

Sousse n'est autre que l'ancienne Hadrumelum, fondée par les 
Phéniciens. Après la prise de Carlhape, en i46, elle devint « civitas 
libéra » et fut enfin érigée en colonie sous l'empereur Trajan. Capi- 
tale de la Byzacéne ou Tunisie du Centre, elle joua un grand rôle 
pendant la période byzantine et devint sous les Arabes le siège d'une 
circonscription administrative. On ignore à quelle époque elle fut 
appelée Sousse. Les émirs aghlabites de Kuirouan (ix« siècle) la for- 
lifièrent et construisirent sa grande mosquée. L'invasion hilalieniie 
ayant arrêté le développement économique du Sahel, porta un coup 
funeste à la prospérité de Sousse (1033). Occupée au xn^ siècle par 
les Normands de Sicile, la ville tomba ensuite au pouvoir des Al- 
mohades, puis fut incorporée à l'empire liafside, subit la domina- 
lion turque(xv]«siècle)et reconnut ensuite l'autorité des beyshus- 
scïnites. Plusieurs fois bombardée par des escadres européennes 
pendant le xviii* siècle, Sousse eut particulièrement à soulfrir de 
l'attaque de l'amiral vénitien Emo,en 1784. Nos troupes y entrèrent 
sans coup férir en 1881, et depuis lors la tranquillité de la région 
a toujoure été complète. 

Pourtant, la population intligène est très dense dans la banlieue 
de Sousse, toute parsemée de grosses bourgades entourées d'oli- 
vettes, quelques-unes ti'ès pittoresques, comme Kulaat-Kebira, au 
sommet d'une émiiience qui domine la forêt d'oliviers du Sahel. 
Ses 4,500 habitants sont à peu près tous des indigènes vivant de la 
culture de l'olivier et du commeice des huiles. Kalaat-Kebira ne 
vaut que par sa situation, car ses ruelles n'olTrcnt aucun intérêt et 
nul édifice ne mérite d'y être signalé. 

Il en est de même pour M'saken, à quinze kilomètres au sud de 
Sousse, sur un chemin de fer qui ta met en communication avec le 
port du Sahel et permet le facile écoulement dos produits du sol. 
Cité indigène sans caractère bien particulier, M'saken compte en- 



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viron lOOOO habilan(s occupés à la culture des céréales et des oli- 
viers. Les Européens ont construit des liuileriesà vapeur qui trans- 
forment les olives et leurs grignons. 

A quelque distance, sur te littoral même, se trouve la petite ville 
de Monastir, dont la population comprend environ 8.000 indigènes, 
parmi lesquels vivent 300 Européens et une centaine de Français. 
Vue de la mer, avec sa grosse tour ronde et ses hautes murailles 
au-dessus desquelles se balancenl les palmes de gigantesques dat- 
tiers, Monastir est très pittoresque. De grandes plages de sable fin 
bordent ses remparts. Les musulmans y enterrent leurs morts et 
la plaine apparaît toute paiscmée de koubbas et de pierres tumu- 
laires. Sur une pointe exposée à l'assaut des vagues, la mer a dé- 
coupé de grands couloirs où l'eau s'engouffre avec fracas. Dans la 
ville même, aucun monument digne d'intérêt. Fréquenté surtout 
par des barques grecques pendant la saison de la pêche aux épon- 
ges, par des barques siciliennes qui viennent y prendre des sar- 
dines, anchois et allaches, le port de Monastir a un mouvement de 
7 à 12.000 tonnes de marchandises, enti ées et sorties réunies, en 
y comprenant les céréales et les huiles. En face de Monastir, à quel- 
ques centaines de mètres de distance, se trouvent trois îles. Dans 
l'une, la Tonnara,est l'établissement installé pour la pêche des 
thons et la fabrication des conserves de poisson. C'est la seule in» 
dustrie locale. 

Monastir doit probablement son nom à un monastère de l'époque 
byzantine, bâti auprès de l'aiiclenne ville romaine de Ruspina. 

Plus au sud s'élève Moknlne, reliée à Sousse par un chemin de 
fer, groupe de population de 7.000 habitants, parmi lesquels une 
vingtaine de Français. Du haut des terrasses de Moknine, on em- 
brasse le panorama de l'immense sebkha qui s'étend entre le Ras- 
Dimas et le cap Africa et qu'entoure de toutes parts la forêt d'oli- 
viers. C'est du produit de ces arbres que vivent les habitants de 
Moknine. D'importantes transactions sur les huiles et grignons y 
ont lieu chaque hiver. Quelques usines à huile y ont été construites. 
On cultive aussi dans les environs beaucoup de céréales. 

Mahdia, à la pointe du cap Africa, à 260 kilomètres de Tunis, à 
60 kilomèti'es de Sousse à laquelle elle sera bientôt reliée par une 



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voie ferrée, continuation de la ligne de Msaken-Moknine, est une 
ville de 6.000 habitants, dont quelques centaines d'Européens. Les 
paquebots mouillent en rade, à 500 mètres environ de la côte. Le 
mouvement annuel des marchandises est de 25 à 30.000 tonne»?. 
Comme les petits ports voisins, Mahdia exporte surtout des grains, 
des huiles et des grignoiis. C'est aussi un centre de pêche impor- 
tant, etl'on yprend beaucoup de sardines et d'allaclies. L'enceinte, 
construite par les Arabes, a été remaniée à diverses reprises, no- 
tamment par les Turcs. Aucun monument moderne, mais de nom- 
breux vestiges de l'antiquité, car les Phéniciens, et après eux les 
Romains, avaient utilisé la position du cap Africa. Le port, creusé 
dans le roc vif, formait un parallélogramme de 70 mètres de lon- 
gueur sur 50 mètres et communiquait avec la mer par une étroite 
ouverture. Les travaux furent utilisés plus Uird par te mahdi Obeïd 
Allah, qui fonda une nouvelle ville en 010 de notre ère et lui dornia 
son nom. Au xi* siècle, Mahdia était très prospère et son port fré- 
quenté par les navires d'Alexandrie, de Syrie et d'Espagne. Tombée 
aux mains des Normands de Sicile en 1148, elle fut reprise pur les 
Almohades en lltK), mais ne retrouva jamais son antique prospé- 
rité. Au xvie siècle, elle sera disputée par les l-^pagnols et les Turcs; 
à partir de ce moment, elle n'est plus qu'une cité d'importance se- 
condaire. 

En leur langue imngée, les indigènes désignent encore sous le 
nom de « perles du Sahel » toutes ces blanches cités que le génit- 
Irangais parvient peu à peu à faire sortir de leur long sommeil et 
auxquelles il rendra les splendeurs passées. 

Cette transformation est surtout sensible à Siax, qui occupe sur 
le littoral une position avantageuse à l'abii des iles Kerkenna. Chef- 
lieu d'un Contrôle civil, peuplée de 50.000 Imbitants dont 5.000 Eu- 
ropéens, parmi lesquels 1.500 Français, Sfax, bâtie dans la plaine 
avoisinant la mei', est à peine visible du large. On distingue confti- 
sément une ligne continue de liantes murailles d'où se détachent', 
à des intervalles très rapprochés, dos toui-s et <les bastions à moitié 
engagés dans les remparts. Derrière cette masse blanche se dé- 
roule, à perte de vue, une campagne d'un vert foncé semée de dis- 
tance en distance de points éclatants de lumière. Ce sont les in- 



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nombrables habitations indigènes disséminées dans les jardins où 
mûrissent, avec le raisin, la figue, la grenade, l'abricot, l'orange, la 
mandarine, le citron et le cédrat. Cette zone de culture fruitière 
n'a pas moins de 15 kilomètres de large. Au delà ce sont les im- 
menses étendues couvertes d'oliviers rangés comme des soldats en 
bataille. !■) 

Immédiatement au pied des remparts s'étend la ville des morts, 
dont la solitude forme un contraste frappant avec l'animation et ie 
bruit de Ja rue des Forgerons, qui longe aussi la muraille, mais à 
l'intérieur de la ville. C'est un des coins les plus vivants et les plus 
pittoresques de Sfax, avec la rue des Balcons et le quartier des 
souks. Les indigènes ne sont pas seulement serruriers et forgerons 
habiles, ils tissent également des étolfes diverses et fabriquent de 
la sparterie. C'est cependant la culture qui occupe le plus grand 
nombre, et les janlins sfaxiens sont justement réputés. 

Suivant le système adopté dans toute la Régence, c'est en dehors 
de ta ville arabe que s'est construit et que se développe le quartier 
européen. Le terrain où il s'est bâti a été gagné sur la mer. Quel- 
ques édifices publics contniits dans te style mauresque, notam- 
ment un hôtel de ville et un théâtre, des promenades et des ave- 
nues plantées d'arbres, enfm, tout à l'extrémité sud, un vaste jar- 
din public, déjà très curieux à visiter, permettent de se rendre 
compte de ce que sera bientôt la Sfax européenne. Au reste, entre 
les monuments surgissent, comme par enchantement, de nom- 
breuses habitations privées, surtout depuis que Sfax est reliée à 
Gafsa par un chemin de fer qui lui amène les phosphates du Met- 
laoui et donne à son port un doublement d'activité. 

Ce port, autrefois assez incommode, puisque les navires ne pou- 
vaient approcher du rivage, a été complètement refait par ta Com- 
pagnie concessionnaire de Sousse et Tunis, Il se compose aujour- 
d'hui d'un bassin d'opération de 10 hectares, creusé à fi"50 de pro- 
fondeur, d'un chenal de 22 mètres de largeur et de 3 kilomètres de 



«) L^s cartes exposées par la Direction de l'Agricalture montrent la progres- 
sion de celte culture dans la région sTaxIennc depuis le moment oii les terres 
sialines furent livrées à la colonisation. 



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longueur, creusé à la même cote, de deux murs de quais longs de 
594 mètres, eniin des chenaux alTectés à la petite batellerie et me- 
nant à des darses de 1.200 mètres et 5.600 mètresde superficie. Sur 
les terre-pleins sont établies des voles Terrées longeant des hangars 
destinés à abriter des marchandises. D'incessanls perrectionne- 
ments sont appoités à l'outillage et lui permettent de sufl'ire aux 
exigences chaque jour grandissantes du trafic. 

Inauguré le 25 avril i897, le nouveau port de Sfax a vu croître 
très rapidement son tonnage elTectif. Les exportations, limitées 
d'abord aux huiles, aux céréales et aux alfas, ont brusquement 
passé de 25.000 tonnes en 1898 à 85.000 tonnes en 1899, année où 
commença l'exploitation des phosphates de chaux de Garsa, et à 
500.000 tonnes en 1904. Aux importations on trouve des céréales 
de toute nature, des farines et semoules, des vins et spiritueux, 
enlin de la houille. Il est à remarquer que les importations ont plus 
que doublé de valeur entre 1892 et 1904. L'ensemble du mouve- 
ment commercial n'a pas été moindre de 558.000 tonnes à l'entrée 
et à la sortie en 1904. Le nombre des passagers a atteint 15.800 
pendant la même période. Les gisements de phospliales de Gafsa, 
qui sont maintenant en pleine exploitation, ont à eux seuls fourni 
l'an dernier un fret de plus de 550.000 tonnes. La Compagnie pré- 
voit même qu'elle pouira transporter dans un avenir peu éloigné 
plus d'un million de tonnes de phosphates au port d'embarque- 
ment. D'autre part, ses olivettes des terres sialines commencent à 
peine à lui envoyer leurs produits. L'avenir de ce port est donc 
considéi-able. 

C'est, en outre, un centre de pêche extrêmement actif. Plus de 
450 barques fréquentent Sfax, qui reçoit aussi, pendant la période 
de la pêche des éponges, une quarantaine de sakolèves grecques, 
300 bateaux siciliens et 350 barques tunisiennes. Celte population 
maritime représente environ 3.000 âmes s'approvisionnant dans la 
ville et y portant les produits de leurs'péclies. 

Le loyalisme de Sfax, depuis l'occupation, n'a jamais été soup- 
çonné. Les habitants semblent heureux des transformations opé- 
rées dans la région. Ils savent gré à la France d'avoir reconstitué 
l'antique forêt d'oliviers, d'avoir favorisé la colonisation des terres 



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sialines et procuré ainsi à de nombreux paysans indigènes de nou- 
veaux moyens d'existence. De toutes les œuvres accomplies par le 
Gouvernement de la Régence, aucune ne fut plus utile que cette 
rénovation du Sud tunisien dont Sfax a si laidement bénéficié pour 
le plus grand prolit de l'extension de notre influence dans les mi- 
lieux indigènes. 

Mais,pour donnera ces cités du littoral et aux régions dont elles 
sont les débouchés naturels toute leur valeur économique, une 
transformation dernière s'impose à l'attention du Gouvernement 
Tunisien. 11 semble aujourd'hui nécessaire qu'une décentralisation 
sagement comprise permetteàcbacun de ces groupements urbains 
de devenir un organisme complet, pouvant en quelque sorte se suf- 
fire à lui-même, n'élant plus étroitement ratlacbé à la capitule uu 
point de vue administratif et financier. Les mesures que viennent 
de prendre les Directions de l'Agriculture et de l'Office postal pour 
constituer à Sfax une véritable inspection du Sud et y organiser 
une sorte de sous-direction des communications postales et télé- 
grapliiques,rexîstence à Sousse d'un tribunal civil et d'une inspec- 
tion primaire constituent une précieuse indication sur la marche à 
suivre. Le moment semble venu de résoudre aussi le problème des 
modifications à apporter dans lu vie municipale par la conslilulion 
d'assemblées éieclives, par lu création de budgets locaux et de bud- 
gets de circonscriptions. Sfax, Sousse, lîizerte et même les elles 
de moindre importance puiseront dans ces réformes un regain 
d'énergie et poursuivront d'autant plus rapidement leur évolution 
dans le progrès économique et social. 



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CHAPITRE XIII 
Dans l'intérieur 

Se La Hanonba à Mataar. — A Tebonrba. — Let monnmsnU de Dongga. — La 
colonisation à lladjei-al-Bab et à Béja. — La plaine de Sonk-el-Arba. — Snr 
les montagnes dn Dyr. — An paye dei mines. — Les mosquées de Eaironan. 
— Zat^otum et le temple des eaux. 

Dépourvue de hautes montagnes, soumise à un régime de pluies 
violentes en hiver, rares en été, la Tunisie est un pays d'hydrogra- 
phie pauvre. On conçoit dés lors l'importance des deux seuls cours 
d'eau qui méritent le nom de rivières : l'oued Miliane et la Medjerda. 
C'est dans leurs vallées que !a partie de la population indigène vivant 
exclusivement des produits du sol trouve l'ensemble des conditions 
les plus propres à assurer son développement. Routes d'invasion, 
routes de commerce, ces longs couloirs facilitent les relations de 
Tunis avec l'intérieur de la Régence et avec le Maghreb occidental, 
contribuent puissamment à favoriser la mise en œuvre du sol tuni- 
sien par les colons venus d'Europe et expliquent la présence des 
bourgades ou des douars brusquement apparus au détour d'une 
colline. 

De Tunis à Ghardimaou, la Medjerda est aujourd'hui longée par 
un chemin de fer dont l'importance va chaque jour croissant. Aux 
abords de la capitale, le voyageur peut contempler de la fenêtre du 
wagon les jardins et les palais arabes de La Manouba, résidence 
d'été d'un grand nombre de riches indigènes attirés par la gaîté du 
paysage et la fréquence des communications avec Tunis. 

La vigueur de la végétation permet déjà de se rendre compte de 
l'avenir réservé à cette jolie bourgade quand sera réalisé le projet 
d'adduction des eaux de la Medjerda, actuellement à l'étude. Cul- 
tures fruitières et maraîchères pourront alors être pratiquées avec 
succès et favoriseront le peuplement de toute cette région si proche 
de la grande ville et pourtant encore si délaissée. 

Plus loin, dans la vaste plaine, se dressent les arceaux en ruines 
de l'aqueduc qui amenait autrefois à Carthage les eaux hmpides du 
Zaghouan. Au coucher du soleil, l'énorme amas de pierres prend 



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-232 - 

une coloration rouyeàlre du plus bel etîet. De grands eucalyptus 
annoncent l'approche de Djedeïda, « ia ville neuve b, simple hameau 
groupé autour d'un moulin qui utiUse l'ancien barrage jeté par les 
Romains en travers de la Medjenla. L'Alliance Israélite Universelle 
a rendu à la vie toute celte région en y installant une école pratique 
d'agriculture, qui a déjà fourni à la colonisation un certain nombre 
de contremaîtres et d'habiles ouvriers. 

C'est par Djedeïda que Tunis reçoit les vins et les céréales de 
Mateur,située à quelques kilomètres au nord, sur le chemin de fer 
qui aboutit à Bizerle. 

Mateur ne compte guère plus de 3.500 habitants, dont près de 
300 Français, mais elle tire une grande importance de sa situation 
au milieu d'une vaste plaine que transforme de jour en jour la co- 
lonisation européenne, f^a fertilité du terrain y est telle qu'il n'est 
guère d'année où les céréales, la vigne et l'élevage du bétail ne don- 
nent des résultats qui compensent largement les elForts «lu cultiva- 
teur, l'rineipal marché <le la tribu des Mogod, centre agricole de 
premier ordre, Mateur est construite avec les débris de l'ancien 
oppidum Malerense. La proximité du djebel Ichkeul, « la monUigne 
aux buflles », en fait un lieu de rendez-vous tout indiqué pour les 
amateurs de grandes chasses, d'autant que le gibier de poil et de 
plume abonde dans tout le caïdat. 

Cachée dans ses olivettes, Tebourba, peuplée de Maures anda- 
lous, tire sa richesse des arbres qui l'entourent. '" Â deux kilomè- 
tres de cette jolie bourgade, sur la Medjerda,au point désigné sous 
le nom d'El-Bathane, se voit encore un pont-bari-age de l'époque 
romaine, restauré au xv!!" siècle par des ingénieurs hollandais. 
Dans l'immense caserne qui domine le lleuve sont installés les Ser- 
vices de la Remonte. C'est là où se poursuivent en ce moment, sous 
la direction compétente d'un ingénieur des Travaux publics, les 
essais de filtration des eaux du lleuve avec des appareils perfec- 



U)A cet égard la documentai! on de l'cï[K>sition est très complète, et l'on voit 
tout le pai-ti que tiri; déjà l'industrie européenne des olivettes de Tebourba, en 
parcourant la salle où se ti-ouvent répartis les produits envoyés par les oléicul- 
teurs. 



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tiennes. La réussite de celle expéiience aura pour elTet de donner 
toute l'année aux ciLés et aux campagnes avoisinaut Tunis non seu- 
lement des eaux d'irrigation pour l'extension des cultures, mais 
probablement aussi des eaux potables, précieuse ressource dans un 
pays où pendant les longs mois d'été le ciel tarit complètement ses 
cataractes, où la terre desséchée semble jalousement cacher les 
sources dans ses plus secrètes profondeurs. 

Comme Tebourba, sa voisine Medjez-el-Bab est d'origine anda- 
louse.Il en est de même de Teslour, célèbre par sa mosquée au mi- 
naret carré surmonté d'une sorte de campanile à huit pans, enserré 
dans un revêtement de faience. Presque toutes les maisons de Tes- 
tour sont couvertes de tuiles, à la mode espagnole. Les Maures d'Es- 
pagne ont également fait souche à Teboursouk, où ils ont retrouvé 
les vestiges de l'ancienne domination romaine. Tout autour de cette 
modeste bourgade, l'archéologue est assuré de découvrir quelque 
ruine intéressante. A Aïn-Tounga, l'ancienne Thignica, on a re- 
trouvé une citadelle byzantine, un arc de triomphe, un temple et 
des citernes. Mais c'est surtout à Dougga que les civilisations an- 
ciennes oiïrent les plus nombreux et les plus intéressants sujets 
d'étude. 

Grâce à sa position à la fois forte et pittoresque, difficilement 
accessible <le la vallée, Thugga fut habitée de bonne heure, avant 
les Romains. De ces âges lointains, il ne reste plus guère d'autres 
vestiges qu'un grand mausolée à inscription libyco-punique, mutilé 
en iSiO par un consul d'Angleterre, M.Thomas Reade, qui voulut 
enrichir de la déilicace sa collection particulière. Nous savons mieux 
ce que fut la ville au iié siècle de notre ère. Sa prospérité à cette 
époque, où toutes les cités tunisiennes paraissent avoiratteint leur 
apogée, ressort nettement du nombre considérable de monuments 
qui s'élevèrent sur son territoire. Quelques-uns sont encore remar- 
quablement conservés, notamment le théâtre et le capitole. 

Récemment déblayé, le théâtre est presque intact, avec ses por- 
tiques, ses volutes, sa scène pavée de mosaïques, son liémicycle de 
gradins. On y voit les couloirs par où entraient et sortaient les spec- 
tateurs, les escaliers par où ils gagnaient leurs places. Des bancs de 
pien-es, on aperçoit le merveilleux panorama de la vallée du Krib 



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et la haute muraille des montagnes loinUtines formant comme un 
rideau de fond au-dessus duquel le ciel se déploie en un immense 
vélum. 

Le temple de Ca>lestis et le sanctuaire de Baai-Saturne ont subi 
davantage l'action du temps, mais le capilole a une façade encore 
à peu près intacte. De tous les monuments de Thugga c'est le plus 
élégant. Il fut bâti, de 160 à 169 de notre ère, par les deux frères 
L. Marcius Simplex et L. Marius Simplex Regillianus. Le fronton de 
la façade est supporté par quatre colonnes cannelées,à chapiteaux 
corinthiens, hautes de huit mètres environ. « La grande porte.dont 
lesmontantsmonolithess'élèventàsept mètres, l'aspect doré qu'ont 
pris les pierres sous l'ardeur du soleil et l'action des vents, en font 
un des édifices les mieux conservés de Tunisie et les plus heaux du 
monde entier. » 

I^ Service des Antiquités tunisiennes a entrepris de dégager ce 
temple des maisons arabes qui en cachaient la vue. Les travaux de 
déblaiement exécutés sur différents points de la ville ont mis à jour 
tout une parlie de l'ancienne Thugga, amenant ta découverte d'un 
nouveau monument public voisin du forum et d'importantes mosaï- 
ques, comme celle du cocher Eros, représentant un conducteur de 
([uadrige vainqueur aux courses, et celle de Vulcain foi^eant, avec 
les Cyclopes, le bouclier d'Enée. Près de trois cents textes épigra- 
pliiques, dont quelques-uns très importants, ont été également re- 
levés. 

Toutes ces découvertes prouvent déjà combien l'œuvre accomplie 
àThugga est intéressante, mais laissent aussi supposer que la con- 
tinuation des travaux réserverait des surprises nouvelles. "* II faut 
pour mener à bonne fin la tâche commencée beaucoup d'eflbrLs et 



(•I Les fonilles oot été conduites en IS99-1900 par M. Homo, membre de l'Ecole 
française de Rome ; en I90t-I!t03, par M. Merlin, lui aussi memtire de la même 
Ecole et actuellement directeur du Service des Antiquités en Tunisie, où il a suc- 
cédé à M. Gauckler. On doit à M. le docteur Carton, médecin major au 4' tirail- 
leurs,qui s'est tout spécialement occupé démettre à jourles monuments de Doag- 
ga, le meilleur travail d'ensemble sur cette cité si riche en souvenirs de toute 
sorte. La reproduction des principaui monuments, exposée par )e Service des 
Antiquités, montre mieux que toute description l'état actuel des travaux de dé- 
blaiement. 



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d'argent.On ne peut donc que souhaiter à laDirecUon desÂntiquitéa 
d'avoir désormais un crédit annuel suflisant pour remettre en va- 
leur ces monuments. Si la Tunisie n'est pas assez riche pour payer 
sa gloire, peut-être serait-il possible d'obtenir que la France ins- 
crive Thugga sur la liste des crédits annuels alloués pour les fouilles 
en Grèce, en Perse ou en Asie Mineure. C'est le seul moyen de mener 
à bonne fiii les travaux entrepris afin de conserver et dégager ces 
ruinés assez importantes pour mériter déjà à Dougga le nom de 
, Pompéi africaine. 

Pays de ruines, cette région tunisienne oiïre aussi par contraste 
le spectacle d'une activité agricole d'autant plus grande que l'on 
remonte vers le nord et que l'on approche de Béja. 
. Le caldat de Medjez-el-Bab, naguère encore inhabité par les Eu- 
ropéens, ne compte pas moins de 140 fermes françaises sur 38.800 
hectares. Dans un excellent rapport adressé récemment au Rési- 
dent Général, M. Emile Violard a longuement décrit les principaux 
domaines créés sur le territoire du caîdat : Chassar-Tefaha, Oued- 
Zarga, EI-Baharine, Ksar-Tyr, Bou-Arada, sans parler de ce centre 
agricole du Goubellat où nos compatriotes ont réalisé de véritables 
prodiges. La Direction rie l'Agriculture a mis de nombreuses terres 
dans cette région à la disposition de la colonisation française. Un 
autre fait contribue au développement de nos entreprises agricoles : 
c'est le démembrement des grands domaines. « Les gros proprié- 
taires morcellent et mettent en vente leurs terrains par lots déplus 
ou moins d'étendue. Cela tient non seulement à l'énorme dépense 
qu'exige la mise en valeur de surfaces de 5.000 ou de 9.000 hecta- 
res, mais aussi fort souvent au manque de main-d'œuvre agricole. 
Les grands propriétaires, en préparant le terrain pour fonder en- 
suite la petite exploitation et la petite ferme française, auront été 
— peut-être sans le vouloir — les pionniers de la colonisation agri- 
cole, a*" 

Plus encore qu'à Medjez-el-Bab, nous voyons dans les campagnes 
de Béja les résultats des patieuts elîorts de la colonisation euro- 

(IJ Ehilb Violard : La Tunisie du Nord : Le Contrôle civil de Bfja. Rapport à 
M. le Itésident Général S. Picbon, p. 8ô et ssq. 



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péenne. Située à 120 kilomètres à l'ouest de Tunis et reKée par un 
embrancliemeiit de 13 kilomètres à Pout-(ii!-Tnijan, Béja est une 
station du cliemii de fer d'Algérie sur ta Medjerda.à lOi kilinnêtrcs 
de Tunis. La population est d'environ 12.(X)0 habitants, dont 300 
Français. Construite sur une colline aux pentes abruptes, la ville 
indigène s'abrite dous les murs de la casba. Une ligne de remparts 
flanqués de tount massives enserre complètement le dédale, des rues 
tortueuses et étroites, vrais sentiers de cbèvres, entre des maisons 
basses du milieu des()uelieB surgissent v» et là quelques ruines du 
temps passé. Car, dès l'époque romaine, sous le nom de Fa^a, elle 
Tut une eité considérable. Municipe au début de l'empire, elle devint 
colonie sous Seplime-Sévère.en 209. Les lïyzantins y construisirent 
lacitadelle et l'enceinte actuelles. Pendant lu période arabo-berbère, 
elle eut à subir bien des assauts, car sa richesse tenta toujours les 
pillards. Les heys de la dynastie husseinile y firent construire un 
« bardo», et chiique année l'expédilion chargée de recouvrer les im- 
pôts dans le nord de la Régence faisait un long séjour dans cette 
rési lencc. Quatre portes principales permettent de pénétrer dans 
Béja. Au pied des remparts s'étend le quartier européen, gioupé 
autourdelagai'e.Cher-lieud'un contrôle civil, Béja<levieiitun centre 
important de colonisation. 

liongtemps méconnu de nos compatriotes, redouté même à cause 
de ses basses vallées où sévissait la tière paludéenne, le pays de [téja 
avait été déclaré impropre à certaines cultures, la vigne par exem- 
ple. Or, voici que depuis quelques aimées les environs de la vieille 
ville SI justement célébrée par les géographes ai'abes pour la fécon- 
dité de son territoire ont pris une physionomie nouvelle. Du haut 
de la casbiijil est facile de se lendre compte des changements sur- 
venus dans la campagne. Aussi loin que s'étend la vue, apparais- 
sent des espaces cultivés formant au début de l'été comme un vaste 
damier dont les multiples colorations témoignent de la vaiiélé îles 
plantes ensemencées. El la beauté, la vigueur des céréales sur pied 
laissent partout devinei- l'emploi des moyens scicntiiiqiies, l'usage 
des insirumeiits aratoires perfectionnés. 

Le concours agricole qui, au mois de mai de l'amiée dernière, 
a réuni dans Béja les colons et les indigènes venus de toutes les 



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parties de la Tunisie, a témoigné grandement de l'excellence des 
résultats obtenus soit dans la culture, soit dans l'élevage du gros 
bétail. On n'avait pas encore présenté à un jury tunisien d'aussi 
beaux représentants des races chevaline et bovine et, remarque in- 
téressante à faire, nombre de récompenses ont été décernées à des 
propriétaires indigènes. Au contact du colon français, les éleveurs 
musulmans améliorent donc, peu à peu, leurs méthodes. Le récent 
concours agricole de Mateur a prouvé de façon plus complète encore 
la bienfaisante influence exercée à cet égard sur les paysans indi- 
gènes par les agriculteui's français. 

En dépit des prophètes de malheur, il s'est trouvé de courageux 
colons pour démontrer par l'exemple la possibilité de joindre la 
vigne aux céréales sur le gras terroir de Béja et d'y créer même 
des cultures fruitières capables de fournir un sérieux appoint aux 
ordinaires ressources d'une exploitation rurale. 

Toutes ces initîativesont eu poureffet non seulement d'augmenter 
le bien-être général, mais encore de contribuer à l'assainissement 
de la région. La fièvre recule devant la charrue, ne laissant derrière 
elle que le pénible souvenir de ses méfaits d'antan. 

Sachant bien que le perfectionnement de la technique agricole 
est lié à l'abondance plus ou moins grande des capitaux, un de nos 
compatriotes") a aussi oi^anisé, avec quelques amis, une associa- 
tion coopérative ayant pour objet la construction et l'exploitation 
en commun d'un cellier où, avec des frais réduits au minimum, 
sera fabriqué le vin de tous les domaines intéressés. Première ap- 
plication en Tunisie d"un principe de solidarité dont les bons effets 
se font déjà sentir dans l'Italie du Sud et dans le midi de la France ! 
Puisse cette heureuse innovation être mise en pratique dans tous 
les petits centres de colonisation de la Régence ! Le salut du culti- 
vateur peu fortuné est dans le développement progressif des insti- 
tutions de coopération et de mutualité. C'est peut-être aussi par 
elles que le Gouvernement du Protectorat parviendra quelque jour 
à résoudre le difficile problème du peuplement des campagnes tu- 
nisiennes par une foule nombreuse de solides paysans français. 

(') M. Vacherot, professeur agrégé an Lycée de Tunis. 



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— ?38 - 

Des collines de lîéjj) à l'étendue plate oii se développe Souk-el- 
Arha, « le marclié <lii morcreili », il n'y a {îuère que <|uel<|ues kilo- 
mètres. Chef-lieu d'un contiôle civil et station de la vallée de la 
Medjei-da au point de croisement de la route de Tabarc:i, Aïii-Dr*- 
ham, Le Kef, avec la voie ferrée ijui mène en Algérie, Soiik-el-A iha 
compte 1 .500 liabilants environ, en majorité Européens. Les Fraii- 
(.ais sont au nomhre de plus de 500.'" Cette petite cité, avec ses 



LOl-BD SSAR, PRRS DB BBJA 

laides avenues et ses habitations toutes neuves, est d'ailleurs co- 
quette. Son développement est rapide, bien que ce soit un des 
points les plus clinuds du nord de ta Tunisie. Le mouvement des 
échanges est très important, surtout au moment de la récolte des 
céréales. 

Il n'y avait là autrefois qu'un simple marché arabe tenu en plein 

(f) l.r>00 dans touto l'éleodue du contrôle. 



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air. Les Romains s'étaient élabliB â quatre kilomètres au nord, en 
un point appelé Bulla Regia, où les sources étaient abondantes, 
et qui fournit actuellement à Souk-el-Arba l'eau d'alimentation. 
Selon leur constante habitude, les Romains avaient préféré un site 
éloigné du fleuve, adossé à une colline où l'air était pur et le pano- 
rama plus riant. 

C'est le désir d'être à proximité de la voie ferrée qui a décidé le 
mouvement en sens inverse vers la Medjerda. Par suite, l'empla- 
cement de ta moderne Souk-el-Arha n'olTre guère de motifs aux 
poéliques rêveries et répond seulement aux préoccupations utili- 
taires qui guident le colon dans son choix. Malgré les avanlages de 
la situation, la jeune cité vécut ignorée pendant les premièies an- 
nées du Protectorat. M. Emile Violard a donc raison de <lire qu'il 
eût été certainement possible de faire mieux dans la région de 
Sonk-el-Arba, mais il ajoute aussitôt comme correctif «que les 
jours sombres semblent avoir disparu et que tout le monde. Admi- 
nistration, Cliambre d'Agriculture, Chambre de Commerce et dé- 
légués de la cil-conscription se sont énergiqaemeiil mis à l'œuvre 
afin de remédier à la situation précaire dans laquelle se trouve la 
ville et la région qu'elle dessert ». Déjà l'on peut dire de ce ccnlre 
qu'il renaît à la vie et qu'il n'aura~ bientôt plus rien à envier aux 
autres cités de la Tunisie du Nord où l'élément français est forte- 
ment enraciné. 

fjQ plaine tunisienne de la Medjerda présente en elTet beaucoup 
d'analogie avec la plaine algérienne du ChélilT. Comme celle-ci, 
elle renferme les éléments de la prospérité agricole, et sa richesse 
sera considérable quand le plan des travaux hydrauliques étudié 
par la Direction des Travaux publics aura pu êli-e réalisé. 

11 n'est pas inutile de faire remarquer que dès maintenant, sur 
le territoire du contrôle civil de Souk-el-Arba, sont nés et se déve- 
loppent des centres comme Ghardimaou, Oued-Meliz, Souk-el- 
Khemis, Tabarca, Aîn-Draham, qui n'existaient guère que lie nom 
avant l'établissement du Protectorat. Les étrangers ne possèdent 
pas 2.0(X> hectares dans cette région, contre plus de 10.000 aux 
Français. 

C'est l'unique souri de la défense qui engagea les Arabes à se 



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— 240 — 

maintenir au Kef et à en utiliser les conslructions anciennes. Cette 
ville, eu effet, accrochée à la montagne du Dyr, commandait la 
route d'Algérie avant la consLiuction du chemin de ter de la Mcd- 
jenla. Habitée par 6.000 indigènes et quelques centaines d'Euro- 
péens, elle est le siège d'un contrùle civil et d'une justice de pais. 
Le Kef présente l'aspeclordinaire des villes arabes en montagne. 
Elle est défendue par une casba et entourée d'une enceinte forti- 



fiée, aujourd'hui sans valeur militaire. A l'intéiieur de la vilie, 
c'est toujours l'inextricable fouillis de ruelles serpentant entre des 
cubes blanchis à la chaux. Quelques bâtiments administratifs et 
un petit nombre de maisons européennes donnent à certains quar- 
tiers une physionomie plus moderne. Pas d'industrie spéciale. 



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Le Kef s'appelait autrefois Sicca Veneria et fut une colonie dès 
le début de l'empire romain. Les citoyens en étaient inscrits dans 
la trihu Quirina. Plusieurs ruines témoignent encore de sa splen- 
deur à cette époque. Sous les Byzantins, Sicca parait avoir été assez 
prospère et l'on a retrouvé à Dar-e!-Kous une importante basilique 
chrétienne. A partir de l'époque arabe, Le Kef est mêlée à toutes 
les luttes des tribus qui l'avoisinent. Les armées algériennes et 
tunisiennes s'y rencontrèrent fréquemment. En 4694, Mohammed, 
bey deTi(nis,y fut complètement battu parles Algériens qui furent 
également victorieux d'Ibrahim en 1705. La dernière rencontre 
importante entre les deux partis eut lieu en -1807; cette fois, les 
Algériens furent vaincus et s'éloignèrent précipitamment du Kef. 
En 1881 , nos troupes y entrèrent sans coup férir. 

Le mouvement d'affaires y progresse rapidement depuis la cons- 
truction d'une voie ferrée s'embranchant sur la ligne qui amène à 
Tunis les phosphates de Kalaat-Senane et Kalaat-Djerda. Il est à 
prévoir que le long de ces nouvelles voies de pénétration de nom- 
breux colons s'établiront, car bien des points sont propices à l'é- 
levage du bétail, aux cultures variées, à l'industrie minière. La 
rudesse du climat pendant la saison d'hiver constitue en outre un 
avantage appréciable pour les colons originaires des régions mon- 
tagneuses de la métropole. Enfin, les pluies sont suflisantes et le 
sol n'est pas ingrat. '" 

Et puis, que de belles choses à admirer dans ces hautes terres 
de la Tunisie centrale, soit que du Kef l'on descende vers Mactar, 
soit que de Gafsa on remonte vers Kasserine et Sbiba pour abou- 
tir au Biirgou et à l'oued Miliane ! C'est ici le véritable a pays des 
ruines». 

Voici riienchir Lorbeus avec son enceinte byzantine, de forme 
rectangulaire, que flanque une citadelle avec donjon. Au milieu 
des forêts qui l'environnaient au vi« siècle, elle comptait parmi les 
meilleures places fortes de l'Afrique. Ses ruines considérables at- 
testent son importance passée et les vues qui s'ouvrent du haut de 
ses tours disent sa valeur stratégique. Au reste, tout le pays a été 



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- 249 — 

couvert de forteresses par les Byzantins. I! n'est pour ainsi dire au- 
cun point offrant des facilités pour la défense sur lequel ils n'aient 
élevé leurs solides murailles construites en grand appareil. A Zan- 
four, leurs fortifications sont encore visibles, mais les plus curieux 
monumenis datent de l'époque romaine : arc de tiiomplie, portes 
monumentales, théâtre, temple, mausolées. Sur le plateau d'Ellez 
s'allongent des alignements mégalithiques semblables aux fameux 
dolmens île Locmariaquer (Morbihan), témoignant ainsi qu'à dos 



époques très reculées les races d'hommes habitant les solitudes des 
plateaux tunisiens et les landes de l'Armorique avaient une civili- 
sation analogue. 

C'est à Mactar, pays bien arrosé, que les anciens conquérants du 
sol tunisien paraissent avoir eu les installations les plus vastes, car 
les ruines y abondent. Des inscriptions puniques ont été relevées 
en grand nombre, et plusieurs mausolées dont l'un, bien conservé, 
comporte un étage teiminé en pyramide, des arcs de triomphe, un 
temple et les arcades d'un aqueduc qui amenait dans la cité des 
eaux rafraichissanles. 

Tala, aujourd'hui connue surtout par la richesse de son sol en 



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minerais divers, est devenue le chef-lieu d'un contrôle civil grou- 
pant plus de 60.000 indigènes. Déjà, dans l'antiquité, elle portait le 
même nom et devait être une riche cité, mais peu de vestiges at- 
testent son ancienne prospérité. C'est plus à l'ouest, à Haidra, que 
la curiosité des touristes est amplement satisfaite, car les ruines 
sont encore bien conservées. Ville ouveite, Haîdra était protégée 
par une énorme citadelle formant un quadrilatère irrégulier qui 
barrait la grande route de Cartbage à rAei'Cs(e(Tébessa). Les mu- 
railles, liautes et crénelées, bari'ées de distance en distance par des 
tours, sont construites en blocs équatris ; mais, dans leur hâte de 
terminer la forteresse, les Byzantins, empruntant aux niines les 
matériaux qu'ib rencontr.iient, sans distinction de choix, inlerca-. 
lèrent dans les assises régulières des fragments d'inscriptions, des 
architraves, des débris de corniches, des colonnes, des chapiteaux. 
Les murs de la grande basilique furent partiellement enclavés dans 
l'enceinte qui servait à la fois de protection et de i-efuge aux babi-> 
tants. 

Un arc de triomphe construit 50us Septime Sévère est encore 
presque intact, mais les Byzantins l'utilisèrent également pour la 
défense et l'enveloppèrent d'une gaîiie en pierre de taille, le trans- 
formant en une sorte de donjon. 

Tout autoui'de l'enceinte fortiliée s'étendait la ville avec ses ba- 
siliques, ses arcs de triomphe, son lhé;Ure, ses quuis sur la rivière. 
Il est encore facile de retrouver certaines rues et d'avoir l'impres- 
sion du pian d'ensemble. Toutefois, le plus curieux monument reste, 
sans contredit, la citadelle, qui mesure plus de 200 mètres de long 
su r 1 10 mètres de large. 

Surl'emplaeement de la Ctlltum romaine, aujourd'huiKasserine, 
les Byzantins édifièrent aussi des forteresses, dont trois sont encore 
visibles, voisinant avec les vestiges des civilisations précédentes : 
arc de triomphe portant le nom de la cité, église et mausolée à 
trois étages sur la façade duquel est gravé un poème d'une centaine 
de vers en l'honneur de Flavius Secundus, enfin un autre mausolée 
presque complètement ruiné. C'est à ces deux derniers édifices que 
la bourgade actuelle doit son nom, car le mot Kasserine veut dire 
en langue arabe « les deux châteaux ». 



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Pour retenir les eaux d'irrigatioo, les Romains avaient élevé, un 
peu plus au sud, un barrî^e qui pourrait èli-e encore utilisé pour 
rendre à cette pittoresque régiou sa fertilité d'autrdbis. 

A quelques kilomètres de Kasserine se dresse le djebel Chambi, 
haut de 1.5G0 mètres, le point culminant de U Tunisie, dominant 
de sa masfie tout le plat pays environnant jusqu'à Feriana, bâtie 
auprès de Medinet-el-Kedima, qui recouvre les ruines de Thetepte, 

Occupant une admirable position stratégique, la puissante cita- 
delle de Tbelepte barrait absolument l'étroit défilé par lequel l'oued 
Itou-Haya coule vers le sud. L'enceinte de Theleple est complète- 
ment ruinée, mais le plan en apparaît nettement. Non loin de là se 
trouve une basilique à cinq nefs, un tliéiître en mauvais élat, des 
lliermes construits en blocage qui ont encore belle appai-ence et 
sont de vnsle dimension. Ënfm, de nombreuses ruines d'exploitji- 
lions agricoles ayant chacune un pressoir à huile couvrent au loin 
le plateau jadis peuplé et fertile s'étendaul vers le nord-est jusqu'à 
CiiliumetSufetuln. 

Slieitia (S u felula} esl devenue célèbre parla victoire des Anbcs 
sur le patrice Grégoire, général byzantin qui s'ékiit rendu indé- 
pendant et s'était taillé un empire en Byzacéne, c'est-ànlire dans In 
Tunisie centnile.Pays de ruines comme toutes les bourgades voi- 
sines, Sbeltla, bâtie sur un plateau que contourne un i oued > cou- 
lant entre des beiges escarpées, offre au touriste le spectacle de 
son temple trigéminé, dont on vante justement l'aspect imposant et 
les harmonieuses proportions. C'était peut-être un capitoie. On y 
pénétrait par une porte triomphale que précédait une vaste place 
dallée. L'édifice central, décoré d'un ordre composite, était sans 
doute réservé à Jupiter; les temples de droite et de gauche, d'ordre 
coi'inthien, pouvaient être consacrés à Junon et à Minerve. Avec 
le temple de Dougga, les monuments de Sbeltla sont considérés 
comme les plus remarquables de tous ceux qui subsistent encore 
en Tunisie. Parmi les innombrables ruines éparses sur le sol de 
Sbeltla, il faut distinguer spécialement le pont-aqueduc qui en- 
jambe l'oued. 

A Sbiba (Safes), sur un mamelon dominant la plaine et la vallée 
de l'oued Rohia et d'où l'on commande également la large coupure 



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qui s'ouvre vers le su<î, les plateaux s'étendant vers l'est et le col 
où passe une piste venant de Tala, fut bâtie par les Byzantins une 
forteresse moins importante que celles dont il est fait mention plus 
haut, mais dont les murailles sont encore en grande partie visibles. 
Dans cette région actuellement si déserte, les eaux recueillies dans 
un édifice en forme de fer à cheval, abondaient, ainsi que les fruits, 
au témoignage même du géographe arabe El Bekri. On y remarque 



CHAMEAUX LABOURANT 



une mosquée portant le nom du fondateur de Kairouan : Djama 
Sidi-Okba, et datant des premiers temps de la conquête. Bâtie avec 
des matériaux anciens, elle compte huit nefs. 

il faut remonter vers La Kessera pour trouver un pays à la fois 
pittoresque et fertile, où l'eau ruisselle, où la verdure s'épanouit, 
où le touriste, après la traversée des steppes de Feriana et de Sbiba, 
peut, selon la forte expression des Arabes, «se rafraîchir les yeux» 
au spectacle d'une nature souriante et aimable. Dans la forêt de 
pins d'AIep et de chênes verts qui couvrent environ 20.000 hec- 



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-HiG — 

tares, les smigliers sotil en grand nombre. C'est un admirable pays 
de chasse. 

Les phénomènes d'érosion et de plissement des diverses couches 
calcaii-es ont amené la formation de tables aux pans abrupts, l'é- 
boulis de rochers gigiinlesqiies, la contorsion des vallées étroites. 
C'est dans une des parties les plus tourmentées que s'est bâti le 
village de La Kessera, tout entouré d'oliviers et de sources, près 
d'une forteresse byzantine établie dans une position incomparable, 
au bord du plateau, sur la loiite qui met la région de Mactar en 
communication avec le sud. 

De Mactar, il est possible de gagner la haute vallée du Bargou, 
massif montagneux dont le point culminant atteint près de treize 
cents mètres. Des bouquets de pins d'Alep, toute une végétation 
buissonneuse, couvrent les fiancs de la moiilagne, découpés de la 
fiiçou la plus imprévue par le lent travail des eaux de pluie et des 
vents. Les sources abondent dans ce terrain jurassique, a tel point 
que la ville de Tunis est allée chercher dans celte sauvage région 
distante de 120 kilomètres le complément nécessaire à l'alimenta- 
lion de ses habitants, insuKisamment pourvus par Zagbouan et le 
âjeijel Djouggar. Un tunnel de plus de six kilomètres a été creusé 
dans la montagne pour livrer passage aux eaux sorties des en- 
trailles du .sol. C^es importants travaux sont dès maintenant une des 
curiusilés de la région et rivalisent avec les chefs-d'œuvre hydrau- 
liques des Romains. 

Si les beaux sites sont nombreux autour du Bargou, on y ren- 
contre également des ruines fort intéressantes. C'est en effet à quel- 
ques kilomètres vers l'est que les Byzantins avaient édifié le cbàteau- 
fort de Lemsa.un des mieux conservés de la Régence, celui dont 
la vue produit Timpression la plus vive. Long de 31 mètres, large- 
de 29 mètres, ayant encore des mui-s de 10 mètres de hauteur par- 
tout garnis de créneaux, il est, en somme, presque intact. «A me- 
sure qu'on approclie,dit M.Dield, l'encliantement grandit; sans 
doute, tout le front sud-est de la citadelle est rasé jusqu'au sol ; 
sans doute, quelques brèches endommagent partiellement les 
courtines : l'etïetld'ensemble n'en est pas moins saisissant. Et le soir, 
lorsqu'à la llamme des grands feux allumés dans le campement, 



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les remparts byzantins, noyés d'ombre, s'ôcluircnt parfois îles tueurs 
fantastiques; lorsque, dans la vaste plaine déserte, nul bruit, nulle 
présence importune ne réveille la notion du temps un moment 
abolie, alors, pour quelques instants, le passé semble revivre, et l'on 
s'étonne, entre les massifs créneaux, de ne plus voir scintiller l'ar- 
mure des archers, de n'entendre plus sur le chemin de ronde ré- 
sonner le pis des sentinelles et par la porte ouverte de ne plus voir 
défiler le solide escadron des catapliractaires byzantins ». 

Vision des temps passés, dernier anneau de la chaîne de souve- 
nirs qu'évoque cette étrange région de laTunisie centrale, autrefois 
si vivante, si prospère, puis recouverte pai-Ies envahisseurs arabes 
d'un linceul de mort! Mais les temps sont proches où les touristes 
d'abord, les colons ensuite, rendront à la vie ce » pays de ruines» 
où tant de grandes choses furent accomplies par nos lointains de- 
vanciers. 

Cet arête montagneuse formant la dorsale qui, de Tébessa, s'al- 
longe dans la direction du cap Bon, s'incline doucement vers le 
sud pour se confondre peu à peu avec la plaine où sommeille Kai- 
rouan sous les blanches coupoles de ses mosquées. 

Elle reste assez éloignée de la cité sainte pour que celle-ci appa- 
raisse comme isolée dans un désert sans lin. 

Dans le vaste espace dénudé où un caprice de son fondateur l'a 
placée, Kairouan a un aspect saisissant avec ses hautes murailles, 
ses innombrables dômes, ses minarets carrés, lourds et massifs. 

Reliée par un court embranchement à la ligne qo[ va de Sousse 
à Aîn-Moularès, la ville renferme 20.000 liabitants, dont 250 F'ran- 
çais environ. Cinq portes principales mènent à l'intérieur, où l'on 
retrouve le spectacle de toutes les villes arabes, c'est-à-tlire des 
nielles tortueuses et étroites hordéeii de boutiques grandes comme 
des boîtes, où les marchands sont accroupis à la turque. Kairouan 
a également des souks où l'on vend des étoiles, des tapis, de la sel- 
lerie ornementée de broderies d'or et d'argent, où l'on fabrique des 
milliers de babouches en cuir jaune, mais ce quartier si vivant ne 
produit pas l'impression d'une visite aux souks de Tunis. Ce qui 
fait l'originalité de Kairouan, ce sont ses édifices religieux : koubba, 
zaouïa, mosquées. De ces dernières, la plus célèbre est la Djemaà- 



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Kebira, « la grande mosquée «jClonta te haut minaret domioe la 
ville et le désert qui l'isole du rnoode. C'est un immense et pesant 
bâtiment soutenu par d'énormes contreforts, une masse blanche, 
lourde, imposante, belle d'une beauté inexprimable et sauvage. En 
y pénétrant apparaît une cour magnifique enfermée par un double 
cloître que supportent deux lignes élégantes de colonne romaines 
et romanes. 



UN DBS FILIKHS DB LA GRANDB HOSQUER DE KAIROOAN 



•I La mosquée proprement dite est à droite, prenant jour sur 
cette cour par dix-sept portes à double battant. C'est un temple 
démesuré qui a l'air d'une forêt sacrée, car cenl quatre-vingts 
colonnes d'onyx, de porphyre et de marbre supportent les voûtes 
de dix-sept nefs correspondant aux dix-sept portes. 

« La chaire, en panneaux curieusement fouillés, donne un ellét 
très heureux, et le mihrab, qui indique La Mecque, est une riche 



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-849- 

niche de marbre sculpté, peint et doré, d'une décoration et d'un 
style exquis. ><•' 

Le minaret a cent quatre-vingt-neuf meut;hes. C'est de là-haut 
que Kairouan apparaît bien dans son majestueux isolement, toute 
éblouissante de blancheur au milieu du vaste désert jaune, t Cet 
horizon vide et triste est plus poignant que le Sahara lui-même, i 
Hors de la ville, à un kilomètre à peine, s'élève la mosquée de Sidi- 
Sahab Qe barbier du Prophète), édifice coquet, gracieux, où l'on 
peut admirer de merveilleux panneaux de faïence antiques, de fines 
sculptures sur plâtre ajouré et une grande belle cour aux arcs eii 
fer à cheval retombant sur des colonnes romaines. 

La mosquée des Sabres, avec ses cinq dômes, est moins origi- 
nale; quant aux zaouïa, elles sont trop nombreuses pourétre citées. 
Dans l'une d'elles, les Aissaoua se livrent à leurs exercices de jon- 
glerie sauvage. 

Entre le rempart et la station de la voie ferrée, le Gouvernement 
du Protectorat a construit quelques édifices publics autour desquels 
se sont groupées des habitations particulières. C'est la nouvelle 
Kairouan, vivant auprès de l'ancienne sans la pénétrer. 

Il n'y a plus guère d'industries dans la cité sainte. La réputation 
des fameux tapis aux teintes éclatantes est compromise depuis 
l'emploi des couleurs d'aniline. Cordonniers, selliers et tisserands 
ne satisfont guère qu'aux besoins locaux. 

Le mouvement commercial dépend de l'abondance ou de la ra- 
reté des pluies. Quand les immenses plaines qui entourent la ville 
laissent mûrir le grain, de longs convois de céréales se dirigent 
vers Kairouan, où se tient pendant plusieurs semaines un impor- 
tant marché; quelques halles d'alfa, de laines et de peaux y sont 
aussi l'objet de transactions. Longtemps négligé, l'élevage du cheval 
tend à reprendre son importance première. De magnifiques échan- 
tillons de la race barbe apparaissent aujourd'hui dans les foires 
annuelles. 

L'accroissement de trafic du port de Sousse et l'amélioration 

HlGot DB Maupassant: La vie errante. 



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générale de la situation économique du Sahel ne peuvent manquer 
d'a%'oir une heureuse répercussion sur l'avenir de Kairouan. 

Fondée en 669 par Sidi Okba, Kairouan devint le siège des gran- 
des administrations quand les Ai-abes organisèrent rATiique du 
Nord. Souvent prise et reprise, détruite presque entièrement p;ir 
les Kharedjites, Kairouan eut à subir bien des assauts avant que la 
dynastie aghlabile Ht d'elle une véritable capitale (ix« siècle), en la 
dotant de la plupart de ses monuments et en y amenant les eauK 
dans d'immenses citernes connues sous le nom de Madjeb-el-Kebtr, 
aujourd'hui bassins des Aglilabites. La Tonilation de Mahdia (916) 
porta un premier coup à la prospérité de Kairouan. Au xi^ siècle, 
elle était encore grande ville et renfermait quarante-huit bains. 
Quand Tunis eut été choisie par les Hafsiilcs comme capitale de leur 
empire, le caractère de cité sainte qu'avait la ville de Sidi Okba 
s'affirma davantage.Kairouan devint uneautre La Mecque. En 1881, 
les troupes françaises y pénétrèrent sans coup féiir. Nos tirailleurs 
indigènes se précipitèrent pour faire leurs dévotions dans les mos- 
quées; d'autres soldats les suivirent, et depuis lors les mosquées 
sont ouvertes aux non-musulmans. 

Tandis que Kairouan oITre le speclacle d'une ville poussée en 
plein désert, Zaghouan procure l'illusion de quelque site ravissant 
d'Italie ou d'Espagne que la baguette d'une fée aurait brusque- 
ment transporté en Afrique. 

Bâtie au pied de la montagne, en une situation très pittoresque, 
la ville de Zaghouan, peupléededeux mille indigènes et d'unecen- 
taine de Français, est entourée de jardins où se pressent d'innom- 
brables arbres fruitiers couverts au printemps d'une neige de fleurs. 

L'abondance des eaux permet d'actionner un certain nombre 
de moulins arabes qui ajoutent au clianne du paysage. Aux en- 
virons, les ruines romaines sont nombreuses. La plus fameuse est 
le Templedes Eaux'" construit pour abriter la suuicequi alimentait 

I') Le Service des Antiquités en a eiposé un modèle en plâtre donnaot tont à 
la fois une idée précise de ce qu'est ce monument k l'iieui-e présente et montrant 
aussi par une habile restauration de certaines parties ce qu'il devait être au 
temps de sa splendeur passée. 



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autrefois Carthage et dont on use encore aujourd'hui pour Tunis 
et sa banlieue. 

< Adossé à la muraille rocheuse qui se dresse à pic derrière lui, 
s'ouvre, sur une plate-forme qui domine le pays, un hémicycle de 
trente mètres de rayon; on y accède par deux escaliers latéraux 
(le quinze marches, de part et d'autre d'un hassin de forme originale 
qui reçoit les eaux de la source avant leur entrée dans l'aqueduc. 

« Au fond de l'hémicycle se dresse le sanctuaire. 11 se compose 
de deux parties : le vestibule, recouvert d'une coupole,et la « cella », 
au fond de laquelle est ménagée une niche cintrée. Au-dessus de 
la porte d'entrée de la cella règne une architrave surmontée d'un 
mur qui couronnait une corniche et peut-être un fionton. 

(( A droite et à gauche du sanctuaire s'airondissent en fer à cheval 
les deux ailes de l'hémicycle. Elles forment un vaste portique cir- 
conscrit par un mur plein en grand appareil ; il s'ouvreau contraire, 
sur la terrasse intérieure.par vingt-quatre arcades; chacune d'elles 
abritait jadis une statue. » '" 

Ici comme à Dougga, les Romains ont fait preuve d'un véritable 
sens pittoresque en construisant un édifice sur un point d'où l'on 
domine une immense étendue de pays parmi a les massifs d'oran- 
gers, de cyprès, de platanes séculaires qui donnent aujourd'hui 
tant de grâce à ces ruines b et « formaient autrefois autour du sanc- 
tuaire comme une sorte de bois sacré, faisant valoir par leur ver- 
dure opaque la transparence de l'eau, la blancheur des colonnes 
et des statues de marbre. » ^i 

Les jardins de Zaghouan font oublier le mot de Salluste, disant 
de l'Afrique qu'elle est la terre de la soif, que le ciel lui refuse ses 
ondées bienfaisantes, que les sources elles-mêmes semblent se 
dérober à la rcchci'che de l'homme. Nulle part la nature ne s'est 
montrée plus clémente, et nulle part l'homme n'a mieux utilisé les 
multiples éléments de richesse qu'elle offrait à son activité. 



'•) Gauckler r I/Archcologie de la TiiniS' 

(!) ma. 



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CHAPITRE XIV 
Au Pays des Oasis 

Lh jardins de Gabis. — L'Ile aux sablOE d'or. — Zarzii, « la petite ^merande ». 
— Cbes les Troglodytes. — Les palmeraies de Touor. — Le pays de Kasti- 
lia. — Las oasis du Hefzaona. — La rinoration du Snd tonisien. — Gafsa et 
les phosphates dn Hetlaoni. 

Au fond de la Syrte inhospitalière, si redoutée des navigateurs 
anciens, Gabès, la métropole du Sud, la porte du Sahara et du Sou- 
dan, lieu de rendez-vous des sédentaires et des nomades, cache de- 
puis des siècles ses files de maisons basses, les unes serrées le long 
de l'oued ou groupées autour d'une lan,'e place ensoleillée, les au- 
tres piquant d'une note claire la sombre parure des jardins. 

Malgré sa situation maritime, Gabès présente tous les caractères 
des oasis sahariennes. C'est un ilôt de verdure de 1.500 hectares 
de superficie, couvert par une forêt de palmiers qui se dressent 
comme une barrière infranchissable entre les eaux de la Méditer- 
ranée et la morne étendue du Sahara. Dix mille indigènes et un 
millier d'Européens sont agglomérés dans la ville et ses deux fau- 
bourgs, Djai'a et Menzel. Un contrdleurcivil veille à la bonne marche 
des diverses administrations, tandis qu'un commandant militaire 
est chargé de pourvoir à la sécurité de tous. 

L'oasis doit sa remarquable fertilité à un oued formé par de 
grosses sources bouillonnantes. Partout sous la verdure courent 
les eaux vives, savamment distribuées par une canalisation appro- 
priée aux besoins de la culture. Sous l'influence des venls du large 
les palmiers ont pris une teinte cuivrée, mais la morsure de l'air 
salin n'atteint pas le triple étage de végétation qu'ils protègent. 
Pline l'Anciim a décrit les merveilles de ces jardins où les sources 
chaudes fécondent le sol, donnant aux cultivateurs d'extraordi- 
naires récoltes de fourrages et de céréales. Le vieux naturaliste n'a 
rien exagéré. Dans aucune région ta terre n'est l'objet de soins plus 
constants, le sol mieux approprié, la végétation plus savamment 
conduite. 



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Berbères mélangés d'Ambes et de nègres, les habitants font 
preuve d'nne réelle aptitude aux li-avaux de rapri culture. L'Admi- 
nistration française leur est venue en aide en construisant de belles 
routes à travers les jardins. Une promenade sous les palmiers est 
un enchatitement des yeux. Les Gabésiens ont viaiment raison de 
dire que ce coin de terre est la perle des oasis du Sahara. 

Aux produits de l'agriculture, Gabès joignait autrefois le bénéfice 
du commei-cedes caravanes. Après l'occupation française, tes mar- 
chandises du Soudan se sont dirigées de préférence vers Tripoli, 
mais il semble que c'est là une interruption momentanée. On a pu 
constater dans ces dernières années le développement du commerce 
saharien et sa tendance à adopter Gabès comme tète de ligne des 
Ciiravanes. En revanche, les dattes du Djerid sont expédiées main- 
tenant par voie ferrée jusqu'à Sfax et ne vont plus vers Gabès, dont le 
commerce est surtout alimenté par les produits de l'oasis, auxquels 
ii fautajouler les laines et l'alfa. L'ensemble de ce mouvemenlcom- 
mercial n'a guère dépassé 20.000 tonnes en 1904, et il est peu pro- 
bable que le port de Gabès soit jamais bien florissant, car il serait 
très difficile et très coiUeux de l'aménager pour permettre l'accos- 
tage des grands paquebots. 

Sous le nom de Tacape, l'oasis était florissante à l'époque phéni- 
cienne. Des barques nombreuses venaient y chercher les produits 
du Soudan pour les porter à NcapoUs (Nabeul),d'où ils gagnaient 
Girtbage par voie de terre. Cette prospérilé continua sous les Ro- 
mains. Tacape est mentionnée comme colonie sur la Table de Peu- 
tin ger. Souvent razziée à l'époque arabe, Gabès vit se livrer sous 
ses murs la grande bataille qui ouvrit la Tunisie aux Arabes hila- 
liens. Elle reçut aussi la visite des Normands de Sicile,fut mêlée 
à tous les drames intérieurs dont la Tunisie a été le théâtre, occupée 
par les Espagnols et les Turcs, et enfin bombardée parles Français 
en 1881. 

Non loin de Gabès, il est « une ile aux sables d'or u. terre de lé- 
gende que nos lointains devanciers appelèrent le pays des Loto- 
phages, que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de Djerba. 
Son caractère insulaii'e ne lui enlève pas l'aspect d'une immense 
oasis toute parsemée de palmiers et d'ohviers qui protègent de leur 



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ombre les vignes rampantes et les céréales. Mallieureiisementjes 
eaux courantes lui font défaut, et sur ses 60.000 hectares de super- 
ficie il n'y a que des citernes et des puits. Les forages artésiens 
modilient de plus en plus cette situation. 

La population, d'environ 44.000 habitants, presque Ions indigènes 
d'origine berbère et musulmans schismatiques,est répartie en un 
certain nombre de petits villa},'es voisins les uns des an très, car l'ile 
dans sa plus grande lai'geur n'a que vingt-huit kilomètres. C'est 
d'abord Houmt-Souk,qui compte 2.000 habitants, dont un millier 
d'Européens, et qui possède les trois curieuses mosquées de Sidi- 
Biabim, El-Djilani et Sidi-Alimed; puis Adjim, 600 habitants; 
Mahboubine, Guellala, Mellila, El-Kantara, Midoun, Cedouikech, 
Haru-Kebira et Ilara-Srii-a. Dans ces dernières localités sont can- 
tonnés 2.21X) Israélites. 

Sur certains points de l'île, les jardins se succèdent sans inter- 
ruption penilant plusieurs kilomètres. Le pays étant plat, la brise 
toute parfumée y souille continuellement sans renconti'er d'obs- 
tacle. Aussi le climat est tempéré et sain. 

L'oasis de Djerba ne renferme pas moins de 300.000 palmiers 
et ôOO.OOO oliviers. On y fabrique donc beaucoup dhuile. Il faut 
y ajouter des couvertuies et des tissus très renommés, quelques 
poteries,un peu de sa\on et de soude. Sur le littoral abondent les 
poissons de toutes sortes. On y pèche aussi l'éponge. Tout cela 
réuni donne aux ports de Djerba un mouvement annuel d'environ 
12.000 tonnes de marchandises, entrées et sorties réunies. 

Djei'ba, à l'époque l'omaine, portait le nom de Meninx. Ses riva- 
ges, protégés par des hauts-fonds, étaient à la fois aimés et redou- 
tés des navigateurs. Son isolement la mit à l'abri des conquérants 
arabes, et le fond de la population resla composé de Berbères, 
Bientôt apparurent les Européens, les Normands de Sicile d'abonl, 
puis les Espagnols, qui ontconstiuit près de Houmt-Souk le bordj 
El-Kebir, citadelle massive aujourd'hui à demi ruinée. Dès loi's, 
Djerba voit de nombreu.x combats se livrer dans ses eaux. Un des 
plus célèbres est celui de lD60,dans lequel Dragut et Piali-Pacha 
battirent les Espagnols, massacrèrent la petite garnison chrétienne 
de l'île et édifièrent avec les crânes des vaincus cette pyramide, 



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— 256 — 

connue sous le nom de Bordj-er-Rious, qui a disparu seulement en 
1846,3 la demande du consul de France. Pomme de discorde entre 
la Régence deTunis et celle de Tripoli, Djerba tomba aux main» 
(les Tripolitains à la fin du xviii« siècle. Elle Tut bientôt reprise par 
le souverain tunisien Hamouda-Bey.En 1881, les Français l'ont oc- 
cupée sans rencontrer de résistance. 

Vivant à l'écart des autres habitants de la Tunisie, les Djerbiens 
ont conservé des mœurs et des habitudes différentes, qui se tra- 
duisent notamment par une autre conception de la vie religieuse. 
Ils sont musulmans, mais ne suivent pas la tradition orthodoxe et 
revendiquent les principes des anciens Berbères kharedjites. 

Quelques-unes de leurs mosquées sont d'une architecture spé- 
ciale et, par la forme ronde du minaret, témoignent de cet esprit 
particulariste. 

Au sud de Djerba, sur le continent, au fonddugolfede Bou-Grara, 
la Direction des Antiquités a exhumé récemment, au seul du désert, 
les vestiges de la ville de Gighti, ancien emporium phénicien, de- 
venu plus lard un petit port romain de 12 à 15.000 habitants. Les 
fouilles ont été conduites par M.Sadoux et exécutées par la main- 
d'touvre militaire. Le forum a été entièrement dégagé ; une forêt de 
colonnes se dresse de nouveau sur le sol ; le plan général de la cité 
et de ses principaux édifices apparaît nettement. «> 

Quel contraste entre cette ville morte, encore à moitié ensevelie 
dans son linceul de sable, et la riante presqu'ile où, sur une quin- 
zaine de kilomètres, s'étendent les jardins de Zarzis! Les Arabes 
ont surnommé cette oasis fortunée « la petite émeraude i, et rien 
n'est plus justifié que cette appellation pour le voyageur venant de 
Médenine, s après avoir suivi une longue route sablonneuse», ou 
de Ben-Gardane, «après avoir côtoyé les aveuglantes sebkhas». 
L'intelligente initiative des officiers du cadre des Affaires Indigènes 
a fait surgir du sol une véritable forêt d'oliviers. Plus de 4.000 hec- 
tares ont été plantés depuis 1890, et chaque année s'accroissent 



(■) Dans la salle des antiquités romaioes et phénicieDoes oa trouve, avec une 
reproduction en plâtre de l'état actuel des mines, une série de coupps et de plans 
indiquant l'importance des résnltats obtenus. 



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les surfaces ensemencées en céréales. Le voisinage de la mer, en 
rendant le climat moins rude, a permis à de hardis colons français 
de tenter avec succès les cultures fruitières et plus particulièrement 
celle du figuier, qui donne des produits estimés. 

Les profondeurs de la mer recèlent aussi des richesses extraor- 
dinaii-es. Les éponges et les poulpes y abondent, sans parler d'une 
extraordinaire variété de poissons, dont la seule lagune des Bibans 
fournit annuellement plus d'un million de kilogrammes à une So- 
ciété française concessionnaire. 



vus GEHBRALB DB ZARZIS 

C'est entre Djerba et le Djerid que s'étend le pays des Matmata, 
une des plus curieuses régions du Sud tunisien. L'ensemble est 
constitué par une chaine de collines que les vents et la pluie ont 
découpées de la façon la plus pittoresque. Vieux pans de murs crou- 
lants, forteresses à demi détmites, escaliers gigantesques menant 
aux profondeurs des revins, tumulus surplombant les plateaux, 
toutes les bizarreries de la nature semblent accumulées sur ce point. 
Admirables retraites pour les populations berbères que la folie du 
sang et les rapines des Arabes nomades contraignaient à une per- 
pétuelle vigilance! Elles désertèrent la plaine et se rérugièrent dans 
ce massif comme dans un nid d'aigle. Pour s'assurer plus de tran- 



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quillité, elles creusèrentdans le tuf des habitations donl l'accès était 
diflicile aux envahisseurs, et ainsi se constituèrent les villages de 
troglodytes. 

Chenini et Douirat font rélonnement du voyageur, subitement 
l'amené aux premiers âges de la civilisation. L'habitation du caïd 
des Matmata fait songer à la primitive installation de l'homme des 
cavernes. De ces villages souterrains, les Eîerbères descendaient 



dans la vallée faire paître les troupeaux ou soigner leuis oliviers et 
leurs liguiers, semer ou récolter quelques céréales. Sur les flancs 
mêmes de la montagne, pour retenir la terre arable, ils ont construit 
dans la vallée, de distance en distance, d'épaisses digues de terre 
glaise parfois renforcées d'un revêtement en pierre. « Le résultat est 
une succession de jardins en te rrassesqui conservent quelque temps 
l'humidité de l'hiver, et où sous des palmiers, des figuiers et des 
oliviers, souvent de toute beauté, le Malmati cultive avec succès le 



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blé, l'orge, le maïs et quelques tournes.» '" Les mî^asins à blé, les 
grands silos nécessaires à l'approvisionnement des nomades, sont 
concentrés à Médenine, dont les habitations en forme d'alvéoles, 
bâties en plein sable, ressemblent à une ruche immense avec cases 
superposées. Quelques dattiers rompent seuls la monotonie du 
paysage. 

C'est au Djerid que i-eparaissent les grandes palmeraies. Autour 
de Tozeur, elles couvrent de leur ombre plus de 1 .800 hectares, sur 
lesquels vit une population de 15.000 indigènes. 

Tozeur n'a pas l'aspect ordinaire des villes arabes. Un grand 
nombre de maisons y sont construites en briques. «Ces briques, 
formant des portes en ogive mauresque, des corniches, des fron- 
tons, des moulures, dessinant en saillie des carrés, des l03anges,des 
lignes brisées disposées parfois en arabesques capricieuses, cons- 
tituent le côté original de cette architecture du Djerid.»'*' 

Plusieurs de ces maisons renferment de riches panneaux de 
vieilles faïences. A côlé de ces habitations relativement luxueuses 
se trouvent les pauvres maisons sahariennes en mottes de terre sé- 
chées au soleil et cimentées avec de la boue. Plus de 400.000 pal- 
miers ombragent les jardins de Tozeur, mais tandis qu'à Djerba, 
Gabès et Gafsa le climat ne permet pas la production des dattes de 
choix, ici 14.000 arbres fournissent au commerce la fameuse datte 
deglat ennour. 

Cette luxuriante végétation est due à la présence de près dedeux 
cents sources jaillissantes; mais les sables, s'étendant comme un 
linceul de mort, menaceraient l'existence même de l'oasis si des 
travaux de protection n'arrêtaient leur marche envahissante.'" 

Les habitants de Tozeur et de roasis,en majorité Berbères, nègres 
ou mulâtres, ne sont pas tous employés à la culture des jardins. Un 
certain nombre fabriquent, comme tes Gafsiens, des tissus renom- 
més. Tozeur est le grand marché du Djerid et, par suite, un centre 



11) Emile Violard, op. cil. 

(^1 Valéry Matbt : Vogage dans le sud de la Tunisie. 

(S) Les photographies exposées par le Service des Forêts montrent tonte la dif- 
flealt^ de ces travaux, mais aussi toute leur utilité. 



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très iiiiportant pour la perception de l'irnpùt. Le temps est proche 
où elle seia reliée à Gafsa pur une voie ferrée. Une convention pas- 
sée entre l'KLat et la Compagnie des Phosphates fixe les délais dans 
lesquels devi'a être construite la nouvelle liffne. Les conditions de 
la vie agricole s'en trouveront sensiblement modifiées, et les nou- 
velles facilités oITertes au commerce des dattes auront pour effet 
l'exlension certaine des plantations. L'eau ne fait pas défaut et la 



stérilité des sables n'est qu'apparente. Partout où l'humidité est 
suffisante et où les rayons du soleil sont tamisés par la verdure 
protectrice des palmiers, l'abondance des récoltes est assurée. Mais 
à quoi bon des produits abondants si les débouchés commerciaux 
n'existent pas? Le chemin de fer prévu répond à ces préoccupa- 
tions et contribuera à développer rapidement la fortune publique 
dans tout le Djerid. 

Le passé nous est du reste un sûr garant de ravenir,car l'occu- 
pation romaine a laissé là-bas des traces 1res visibles. Nous savons 



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— 261 — 

aussi cjiie plus tard Tozeur devint la capitale du pays de KastUia, 
c'est-à-dire de toutes les oasis avoisînanl les grands cliotts tuni- 
siens. Sa richesse attira maiules fois les conquéninls. Elle fut rava- 
gée au xie siècle par les nomades hilaliens ; mais, au xix", ellecohip- 
tait, (liloii, 100.000 habilaiils et avait des savants réputés dans tout 
l'Islam. A partir du xv!" siècle, Tozeur cesse d'avoir une physiono- 
mie à part dans la Tunisie du Sud. Elle paie les impôts régulière- 
ment aux Turcs, puis aussi aux beys husseïnites. En 1881, elle a 
été occupée sans résistance, et depuis lors ses habitants, comme les 
peuples heureux, n'ont plus d'histoire, 

A (jiielque vingt kilomèties au sud-ouest, l'oasis de Nefta borde 
les solitudes sahariennes. Moins riche, mais à peu près aussi éten- 
due que celle de Tozeur, elle possède 200.000 palmiers qui fournis- 
sent aux villes du littoral des Truits très renommés. La « corbeille * 
de Nefta est justement célèbre, car rien n'est plus pittoresque que 
cette verdure intense formant le fond d'un immense entonnoir de 
sable dont les parois, mobiles sous leflbrt du veut, semblent une 
menace constante pour la vie et les biens des habitants de l'oasis. "' 

Non loin du Djerid, les oasis du Nefzaoua, c'est-à-dire Kebilli, 
Zarzine, Douz, Sabria, ont des caractères analogues aux régions 
précédentes, mais elles sont dans une situation économique très 
précaire. 

s Jadis tout ce pays était peuplé et prospère, il était regarflécomme 
le jardin du Djerid, dit M.Emile Violard, et les dattes fournies par 
ses palmeraies avaient une grande renommée. Aujourd'hui, les pal- 
meraies s'ensablent, et malgré rabondance de l'eau qui ruisselle 
des mamelons et court, limpide, au pied des oasis, le Nefzaoua est 
une contrée lamentable, désolée, où partout la mort plane. Dans 
la cuvette de quarante-cinq kilomètres d'étendue, au milieu îles 
sebkha scintillantes, agonisent une cinquantaine de pauvres villa- 
ges en partie abandonnés ou en ruines, et sous les huttes des oasis 
on ne rencontre que des nègres ou des métis marrons, produits 
d'esclaves libérés, mélangés à la race berbère. Les habitants du Ncf- 



<ll Dans la salle dos Forêts on peut admirer une reproduction Ja la owirbeille" 
de iNefta. 



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zaoua fuienl ce pays malsain, réceptacle de toutes les fièvres, et 
vont planter leurs tentes dans la région des dunes. » <" Ces quelques 
lignes suffisent à établir combien était nécessaire l'enquête récem- 
ment faite par le Gouvernement du Protectorat sur la situation 
économique des régions tunisiennes les plus proches du désert. 
Elles soulignent également les dilficultés de lous genres avec les- 
quelles se trouvent aux prises les agents des Forêts et attestent la 
grandeur de l'œuvre sociale accomplie dans ces lointaines parages 
par les officiers qui Tonnent le cadre des « Alfaires Indigènes». 
Partout où cela a été possible, ils étudièrent attentivement l'époque 



de la colonisation romaine, mirent à nu, avec le concours de la Di- 
rection des Antiquités, les vestiges enterrés de gigantesques travaux 
exécutés par nos devanciers et résolurent d'attacher au sol les tri- 
bus vagabondes, en copiant simplement les Romains. 

« Alors, on releva les barrages,et on en construisit de nouveaux 
qui retinrent la terre végétale entraînée dos montagnes par les eaux 
pluviales; on fora des puits, on établit des citernes, on dirigea le 
cours des oueds; on planta, dans les cuvettes irrigables, des arbres 
de toutes essences, et sur ce pays qui peu à peu reverdit et renaît à 
la vie, les grands nomades, étonnés, s'arrêtèrent et se tranrformè- 

(1) Enilk ViOLARD : L'Extrême Sud TuntKien. Kappurt à M. le iîésidenl Génôral 
PicbOD. 



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- 263 - 

rent en demi-nomades, tandis que les montagnards et les ksounens, 
que l'aridité du sol chassait périodiquement de leurs territoires, 
redevinrent ce qu'ils furent il y a des siècles, des agriculteurs et des 
sédentaires. > "> 

Un mouvement d'échanges de plus en plus actif relie toute cette 
région à Gafsa, à 206 kilomètres à l'ouest de Sfax, par la voie ferrée. 
La ville, bâtie sur un plateau voisin du djebel Assalah et du djebo] 



CONHSMT ON LADOORB D. 



Ben- Younès, compte une population de 5.000 habitants environ, 
dont 200 Français. Elle est entourée d'une oasis qui apparaît brus- 
quement quand on arrive sur les berces de l'oued Baiah. Le carac- 
tère désertique de la région est plus nettement marquéqu'à Gabès. 
Les palmiers sont plus verts, les sables sont plus jaunes. Sous le 
dôme formé par 30.000 dattiers, coulent les eau.x chaudes (30^) de 
plusieurs sources vauclusiennes. Les trois principales sortent de 
terre au milieu de la ville et se répandent ensuite dans les jardins 
par un habile système de canaux. Bien qu'un peu magnésiennes, 

11) Emile Violard, ibid. 



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elles fertilisent le sol et permettent la culture des lé{,Minnes, plantes 
fourragères, arbres fruitiers. Tunilis qu'à Gabès le palmier dresse 
ordinairement un fût isolé, à Gafsa il pousse toiijoni's eu massif et 
parfois sa hauteur dépasse cinquante pieds. 

La découverte des gisements phosphaliers du Metlaoui, à qua- 
rante-cinq kilomètres de Cîafsa, point terminus du chemin de fer de 
Sfax, est venue modilier les conditinns économiques de l'oasis et 
l'aspect général de la petite agglomération. Dans la ville indigène se 
dresse une casbu liante de vingt-cinq mètres, d'un style arabe assez 
élégant. Quant au dar-el-bey, il a été entièrement bâti, avec des dé- 
bris antiques, sur l'emplacement des anciens thermes iximains. Un 
quartier européen a été récemment créé, et Gafsa,déjà centre mi- 
litaire important, devient une place de commerce. Il y a du reste 
une industrie locale, celle de la fabrication des burnous et des cou- 
vertures, à laquelle s'ajoute maintenant le mouvement des cara- 
vanes qui viennent porter au chemin de fer les dattes du Djerid. 

L'ancienne Capsa nous a été décrite par Salluste. Détruite par 
Marius pendant la guerre de Jugurtha,ello n'était pas encore rele- 
vée sous Auguste. On la retrouve comme municipe sous Hadrien, 
et elle est mentionnée avec le titre de colonie sur la Table de Peu- 
tinger. Les Byzantins eu firent une de leurs principales forteresses. 
Occupée par les Arabes dès la première invasion, elle résista à 
toutes les attaques des nomades hilaUens (xi* siècle). Un prince 
almoravide des îles Baléaresqui parcourut en vainqueur la Tunisie, 
Ibn Ghania, s'en empara à la fin du sn« siècle et en chassa le gou- 
verneur almohade. Jusqu'au xive sièclc,Galsa obéit plutôt à des 
chefs locaux qu'aux souverains de Tunis, mais paie cependant l'im- 
pôt que vient chaque année recueillir une petite armée commandée 
par l'héritier du bey régnant. Aujourd'hui, elle est la paisible rési- 
dence d'uu contrôleur civil et joue un rôle actif dans la vie écono- 
mique de la Régence depuis que la locomotive s'arrête non loin de 
ses murs. 

Ainsi donc, rien de plus opposé comme aspect que la Tunisie du 
Sud et les riches contrées de la Medjerda et de l'oued Miliane. Les 
campagnes de la Régence olfrent partout une infinité de sites et de . 
paysages variés, depuis le bled sans arbres de Kairouan jusqu'aux 



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vallées ombreuses de la Khroumirie, mais c'est à Gabès, à Djerba 
ou dans les Malmata que l'œil est te plus fortement impressionné 
par les jeux de lumière et la crudité des tons. La mer, le ciel, les 
oasis et les sables forment un ensemble qui laisse dans l'esprit une 
impression ineffaçable de beauté grandiose et d'éternelle fécondité. 



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TABLE DES MATIERES 



iQtroduction 

CHAPITRE PREMIER 
L'aspect pbysiqoe «t les régiotu naturelles 
La Tunisie du Nord. — Le Sahel. — Les steppes du Centre. — La 
région des cliotts et des oasis 

CHAPITRE 11 
L'^TOlntion bistoriqne 
Berbères et Phéniciens. — La domination cartliaginoi.-o. — l» con- 
quête romaine, ~ 1^ civtlisalion roms no- berbère. — Vandiiles 
ot B.vzantins.— L'expansion musulmane. — I.cs réactions ber- 
bère.'». — La croinade espagnole et la barbarie lurqiie. — Av6ne- 
nioDl des lluss iiiites. — llécadence de la Tunisie beylicalr 

CHAl'lTRE III 
La coDipiéte française 

Les premières ivlalioiis avec lu France. — Créalioii du consulat de 
France à Tunis. — La politique de l^uis XIV. — Les bevs cl la 
« bonne correspondance -, — I.^ suppression de lu course. — Pro- 
grès de l'influence Trançaise sous Ahmed-Bey. — Le consul l/nin 
Roches. — Le conilit italo-rrançais. — Les événements de 1881 et 
l'établissement du Protectorat 

CHAPITRE IV 
Lb goDTsrnement beylical et l'organisation jadiciaire 
Le Bey et le Résident Général. — Le Conseil des ministres.— La 
Conférence consultative, — Contrôles civils et caïdals. — La sû- 
reté publique. — Les ori,'anismes municipaux. — Les services 
judiciaires indignes, — La Justice française. — Le tribunal mixte. 
— Les organisations cultuelles. — L'iiyiçiène et l'assistance pu- 
bliques 

CHAPITRE V 
Le régime financier 
L'évolution de la Dette tunisienne.— L» Budget. — Résultats du non- 
veau régime — Nature des impôts. — Organisation technique 
de la Direction des Finances, — Conséquences bienfaisantes de 
l'autonomie financière. — Le ré^'ime douanier.— Les institutions 
de crédit 



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CHAPITRE VI 
L'enaeignement pnbllc p^ 

L'cnseignemeDl arabe, — Division des coursa la Grande Mosquée. -~ 
L'enseignement français. — SUtisliques scolaires. — Les grands 
établissements d'instruction. — Dévelo|)[>emeDt de l'enseignement 
primaire et professionnel. — Une nouvelle législation, — Biblio- 
thèques et associations diverses 81 

CHAPITRE VII 

Les senricea da colonisation et d'agricnttnre 

Le r jgime da la propriété 

Le domaine public. — La voirie. — Le régime des eanx, — Les 
concessions de mines, carrières et pêcheries. — Aliénation de 
terres domaniales dans Tintérèt de la colonisation. — Les biens 
habous. — Immigration. — Itégime de la propriété privée. — La 
Direction de l'agriculture, du commerce et de la colonisation.. .. 97 

CHAPITRE VIII 
Le Service des Traraoi pablics 

L'expropriation pour cause d'utilité publique. — Le régime des ports 
de commerce. — Le réseau des chemins de fer. — Organisation de 
la Direction des Travaux publics. — Les Bâtiments civils. — Le 
Service des Mines. — La législation du travail et de la main- 
d'œuvre 1 19 

CHAPITRE IX 

Les communications postales 

et l'organisation de la défense militaire 

L'Office postal : ses origines, son importance. — Progression du 
nombre des bureaux. — La lettre exprès. — Mouvement des cor- 
respondances. — Les services de banque. — Constant accroisse- 
ment des communications télégraphiques et téléphoniques. — Ré- 
snltats obtenus par l'Office. — La Division d'occupation. — Bizerte 
et sa flotte. — L'armée beyiicale 143 

CHAPITRE X 
L'état économiipie 

L'exploitation des forêts domaniales. — Progrès de la colonisation 
agricole. — Augmentation du nombre des centres ruraux. — La 
culture des céréales. — Le vignoble et la mévente des vins. — Les 
plantations d'oliviers et les cultures fruitières. — L'élevage du 
bétail. — Les pêcheries maritimes. — Les richesses du sous-sol. 
— Décadence des industries indigènes. — Etat actuel des indus- 
tries européennes. — Importance du mouvement commercial. ... 163 



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CHAPITRE XI 
Tunis et sa banlieae 



Pages 

Aspect général de Tunis. — Les quartiers indigèDea. — La traos- 
formatioD de la ville européenne. — Le port. — Jardins el musées 
du Bardo. — La Goulette. — Les ruines de Carlhage. — Sur la 
colline de Sidi-bou-Saîd. — Hammam-Lir et le Bou-Kournîne ... lœ 

CHAPITRE XII 
Sur le littoral 

La côle de Tabarca et les forêts de la Kliroumirie. — Bizerteet sou 
iac. — L'arsenal de Ferryville. — Une ville morte : Porto-Farina. 

— De Kelibia à Hammamet. — Les perles du Saliel. — Sfaï et sa 
banlieup. — Le port des pliospbales 211 

CHAPITRE XIII 
Dans l'intériear 

De 1-a Manouba à Mateur. — A Tebçurba. — Les monuments de 
Dougga. — La colonisation à Medjez-el-Bab el à Béja. — La plaine 
de Souk-el-Arba. — Sur les montagnes du Dyr. — Au pays des 
ruines. — La mosquée de Kairouan. — Zagliouan et le temple des 
eaux 231 

CHAPITRE XIV 
Ad pa^B des oasis 
Le jardin de Gabës. — L'ile aux sables d'or, — Zarzis « la petite 
émeraude ». — Chez les troglodytes. — Les palmeraies de Tozeur. 

— Le pays do Kastilia. ~ Les oasis du Nefzaoua. — La rénovation 

du Sud tunisien. — Gafsa et les phospliates du Metlaoui 253 



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TABLE DE GRAVURES 



Pagn 

S. A. Mohammed en Nacear, bey de TudÎs. 

M. StepheD Pichon, résident géoérat de France. 

Vue d'ensemble du Palais <te la Tunisie à l'Exposition de Marseille 8-9 

Sons I& coapole Il 

Les pavillons du Service des Antiquités 12-13 

Cour int^rienre et entrée principale dn Palais 13 

La mosquée et le commissariat 15 

La konbba et le petit escalier d'entrée 16 17 

La grande loggia IR-iy 

L'oued Maden 80 

Les fataies khroami rien nés SO-21 

Oasis de Tataliouine 23 

Sidi-Mediaoe ; thermes romains 27 

Les anciens ports de Garthage 28-^9 

Bnlla Regia : une maison romaine 30 

Aïn-Tounga : la citadelle byzantine 33 

Anciennes citernes berbères 34 

Béja : les anciens remparts 37 

La porte romaine de Zaghouan 40-41 

Chaou&t : nécropoles berbères 48 

Le Tomm de Gightis 4(i-47 

Une danseuse 52-53 

Béja : le contrôle civil 60 

Une chasse i courre 62-63 

Intérieur de la Grande Mosquée h Kairouao 66-67 

La Direction des Finances à Tunis 76-77 

Le minaret de Testeur 80-til 

La mederça Etladibia 82-83 

Collège Sadiki 86-87 

Maxala-ltadës : travail an jardin 90 

Maxnla-Radës : école de jeunes Ailes 90-91 

Ecole rurale avec recelte postale 95 

Ecole de Sfax 96-97 

A l'Exposition : ta salle des produits agricoles 98 

Le Fe14ja 100 

La forêt des Nefia 104-1(6 

Habitation de colons 107 

Habitation de colons 108 

A l'Eiposition : un coin du grand patio 1 10-IJ I 



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Un centre de colonisation an Mornag 1 12-1 13 

L'olivier en Tunisie 114-115 

A l'Exposition : la salle des mines 130 

A l'Exposition : la salle des mines 133 

L'exploitation des phosphates de Metlaoni 134-1% 

A rÊxpiisition ; la salle des pêcheries 140 

La grande salle de l'Hôtel des Postes k Tunis 144-145 

A Tunis : une salle de Iriafte 145 

A Tunis : une salle d'expéditions 149 

Poste-école et puits public au Goubellat 152-153 

La salle des colis postaux à Tunis 153 

La poste de Feiryville 156 

Bureau de Sousse 157 

Le poste optique de Feîdja IW 

Le Goubellat: habitation d'an colon Trançais IGC 

Le Munchar r une métairie 16S» 

Mérinos de la Orau : troupeau de Bou-Nouara 1119-170 

Les alignements d'oliviers à S fax 17H 

Poney des Nefia 177 

Le Khanguet-Kef-Tout : la mine 182-183 

Les souks de Tunis I8(i-187 

Une leçon dans la Grande Mosquée de Tunis lîMi-lW 

L'Hôlfl des Postes de Tunis HI8-199 

Tunis : le Palais de Justice 200 

Mosquée et place Halfaonine 201 

Le Pavillon du Belvédère à Tunis 203 

La Direction de l'Enseignement 304-205 

Tabarca r vue générale 212-213 

Tabarcarles aiguilles 213 

La pèche à Bizerte 210 

Le bac à vapeur de Bizerte 2IH 

Forêt de Khroumirie 2l'0-221 

Sousse: vue du port 222 

Plantation d'oliviers dans le Sud tunisien 226-S2T 

Medjezel-Bab : le pont 232-233 

Le théâtre de Dougga 234-235 

Déjà : partie sud 236-237 

L'oued Ksar,près de Bèja 238 

La mosquée de Souk-el-Arba 240 

Aïn-Tounga : temple de Mei-cure 242 

Ghameaui labourant 245 

Kairouan : l'entrée d'une mosquée 246-247 

Un pilier de la Grande Mosquée (Kairouan) 248 

Zagiiouan ; la montagne et le temple des eaux 250-251 

Dans l'oasis de Gabés 253-254 

Vue générale de Zarzis 257 

Chenini 258 

Le ksar des Beni-Barka 258-259 

La source de Kebilll 260 

Medenine : vue générale 262 

Comment on laboure dans le Sud 263 



DigitizsdbyGOO'^le 



LISTE DES EXPOSANTS 

L'EXPOSITION COLONIALE DE MARSEILLE 

EN 1906 



D,„i,„db,Goo<^le 



D,„i,„db,Goo<^le 



LISTE DES EXPOSANTS 



PREMIER GROUPE 



SectioD TunisieDne de la So- 
ciété de Géograpliie Com- 
merciale de Paris. 

Direction générale des Tra- 
vaux publics. 



Classe I 
Tunis 



Graphique, volume, brochures. 
Tableaux statistiques, etc. 



Babou Gustave. 
Mocquerys. 



Gabès 
Sfax 



I Collection de plantes. 
I Boites d'insectes. 



M"" Maudelé Victorine. 


Gabès 


PLotograpbies Gabès et environs 


Vassel Eusèbe. 


Maxula-Radës 


La littérature populaire det h 
railUes tunisiens (2 vol.). 


Battaglia frères. 


Sfaï 


Album photographies. 


Bizet. 


Sousse 





Président du Syndicat général 
des Viticulteurs de Tunisie. 
Prouvost Edouard. 

Direction de l'Agriculture et 
du Commerce. 



Classe 6 
Tunis 



Notice sur travaux du Syndicat. 

Procédés de colonisation. 
Méthodes et procédés de col >nisa- 
tion {tableaux, cartes et plans). 



DigitizsdbyGOO'^le 



Ecole Coloniale d'Agricullui-e. 

Ferme-Kcole. 
Jardin d'Essais. 
Lecore-Carpenlier (collabora- 
teur:Carcassonne Alphonse'. 

Diix(clion de l'Agriculture et 
du Commerce. 



Djedeïda 
Tunis 



Carte vittcole de la Ré^nce, en 

1905. 
Documents sur l'organisation et 

le fonctionnement de l'Ecole. 
Photographies et documents. 
Documents divers. 
Photographies et notice sur l'Of- 

flc« tunisien d'hivernage et de 

colonisation. 
Moyens d'action employés dans 

la métropole pour développer et 

répandre l'idée de colonisation 

(brochures, conférences, etc.). 



Association des Agriculteurs 

et Eleveurs de la région de 
Maleur. 

Association des Colons fran- 
çais de S fax. 

Association des Colons fran- 
çais de La Mornagbta. 

Association des Colons fran- 
çais de Nabeul. 

Assistance Mutuelle Tunisien- 
ne et F. Huard, président. 

Caisse régionale de Crédit a- 
gricole mntuel du Nord de la 
Itégence. 

Cercle Agricole et Sportif. 

La Mutualité Commerciale. 

M"" Pichon, présidente de 
« l'Œnvre do l'Ecolière pro- 
voyante». 

M""Ridel-La{,'renée M.-L., pré- 
sidente de « l'Adelphie Tu- 



Société Internationale des A- 

mis des Arbres, 
Sevrig Henry. 



Mateur 

Sfax 

La Mornagliia 
Nabeul 
Tunis 



Statuts, photographies d'exploita- 
tion. 

Statuts et historique de l'Associa- 
tion. 

Plans, photographies et statisti- 
ques. 

Plans, photographies et statisti- 
ques. 

Documents divers. 



td. 


Brochures, statistiques, tableaux 




des opérations, etc. 


Mateur 


Statuts. Œuvres du Cercle. Pho- 




tographies. 


Tunis 


Cadres, graphiques. 


id. 


Travaux des pupilles de «l'Eco- 




lière prévoyante ». 


id. 


Statuts de l'Œuvre. 



Statuts. Liste des membres. 



Plana de fermes. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Institut Pf.sleur. 



SecrétariatgéoéralduGoaver- 
oement tunisien. 

Station agronomique et Huile- 
rie d'essais. 

Direction générale de l'Ensei- 
gnement public. 



Recherclies sur les levures sélec- 
tionnées pour la vinification en 
pays chauds. 



Cartesmurales.Documentsdivers. 

Monographie de l'Emeignenienl. 
Tableau de statistiques.— Bul- 
letin officiel. — Album d'impri- 
més scolaires. — Notice et al- 
bum sur l'emploi du t«mps dan:i 
les écoles. — Notice sur « ce que 
deviennent nos élèves». — 
Notice sur la n préparation de 
l'Exposition scolaire ». — No- 
tice sur l'enseignement des tra- 
vaux p[-atiques agricoles et l'u- 
tilisalion des jardins on champs 
d'expériences des écoles. — Al- 
bum des plans des jardins des 
écoles. 
L'Écoliirc préttoyantc.T^TOUSSC&ti 
complet, travaux supplémen- 
taires et monographie. 
Tableau météorologique. 
Un tableau <i Mutualité profession- 
nelle B. 
Amicale des Membres de l'Ensei- 
gnement primaire ; Bulletin. — 
Album de propagandecotoniale. 
— Cours d'apiculture pour les 
écoles primaires. 
EtablUiements d'enteignement 
secondaire de Tunis : Lycée Car- 
not. Collège Alaoui. Collège Sa- 
diki. Ecole de jeunes lllles 
Jules-Ferry. — Ecole profes- 
sionnelle Emile-Loubet. Ecoles 
primaires supérieures de gar- 
çons et de filles de Bizerte, 
Sousse et Sfax. 



DigitizsdbyGOO'^le 



DirectioD générale de l'Ensei- 
gnement public ISHtte). 



Ecoles primaires élémentaires de 
ijarçon* et de filUn. — Ecoles 
mixtes. — Ecoles maternelles 
de toute la Régence : 

Travaux de niaitres et travaux 
d'élèves. 

N. B, — La Direction générale de 
l'Enseignement public a établi 
et distribue un catalogue dé- 
taillé pour les travaux particu- 
liers des diverses écoles ; Ira- 
vaux de maîtres (monographies 
notices pédagogiques, cours spé- 
ciaux, tableaux d'emploi du 
temps, dessins, photographies. 
cartes en relief, bibliotlièques, 
métiere indigènes, etc.).— Tra- 
vaux d'élèves : cahiers, albums, 
compositions, travaux manuels 
(garçons et filles). 



3- GROUPE 
Classb 13 



Institut Pasteur. 



Tunis I Documents divers sur organ'sa- 
I tion et ronctionnement, 



DigitizsdbyGOO'^le 



Direction de rofficedes Posles 
et des Télégraphes, 



Graphiques, timbres, maquettes 
de timbres, tableaux, piiotogra- 
phies, uniformes sur manne- 
quins. 





Classb 18 


Direction générale des Tra- 


Tunis 


vaux publics. 






Classe 19 


Hersent J. et G. 


Paris 


CompagaiednPort deBizerte. 


id. 


Direction générale des Tra- 


Tunis 


vaux publics. 





Cartes des chemins de fer en ser- 
vice, en cons truc lion, en projet. 
Carte routière de la Tunisie, 
Tableau statistiques. 



Tableau : travaux du port de Bi- 

zerte. 
Tableau, plans, photographies, 

slalistiques du port de Bizerte. 
Cartes des phares. Plans en relier 

des ports. 



Leclarcq Pierre, 

Compagnie des Tramways de 

Tunis. 
Direction générale des Tra.- 

vaux publics. 



Moulin i vent. 

Plan, photographies, statistiques. 

Photographies de bâtiments; ins- 
truction et règlements pour la 
construction des bâtiments ci- 
vils. 



Société Franci)- Africaine. 



I Plans el pliotofiraphics des doniai- 
I nés de Sidi-Tabct et de l'Enllda. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Direction de l'Agriculture et 
du Commerce. 



Direction générale des Tra- 
VËtux publics. 



Plans de centres de colonisation 
cr*és par l'Administration. — 
Graphiques des ventes de ter- 
rains domaniaux et habous. -~ 
Résultats obtenus depuis 1892 
jusqu'en 1905. 

Carte du Service Topograpbique 
pour les immatriculations à'Tu- 
nis et dans la Régence. — Spé- 
cimen d'an titre de propriété. 



Ahmed ben Mohammed Bou- 

gharriou. 
Ahmed Bougariou. 

Ahmed Essemaoui. 

Ali Boucliaàla. 

Contrôle civil. 

Dufourg Joseph, administra- 
teur du domaine de Saint- 
Joseph. 

Cou not André. 

Hadj Ahmed Djeribi. 

Hadj Ali Henlali. 

Had.j Hamouda Bouchaàla. 

Hadj Mohamed Kallal. 

Hunibert Guyot et C*. 

Marcliegay Charles-Edouard. 

l'ilter J.-G. 

Prouvost Edouard. 

M"" Hidel-Lagrenée (M.-!..), 

Ba-derer L.-G. 

Sociétéd'Apicullure. 

Société des Domaines de l'rot- 

vilJe. 
Société des Fermes Trançaises. 
Société d'Horticulture. 



Djerba 

El-M'harine 



SonltelKliemis 

srax 



Ksar-TjT 

M 'rira 

Domaine 

de Chaouat 

Mateur 



Batteuse pour blé. 

Tniineaupourledépiquagedublé. 

Bricole, dossi ère, traits pour cha- 
meaux, cordes diverses. 

Charrues pour destruction du 
chiendent, liache et pic. 

Cocons de vers & soie, fils de soie, 
safran. 

Plan, photographies, étude. 



Plansde la Termeet des bâtiments. 

Charrue. 

Brouette pour dépiquage de l'orge. 

Pioches et ciseau. 

Sapes diverses. 

Documents intéressant leur pro- 

I-i-iété. 
Phot<^raphies d'exploitations a- 

gricoles 
Cartes, plan, photographies de son 

domaine. 
Plans, photographies, tableaux. 
Documents divers. 

Plans et pliotographies. 
Matériel agricole. Balletin de la 

Société. 
Documents divers. 

Plans, notices et documents. 
Grapliiques, photographies et do" 
cnments. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Traelle. 

Directioo de l'Agriculture et 
du Commerce. 

Direction de l'Agriculture et 

du Commerce. 
Administrateur délé^é de la 

Société Franco- Africaine. 



Bou-Nouara | Photographies de sa ferme. 

Documents se rapportant aax ani- 
maux domestiques de ta Tuni- 
sie. 

Documents divers concernant l'a- 
griculture tunisienne. 

Plans et photographies des domai- 
nes de l'Enfida et de Sidi-Tabet. 



Ahmed elBahri, 


Tunis 


Céréales, beurre, miel. 


Ali ben Et Hadj Otbman Hebila. 


Menzel 


Orge. blé. 


Alihen Salem el Hamroumi. 


id. 


Céréales. 


Ali bon Soura. 


id. 


Miel, cire. 


Ali ben Hadj Mohamed Mez- 


Sfax 


Céréales. 


ganni. 






Béchirben AbdenNebi. 


Meniel 


Légumes. 


Béoa D., administrât', gérant 


Sfax 


Céréales. 


de l'Union des Propriétaires 






français. 






Bessis Joseph. 


id. 


Céréales. 


Boulakia. 


Tunis 


Céréales. 


Charmetant Glande. 


LesCharmettes 

(Haut-Momag) 


Miel. 


CheikbEIAkermi benllaider. 


Djura 


Céréales. 


Contrôle civil. 


Djerba 


Céi-éales. 


Crolet Louis. 


id. 


Pommes de terre (primeurs). 


Deligne Paul. 


Modjeï-el-Bab 


Céréales et légumes. 


Domaine de Sainl-Josopii. 


Thibar 


Céréales, miel. 


Ducroquet Félix. 


Ondna 


Miels et cire. 


Dufourg Joseph. 


El-M'barine 


Miel. 


École Coloniale d'Agriculture. 


Tunis 


Produits agricoles alimentaires. 


El Hadj Senoussi ben Mah- 


Meniel 


Miel et cire. 


moud. 






GauJ. 


Sfax 


PaUtes, miel. 


Genevay Zacharie. 


Tunis 


Légumes secs, miel, dre. 


Genillon François-Antoine. 


id. 


Miel vierge. 


Gounot André. 


Souk elK hem is 


Céréales, fèves, lin. 


Hadj Amor ben Hassen. 


Sfax 


Blé, orge. 


Hadj Mohamed el Agrebi. 


id. 


Blé, orge. 


Humbert Guyot et C". 


Belli 


Blé, orge. 


Leionp. 


Triaga 


Céréales, autres produits agrico- 
les. 


Uby Marcel. 


La Moselle 
(par Sfax) 


Produits agricoles. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Marchegay Charles-EdmoDd. 


Slateur 


Céréales, grains. 


MassoQ Alexandre. 


Mactar 


Céréales, légumes. 


Mohamed ben Cliaâbane. 


Djara 


Légumes. 


Mohamed bea El HadJ Salah. 


La Hamma 


Miel. 


Obert Edouard. 


Aln-el-Asker 


Miel. 


Obert Lucien. 


Nabeul 


Piments. 


Piller J.-G. 


Ksar-Tyr 


Graines, céréales, miel. 


Prouvost Edouard. 


M'rira 


Céréales. 


M"' Ridel-Lagrenée (M.-L.). 


Domaine 
de Chaouat 


Céréales. 


Rœderer Louis-Georges. 


Mateur 


Céréales. 


Bupricli-Robert. 


Nabeul 


Miels. 


Salemben EIHadj Abdallaliben 

Salem. 
Sassi bep Said. 


La Hamma 


Grains de luzerne. 


Hazeg 


Mais. 


Slimaoe Bazar Bâcha. 


Mahbouline 


Sorgho. 


Société d'Ainculture. 


Tunis 


Miels. 


Société des Domaines de ProU 


Protville 


Céréales. 


. Tille. 






Station agronomique et Hui- 


Tunis 


Céréales. 


lerie d'essais. 






Teule Jean-Jacques. 


Gabès 


Farine pour bestiaux. 


Truelle. 


Bou-Nouara 


Céréales. 


Direction de l'Agriculture et 


Tunis 


Olives, cépages, céréales, graines 


du Commerce. 




alimentaires, fourrages, miel. 


Cbarroin. 


Triaga (Sfax) 


Céréales. 


Loyer Louis. 


Mateur 


Céréales. 


Pintiède Paul. 


id. 

Classe 24 


Céréales. 





Classe 35 




Brahim ben Said Kamoun. 


Sfax 


Cumin, marjolaine. 


Cheikh El Akermi ben Haider. 


Djara 


Henné. 


Decescaud Louis. 


Sfax 


Sparterie, liens d'alfa. 


Domaine de Saint-Joseph de 


Thibar 


Coton. 


Thibar. 






École Coloniale d'Agriculture. 


Tunis 


Produits agricoles non alimen 
taires. 


Genillon François. 


id. 


Cire vierge. 


Gounot André. 


SoukelKhemis 


Graines de moutarde, laines. 


Hassen ben Had.j Ali Hamza. 


Mahdia 


Sorgho. 


Hassine el Mohamed Cbeleifa. 


id. 


Laine. 


Houde Gaston. 


Tunis 


Vins rouges et blancs, laine. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Leadbetter. 


Sfax 


Alfa pour sparterie. 


Lozet Armand. 


Ras-el-Djebel 


Fibres d'agaves. 


Obert Edouard. 


Ain-el-Asker 


Laines. 


Obert Lucien. 


Nabeul 


Laines. 


Piller. 


Ksar-Tyr 


Cire. 


RomdaD ben iMobamed bea 


Madhia 


Indigo. 


Romdan. 






Raprich-Robert Edouard. 


Nabeul 


Cires. 


Société d'Apiculture. 


Tunis 


Cires. 


Société des Domaioes de Prot- 

ville. 
StatJOD agronomique et Hui- 


Protville 


Cotons. 


Tunis 


Huiles d'olive et margarine. 


lerie d'essais. 






TeuleJeaû-Jacqucs. 


Gabès 


Fibres textiles, crin végétal. 


Truelle. 


Bou-Nouara 


Laines en suint. 


Direction de l'Agriculture et 


Tunis 


Coton, tabac, aloès,aira, fibres de 


du Commerce. 




palmier, crin végétal, laines en 
suintjCire.Produits natnrelsdes 
animaux domestiques de la Tu- 
nisie. 


Rebillet. 


Mateur 
Classb 26 


Echantillons de coton. 


Abd el Moumen beD Touhami. 


La Hamma 


Dattes. 


Bécbir ben Abd en Nebi. 


Menzel 


Bananes. 


BénaD. 


Sfax 


Dattes. 


Bessis. 


id. 


Amandes, dattes. 


Ghadli Marzouki. 


Nabeul 


Oranges, mandarines, citrons. 


Charmelant Claude. 


Mornag 


Amandes sèches. 


Cheikh HassineCbérif. 


Menzel 


Bananes. 


Cbeihh Taieb Marzouki. 


Nabeul 


Oranges, mandarines, citrons. 


Crolet Louis. 


Djerba 


Poia, tomates. 


Dabrigeon Louis. 


Gabès 


Dattes. 


Jardin d'essais de Tunis. 


Tunis 


Spécimen de plantes diverses dis- 
tribuées aux colons, collection 
de graines. 


Lamine Salem Slama. 


Nabeul 


Oranges, mandarines, citrons. 


Liby Marcel. 


La Moselle 

(par srax) 


Fruits. 


Maret P.-J.-L. 


Hammamet 


Fruits. 


Martel Albert. 


El-Menchya 


Dattes, oranges. 


Masson Alexandre. 


Mactar 


Légumes et fruits. 


Mohamed ben Saïd Kamoun. 


Sfax 


Amandes, pistaches. 


Salem ben Meaouni Chelli. 


Nabeul 


Fruits, poivrons. 


Slimane Bazar Bâcha. 


Mahbouline 


Fruits. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Société coopérative des Pri- 


Tunis 


Légumes et fruits. 


meur istes Tii ni siens. 






Société des Domaines de Prot- 

ville. 
DireclioD de l'Agriculture et 


Prot ville 


Plantes potagères. 


Tunis 


Datt«s. Collection en bocaux des 


du Commerce. 




variétés de dattes de laTunisie, 


AmorenNajal. 


Tozeur 
Clasbb 27 


Dattes. 


Hadj Salah Yangui. 


Kerkenna 


Poulpes, seicbes. 


Bessîs Joseph. 


Sfax 


Herboristerie. 


Babrigeon Louis. 


Gabës 


Plumes d'autruche; ivoire. 


El Akermi beo Haïder Cheikii. 


Djara 


Dépouilles d'oiseaux ; peau de ga- 
zelle. 


Gau. 


Sfai 


Lézards de palmier; tortues de 


Gozlan. 


id. 


Os de seiches. 


Mahmoud Haïder, 


Djara 


Cornes de gazelle. 


Pariente Giacomo. 


Djerba 


Eponges. 


Portelii di Gavino François. 


srax 


Eponges. 


Sachellario Kindynis. 


Djerba 


Eponges. 


Vaysière Marius. 


Gabès 


Dépouilles d'animaux; fruits de 


Direction de l'Agriculture et 


Tunis 


Plantes tinctoriales (Rhu» oxya- 


du Commerce. 




[lentisques, sumac). 


Direction générale des Tra- 


id. 


Collection de poisson s, coquillages , 


vaux publics. 




éponges, corail, elc. Modèles de 
bateaux de péclie et de com- 
merce, plans en relief de pê- 
cheries etbordigues,engins de 
pêche divers. 



Bizem flls. 
Dufourg Joseph. 



Dii'ection des Forêts de 1j 
gonce de Tunis. 



Classb 29 
Sfax 



Tunis 
El M'harine 



Bois iodigênes employés dans la 
construction. 

Lièges bruts. 

Rondins de bois, êcorces à tan, 
photographies. 

Ecliantillons des produits des fo- 
rêts domaniales (bois, lièges, 
écorces à lan). graphiques, do- 
cuments photographiques. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Compagnie des Phosphates du 
Dyr, 

CompagDÎe des Phosphates et 
du chemin de fer de Gafsa. 

Epinat et Novak. 

Faure. 

Hallstein. 

Lecore-Carpentier. (Collabora- 
tenrs : D'Tissot et Baron,In- 
géoieur. ] 

Lecore-Carpentier. [Collabora- 
teur: Desmarais.) 

Novak. 

Potin Paul. 

Ramella J. (Eîeprésenté par 

M . Raschiero Joseph] . 
Société Française des Cbau jet 

Ciments du Bou-Kornine. 
Société des Salines de la mer 

de Tunisie, 



Société Française des Plàtriè- 

res de Tunis. 
Société Guyot et C". 

Syndicat des Mines du djebel 

Trozza. 
Société Minière du Klianguet. 
Direction générale des Tra- 

vaui publics. 

Démange. 

DirecteurdelaSociétéMinière 

de Fedj -Assène. 
Doprat, directeur des Mines du 

djebel Argoub. 
Redon. 
Msika Moïse. 



Mahdia 

Fedj-el-Adoum 

Tunis 



Sfax 

Potin ville 

Tunis 

Hammam- Lir 

Sou-sse 



Taulierville 

srax 

Kai rouan 



id. 

Ghardimaou 

Bizerte 

Mateur 



id. 



Echantillons de phosphate : pho- 
tographies des installations, à 
la mine et au port de Tunis. 

Echantillons de phosphate, vues 
des installations, graphique des 
exportations. 

Sel marin. 

Calamine, blende, galène. 

Minerai de zinc (calamine) du 
Djebel-Serdj. 

Plans et vues de l'établissement 
thermal de Korbous. Notice sur 
les eaux. Echantillons d'eaux. 

Eau minérale d'Aïn-Garci. Photo- 
graphie de la source. Notice sur 
les eaux. 

Sel maria. 

Chaux et ciment. 

Marbres. Vues des carrières et de 
la scierie de Djebel-Oust. 

Echantillons divers de chaux et 
ciments. 

Sel marin. Brochure et plan des 
salines de Monastir, Madhia et 
îles Kerkenna. (Voir plus loin 
Démange.) 

Vues, plâtre. 

Encadrement de fenêtres en pier- 
re détaille. 

Minerais divers.plans.cartes, pho- 
tographies. 

Minerais de plomb et de zinc. 

Spécimens de produits de mines 
et carrières. Cartes des permis 
de recherches. 

Plans et échantillons de ses sa* 
lines. 

Echantillons de calamine. 

Echantillons déminerai de plomb. 

Echantillons d'onyx. 
Pl&tre, pierre à plâtre. 



DigitizsdbyGOO'^le 



DirectioD de l'Agriculture et 
du Commerce. 



6' GROUPE 
Clabsb 31 



Ap pareil pour l'extractioQ des hui- 
les de grigDODS d'olives par le 
tétrachlorure. 

EtndessurlesiadustriesiodigëDes 
de la Tunisie. 



ADgelini Jean. 


Khaïuuet 
el-Ha^adj 


Vins et eaux-de-vie. 


Aubry frères et Canet. 


Ras-Tabia 


Vins et eau x-de- vie. Plans et ph 
tographies des chais. 


BennetF.-W. 


Kbangnet 
el-Hadjadj 


Vins et cognacs. 


BokobsaA.pèreetfils. 


La Soukra 


Vins et anisette [bonUha). 


Bondin Vincent. 


Tunis 


Anisette, femet. 


Borda Jean. 


Nabeul 


Vin ronge. 


Camillerifrères(J.et A). 


Porlo-Farina 


Vin blanc. 


Cauiilleri Kmmanuel. 


Djerba 


Uoukha, eaux-de-vie de marc. 


Carbonnel A, 


id. 


Boukha. 


Charmetanl Claude. 


Mornag 


Vin et eau-de-vie. 


Chignard F. 


La Manouba 


Vins rouges et blancs. 


Comte Charles de Bryas. 


La Mahameria 


Vins blancs. 


Contrôle civil. 


Djerba 


Vin arabe. 


Couderc J. 


Tunis 


Apéritifs divers. 


Crolet Louis. 


Djerba 


Vin. 


Domaine de Saint-Joseph de 


Thibar 


Vins. 


Thibar. 






Dufourg J., administrateur du 


El-M'harine 


Vins. 


domaine de Saint -José ph-el- 






M'harine. 






Davan Albert. 


Tunis 


Vin blanc. 


Epinatet Novak. 


Mahdia 


Vin rouge. 


Fino ûla. 


Sfax 


Limonades, cidres mousseux. 


Fiscbel M. 


Tunis 


Vins, qninas, rhums. 


Genillon F. 


id. 


Hydromel doux. 


Gérard. 


Sfax 


Vin rouge. 


GiveocLy (Amori de). 


Kodul 
(Ennezonra) 


Vins rouges et blancs. 


Gounot André. 


SoukelKhemis 


Vins. 


Habib Moïse de R. 


Sou s se 


Vins, eaux-de-vie, eau de (leur d 
ranger. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Humbert Guyot et C". 


Bel 11 


Vins, eaox-de-vie. 


Comte de Larochefoucauld. 


Saf-Saf 


Vins. 


Licari G. et E. 


Tunis 


Anisette, quina, vin blanc. 


Loche (FeniaDdde). 


M'zawach 


Vins. 


Martel Albert. (Domaioe de 


El-Mecliya 


Alcool de dattes, lagmi fermenté 


SaiDte- Geneviève]. 






Mohamed el Meziou. 


Sfax 


Sirops divers. 


Obert Edouard. 


La Chevrière 


Vins, eaux-de- vie. 




(Aïn-el-Aaker} 


Vins. 


Obert Lucien. 


Nabeul 




Pariente Guillaume. 


Honmt^Souk 


Boukha. 


PenetLéon. 


Sidi-bou-Mel 


Vins rouge et blanc. 


HcCh. 


Sfax 


Vins ronge et blanc. 


Pilter J.-G. 


Ksar-Tyr 


Vins rouge et blanc, eaux-de- vie 


Potin Paul. 


Potinville 


Vins, eaux-de-vie. 


Prouvost Edouard. 


M'rira 


Vins el liqueurs. 


M"" Ridel-Lagrenée (M.-L.). 


Domaine 
de Cbaouat 


Vins, eaui-de-vie. 


Ruprich-Robert. 


Nabeul 


Œnomel. 


Société d'Apiculture. 


Tunis 


Hydromels. 


Société des Domaines de Protr 


Protville 


Vins, eaux-de- vie. 


ville. 






SociétéduDomaicedeMégrine 


Mégrine 


Vins, eaux-de- vie. 


Société des Fermes françaises. 


Tunis 


Vins, eaux-de- vie. 


SUtion agronomique et Hui- 


id. 


Alcools de plantes diverses. 


lerie d'essais de Tunis. 






Truelle, 


Bou-Nouara 


Vins rouges et blancs. 


Vincent H. 


Tunis 


Vins-quinquinas. 


Tabard Jean. 


id. 


Vins, eaux-de- vie, quinas. 



Abdelahmid ben Mhamed Las- 
kar. 

Ali Elkiatib. 


Sousse 


Huile d'olive. 


Djerba 


Huile d'olive. 


Austri Henri. 


Baie-Ponty 


Appareil rafraîchisseur. 


Bèna D. et Union des Proprié- 


Sfax 


Huile d'olive. 


taires français. 






Bessis J.-S, 


id. 


Huile d'olive. 


Bessis J. 


id. 


Huile d'olive. 


Beumel Pierre. 


Lorraiae-BIed 


Huile d'olive. 


Boulakia (Ghoua Cohen). 


Tunis 


Huile d'olive. 


Boutboul David. 


Monastir 


Huile d'olive, savon. 


Cheikh ElKilanibenAbdallah. 


Teboulbou 


Huile d'olive, beurre fondu 


Cheikh Amar ben Abdallah. 


Zerig 


Huile d'olive, beurre fondu 


C" Belgo-Tunisienned'Ousdja. 


Bizerte 


Huile d'olive. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Cohen Joseph et fils. 


SouBse 


Hnile d'olive. 


DeboDO J. et Serio G. 


Sfax 


Huile d'olive. 


DiacoDO Satvatore. 


Monastir 


Hnile d'olive. 


Domaine de Saiot-Joseph de 


Tbibar 


Charcuterie, salaisons. 


Tbibar. 






Epinat Charles. 


Mahdia 


Huile d'olive. 


Epinat et Novak. 


id. 


Huile d'olive. 


Fiorentino (Aurelio de G""). 


Soliman 


Huile d'olive. 


Fischel. 


Tunis 


Huile d'olive. 


Frendo Frédéric. 


Gabés 


Huile d'olive. 


Gandus Elia. 


Tunis 


Huile d'olive. 


GaDem Elle. 


Sousse 


Huile d'olive. 


Gatt et Sons. 


Sfax 


Huile d-olive. 


GsD Jules. 


id. 


Raisins à l'ean-de-vie, olives sa> 
lées, huile d'olives. 


Genevay Zacbarie. 


Tunis 


Huiles d'olive, confitures, raisins 
secs, conserves d'olives et de 
câpres. 


Gérard J. 


Sfax 


Huile d'olive. 


Gozian H. 


id. 


Coloqnintes décortiquées. 


Guis, administrateur de la So- 


Marseille 


Poisson frais à la gelée, concentré 


ciété française des Grandes 




de poissons de roche, en boites. 


Pêcheries. 






Hadj Ali Maazoul. 


Sfax 


Huile d'olive. 


Hadj Maosour ben Alima. 


id. 


Huiles masri et huiles salées. 


Hadj Mohamed Mezgani. 


id. 


Huiles masri et huiles salées. 


Hadj Mohamed Beltadj. 


id. 


Figues et raisins secs, caroubes. 


Hadj Salem Hennifer. 


id. 


Huiles masri et bailes salées. 


Hamed ben HacU Mohamed 


Mahdia 


Huile d'olive. 


Hamza. 






HamzabeQ Moast&pha Hamza. 


id. 


Huile d'olive. 


Hasseo ben Hadj Ali Hamza. 


id. 


Huile d'olive. 




id. 


Huile d'olive. 


Hayat Salvator. 


Monastir 


Huile d'oliv«. 


Houri (SioD de Joseph). 


Djerba 


Huile d'olive et savon. 


Lassoued Bécliir. 


Bizerte 


Huile d'olive. 


Leooél A. 


Nabenl 


Huile d'olive, olives conservées. 


LenoêlA.etLaffiteR. 


id. 


Huiles d'olive, conserves alimen- 
taires ,con fiture,cbarcntene, sa- 
laisoDs. 


Lumbroso Eugène, 


Mahdia 


Huile d-olive, huile au sulfure de 
carbone, savons. 




Saint-Martial 
de Diaffar 


Huile d'olive. 


Martel Albert. (Domaine de 


El-Menchya 


Huile d'olive, olives conservées ; 


Sainte-Geneviève.) 




photographies; colis et boites 



pour emballage de dattes. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Marzac Pierre. 


Tunis 


Olives conservées. 


Médina Gsbriel. 


Monastir 


Huile d'olive. 


Médina Victor de S. 


id. 


Huile d'otive. 


Médina (M— VJndith). 


id. 


Huila d'olive. 


Misai Paul. 


La Sauvaire 
{par Pichon) 


Fromages. 


Mohamed ben Hadj Ahmed 


Madbia 


Huile d'olive. 


Haœza. 






Nejib Kouri. 


Sfaz 


Huile d'olive, amandes, raisins 
secs. 


Pariente Giacomo. 


Djerba 


Hnile d'olive. 


Paz (Elie et Joseph de). 


Tunis 


Rabat, loucoum. 


Percie du Sert. 


Tebourba 


phies. 


Pilter J.-G. 


Kçar-Tyr 


Huile d'olive, olives, amandes. 


Porlelli François. 


MarseiUe 


Huiles et savons. 


Portelli (François di Gavino). 


Sfas 


Huile d'olive. 


Bomdan ben Mobamed ben 


Malidia 


Huile d'olives. 


Romdan. 






Rupriclj- Robert. 


Nabeul 


Huiles comestibles. 


Saada Albert. 


Sfai 


Huile d'olive. 


Saulillana Salvatore. 


Monastir 


Huile d'olive. 


Sberro [Moïse de J). 


Sousse 


Huile d'olive. 


Société anonyme françaisedes 


Monastir 


Thon à rhuile. 


TLonaires de Knriat et de 






Monastir. 






Société Franco-Tnnisienne. 


Paris 


Conserve de poisson à l'huile et 
salaisons. 


Société Franco-Tnnisieane. 


Tabarca 


Sardines et poissons à l'huile, 
poissons salés. 


Tabone Salvator. 


Tunis 


Semoules, farines, sons. 


Vaysière Marins. 


Gabès 


Thon conservé au sel. 


Direction générale des Tra- 


Tunis 


Poissons et conserves. 


vaux publics. 






Ballaïcbe frères. 


id. 


Huile d'olive. 


Boulakia. 


id. 


Huile du Mornag. 


Bramma. 


Soliman 


Huile d'olive. 


Sodété généra des UnUerles 


Sousse 


Huiles, savons. 


duSahel. 






Société anonyme des Olivettes 


Tunis 


Huile d'olive. 


du Maîana, ft Tebourba. 


(siège social) 
Classe 34 




Abd el Kader ben Hamed el 


Nabeul 


Babouches. 


Hemandi. 






Ahmed ben Amor. 


La Hamma 


Eventails, confflss. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Ali el Karrat. 
Amor el Fakfak. 
Contrôle civil. 

En Naâ3 ben Salali bou Dhina. 
Fatoum b«nt El Akermi. 
Gmar bent Reliouma. 
Hadj Abmed KammouD. 
Hadj Mobamed el Kaffal. 

Hadj Salem el Manaà. 
Haicba bent Abmed ben Debe- 

mane. 
Uamnuda el Hentati. 
Hassaoe ben Hassane Ikao- 

dagi. 
Kalil Tourqui. 

Gassem Dj errai a. 

Khedidja bent El Faïach. 

Malimûud bep Haraida Bon- 
gberzala. 

Mahmoud Kossentini. 

Mohamed ben Hassane el Ga- 
rait. 

M"' Mahmoud Slim. 

Mohamed el Adjili et Sadok 
el Kemiri. 

Mohamed el Fakrak. 

M" Ridel-Lagrenée (M.-L.). 



Salem Courbai. 
SegheïrbeDAlaiaelHamrouni. 
Scemama Sauveur. 
Teule Jean-Jacques. 
Zina bent Behouma. 
Direction de l'Agriculture et 
du Commerce. 



Abdallah ben Sassi, des Béni- | 

Zid. 
Ahmed bel Hadj HasseoLoDgo. | 



Djerba 
La Hamma 



Djara 

Sfaz 



Sfaz 

Nabeul 



Metouia 
Nabeul 



Sfax 

Nabeul 



Sonliers arabes. 
Souliers arabes. 
Chapeaux de soleil; tissus. 
Eventails, couffins. 
UouH en laine et soie. 
Bourses, tresses. 

Couvre-téte pour femme nomade. 
Serviettes, fouthas, étoffes diver- 
ses. 
Souliers arabes, 
Gandouras. 

Souliers arabes. 
Babouches. 

Serviettes, fontabs, étoffes diver- 
ses. 
Couvre-téte, couverture. 
Houlis. 

Babouches. 

Chapeaux, ceintures, chaussures. 

Babouches. 

Broderies et flis. 
Poudrière el plombière. 



id. 


Outils arabes pour la fabrication 




de la laine. 


Tunis 


Travaux à l'aiguille des femmes 




arabes, lingerie, broderie, den- 




telles. 


Sfax 


Soutiers arabes. 


Djara 


Grands chapeaux. 


Marseille 


Costumes tunisiens brodés. 


Gabès 


Cannes en palmier. 


La Hamma 


Burnous. 


Tunis 


Tissus divers, broderies, vête- 




ments confectionnés à l'usa^ 




des indigènes. 


Classe 35 




La Hamma 


Tapis, coussin, bissac. 


Gafsa 


Couvertures laine. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Abmed ei Ksonry. 

Aïcba bent Ahmed benKb&lira, 

des Beoi-Zid. 
Aicbabent Belgacem ben Che- 

bir. 

Aïcba bent El Habib Chenior. 
Alcba beot El Hadj Abdallab. 
Alaya beo Hamida Zamoi. 
Ali ben ?tIotaamed el Hemri. 
' Amor eD Najai. 
Aziza bent Abd es Semad. 
Bakba ben Abd el Kader ben 

Brabim. 
Babla bent Kliamoas. 
Belgacem ben Kbalirat. 
Cliadli ben Uassen. 
ChoQcbana Messaouda, ' 

Chaâl. 
Contrôle civil. 
Contrôle civil. 
DheritTa bent Cbalbi. 
El Babia bent Kbalifa ben 

M'bamed, des Beni-Zid. 
El Khadra bent Habmond. 
El Kbadra bent El Manonbi el 

Médalal. 
El Ouassemla bent Mobamed 

el Mebaddebi. 
Fatbmabent Ali .desKbeurdja. 
Fatbma bent Ali Sebel, des 

Khenrdja. 
Fatbma beat El Mabrouk, des 

Beni-Zid. 
Fatbma beat Khalifa, des Beni- 
Zid. 
M"" Gnien Joséphine. 
Haddabeot Abdallah Lassoaad 
HafsiabentSaâd.des Beni-Zid. 
Uanna bent Samuel Boukbob- 

za. 
Hassane el Kbaraz. 
Hassen ben Ali el Brad'by. 
Isa bent Ali et Oassaif. 
Kacem ben Mobamed Grom- 

baU. 
Khedidja bent Mohamed ben 

Salab, des Beni-Zid. 



Tunis 


Table en bois scalpté. 


La Hamma 


Tapis, coussin, bande de tissu. 


Cadrer 


Tapis. 


id. 


Tapis. 


id. 


Tapis. 


Nabenl 


Nattes en alfa et jonc. 


id. 


Nattes en alfa et jonc. 


Tozeur 


Djeba. 


La Hamma 


Bande de tissu pour tente. 


Nabenl 


Nattes en alfa et jonc. 


Menzel 


Tapis. 


Sidi-bou-Zid 


Tapis. 


Tonis 


Tapis. 


El-Hamma 


Bissac, ceinture de selle, sac en 




laine. 


Djerba 


Poteries, nattes. 


MacUr 


ConiBns, nattes, paillassons. 


La Hamma 


Sac en laine. 


id. 


Sac en laine. 


id. 


Bissac. 


Oudref 


Tapis pour selle arabe. 


id. 


Tapis. 


El-Hamma 


Sac en laine. 


id. 


Bande de tente. 


La Hamma 


Musette. 


id. 


Tapis. 


Kaironan 


Tapis. 


El-Hamma 


Triga. 


La Hamma 


Bissac. 


Menzel 


Tapis. 


Nabenl 


Poteries. 


Tanis 


Mobilier de salon. 


El-Hamma 


Bande de tente. 


Nabenl 


Poteries. 


La Hamma 


Bande de tente. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Kliedidja bent Sassi. 
Lamine Hanida Sassi. 
Mabrouka bent Ali beo Kliali- 

fa,desBeni-Zid. 
Mabrouka bent Brek. 
Mabrouka bent El Mabrouk, 

des Kheurdja. 
Mabrouka bent Saàd,d<-s Beni- 

Zid. 
Mahmoud ben Otlimane ben 

Abda. 
Mahria bent Salah. 
Maliriem bent Messaoud. 
M'barkabent Abmed,des Beni- 

Zid. 
Meliha bent Lialiou. 
Ménage Gustave. 
MenanabentElHadjMaUroad. 
Mohamed Barkallah. 

Moliamed ben Zekri. 
Mohamed ben Hassen. 
Mohamed Meziou. 
Mohamed Tordjmane. 
Oum Saâd bent Abdallah. 
Oum Saâd bent M'Iiamed ben 

Hamara. 
Ourida bent Redjeb. 
M"" Ridel-Lagrenée (M.-L.), 

Sabra bent Mahmoud. 
SaidabentLassaouad,desBeni- 

Zid. 
Saïdane ben Haï Cohen. 
Saïd el Aïadi 
Saladin et Blondel. 

Salaha bent Kbalira,des Beni- 

Zid. 
Salema bent Bl Fen^ani, des 

BeQiieid. 
Sassia bent Hassen ben Sadok. 
Sassia bent Oierf ed Dine. 
Stima bent Ahmed ben GLe- 

Slima ben Ali bent Klialifa, des 
Beni-Zid. 



La Hamma 


HaonU. 


Nabeul 


Nattes en alfa et jonc. 


La Hamma 


Haonia. 


id. 


Ceinture de selle. 


id. 


Haouia. 


id. 


Sac en laine. 


Nabeul 


Nattes. 


La Hamma 


Hiba. 


Mareth 


Sac en laine, coussin. 


La Hamma 


Tapis, 


Menzel 


Tapis. 


Sousse 


Briques. 


La Hamma 


Bande de t«nte. 


Sfax 


Malle, panoplie, étagère, gargou- 




lettes. 


Metouia 


Nattes. 


srax 


Table de salle à manger. 


id. 


Vitrine arabe. 


Tunis 


Panneaux en plâtre sculpté. 


La Hamma 


Coussin. 


Oudref 


Tapis pour selle arabe. 


La Hamma 


Musett*. 


Domaine 


Tapis. 


de Cbaouat 




Oudref 


Tapis. 


La Hamma 


Bissac. 


Nabeul 


Poteries décorées, étagère arabe. 


Sfax 


Porte arabe, table, banc. 


Paris 


Dessins en couleurs de faïences 




arabes. 


La Hamma 


Sac en laine. 


id. 


Bande de tente. 


id. 


Coussin. 


id. 


Bande de tente. 


Oudref 


Tapis. 


La Hamma 


Ceinture de selle. 



D,„i,„db,Goo<^le 



Société française desCbaux et 
Cimeots du Bou-Koroine. 

Tissier. 

Tonmiabent Ahmed ben Am- 
m&r, des Beni-Zid. 

Zalda bent M'iiiimed. 

Zina beat Nadjati. 

Dirfclion de l'Agriculture et 
du Commerce. 



Nabeul 
La Hamma 



Carreaux eo cimeot comprimé. 

Poteries artistiques. 

Coussin. 

Musette. 

Ceinture pour selle. 
Tapis de laine, meubles incrustés 
en nacre, écaille et ivoire. 



Abmed el Fakfak. 

Ali el Bijaoui. 

Ali ben Hadj Ahmed Samet. 

Abmed Sacca. 

Bessis Joseph. 

Bizern J.-B. flls. 

Barsotti Hector. 

Bargel Salomon. 
Camilleri Hector. 
Ghadli ben Hassen. 

Contrôle civil. 

El Habib el Ghoudi. 
El Kilani ben Amira ben Mo- 
hamed. 

Fathma bent Ahmed ben Sassi. 
GuettA Aron. 



Hadj Ahmed Samet. 
Hadj Mohamed bel Akhal. 

Junès Sauveur, 
Leadbetter. 
Longuesserre. 
Lumbroso. 
Mahmond el Mehiri. 
Mahmoud Courbai. 
Mahmoud Kossentini. 
Mohamed ben Ali el Goab. 
Mohamed ben El Hadj Hassen. 
Mohamed Dès Bès. 



Ghennouch 
Sfai 
Tunis 



:i-Hamma 

Sfax 



id. 

Sousse 
Sfax 

Nabeul 
Sfax 



Ghennouch 
Chenini 

Sfax 



Extraits et e 
Jasmins. 

Serrure. 

Serrures, cadenas. 

Sparterie en alfa. 

Filets en alfa. 

Liège ouvré. 

Espagnolette à mouvement héli- 
coïdal. 

Parfamerie, 

Parfumerie et essences. 

Objets en cnir brodé. 

Bijoux, coufBns en alfa et en pal- 
mier, nattes. 

CoufBns. 

Cordages en alfa. 

Ceinture de selle. 

Eventail en palmier. Médicament 

assurant laguérison de l'héma- 

lu rie. 
Cadenas (le sûreté pour chameaux. 
Couffins; couvertures d'alfa pour 

chameau, muselière et licol. 
Scourtins et corde en alfa. 
Alfa pour lafabrication du papier. 
Essences diverses, parfumerie. 
Sparterie ouvrée. 
Essences diverses. 
Cadenas, mors. 
Harnais; tapis; poudrière. 
Sparterie en alfa. 
Paniers en rose, 
Poudrières;comes pourcueillelte 

d'olives. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Mobamed bon Meliana. 
Mohamed elFarsi. 
Mohamed el Meziou . 



Mokhtar el Djemel. 

Monlessns (Henry de), 
pélissier Ernest. , 

Piller J.-G. 

Zina bent Zald, des Klieurdja. 

Direction générale des Finan- 



Direction de l'Agriculture et 

dn Commerce. 
Teynier Charles. 
Estragnat Jnles. 



GhenDonch 

Sfax 



Ksar-Tyr 
Ël-Hamma 

Tunis 



Sparterie en alfa. 

Serrures diverses. 

Essences diverses, eau de thym et 
autres, extraiU de fleurs diver- 
ses,objets enambre;pommades 
diverses, bastils. 

Divers objets en cuir brodé. 

Pites à papier. 

Fers assortis, brides, mors, épe- 

Huiles essentielles. 

Ceinture de selle. 

Vitrine contenant des échantillons 
des produits tunisiens monopo- 
lisés (tabacs, selg, allumettes, 
etc.). — Graphiques, plans et 
photographies. 

Bijoux indigènes. 

Bijoux indigènes. 
Produits phannacentiques gra- 
nulés. 



MnuttoD, président du Syndi- 
cat des Représentants fran- 
çais de la Régence. 



Direction de l'Agricullure cl 
du Commerce. 



Classb 37 
Tunis 



Statuts et noi 
(tableau). 



s des représentants 



I Graphiques commerciaux relatifs 
à la production des principanx 
I produits tunisiens. 



D,g,t,zsdb,COOgle 



Rimbaud Cbarles. 



8* GROUPE 
Classe 44 



Clabsb 48 
Marseille 



9- GROUPE 
Classe 50 



Fâtaàhaile et à vin. 



DigitizsdbyGOO'^le 





lO- GROUPE 






Classb 52 




BerliD Emile. 


Sousse 


Similis de mosaïques. 


Epinat Charles. 


Mabdia 


Objets phéniciens et romains. 


Sociétéarcliéologiquede Sous- 


Sousse 


Bulletin de la Société ; plans,vues, 


se. (M. Giorgi, vice-prési- 






dent.) 






Mahmoud Slim Khalifat. 


Nabeul 


Ouvrage aacien servant de théorie 

pour l'Administration militaire 
avaot l'occupation française.— 
Cartes géographiques pour la 
stratégie militaire avant l'occu- 
pation. 


Smet (Jean-Josepb de). 


Mahdia 


Photographies de sujets archéolo- 
giques. 


DirectioD des Antiquités et 


Tunis 


Documents relatifs * la vie tuni- 


Arts. 




sienue à travers les âges. 



Broca (Alex. de). 

Céln Charles. 

M™ Cbartier-Banvier Heur"" 

Delaplanche Geoi^es. 

Blondel E. 

Foucand Léon. 

Gouvet EmeSt. 

Janny-Brindeau (Edouard de). 

Junés David. 

Masserano Bernard. 

Pincliart Emile 

Raimbault Céleslin. 

Sadoun, 

Serrane Gustave. 

Vyan Joachim. 
Younès el Hachaïchi. 
Beymond Gaspard. 
Dapoigny M. 



Classe 53 
Tunis 



id. 

id. 

id. 
Sousse 
Paris 
Tunis 
Bizerte 
Tunis 
Gabès 
Tunis 

id. 



Marseille 
Bizerte 



Photographies de palais et mai- 
sons de rapport construits à 
Tunis. 

Aquarelles. 

Pastel. 

Tableaux à l'huile et aquarelles. 

Tableaux à l'huile. 

Peintures. 

Peinture. 

Dessins à la plume. 

Tableaux et études surla Tunisie. 

Peintures. 

Peintures. Projets d'architecture. 

Tableaux. 

Aquarelles. 

Portrait. 

Tableau « 



rde laTnni- 



Peintures. 
Des.sins. 

Plans, dessins de bâtiments civils. 

Deux bustes en plâtre : général 

Marmier et amiral Ponty. 



DigitizsdbyGOO'^le 



Âliel Khamassi. 

Berlureau Edmond. 
Bon ara Nicolas. 
Damichel François. 
Decoocloit Joseph. 
Ducroqaet Paul. 
Gaulis Edouard. 
Institut de Cartbage. 



Latfage Louis. 

Lecore^jarpentier. [Collabora- 
teurs :Fatli, clier des ate- 
liers ; Canal, clief de la pu- 
blicité ; Paul Lafltte, rédac- 
teur eD chef de la Dépêche 
Tuninietme; G. MaloD,admi- 
Qistrateur de l'Indicateur 
Tunitien.) 

Mariclial. 

Merz d'Hardivilliers E. 

Orliac. 

Sa marna Cbikli. 



Géographie universelle {dont il 
est l'auteur). 

L'Agriculteur tunisien (revue). 

Photographies (cadre). 

Monographie Je Mahdia. 

Divers cadres de photographie. 

Annuaire du Caïdat de Zaghouan. 

Photographies. 

Collectionde/aiteouf Tuni»ienne. 
Grammaire arabe. Statuts de la 
Société et documents divers. 

Musique. 

Travaux d'imprimerie et de re- 
liure. Photographies des ate- 
liers. Photographies. — La Dé- 
pêche Tunisienne, journal quoti- 
dien. — L'Indicateur Tunisien, 
annuaire. 



Photographies. 
Livres reliés. 
Travaux typographiques. 
PliotograpJiies. 



Classe 55 
Tunis I Instruments divers. 



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